LA CONSTITUTION DU BLOC-OR
Aussi, à la Conférence économique mondiale réunie à Londres. en juin 1933, les premières prises de contact firent-elles apparaître, lorsque fut posée la question du rétablissement de la
(1) À ces deux blocs monétaires il faut ajouter, à l’heure actuelle, le bloc yen qui groupe, à côté de la monnaie japonaise, les monnaies de Corée, de: Formose, du Manchoukouo, de Mongolie, et de certaines provinces de Chine.
Ho stabilité monétaire et de son influence sur l’évolution de Iæ crise, des divergences de vue fondamentales entre les tenants. de la doctrine monétaire précitée et les pays dont la monnaie: était restée attachée à l'or.
. Ceux-ci, et parmi eux principalement la Belgique, la France. la Hollande, l'Italie, la Pologne.et la Suisse, faisaient valoir, en effet, que le moyen le plus efficace de ranimer les échanges’ internationaux était de leur donner des hases solides en mettant un terme à l'instabilité des monnaies. Pour eux, la question pri-mordiale était d'assurer la stabilité de la valeur des étalons. monétaires et, notamment, de rétablir la stabilité des changes. Cette thèse était donc en opposition avec celle soutenue par les blocs sterling et dollar.
. La Conférence dut se séparer sans avoir pu obtenir même une déclaration de principe en faveur de la stabilisation de la-livre et du dollar, le Président des États-Unis ayant fait connaître son intention, après quelques hésitations, de réaliser un dollar au pouvoir d’achat stable en commençant par le réévaluer par rapport aux marchandises et les pays du bloc sterling laissant apparaître leur désir de freiner la baisse des prix par une action sur la monnaie.
Étant donné le rôle important joué dans les transactions
internationales par la livre anglaise et le dollar des États-Unis,
la question se posait de savoir si leur instabilité ne contrain-
drait pas les pays restés fidèles à l’étalon-or, sous sa forme nouvelle, à l’abandonner dans un temps plus ou moins éloigné. Cette incertitude entretenait sur le marché des changes une assez grande nervosité et la spéculation mit à profit ces circonstances. troublées pour exploiter les faiblesses de certaines monnaies-or, principalement du florin hollandais et du franc suisse. L’alerte que subirent ces deux monnaies eut pour résultat de montrer aux pays restés fidèles à l’or, la nécessité d’une action commune, autant pour mettre un terme à la campagne de fausses nouvelles. dont les monnaies-or étaient l’objet, que pour établir un ensemble de mesures techniques qui constituerait un programme: d’assistance mutuelle permettant aux pays à étalon-or de défendre leurs devises.
C’est dans cet esprit que, le 3 juillet, les représentants à la. Conférence de Londres des gouvernements belge, français, hollandais, italien, polonais et suisse, signèrent une déclaratiore
dans laquelle ils exprimaient leur conviction que le maintien de
leurs monnaies était « essentiel pour la restauration économique et financière du monde, pour la reprise du crédit et pour la sauvegarde des progrès sociaux accomplis chez eux ». Ils confirmaient «leur volonté formelle de maintenir le libre fonctionnement de l’étalon-or dans leurs pays respectifs aux parités-0r actuelles et dans le cadre des lois monétaires existantes ». Ils demandaient enfin « à leurs banques centrales de demeurer en étroit contact » pour donner à leur déclaration «le maximum d'efficacité ». Les présidents ou gouverneurs des Instituts d'Emission des pays signataires de la déclaration précitée se réunirent le 8 juillet 1933 à la Banque de France et aboutirent rapidement à un accord complet sur les moyens susceptibles de répondre au désir exprimé par les gouvernements. Des arrangements techniques furent établis et entrèrent immédiatement en vigueur. Ils complétèrent, sur le plan technique, l’influence psychologique favorable qu'avait eu la déclaration des gouvernements, en date du 3 juillet 1933, sur les devises du « bloc-or ». C’est ainsi, en effet, que l’on a désigné, à partir de cette époque, « l'association » monétaire intervenue entre les six pays précités (L):
Par des moyens différents, différence due, notamment, à la supériorité de leurs réserves d’or et de devises sur celles des pays qui établirent le contrôle des changes, les pays du bloc-or se sont donc efforcés, comme ces derniers, de défendre la stabilité de leurs monnaies, basées sur l’or, et, notamment, contre les manœuvres spéculatives. |
Comme il a été exposé ci-dessus, le contrôle des changes a été généralement complété par celui du commerce extérieure De même, les pays du bloc-or ont cherché à accroître l'efficacité de l'accord purement monétaire conclu en juillet 1933 par la mise en vigueur d’une politique commerciale tendant, en particulier, à faire disparaître le déficit de la balance des comptes, D'ordinaire celui-ci constitue, en effet, la menace la plus sérieuse à l'égard de la stabilité des monnaies et les Instituts d'Emission du bloc-or ne pouvaient lui opposer que des moyens techniques d’une efficacité toute temporaire.
Mais, alors que les restrictions de change ont été généralement
(1) G. Lacout et G. Damougeot-Perron : Le franc devant la crise, 1934.
une cause de ralentissement du commerce international, les pays du bloc-or entendaient réaliser un meilleur équilibre de leur balance commerciale par le développement de leurs échanges réciproques et singulièrement au moyen d’un abaissement des barrières douanières, chaque pays du bloc devant ouvrir largement aux autres adhérents son marché intérieur. Cette politique plus libérale fut adoptée à Bruxelles le 19 octobre 1933. L'objet du nouveau bloc économique n’était donc pas d'entrer en lutte sur le terrain commercial avec le bloc sterling et le bloc dollar, dont la concurrence était facilitée par la dépréciation de leurs monnaies. Les pays du bloc-or avaient un autre idéal. Ils étaient convaincus que le retour à une si-' tuation économique normale ne pourrait provenir que de la stabilisation des monnaies, laquelle ne peut être défendue sans le rétablissement progressif d’un régime des échanges plus. libéral.