‹ Le système judiciaire de la Grande BretagneChapitre 287 sur 481 · Canut II, 65, Thorpe · texte numérisé non relu

Canut II, 65, Thorpe

accepte cette satisfaction, usage utile au bien public ». »

Cette coutume fut conservée par les Anglo-Saxons2. Le meurtre était simplement puni d'une amonde; toutefois La vie de tous les hommes n'était pas considérée comme ayant une égale valeur : l'existence de chacun était estimée, à une certaine somme, que Ton appelait were 3.

Lewerc était l'évaluation légale de la vie d'un homme, d'après sa situation sociale. C'était la somme à payer par son meurtrier, s'il était tué ; c'était celle qu'il aurait à payer lui-même, s'il violait certaines lois. En fait, le were était la mesure et le signe de la situation de chacun. Celui du Roi était de trente mille thrymsas ou cent vingt livres, celui d'un etheling, de quinze mille, celui d'un évéque ou d'un comte, de huit mille, celui d'un heh gerefa de quatre mille, celui d'un thegn de deux mille, celui d'un earl de deux cent soixante-six

1. — « Nec implacabiles durant; luitur enimetiam homicidium certo armentorum ac pecorum numéro recipitque satisfactionem universa domus, utiliter in publicura. » (Tacite, Germania, ch.xxi.)

2. — Turner dit, dans son Histoire des Anglo-Saxons : « Le principe des compensations pécuniaires distingue les lois des Anglo-Saxons de celles de toutes les contrées de la Germanie. Il est difficile d'en savoir le motif. Suivant les uns, l'on considérait que le criminel devait réparation à l'État ou à la famille de celui qu'il avait frappé ; suivant d'autres, ces peuples guerriers regardaient la mort comme moins redoutable que la pauvreté; on a également dit que la plupart des crimes étaient commis par des hommes puissants, dont il était plus facile de saisir les biens que de prendre la vie » (vol. II, app. 3). Il est difficile de comprendre comment l'auteur a pu affirmer que cette coutume n'existait pas en Germanie. Le texte de Tacite et tous les anciens do. cuments prouvent le contraire.

3 — D'après les lois d'Ina, le montant du were variait entre trente et deux cents shillings.

PÉRTODK SAXONNE

thrymsas, etc., etc. Quiconque tuait un homme était tenu de payer son were.

Mais, en dehors de cette compensation donnée à la famille, le criminel devait également une réparation à l'État : il la payait, sous forme d'une amende nommée ivite, dont le montant variait, d'après le rang du personnage dans la juridiction duquel le crime avait été commis : à un ceorl, ou payait douze shillings, mais, dans un district directement soumis à la juridiction royale, le wite était de cinquante shillings^. Toutefois, lorsque le meurtrier n'était pas un homme lihre, il était condamné à perdre tous ses biens. On en vint même à considérer le seigneur comme responsable ; on exigea de lui le paiement d'une amende, et on le contraignit à livrer le coupable, ou à jurer qu'il n'avait pu l'arrêter.

Plus tard, on décida que celui qui tuerait un voleur n'aurait pas à payer de were, mais à la condition que le meurtre eût été commis en cas de flagrant délit 3 et la loi considérait comme voleur, tout vagabond rencontré dans les bois et qui négligeait de crier ou de sonner du cor.

Ce n'était pas seulement la vie humaine que le législateur saxon avait cru devoir évaluer : chacun des membres avait une valeur soigneusement tarifée. La perte d'un œil ou d'une jambe était réparée par le paiement de cinquante shillings. Si l'on rendait un homme boiteux, il fallait payer trente shillings, si on le rendait sourd, vingt-cinq shillings, et ainsi de suite. Cette lé-

1. — Cependant les lois d'Ethelbert fixent le were & cent shillings, en tous cas et la différence ne porte que sur le wite.

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