‹ Le Système Monétaire Français: Son Évolution Depuis 1936Chapitre 23 sur 102 · III. — Dévaluation de mai · texte numérisé non relu

III. — Dévaluation de mai

Le « repli » du franc de mai 1938 a été qualifié dans de nombreux articles d'auteurs étrangers de « décision courageuse ». Le jugement le plus couramment émis par la critique économique anglo-saxonne était qu'après avoir suivi pendant des années une politique monétaire à courte vue le gouvernement français paraissait devoir revenir au réalisme. Jusqu’alors il n'avait permis une dépréciation de la monnaie qu’au moment où elle était inévitable. Par contre en mai 1938 la dévaluation du franc était le résultat d’une action concertée. Au lieu de laisser se dérouler les événements jusqu’au jour où le franc se serait progressivement déprécié il était préférable de dévaluer d’un seul coup.

Mais on ne s’est pas fait faute à l'étranger de rappeler que deux dévaluations successives n’avaient pas résolu les problèmes financiers et économiques qui se posaient en France et que la troisième était également incapable de les résoudre à elle seule ; toutefois on a admis généralement qu'elle contenait plus de promesses que les deux précédentes et que l'amélioration de la si- . tuation économique et financière de la France n’était plus une vague possibilité mais pouvait devenir une réalité à brève échéance. En effet le « repli » du franc était complété par un ensemble de mesures que l’on considérait comme susceptibles d’apaiser l'agitation sociale et politique, de remettre l’ordre dans les finances nationales, de rétablir la confiance et l'esprit d’entreprise. De ce fait elles devaient stimuler le rapatriement des. capitaux exportés et plus généralement entraîner une amélioration des facteurs essentiels de l’activité du pays.

En elle-même la dévaluation a été considérée par de nombreux

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auteurs comme un phénomène d’une importance secondaire. Ce qui, à Jeur avis, était plus intéressant.dans le repli du franc était la fixation d’une limite au delà de laquelle on ne de laisserait pas tomber. Cette décision offrait les meilleures perspectives de stabilisation monétaire qui n’avaient.existé en France depuis longtefüps. On estimait qu'un franc stabilisé, sinon en droit, du moins en fait était préférable à une monnaie flottante (1), Surtout si l’on voulait assister à un retour appréciable de capitaux exportés. Par ailleurs l'élimination escomptée des incertitudes relatives à l’avenir du franc allait contribuer grandement a Ja stabilisation de fait mondiale car depuis octobre 1936 le franc avait été la seule monnaie, parmi les principales, à subir de violentes fluctuations. Quant au cours limite de 179 francs pour une livre sterling, fixé par le gouvernement français, il a été considéré à l’époque comme devant faciliter la défense du franc. Nombreux d’ailleurs étaient les experts étrangers qui :envisageaient un redressement progressif du franc aux environs de 175 francs pour une livre (2).

D'une manière générale la sous-évaluation du franc qui résultait de la fixation du cours limite précité n’était pas regardée à l'étranger comme susceptible. de troubler l'équilibre du commerce international. D'une part en effet elle n’était, aux dires des experts anglo-saxons, que de 11% environ par rapport à la livre sterling et de 9 % par rapport au dollar et la tendance des prix et des coûts de production en France, fermement orientée à la hausse allait probablement la corriger en majeure partie. D'autre part malgré la dépréciation pratiquement ininterrompue depuis 1936 du franc sur les marchés des changes les exportations françaises, exprimées en or, n'avaient atteint, en 1937, que la moitié de celles de 1929. Ainsi la France n’avait pas retiré des dépréciations antérieures de sa monnaie des avantages dans le commerce international. Les pays adhérents à l’accord tripartite ont donc considéré que la France n’avait pas rompu les engagements pris dans cet accord ; ce dernier était toujours en vigueur,

Mais la plupart des commentateurs étrangers n’appartenant

(1) I y avait donc contradiction avec les appréciations émises en juin” juillet 1937. Mu Ce. 5 (2) De son côté Je président du Conseil français avait déclaré. en mai 4938 : « L'épargne pourra donc s'investir dans notre monnaie nationale sans craindre x dégradation nouvelle et même en escomptant plutôt une valeur accrue u iranc. »

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pas au bloc anglo-saxon n’ont pas manqué de souligner que le « repli » de mai 1938 effectué par le franc montrait que le pacte monétaire de septembre 1936 n'avait pas les vertus qu’on s'était plu à lui attribuer à l’origine. En particulier l’aide qu’il avait procurée à la monnaie française avait été pratiquement nulle. Ils reconnaissaient d’ailleurs qu'il était très difficile d'établir à quel cours respectif franc français, dollar U. S. A. et livre sterling étaient en équilibre l’un vis-à-vis de l’autre.

Enfin pour ce qui concerne les autres monnaies on ne pensait pas que la nouvelle dévaluation du franc puisse avoir sur la structure des changes européens des répercussions aussi sensibles que celle d'octobre 1936 (1).

$ 3. — L’ÉCHEC DE L’ACCORD TRIPARTITE POUR CE QUI CONCERNE L’UNITÉ MONÉTAIRE FRANÇAISE.

Les événements qui se sont déroulés depuis octobre 1936 prouvent clairement que la monnaie ne se fortifie pas en se dématérialisant, qu’une monnaie flottante, privée de toute base métallique ferme, est plus exposée aux influentes déprimantes de toute nature qu’une monnaie définie par un poids fixe d’or (2). Le tableau ci-après, qui résume l’évolution de la valeur du franc français par rapport à sa valeur de juin 1928 et d'octobre 1936, déduite des modifications survenues dans sa teneur-or, montre qu’elle n’a pas cessé de se déprécier depuis 1936.

Il ressort de l’évolution de la valeur-or de l’unité monétaire française depuis 1936 que l'accord tripartite n’a pas pu en garantir la stabilité. La stabilité du change d’une monnaie ne peut être assurée par les seules conventions internationales. Elle demande également une bonne gestion des affaires nationales, une activité économique soutenue du pays, et une situation politique intérieure saine, en supposant, évidemment, l'absence de toute crise économique ou politique internationale.

(1) Voir sur la liste des périodiques donnée à la fin de cet ouvrage les revues étrangères dans lesquelles ont été publiées les principales appréciations sur les déva uations du franc. Consulter également les Financial News, le Financial Times pour la G.-B., le Journal of Commerce pour les E.-U., V’Echo de la Bourse pour la Belgique,la Frankfürter Zeitung et la Koelnische ZeitungFpour l'Allemagne, le Bulletin mensuel de la Société de Banque Suisse.

(2) Voir Annexe IV : Cours du franc à l'étranger.

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