‹ Le Système Monétaire Français: Son Évolution Depuis 1936Chapitre 21 sur 102 · I. — Dévaluation d'octobre · texte numérisé non relu

I. — Dévaluation d'octobre

La dévaluation française d'octobre 1936 a été qualifiée d’inévitable par la majorité des commentateurs étrangers. Ils se sont accordés pour voir dans l’ «alignement » du franc la conséquence inéluctable des pertes d’or considérables subies par la Banque de France à partir du printemps de 1935, ces pertes étant ellesmêmes imputées principalement aux exportations massives de capitaux provoquées par les expériences malheureuses tentées en matière économique, financière et sociale par le Gouvernement de Front populaire. Des reproches ont été adressés à ce dernier cependant pour avoir trahi, en procédant à l’ « ajustement » du franc, les engagements pris envers le corps électoral.

Il est intéressant de noter que la dévaluation du franc d’octobre 1936, en causant la fin du bloc-or a été regardée par quelques critiques étrangers comme marquant également la fin d’une véritable révolution monétaire commencée en 1931 avec la crise de la livre sterling ; l’universalité de la dévaluation faisant ressortir par ailleurs qu’elle était imposée par la situation économique internationale et notamment par la baisse profonde des prix mondiaux après 1928-1929 (4).

(1) B. Nogaro : op. cit., Ch. V. La notion de monnaie et celle d’étalon monétaire.

2) A. Aftalion : Monnaie, prix et change, 1940, ch. VI, titre II, 17e partie.

3) P. Hugon : La législation récente du franc français.

4) Cette dernière thèse était soutenue en particulier en Belgique, où elle justifiait la dévaluation du belga de mars 1935. Elle avait d’ailleurs de nom-

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En ce qui concerne les résultats que la France pouvait attendre de la dévaluation de sa monnaie, on a fait remarquer en 1936, dans la plupart des pays étrangers, que si une telle opération rendait possible l’amélioration de la situation économique et financière du pays qui y avait recours, elle était toutefois impuissante à la déterminer à elle seule. Les pessimistes estimaient même que lamputation du franc était tardive, trop peut-être pour avoir tous les effets que l’on pouvait en espérer et qu’elle était mal

engagée, en particulier parce que le gouvernement français avait une politique sociale trop coûteuse.

Le succès de la dévaluation du franc était d’ailleurs unanimement considéré comme dépendant dans une large mesure du rétablissement de l’équilibre budgétaire. La France devait remettre de l’ordre dans ses finances si elle voulait que l’opération en cours soit pleinement profitable, sinon celle-ci n’aurait que des conséquences défavorables. Et l’équilibre budgétaire ne pouvait qu'être assuré, dans l’avenir immédiat, non pas par la dévaluation comme certains milieux français le pensaient, mais par une politique rigoureuse, persévérante et impitoyable d’économies.

Les rapatriements — escomptés en France — des capitaux français thésaurisés à l’étranger étaient également signalés par les commentateurs étrangers comme une des conditions essentielles de la réussite de la dévaluätion ; ils devaient en effet faciliter la reprise de l’activité économique et par suite l’amélioration de la situation financière du pays. Mais certains de ces commentateurs faisaient des réserves sur les méthodes employées ou qui étaient envisagées pour provoquer le retour des capitaux exportés et d’autres estimaient qu'il n’atteindrait pas une ampleur considérable car la politique générale poursuivie par le gouvernement n’était pas de nature à ranimer la confiance du public dans l'avenir du pays et de la monnaie française.

Pour ce qui était de l'amélioration de la balance des comptes de la France on estimait généralement à l'étranger, lors de la

breux partisans parmi les défenseurs de la dévaluation en France. Voir notamment Débats parlementaires, Ch. des députés, J. 0. du 29 septembre 1936, p. 2774, 2777.

dévaluation d'octobre 1936, que le taux de celle-ci était suffisant pour entraîner la disparition de la disparité existant entre les prix mondiaux et les prix français et par suite pour déterminer une reprise sensible des exportations françaises. A condition toutefois que la politique sociale de la France ne continuât pas à provoquer un relèvement des coûts de production. Par ailleurs on soulignait que la renaissance du tourisme en France risquait d’être freinée par les troubles sociaux, au moins temporairement, et d’une façon plus durable par la dévaluation de la monnaie suisse et. de la monnaie italienne.

