DECRET DU I*' AOUT 179^, SUR L UNIFORMITE ET LE SYSTEME GENERAL
« La Convention Nationale, convaincue que Tuniformité des poids et mesures est un des plus grands bienfaits qu'elle puisse offrir à tous les citoyens français;
» Après avoir entendu le rapport de son Comité d'instruction publique sur les opérations qui ont été faites par l'Académie des Sciences, d'après le décret du 8 mai 1790,
» Déclare qu'elle est satisfaite du travail qui a déjà été exécuté par l'Académie sur le système des poids et mesures, qu'elle en adopte les résultats pour établir ce système dans toute la République, sous la 'nomenclature du Tableau annexé à la présente loi, et pour l'offrir à toutes les nations.
» En conséquence, la Convention Nationale décrète ce qui suit :
Le Mètre provisoire. 3 1
» Article premier. — Le nouveau système des poids et mesures, fondé sur la mesure du méridien de la Terre, et la division décimale, servira uniformément dans toute la République.
» Art. 2. — Néanmoins, pour laisser à tous les citoyens le temps de prendre connaissance de ces nouvelles mesures, les dispositions de l'article précédent ne seront obligatoires que dans un an, à compter du jour de la publication du présent décret. Les citoyens sont seulement invités d'en faire usage avant cette époque.
» Art. 3.' — Il sera fait, par des artistes au choix de l'Académie des Sciences, des étalons des nouveaux poids et mesures qui seront envoyés à toutes les administrations de départements et de districts.
» Art. 4. — L'Académie des Sciences nommera quatre commissaires pris dans son sein, et le Comité d'instruction publique en nommera deux pour surveiller la construction des étalons; ils en constateront l'exactitude, et signeront les instructions destinées à accompagner les envois qui seront faits par le ministre de l'intérieur.
» Art. 5. — L'Académie des Sciences enverra au Comité d'instruction publique un devis estimatif des frais qu'exigera la construction des étalons, pour que la Convention en puisse décréter les fonds nécessaires.
» Art. 6. — Ces étalons seront conservés avec le plus grand soin dans une armoire destinée à cet objet, dont la clé restera entre les mains d'un des commissaires de chaque corps administratif.
» Art. 7. — Afin d'empêcher la dégradation des étalons, les corps administratifs nommeront, dans chaque chef-lieu de département ou de district, une personne éclairée pour assister à la communication que les artistes prendront de ces étalons, dans la vue de construire des instruments de mesure et de poids à l'usage des citoyens.
» Art. 8. — Dès que les nouveaux étalons seront parvenus aux administrations de district, toutes les m.unicipalités de chaque district seront tenues de faire construire des instruments de mesure et de poids qui resteront déposés à la maison commune.
» Art. 9, — Le recueil des différents mémoires rédigés jusqu'à présent par les commissaires de l'Académie, qui comprend les détails des opérations faites pour parvenir au nouveau système des poids et mesures, sera imprimé et accompagnera l'envoi des étalons.
32 Chapitre III.
» Art. io. — La Convention charge l'Académie de la composition d'un livre à l'usage de tous les citoyens, contenant des instructions simples sur la manière de se servir des nouveaux poids et mesures, et sur la pratique des opérations arithmétiques relatives à la division décimale.
» Art. II.. — Des instructions sur les nouvelles mesures et leurs rapports aux anciennes les plus généralement répandues entreront dans les livres élémentaires d'arithmétique qui seront composés pour les écoles nationales (* ), »
En vertu de Fart. 4 de cette loi, le Comité d'instruction publique nomma Arbogast et Fourcroy (6 août). De son côté, l'Académie nomma pour ses commissaires, le 7 août. Borda, Lavoisier et deux autres membres dont nous ne connaissons pas les noms : ce fut un de ses derniers actes.
En effet, sur un rapport de Grégoire, qui avait déclaré que
C) Le Tableau des nouveaux poids et mesures qui termine ce décret est reproduit dans le Tableau de notre Chapitre VII.
Ce Tableau indique, comme multiples du grave (kilo), le bar (looo graves), le décibar et le centibar. D'autres multiples furent créés par un décret du 28 frimaire an II (18 décembre 1793), ainsi conçu :
tt La Convention Nationale, après avoir entendu le rapport de son Comité des assignats et monnoies, décrète ce qui suit :
» Art. I. — La division des poids au-dessus du grave sera la même dans toute l'étendue de la République.
» Art. 2. — Ces p^ids seront de deux, de cinq, de dix et de vingt graves.
» Art. 3. -^ La Cotnmission générale des monnoies est autorisée à faire fabriquer le nombre nécessaire de poids d'un, de deux, de cinq, de dix et de vingt graves pour l'usage des ateliers monétaires.
» Art. 4. — La Commission des poids et mesures est chargée de vérifier et d'étalonner les nouveaux poids destinés aux ateliers monétaires. »
Enfin, un autre décret du 3o nivôse an II (19 janvier 1794) remplaça le nom de pinte (millième du cade ou mètre cube) par celui de cadil, devenu plus tard le litre.
Une première expédition de la loi du i«'" août 1793 renfermait diverses fautes, ce qui nécessita le décret suivant, daté du 9 septembre 1793 :
(' La Convention Nationale décrète que l'expédition d: la loi relative à l'uniformité des poids et mesures pour toute la République française, envoyée dans les départements, est retirée, à cause des fautes qu'elle contient, et qu'elle sera réimprimée et renvoyée de nouveau. ()
Le Mètre ^provisoire.
« comme il ne doit exister dans un gouvernement sage aucune institution parasite, le fauteuil académique doit être renversé », le lendemain, 8 août, la Convention supprima toutes les académies (*).
L'art. 2 du projet de Grégoire portait, en somme, le maintien de l'Académie des Sciences; mais il ne fut pas voté. L'Académie, qui espérait la prolongation provisoire de son existence, décida de se constituer en club libre, pour continuer les travaux dont l'avait chargée le décret du i^"" août; et le Comité d'instruction publique acquiesça à cette combinaison. Mais des initiatives particulières créèrent des entraves inattendues, et l'Académie ne put se réunir : son agonie n'avait été prolongée que de quelques jours.
^') Dans ses 3Iémoires, t. I, p. 35o, Grégoire s'est ainsi expliqué à ce sujet: « Chamfort, l'un des quarante^ dans un écrit très piquant, montrait au public sa compagnie toujours prête à ramper devant la puissance et demandait la suppression des académies. Monge tenait le même langage. Une défaveur assez générale planait sur toutes les corporations.... Tout ce qu'il y avait de gens sensés au Comité furent d'avis que, pour conserver les hommes et les choses, il fallait avoir l'air de céder aux circonstances et proposer nous-mêmes la suppression des académies, en exceptant celles des Sciences, celle de Chirurgie Ci les Sociétés de Médecine et d'Agriculture.... »