‹ Le système judiciaire de la Grande BretagneChapitre 438 sur 481 · Lettre à Atticus · texte numérisé non relu

Lettre à Atticus

l ONCLUSION

Lémoins entendus par le jugo, ni l'acte d'accusation, on lui refusail même le secours d'un avocat. Je ne parle pas de ce qui se passait dans les cours inférieures, ni des magistrats .unis de la bouteille ou des juges corn-

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Depuis lors, quels changements ! et, ce qui est plus merveilleux encore, combien ils ont été rapides! L'honneur n'en revient, ni a un homme, ni aune révolution violente : c'est l'opinion qui a tout fait, et cela par l'organe de son plus puissant instrument, la presse.

J'aurais pu, j'aurais dû, peut-être, après avoir traité des relations entre la justice et les pouvoirs exécutif et législatif, consacrer un chapitre spécial à ses rapports avec ce que l'on a nommé le quatrième et ce qui est même, en un sens, le premier des pouvoirs de l'Etat. En huis cas, mon œuvre resterait assurément incomplète, si je n'y faisais une courte allusion.

Nul ne peut méconnaître les défauts et les dangers de la presse : elle est la reproduction de la langue parlée et l'on peut dire, avec Ésope, que, si elle est la pire des choses, elle en est aussi la meilleure. En étudiant son histoire, on y rencontre, sans doute, hien des misères et hien des taches, mais combien d'œuvres humaines, parmi les plus grandes, sont le produit d'un impur limon ! Rome, jadis, fut fondée par une poignée de bandits, qui durent voler des femmes pour assurer la perpétuité de leur race et, dans notre siècle, ce sont des condamnés, rebut du peuple anglais, qui ont créé ces magnifiques colonies australiennes, devant lesquelles s'ouvre un si brillant avenir.

it Voir vol. I, p. 273; sol. II, pp. 255, 250, 5G8.

LA JUSTICE ET L'OPINION

La presse anglaise a eu ses défauts, ses taches, ses défaillances; niais elle a eu le courage, l'énergie, la persévérance et elle a rendu à la société et à la civilisation, les plus immenses services. « Donnez-moi la liberté de la presse, disait Shéridan, au commencement du siècle, et je donnerai aux ministres, une Chambre des pairs vénale, je leur donnerai une Chambre des communes servile et corrompue; je leur donnerai la libre disposition des emplois, je leur donnerai tout le pouvoir de l'influence ministérielle, je leur donnerai tous les moyens, dont peut disposer un homme en place, pour acheter la soumission et intimider la résistance. Pour moi, armé de la liberté de la presse, je m'avancerai, sans crainte, j'attaquerai le puissant édifice avec cet engin plus puissant encore; j'ébranlerai la corruption, sur la hauteur qu'elle occupe; je l'en ferai tomber et je l'ensevelirai sous les ruines des abus qu'elle était destinée à abriter 4. »

On sait à quel point la prédiction de l'éloquent orateur s'est réalisée. La presse a formé l'opinion et l'opinion a transformé la presse. La presse a signalé les abus, les violences et les actes arbitraires des hommes, les iniquités des institutions et des lois, etelle a tout emporté. L'opinion, devenue majeure, s'est alors retournée vers son auteur et elle lui a fait comprendre à quelles conditions il pouvait conserver, sur elle, son autorité et son empire. Elle a clairement montré qu'elle consent à être guidée par des arguments, mais non par des mots, à croire aux faits précis, mais non aux suppositions;

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