En lui-même et parce qu’il avait provoqué ces dévaluations et celles de quelques autres monnaies l’ajustement du france a été considéré, en 1936, à l’étranger, du point de vue de la situation monétaire internationale, comme un pas important vers uné stabilisation générale (1).

On voyait en effet.en lui une opération susceptible de ramener l'équilibre entre les monnaies des grandes puissances et d'ouvrir de ce fait la voie à une entente monétaire mondiale sur la base des nouvelles parités. Aussi exprimait-on quelque regret que le franc se soit tardivement aligné sur les monnaies anglo-saxonnes.

On a émis également l'opinion que la dévaluation du france était la première grande simplification enregistrée par le monde monétaire depuis la crise de 4931. Le bloc-or disparu, il n'existait pratiquement plus que deux groupes de pays : ceux qui avaient une monnaie libre et dévaluée et ceux qui avaient une monnaie contrôlée conservant plus ou moins artificiellement leur ancienne parité-or. Dans les pays à contrôle des changes, et notammenten Allemagne, on &# fait remarquer en outre que la dévaluation française avait pour conséquence une extension notoire du 1er groupe, d’où ressortait plus nettement l'opposition qui existait entre les pays créanciers et les pays débiteurs, entre les: pays riches et les pays pauvres en. or. Quelques regrets ont été exprimés, dans les pays susvisés notamment, sur la désagrégation

(1) C’est ainsi que dans le Royaume Uni et aux Etats-Unis d'Amérique certains critiques estimaient qu'avec la dévaluation des monnaies du bloc-or la ‘création de nombreux fonds nationaux.de change opérant tous.sur l’or. et

linstauration d’une coopération monétaire internationale on était arrivé à une nouvelle forme d’étalon-or.

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complète du'bloc-or. On: l’a considérée:et par suite également la dévaluation française comme un nouvel élément devant entretenir l'incertitude et la confusion dansle monde monétaire car le bloc-or avait garanti jusqu’au 25 septembre:1986 la stabilité des monnaies dans: un certain rayon. En général d’ailleurs on: ne croyait pas que la fin du:bloc-or signifiât la disparition définitive de l’étalon-or (1). Enfin: il est bon de souligner que ce qui intéressait surtout les autorités: monétaires anglo-saxonnes dans la dévaluation française c'était l'incidence qu'elle pouvait avoir sur le rapport livre sterling-dollar, les rapatriements de capitaux français placés à Londres étant susceptibles d'entraîner une dépréciation de la livre par rapport au dollar.

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Les commentateurs étrangers qui voyaient dans la dévaluation du franc d'octobre 1936 une: opération de nature: à favoriser la stabilisation des monnaies (2) l’ont saluée pour cette raison comme l’augure d’un retour à la prospérité du commerce international. En effet, aux termes: du point 4 de la déclaration commune du 25 septembre 1936 elle devait être le point de départ d’un allégement notable des restrictions de change et des barrières douanières (taxes et contingentements) instituées par la plupart des pays pour se défendre contre la concurrence de l'étranger favorisée par les manipulations monétaires.

Dans.la plupart des pays étrangers on estimait qu’au point de vue commerce: international la dévaluation du franc se faisait dans les meilleures conditions pour l’étranger. En:effet elle avait seulement pour objectif d'adapter les prix français au niveau des prix directeurs mondiaux, c’est-à-dire pratiquement des prix anglo-saxons: En:septembre 1936, juste avant la conclusion de l'accord tripartite, les experts anglo-saxons pensaient que: le franc était surévalué de 12% environ. par rapport à la livre sterling et de 26%, par rapport au dollar sur la base des prix de groset-respectivement de 35% et de 50:% sur:la base du coût de là vie: Une dépréciation du franc de l’ordre de 30 % n’était: done

(1) Le Chancelier de l’Echiquier déclara notamment en novembre 1936 que l’on reviendrait un jour à un étalon-or international.

