‹ Le système judiciaire de la Grande BretagneChapitre 461 sur 481 · Voir vol. Il, p · texte numérisé non relu

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LA JUSTICE CRIMINELLE

de sang-, dans une chambre, mais il ne peut, répéter un mot de ce que lui ont dit d'autres personnes (liearsay), ni donner un renseignement sur la moralité de l'accusé. Puis vient le médecin : celui-ci expose qu'on l'a appelé près d'une femme blessée par un coup de revolver et qui est morte le lendemain; lui non plus ne peut pas reproduire les paroles qu'il a entendues. Il faudrait pourtant savoir ce qui s'est passé : c'est ici qu'apparaît, dans toute sa beauté, la loi sur Yevidence.

Pour établir la vérité, il y a deux moyens : les présomptions et les preuves. Si l'accusé était un mari tendre, fidèle et aimé de sa femme, on peut croire à un accident ; si c'était le contraire, le crime est probable. Il serait naturel de demander aux parents, aux amis, ce que la victime leur avait dit à cet égard : point du tout, c'est un témoignage de ouï-dire (Iiearsay), qui n'est pas admissible. On pourrait, du moins, connaître ce qui se passait, dans cet intérieur ; les domestiques doivent le savoir, seulement, il leur est interdit de répéter ce que leur a dit leur maîtresse ; ils peuvent simplement raconter ce qu'ils ont vu de leurs propres yeux et, comme il est probable que l'accusé n'a pas maltraité sa femme en leur présence, leur déposition n'a pas grand intérêt. En tous cas, s'ils n'ont pas été achetés pour se taire ou pour mentir, qu'ils prennenl^garde au cross eœaminationl Non seulement le défenseur tentera de les mettre en contradiction avec eux-mêmes ou avec leurs camarades, mais encore il essaiera de prouver que leur témoignage n'a aucune valeur, en leur posant des questions sur leurs antécédents et en les forçant à dévoiler leurs propres turpitudes.

CONCLUSION

Quoi qu'il en soit, il n'y a jusqu'ici que des présomptions. En admettanl même que L'accusation aitétabli ce faitj malheureusement trop fréquent, qu'un ivrogne a, plusieurs lois, frappé sa femme, on ne peut pas en conclure qu'il a voulu la tuer. Où sont les prouves? Le drame n'a eu que deux témoins : l'un est accusé, et il esl muet, de par la loi, l'autre est mort, mais, avant de rendre le dernier soupir, il a parlé, sous la foi du serment, dans un moment où la plus vile créature n'oserait mentir; il a raconté à un magistrat, en présence même de l'accusé, toutes les circonstances du crime,, l'infâme conduite du meurtrier, ses ignobles motifs, ses raffinements de cruauté. La vérité est donc connue, elle est là, on la tient. Non, non, elle est contenue dans une déclaration de mourant (dying déposition) et Je défenseur s'oppose absolument à ce que Ton en donne connaissance. Le juge reconnaît que la déposition a été régulièrement reçue par un magistrat, que l'accusé, étant présent, a pu cross-examine la victime, que cette dernière savait positivement qu'elle allait mourir et avait perdu tout espoir de survivre... seulement, il cl ail possible qu'elle eût conservé, au fond du cœur, la pensée que peut-être la mort viendrait le lendemain et non le jour même : dès lors, ce témoignage est inadmissible et le jury ignoré absolument le premier mot de ce que contient le seul document décisif1.

Alors, l'accusation s'effondre et il arrive souvent qu'en présence de cet incident l'avocat qui poursuit déclare renoncera la soutenir, auquel cas le juge invite le jury à répondre immédiatement non coupable. Si

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