Voir vol. I, p. 211 ; vol. 11, p
CONCLUSION
système judiciaire tiennent infiniment plus a la valeur dos magistrats qu'à celle des institutions.
Pourquoi n'en est-il pas ainsi dans noire pays? C'est que, pour être irrésistible, l'opinion doit être à peu près unanime. 11 faut que chacun ressente le tort fait à son ennemi, si ce n'esl par générosité, du moins par intérêt bien entendu et avec la pensée de: hodie tiôi, cras mihi. Quand un scandale se produit, l'Anglais ne recherche pas si la victime appartient ou non à son parti; il s'indigne el s'emporte et sa clameur devient telle qu'elle est partout entendue. Eu France, la plus monstrueuse sentence a des critiques et des approbateurs : si elle frappe un monarchiste, les républicains la trouvent trop douce; si elle atteint un républicain, c'est le résultat inverse. Au milieu de ce tumulte, lejuge ne s'inquiète plus de l'opinion, car il ne sait qui la représente, ou plutôt, s'il n'est pas un héros, il recherche les suffrages de ceux qui peuvent assurer son avancement et il se fait un titre des attaques dirigées contre lui par les ennemis du pouvoir. Les Français croient posséder cette grande et noble chose, que l'on nomme la liberté, parce qu'ils inscrivent ce mot sur leurs monuments publics ou qu'ils l'impriment sur les papiers officiels ; les Anglais négligent ces enfantillages: la liberté n'est pas affichée sur leurs murs, mais elle pénètre tout de sa sève vivifiante, elle est dans leurs lois et, ce qui vaut mieux encore, elle est dans leurs mœurs: ils ont la proie, nous n'en avons que l'ombre.
LE PERSONNEL JUDICIAIRE