(2) Des:déclarations ‘en ce:sens furent faites notamment par le professeur

Cassel, le- professeur Sprague: et le Secrétaire du Trésor des Etats-Unis M. Morgenthau.

pas une manifestation de concurrence déloyale ». Aussi loin . d’obliger les autres pays à déprécier leur monnaie respective devait-elle assurer la consolidation des cours des changes et faciliter ainsi les échanges internationaux. On ne s’attendait pas d’ailleurs à l’étranger à une baisse très prononcée des prix français en monnaies étrangères : d’une part les exportateurs français devant être désireux de retrouver leurs marges de bénéfice et d’autre part les coûts de production français ayant tendance à s’accroître.

Dans les milieux où la dévaluation du franc a été regardée comme une aggravation de l'instabilité monétaire, c’est-à-dire principalement dans les pays à change contrôlé de l'Europe centrale on a nié qu’elle pouvait déterminer un renouveau du commerce international. On y déclarait que celui-ci dépendait avant tout d’une meilleure répartition de l'or (1) et des sources de matières premières. On y estimait par ailleurs que la dévaluation du franc — et celle des autres monnaies-or — allait rendre plus difficile l’équilibre des comptes de clearing — la diminution du produit des exportations n’étant compensée que partiellement par la baisse relative des prix des importations — et le service de la dette extérieure et par suite le retour des pays susvisés dans le concert économique mondial.

La quasi-unanimité signalée à propos des commentaires sur l’opportunité et les conditions de succès de l’ « alignement » du franc d'octobre 1936 se retrouve dans les explications données à l'étranger relativement aux causes de l’échec de cette opération.

En premier lieu on signalait la faiblesse des rentrées de capitaux thésaurisés à l’étranger qui n’avait pas permis l’amélioration escomptée de la situation économique et de la trésorerie de l'Etat. Le peu d’empressement des capitalistes à rapatrier leurs avoirs à l'étranger a été imputé, ainsi d’ailleurs que la reprise par la suite des exportations de capitaux, à la persistance des troubles sociaux et de la mauvaise gestion des finances publiques. Si la dévaluation d'octobre 1936 n’a pas réussi, a-t-on dit à l’étran-

(1) Idée déjà exprimée antérieurement à maintes reprises. Cf. notamment Bank-Archiv du 1% août 1930 : La crise mondiale, le problème de l’or et les dettes de guerre, par P. Dalberg.

tar

ger, c’est essentiellement parce qu’elle à servi non pas à l’assainissement de ces finances mais à l'exécution d’un vaste programme social.

Par ailleurs celle-ci a entraîné un relèvement des prix de revient français qui a annihilé rapidement les effets stimulants de la dévaluation. sur les exportations françaises, soulignait-on également à l'étranger.

En conséquence, dès le début de 1937 on y considérait Fe la position technique du franc était devenue plus mauvaise qu’en septembre 1936 et qu’une nouvelle dévaluation paraissait certaine. Mais on se demandait si une dépréciation du franc jusqu’au niveau inférieur fixé par la loi du 1er octobre 1936 serait suffisante.

Il. — Dévaluation de 1937 (juin-juillet).

La dévaluation de juin-juillet 1937 a été l’objet d’appréciations de la part de l’étranger identiques à celles qui viennent d’être indiquées à propos de l’ « alignement » d'octobre 1936 relativement à son opportunité, ses conditions de succès et les causes de son échec.

Quant à la suppression des limites entre lesquelles la valeur-or du franc pouvait fluctuer elle a été généralement bien accueillie: On estimait que les autorités françaises avaient suivi le droit chemin en permettant au franc de trouver graduellement son «niveau naturel ». Cette façon de faire allait permettre une défense plus efficace et moins coûteuse du franc et son alignement sur les autres devises plus normalement que par sa stabilisation à un niveau inférieur. L'opinion prévalait dans les milieux compétents anglo-saxons qu'il était nécessaire que le franc restât élastique tant que n’aurait pas été rétabli un équilibre durable entre le système économique de la France et celui de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, équilibre qui était l’un des buts essentiels de l’accord monétaire tripartite.

On admettait dans les mêmes milieux, parfois avec une certaine réticence toutefois, que la nouvelle dépréciation du franc n'était pas en contradiction avec le dit accord. Elle n’était pas imputable en effet à un désir de la France d'obtenir des avantages commerciaux sur les marchés internationaux. Aussi ne fallait-il pas s'attendre à ce que la nouvelle amputation du franc amenât une dévaluation des autres monnaies et portât un

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