‹ Le système métrique des poids et mesures: Son établissement et saChapitre 29 sur 131 · MÉDAILLE COMMÉMORATIVE · texte numérisé non relu

MÉDAILLE COMMÉMORATIVE

L'Institut avait ainsi terminé les opérations scientifiques demandées successivement à l'ancienne Académie, à la Commission temporaire, à l'Agence temporaire et à Tlrislitut lui-même. Les étalons définitifs durent alors être substitués aux étalons provisoires par une nouvelle loi.

Le coup d'Etat du i8 brumaire venait de remplacer le Directoire par une « Commission consulaire executive » (Siéyès, Roger-Ducos, Bonaparte) et d'ajourner les Conseils des Anciens et des Cinq-Cents : à la place de ceux-ci il avait installé deux Commissions de vingt-cinq membres chacune, dites a Commissions législatives intermédiaires », qui ne pouvaient statuer « sur tous les objets urgents de police, de législation et de finance », que sur la proposition formelle et nécessaire de la Commission consulaire executive; Ja Commission des Cinq-Cents avait l'initiative; celle des Anciens avait l'approbation.

C'est dans ces conditions que, le 4 frimaire an VIII, la Commission consulaire adressa au Conseil des Cinq-Cents un message

Adoption légale des étalons définitifs. 173

l'invitant à sanctionner par une loi les nouveaux étalons et à faire frapper une médaille commémorative.

Ce projet fut renvoyé à la section de législation. Voici le Rapport, confié à Chollet, et lu au Consei.l dans la séance du 12 frimaire an VIII [3 décembre 1799 (*)] •

Chollet. — a Déterminer la longueur exacte du mètre, c'està-dire d'une mesure qui, en proportion avec la taille ordinaire des hommes et avec l'ouverture la plus naturelle et la moins gênée de ses bras, fût prise sur une surface d'une étendue invariable, sur laquelle on pût, dans tous les siècles les plus recules, la vérifier et la retrouver même si elle était perdue, tel était le problème à résoudre. Il devenait d*autant plus intéressant de le faire avec précision, que les divisions ou les multiples de cette même mesure appliqués aux masses, aux surfaces et aux capacités devaient, par des procédés simples et pareillement invariables, servir à conïpléter le système de Tuniformité des poids et mesures calqués sur la même base. Comme tout change sur le globe terrestre, hors sa masse et sa convexité qui restent toujours les mêmes, le globe seul pouvait donner avec exactitude, dans une portion déterminée de sa circonférence, cette mesure invariable que Ton cherchait. Il fallait, en toisant la longueur d*un certain nombre de degrés du méridien terrestre, déterminer par une règle de proportion la mesure exacte de Tare compris entre le pôle et l'équateur.

» Cette immense opération fut entreprise aussitôt que conçue; et vers le milieu de 1793, les travaux déjà faits dans cet objet

(*) Moniteur univertcl ^\x l3 frimaire an VIII, p. 389-290.

174 Chapitre XIX,

avaient donné la' certitude que les lo millionièmes parties de cet arc du méridien du pôle à l'équateur, donnaient une longueur de 3pie.i» j i lignes gt quclques fractions de ligne. L'assurance qu'il ne pouvait y avoir à cet égard. qu'une différence presque insensible^ et l'empressement de faire jouir la nation française de la précieuse uniformité que Ton cherchait à établir dans les poids et mesures, déterminèrent la Convention Nationale à fixer provisoirement, par la loi du i" août 1798, la longueur du mètre à 3p*«<** i iii«n«» et j^. Les opérations faites depuis, par des savans chargés de ce travail, les citoyens Méchain et Delambre, qui y ont apporté des soins et une précision véritablement dignes de notre reconnaissance et de notre admiration, ont prouvé que le mètre véritable n'était que de -f^ de ligne plus court que le mètre déclaré provisoire.

» Cette différence serait insensible ou pour mieux dire nulle, dans les mesurés d'usage; puisqu'en ayant égard à la différence des températures auxquelles on a rapporté le mètre provisoire et le mètre définitif, le premier n^ excède la longueur de l'autre que de -^ de ligne par mètre,^ ce qui ne donne que 8 lignes environ sur 100 aulnes d'ancienne mesure. Mais dans une opération aussi grande, aussi importante, et dont la République française ofire le résultat à la civilisation de tous les peuples de l'univers et des générations futures, les à-peu-près ne peuvent convenir; et les savans qui l'ont entreprise croiraient que la moindre erreur lui ôterait la partie essentielle de son mérite, qui doit consister dans une précision et une exactitude aussi grande que les moyens de l'humanité peuvent le comporter.

» C'est la rectification de cette erreur, légère à la vérité mais importante néanmoins, par cela seul que c'est une erreur, et la

Adoption légale des étalons définitifs. ijS

fixation définitive, tant du mètre que du kilogramme, ou poids de looo^' qui en dérive, qui sont l'objet du message que la Commission consulaire vous a adressé, le 4 de ce mois. Les consuls de la République vous proposent encore d'ordonner qu'il sera frappé une médaille pour transmettre à la postérité l'opération qui a servi de base à cette fixation.

9 La section de législation, à laquelle vous avez renvoyé ce message, a pensé que vous vous empresseriez de répondre à cette double invitation.

» Vous croirez, sans doute, que dans une opération où Ton a pris la nature pour base, on doit scrupuleusement imiter son exacte et immuable précision; et ce sera pour vous une satisfaction bien douce de vous associer, autailt qu'il est en vous, à la gloire de cette grande et utile entreprise, en ordonnant d'en transmettre le souvenir à la postérité, de la manière la plus durable que les hommes aient pu inventer.

