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II. — L’OPPORTUNITÉ D’UNE DÉVALUATION DU FRANC FRANÇAIS

Bien que le cours de 20 fr. pour 1 R. M soit toujours en vigueur, les autorités monétaires françaises n’ont pas révisé la valeur du franc par rapport à l’or, au dollar et aux autres monnaies (1), elles n’ont pas dévalué. La dévaluation est en effet

(1) Ainsi qu’en témoignent les cours pratiqués par le fonds de stabilisation

entièrement opposée à la ligne de conduite qu’entend suivre le gouvernenrént français. D’ailleurs la dévaluation de la devise nationale n’à de raison d’être véritable que sous un régime de pleine liberté monétaire et de liberté économique au moins relative. Sous le régime de contrôle des changes, des mouvements internationaux de capitaux et de marchandises, auquel la France est actuellement soumise, une dévaluation monétaire n’entraînerait pas un afflux de capitaux de l'extérieur, ni une stimulation de l’activité économique. Quant à la plus value comptable dont bénéficierait le Trésor, elle ne ferait que masquer, sans faire illusion à personne, une inflation supplémentaire au profit de l'Etat.

Par contre, à une époque où l’extrême abondance des liquidités monétaires dans les classes aisées de la population, se conjugant avec l’épuisement des stocks, détermine malgré les mesures officielles, une hausse déréglée des prix, une dévaluation du franc aurait, sans aucun doute, les effets les plus nocifs. Le renchérissement des quelques produits dont l'importation est encore actuellement possible constituerait un facteur de hausse générale. Pareille mesure sérait en outre de nature à stimuler la fuite devant la monnaie, qui n’a que trop tendance à s’accélérér, et tout le processus d'inflation qui conduit à la destruction totale de l’économie nationale.

Quels arguments pourrait-on faire valoir pour justifier une dévaluation du franc français dont nous venons de montrer l’inopportunité ? Malgré le bouleversement des conditions monétaires françaises dû à la guerre et à la défaite, il ne semblé pas que l’on puisse conclure présentement de l’exarnen des éléments sur lesquels repose la valeur d’une monnaie qu’une amputation de celle du franc serait indiscutablement légitime.

C’est ainsi que, malgré la diminution actuelle de la capacité de production française, celle-ci n'a pas été très gravement atteinte par les destructions résultant de la guerre. Elle pourra regagner assez rapidement un niveau satisfaisant dès que, après. le ‘retour des prisonniers, la population toute entière s'étant rémise au travail, les entreprises disposeront de la mäin:d’'œtvre ét dés matières premières nationales nécéssaires. Cétté éVüli-

et les taux de conversion inclus dans les accords de compensation passés avec

lés'pays autrés que céux ücéupés par l’Allémagne.

tion favorable s’accélérera dans la mesure où séront atténuées les restrictions apportées aux échanges commerciaux internationaux et notamment aux importations de matières premières étrangères. Toutefois il est peu probable que la liberté complète soit rendue dans un avenir rapproché au commerce extérieur et, par suite que puisse se manifester un déséquilibre de la balance des comptes susceptible d'entraîner une dépréciation du franc. Par ailleurs le fait que l’encaisse de la Banque de France et du Fonds de stabilisation se trouve en grande partie en territoire étranger et que les autorités monétaires françaises ne peuvent pas en disposer actuellement, est insuffisant pour justifier une dévaluation. La stabilité d’une monnaie d’un pays ne dépend pas uniquement de l'importance, en valeur absolue, des ressources en or et en devises de ce pays.

Le plus grave danger qui menace la monnaie française réside dans les lourdes charges financières auxquelles l'Etat doit faire face et, notamment, dans celles qui découlent des déperises d'entretien des troupes d'occupation qui lui incombent aux termes de la clause 18 de la Convention d’Armistice.

SECTION III. — Les répercussions du paiement des frais d’occupation sur la situation monétaire française.

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