Séance du G février 1810; — Hansard, vol. XV, p
CONCLUSION
qu'avant d'adopter une opinion, elle exigo qu'on lui expose les arguments contraires, qu'avant de condamner un homme, elle veut être mise à môme d'entendre sa défense .
( l'esl ainsi que peu à peu et par une sage entente de ses intérêts matériels e1 moraux, Ja presse a pris ce ton sérieux el ces habitudes do loyauté, qui sont tout ensemble son honneur et sa force. Chaque journal, sans doute, a des sympathies et des haines, mais lorsqu'il lutte, ce n'esl pas en dissimulant ou en dénaturant les arguments de son adversaire, c'est en essayant de les détruire, après les avoir fait connaître au lecteur; en un mot, la loi donne à la presse la liberté, et la presse assure au pays les bienfaits de ce que Montalembert appelait très justement la publicité 4.
Je ne veux pas dire que les Anglais soient justes d'une façon absolue : s'il en était ainsi, ils n'auraient pas de passions et, par conséquent, ils ne seraient pas des hommes; mais ils ont l'amour de ce qui est juste. Ils
\. — « La publicité qui règne, en Angleterre, est à la fois immense, complète et sincère...; la liberté de la presse ne suffit pas, pour l'établir; nous le savons par expérience. La publicité anglaise n'est m imposée, ni garantie, ni contenue par les lois; elle est dans les mœurs, dans l'esprit public; elle est née d'une pratique prolongée de la liberté... N'attendez pas du journaliste anglais de la justice ou de la modération dans ses jugements : non, mais le récit fidèle et détaillé des faits qu'il apprécie. La reproduction exacte des paroles ou de l'écrit qu'il accuse, figure toujours dans ses colonnes, à côté de ses artieles de fond et rétablit ainsi les droits de la vérité... Le droit de réplique n'est pas non plus garanti par la loi, mais il s'exerce presque toujours avec une scrupuleuse loyauté. Le public s'y regarde comme uo jurj permanent; il veut entendre le pour et le contre... toute plainte trouve un écho, toul droit un champion, tout effort un champ clos .. . Le résultat final de toutes les discussions engagées depuis un siècle^ devanl les grandes assises de la publicité anglaise, a toujours été favorable :i la liberté, à la justice, à l'humanité. » {De l'avenir politique de F Angleterre, ch. xvii.)
LA JUSTICE ET L'OPINION
ont des préjugés, ils sont, sur certains points, ignorants et imbus d'idées fausses, mais ils cherchent sincèrement ce qui est vrai. Ils ont des haines ardentes et parfois stupides, ils sont brutaux et violents dans la lutte, mais ils aiment que le combat soit loyal et, si ardemment qu'ils désirent triompher d'un adversaire, parles armes ou par les arguments, ils n'essaient de lier, ni sa main, ni sa langue. Ils ont, au plus haut point, l'amour-propre et l'orgueil, mais ils ont aussi le courage de modifier leurs jugoments et de reconnaître leurs erreurs. Ils ont pour la liberté un culte jaloux; mais, tout en la revendiquant pour ceux qui partagent leur avis, ils entendent l'assurer aussi pleinement à leurs adversaires. Ils ont enfin le sentiment de la solidarité, ils sentent que le tort fait à un citoyen intéresse tous les autres 4, parce qu'ils comprennent qu' « il n'y a d'hommes libres, comme disait l'abbé Galiani, que ceux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas » .
J'ai indique la nature du contrôle que le Parlement exerce sur la justice, mais les Chambres se bornent, en réalité, à exprimer le sentiment public et elles ne sont informées et saisies des faits que par la presse. Ce sont
i. — « Chez ce peuple, les agents du pouvoir, profondément pénétrés de leur devoir, s'attachent d'autant plus scrupuleusement à observer la loi, qu'ils savent que toute violation leur ferait encourir une redoutable responsabilité. Les magistrats témoignent d'un égal respect pour les droits du pouvoir et pour ceux du peuple, ils ne se laissent dominer par aucune pensée de crainte ou d'espérance et ils se forment une conviclion inflexible, à l'abri de toute influence. Chez ce peuple enfin, règne, dans toutes les classes, le sentiment du respect dû à la loi, l'invariable attachement à ses droits, qu'il défend avec courage et persévérance, par les voies légales. La violation à l'égard d'un de ses membres, de tel ou tel droit garanti par la constitution, prend les proportions d'un danger général et est ressentie par tous les autres membres, comme s'ils étaient personnellement menacés. » (Mittermaier, Traité de la Procédure criminelle en Angleterre, ch. i.)
CONCLUSION
les journaux qui, chaque jour, à chaque heure et dans chaque partie du pays, signalent les moindres incidents el mettent en mouvement l'opinion, qui est le plus absolu et le plus irrésistible des pouvoirs 1 :
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Mobilitate viget, viresgue aeguirit eundo Tôt linguœ. totidem ora sonant totsubregït aures2. Or, quelles sont les relations delà justice avec la presse ? Les occasions de conflit sont rares entre les pouvoirs exécutif et législatif et le pouvoir judiciaire, niais entre ce dernier et le quatrième pouvoir, elles sont incessantes. Tous les actes des magistrats sont scrutés, analysés , discutés ; on blâme la nomination de celui-ci 3, on conteste la compétence de celui-là, on trouve l'un trop sévère, l'autre trop indulgent, etc. C'est un perpétuel bourdonnement, qui s'élève, de toutes parts à la fois. Les juges peuvent le faire cesser,
1 . — « L'opinion aujourd'hui est la maîtresse souveraine et elle parle par l'imprimerie. La représentation du pays par la presse est bien plus complète que la représentation par le parlement. Celle-ci a été l'heureux expédient d'un âge plus grossier, lorsqu'il y avait une seule classe capable de faire la besogne de la communauté, mais ce système laisse voit plus d'un symptôme d'affaiblissement. Il est dominé par une représentation nouvelle plus vigoureuse et plus complète, qui s'empare
od rôle et qui le remplit efficacement et au sein de laquelle les discussions sont [dus loyales et souvent plus approfondies et plus éclairées. » (Disraeli, Coningsby.)