» L'Institut national des Sciences et Arts a fourni un projet simple et parlant de la médaille qui doit être frappée pour cet objet; nous ne nous permettrons pas d'y proposer le plus léger changement.

' » Combien la mémoire de ce bienfait envers les hommes de toutes les nations et de tous les tems est digne d'honorer la nation française! Combien cette médaille sera plus précieuse aux yeux des sages, que toutes celles que les divers conquérans qui ont désolé la terre, ont fait frapper au milieu des ruines qu'ils avaient entassées et des cris plaintifs de l'Humanité.

» Vous prouverez encore par là, citoyens représentans, ^combien vous avez à cœur de conserver tout ce que notre régénération politique peut offrir de grand et d'utile au genre humain;

176 Chapitre XIX.

et vous fermerez ainsi la bouche à ces incorrigibles ennemis de notre liberté, qui, s'appropriant la victoire que vous venez, de remporter sur le brigandage et la démagogie, veulent déjà persuader aux hommes simples que toutes les institutions républicaines vont être entièrement abolies, que les anciens usages vont incessamment reparaître comme le prélude sans doute d*un retour complet à l'ancien régime^ objet de tous leurs vœux et celui de toute notre horreur.

» Voici le projet de résolution.... »

Ce projet, soumis à la Commission législative intermédiaire du Conseil des Anciens, fut rejeté à cause de ses a imperfections et revint ainsi aux Cinq-Cents. Au nom de la même section de législation, dans la séance du 18 frimaire, Chollet lut une nouvelle rédaction, qui fut approuvée, et que les Anciens approuvèrent à leur tour le lendemain : elle est devenue ainsi la loi du 19 frimaire an VIII, dont voici le texte:

« Article premier. — I.a fixation provisoire delà longueur du mètre à 3pi«.i. j i»«i"»j 44 centièmes, ordonnée par les lois du !•' août 1793 et 18 germinal an III, demeure révoquée et comme non avenue. La dite longueur formant la dix-millionième partie de Tare méridien terrestre, compris entre le pôle Nord et l'équateur, est définitivement fixée, dans son rapport avec les anciennes mesures, à Sp'***» 1 1 '•"••% 296 millièmes.

» Art. 2. — Le mètre et le kilogramme en platine déposés le 4 messidor dernier au Corps Législatif par l'Institut national des Sciences et des Arts, sont les étalons définitifs des mesures de longueur et de poids dans toute la République; il en sera remis à la Commission conâulaire des copies exactes, pour servir à diriger la confection des nouvelles mesures et des nouveaux poids.

» Art. 3. — Les autres dispositions de la loi du 18 germinal an III concernant tout ce qui est relatif au système métrique, ainsi qu'à la nomen-

Adoption légale des étalons définitifs. 177

clature et à la confection des nouveaux poids et des nouvelles mesures, continueront à ôtre observées.

Art 4. — 11 sera fabriqué une médaille pour transmettre à la postérité répoque à laquelle le système métrique a été porté à sa perfection, et l'opération qui lui sert de base.

» L'inscription du côté principal de la médaille sera : A tous les tems, à tous les peuples; et dans Texergue: République française, an VIII.

Les consuls de la République sont chargés de régler les autres accessoires. »

On voit que tandis que la loi du 18 germinal an III reconnaît un seul étalon, celui du mètre, et se borne à définir Tunité de poids sans en consacrer une représentation matérielle, la loi du 19 frimaire an VIII reconnaît deux étalons, celui du mètre et celui du kilogramme, sans d'ailleurs se préoccuper de la précision avec laquelle ce dernier répond à sa définition théorique.

Dans le rapport fait par Trallès à la Commission des Poids et Mesures, le 1 1 prairial an VII, sur Tunité de poids, il est dit (') : « Le vrai kilogramme, ou le décimètre cubique d'eau distillée au maximum de densité, pèse 18827?'^*^*»», i5 dans le vide »: la loi de l'an VIII a omis cette dernière condition et Toubli n'a été réparé que dans la loi de 1837.

DÉPÔT DES DOCUMENTS A l'oBSERVATOIRE DE PARIS.

On a vu (p. 9), que Prieur avait d'abord proposé de prendre comme unité la longueur du pendule qui bat la seconde à TObservatoire de Paris. Plus tard, après la fondation du Bureau des Longitudes, il voulut faire déposer au même Observatoire « Téta-

( *) Base (lu Système métrique^ t. III, p. 579.

B. Il

lyS Chapitre XIX,

Ion primordial » des nouvelles mesures (voir p. '84). Mais son projet ayant été rejeté, en vertu de Part. 2 (p. 65) de la loi du 18 germinal an III, cet étalon fut déposé aux Archives, qui se trouvaient alors au palais du Corps Législatif. Toutefois l'arrêté consulaire suivant confia au Bureau des Longitudes d'autres étalons, etc. :

a Paris, le !•' vendémiaire an XII.

» Le Gouvernement de la République, sur le rapport du Ministre de rintéricur, arrête :

» Articlb premibr. — Les étalons du mètre et du kilogramme, et de toutes les règles qui ont servi aux diverses mesures de la Terre, par les astronomes français, seront déposés à l'Observatoire National, sous la surveillance du Bureau des Longitudes.

» Art. 2. — Le Ministre de Tlntérieur est chargé de rexécution du présent arrêté.

« Signé : Napoléon. »

En vertu de cet arrêté, on déposa, en effet, à FObservatoire, oti ils se trouvent encore, un mètre et un kilogramme en platine, les toises du Pérou et du Nord, les règles de Borda, etc. (*), ainsi que les manuscrits (') de Delambre et de Méchain relatifs au système métrique.

Page 1