Voir ci-dessus p
Le système musicaal grec.
occuper chacun un degré plus haut que celui que nous leur avons assigné.
Du reste, nous ne pouvons indiquer ici que d’une manière générale les contours mélodiques des modes ; les détails en seront examinés plus tard. Aussi prions-nous le lecteur de ne point se préoccuper pour le moment de la sous-distinction des modes en authentes et plagaux (chez les anciens : modes avec ou sans le préfixe hypo ), qui de fait se trouvent souvent mêlés ou intervertis dans 1* OxTWTjyoç, mais de n’envisager que les types généraux et communs, caractérisés chacun par sa base et son tétracorde fondamental : dorien, phrygien, lydien, etc.
Tout en tenant compte de ces observations, il saute aux yeux qu’il n’y a pas d’accord possible entre les données des trois colonnes, telles du moins qu’elles apparaissent dans le tableau. Ainsi, l’ancien mode dorien a pour note fondamentale AT/, le dorien tant latin que byzantin a Ré } tandis que Mi chez les Latins, représente la note fondamentale du phrygien, et, chez les Byzantins, celle du lydien : le Fa , pour les anciens Hellènes et pour les Latins est la base du type lydien ( x ), pour les Byzantins, celle du type phrygien, et ainsi de suite.
N’y a-t-il pas là une contradiction manifeste ? De fait, on a reconnu et expliqué depuis longtemps la méprise commise par les musiciens latins ( 1 2 ). Nous n’avons pas à nous en occuper ici.
Mais on n’a pas pu découvrir le mobile qui a poussé les Byzantins à leur assimilation. Ou plutôt, elle paraissait si étrange, qu’on la mettait d’emblée sur le compte de l’imagination orientale, d’une part, et de l’ignorance des anciens modes, de l’autre. En tout cas, on n’y attachait pas la moindre valeur scientifique. Nous avouons avoir partagé nous-même ce sentiment au moment où nous commencions nos recherches. Mais nos études ultérieures nous ont montré que la contradiction n’est qu’apparente, et que le problème renferme en quelque sorte sa solution en lui-même. Que si difficulté il y a, elle vient, sans doute, en partie, de l’ignorance qu’on déplore, mais plus encore d’une autre cause. La voici.
1. Encore une fois, nous faisons abstraction delà subdivision en modes authentes et plagaux.
2. C’est qu’ils ont suivi l’ordre des anciennes échelles de transposition, lesquelles, étant rangées par ordre de hauteur absolue , présentent nécessairement une série inverse de la série des modes pris dans une seule échelle commune et rangés par ordre de hauteur relative. En effet, les octaves modales procèdent en descendant les degrés de l’échelle commune et deviennent de plus en plus graves. Or pour mettre chaque mode au diapason convenable de la voix, plus une mélodie est grave, plus il faut la hausser au-dessus de sa position première. VoirGevaert, Musique de fAntiq., I. pp.266-267; Mélopée , pp. 19 et 26. Môhler, Diegriechische , çrieehisch-r'ômische .... Musik. Rom, 1898, pp. 38-39, etc.
l’ancienne tradition byzantine.
Les théoriciens font la remarque expresse que les intervalles de la gamme hellène n’ont pas tous la valeur des intervalles homologues de la musique occidentale. Cependant, il n’y a pas de doute que ce ne soit précisément la comparaison des deux musiques, et surtout le contact des théoriciens byzantins avec les Latins, contact plus sensible encore depuis le commencement de ce siècle, qui les ont fait hésiter à appliquer partout ce principe d’une importance capitale. Ils ont même fini par l’oublier, ce semble, au point d’attacher à leurs notes peu à peu et approximativement la valeur des notes occidentales. Cet oubli, ou plutôt, cette sorte de transaction avec la musique latine, plus que toute autre chose, est donc, suivant nous, la cause de la contradiction et des difficultés qu’on s’efforce aujourd’hui vainement de résoudre. Ce sera le retour au principe, ce sera son application nette et complète qui dénouera ce nouveau nœud gordien.
Les degrés dont nous venons de parler sont si et -Mi (dans certains modes, le la en plus). Ils sont, suivant les théoriciens, plus bas dans la gamme hellène que dans la gamme occidentale. En baissant ces degrés d’un demi-ton (*), nous obtenons une gammme avec j>b, qui, entre les limites ré-Ré, retrace exactement les intervalles de l’ancienne gamme dorienne. En effet, il y a identité parfaite d’intervalles entre les échelles suivantes :
VIII VII VI V IV III h i
A. Ancienne gamme dorienne: Mi i Fa i Sol i la i si b do i ré i mi
(à lire de droite à gauche)
B. Gamme du dorien byzantin : Ré i Mfy I Fa i Sol I la J sib i do i ré.
i n III IV V VI VII VIII
La série B représente la gamme normale byzantine, qui, comme telle, renferme deux degrés bémolisés, si et Mi ; si bien que tout ce qui s’en écarte sera réputé chromatique. Les degrés comptés en montant donnent les numéros d’ordre et en même temps les notes fondamentales, ou du moins principales des ou modes byzantins. La garniture [>b introduite dans la série, à laquelle on ajoute selon les cas un troisième b dans les autres modes, permet de reconnaître d’une manière générale les anciens types modaux,conformément à la tradition byzantine. De cette façon :
I Ré avec la garniture $ donne le mode dorien,
II Mi » » » » lydien,
III Fa » » b b ° u b b b» » phrygien,
IV Sol » » b b t > » mixolydien.
i. C’est avec intention et conformément à ce que nous disions au commencement, que nous faisons pour le moment abstraction de tout intervalle moindre que le demi-ton.
Voilà en substance la thèse que nous avons à prouver. Nous ne pouvons la préciser que dans la mesure ou les arguments, a exposer incessamment, nous en fourniront les éléments.
§ 2. Caractère traditionnel de la théorie byzantine sur la correspondance des modes.
L’identification que nous venons d’exposer n’est pas aussi moderne que ne le pensent certains auteurs, tels que Christ ('), et, apres lui, Bouvy ( 1 2 3 4 ). Elle est clairement attestée par divers documents du XVII e siècle et même du XIII e . Villoteau l’a rencontrée dans le ms de 1695 que son Maître Guébraïl lui a montré ; nous-même, nous l’avons retrouvée dans le ms 261 de la Bibliothèque Nationale de Paris, daté de 1289. Au verso du f. 241, on lit, en abréviations dont le sens ne laisse aucun doute, ces lignes ainsi accouplées :
Ces abréviations sont écrites tout au long dans le ms 11389-9! delà Bibliothèque Royale de Bruxelles (XVII 4 s.) ( 3 ) au f. 6 \ où le nom du mode est chaque fois accompagné de sa « martyrie » ou
Le sens de ces paroles nous est déjà connu par notre tableau : 4 le premier mode est appelé dorien ; le second, lydien ; le troisième, phrygien ; le quatrième, mixolydien ; etc. »
Les auteurs que nous venons de citer opposent à ces témoignages celui de Bryennios, « harmonicien > du XIV e siècle, qui, disent-ils, établit une correspondance des rf/o'- et des anciens modes toute différente de celle des théoriciens actuels. Or, ajoute le P. Bouvy, 4 il résume la tradition byzantine » de son époque.