DÉTERMINATION DE L'UNITÉ DE POIDS
Dès qu'on eut songé à créer un nouveau système de poids et mesures, on résolut de déduire l'unité de volume de l'unité de longueur, puis de déduire l'unité de poids de l'unité de volume. Et lorsque l'Académie discuta le plan général du nouveau système, elle choisit pour unité de poids le poids du décimètre cube d'eau distillée, pesée dans le vide et à la température de la glace fondante (*).
D'après cette définition, il suffirait de remplir d'eau un vase cubique, dont le côté aurait un décimètre : le poids de cette eau serait la nouvelle unité de poids. Plus généralement il suffirait de peser l'eau contenue dans un vase de volume connu. Mais ce procédé serait sujet à plusieurs causes d'erreur, parmi lesquelles nous citerons celle qui tient à la difficulté de mesurer les dimensions intérieures d'un vase pour en déduire son volume. Et pour n'avoir à mesurer que des dimensions extérieures, on se basa sur ce principe que tout corps, plongé dans un fluide qui ne l'altère
(*) Plus tard, et afin de ne pas présupposer l'existence .d'une échelle thermométrique, l'unité de poids fut définie : le poids du décimètre cube d'eau distillée pesée dans le vide et prise à son maximum de densité. (Voir Buse du Syat. métr., t. III, p. 563 et 635. )
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pas, perd de son poids une partie égale au poids du fluide déplacé par ce corps.
Il fallait donc prendre un solide dont on pût calculer le volume, et le peser successivement dans le vide et dans l'eau.
Pour que le volume de ce corps puisse être calculé, il doit avoir une forme géométrique, ou du moins s'en écarter bien peu. Les solides géométriques qui parurent les plus faciles à vérifier, sont le parallélépipède droit et rectangle (<), et le cylindre droit : c'est ce dernier qui fut définitivement adopté, et Fortin en construisit trois qu'il travailla par « des procédés particuliers de son invention (^) ». Le même artiste construisit le comparateur (^^. 3, 4, 5 et 6) de son invention destiné à mesurer les dimensions des corps solides, ainsi que les balances ('^j et les poids (*) qui ser-
{*) D'après un rapport de Fourcroy (Foir p. 44.), des essais furent faits avec un cube, mais nous ne connaissons ni les raisons qui le firent abandonner, ni les résultats auxquels il avait conduit. Le procès-verbal d'enlèvement des objets qui se trouvaient chez Lavoisier, et qui appartenaient à la Commission des poids et mesures, ne mentionne pas de cuhs. (P'oir J. Guillaume, Procès-verbaux du Comité d'Instruction publique de la Convention Nationale, t. m, p. 241.) Il n'en est pas question non plus dans une liste, donnée par Lavoisier, des objets construits par Fortin. (Lavoisier, OEuvres, t. VI, p. 674.) — Deux cubes de cuivre, travaillés par l'opticien Laroche, sont mentionnés dans Lavoisier, OEuvres, t. VI, p. 693.
(*) Lavoisier, OEuvres, t. VI, p. 674. On dit que ces trois cylindres « ont servi à déterminer le poids du décimètre cube d'eau distillée ».
(') Les balances employées d'abord avaient été prêtées par Lavoisier, et en septembre I7g3 elles devaient être transportées dans les locaux de la Commission temporaire des poids et mesures. Elles étaient au nombre de trois : une pesant jusqu'à 3o livres, unj pesant jusqu'à une livre, et une pesant jusqu'à 4 gros. (Lavoisier, OEuvres, t. VI, p. 690.) Ce sont sans doute celles qui sont mentionnées au procès-verbal de la levée des scellés de chez Lavoisier, le 19 nivôse an II (J. Guillaume, loc. cit., t. [II, p. 242), et dont la première était de Fortin et les deux autres de Meynié l'aîné. D'ailleurs, Borda et Lavoisier avaient commandé trois autres balances, « une que construit Fortin,' qui pèsera jusqu'à 60 livres » au moins et qui est destinée à peser les solides qui doivent servir à établir définitivement » le poids du mètre cube d'eau distillée, et deux autres pour l'étalonnage des poids, qui >) sont exécutées par le citoyen Fourché. » (Lavoisier, OEuvres, t. VI, p. 691.)
{*) Fourché, balancier-ajusteur de la Monnaie, avait fabriqué aussi divers objets et » secondé les citoyens Borda et Lavoisier avec beaucoup de zèle et de patience pour l'ajus- » tement des nouveaux poids ». (Lavoisier, OEuvres, t. VI, p. 675.)