Gevaert, Mus. de l'Ant., II
2. Après avoir fait sienne cette parole d'Homère (II. B 486): Nous autres nous n’avons
entendu que la renommée de la musique « 'H{àeiç ôs x/.so; olov dtxo'jojxsv », il
résume à la fin ses sentiments en ces termes : « H p.èv ouv 77ptoxr 4 xat taTOpoujJLEVT) p.oûatXT) r 4 Ox’jjJiaÇojjiivï} TOiauiY) xtç eaxr 7 zep( r 4 v 3s (jttouÔx^ojjlsv <j-f}p.Epov, ajTT 4 àTt^/TjjjLa olov £X£tvr ( <; saTIV. » Voir le texte publié par Ruelle dans Archives des missions scientifiques, III e série, 2 e vol. d’après deux mss. de l’Escurial ‘I> 111 , 1 et V I, 9.
Toutefois, nous croyons qu’il faille faire dans ces lamentations la part du poète et du sophiste et aussi celle du « laudator temporis acti », et qu’il n’est point besoin d’y attacher une trop grande importance historique.
Ouant à l’interruption que nous venons de signaler, elle n’est qu’apparente. L’emploi tardif des martyries dans les documents notés (assez rares du reste avant le XI II e siècle), n’exclut pas leur emploi pratique dans l’enseignement oral. De fait il nous en est resté des traces certaines dans les syllabes très anciennes des è-rr/r^a.-y. ou formules caractéristiques des modes et de « l’ancien solfège de la Roue», aUeaUEç, aé’xV.î; ay.a, etc. (').
Aurélien de Réomé au IX, siècle en fait mention, comme s’il s’agissait d'un usage général chez les Grecs de son temps. Seulement l’auteur médiéval rapporte ces formules avec des variantes qui furent adoptées depuis par les Latins, p. e. Noanoeane, Noeagis, etc. Serait-ce une modification nécessitée par la différence d’intervalles dans les deux systèmes musicaux ou plutôt une combinaison avec les antiques syllabes de solfège : a, 'f\, w, £ (*)? Nous n en savons rien de certain. Mais ce qui importe pour nous, c’est de voir la valeur qu’à cette époque reculée les Latins, d’accord avec les Grecs, attribuèrent aux lettres initiales de deux de ces syllabes, U. et ?, dont la forme étrangère à l’alphabet grec frappe de prime abord et dont la lecture doit décider la physionomie et le sens de la syllabe entière. Ces deux lettres furent lues, l’une et l’autre, par les auteurs dont nous parlons comme un v grec, caractère avec lequel la première du moins a quelque ressemblance. Mais ils commirent en cela une erreur fatale. La preuve en est les vains et longs efforts des musicologues médiévaux à déchiffrer le sens et la valeur de ces syllabes devenues dès lors une véritable énigme. Ceux-ci y voient ou bien de simples syllabes de vocalises ( 3 ), ou bien des invocations adressées à Dieu avant de commencer le chant («).
On le comprend aisément, ni l’une ni l’autre de ces explications ne peut satisfaire, vu qu'elles ne rendent pas suffisamment raison du choix de syllabes spéciales pour chacun des modes ni de l’importance que la tradition y attachait. Force nous est donc de chercher la solution ailleurs, et ici ce sont les signes des martyries
I. On trouvera ce dernier document tout au long dans le paragraphe suivant, où nous en ferons une étude spéciale.
l ^terprétation'du^musicien^grec consulté pm^Aurélien de Réomé (ch. IX). Cf. letravai.de "^ur, Cf. Papadopoulos.
SuuooXat, p. 178-79-
l’ancienne tradition byzantine.
examinés dans le paragraphe précédent qui nous viennent en aide. En effet, il ne faut pas un grand effort d’imagination pour reconnaître la connexion intime, voire même l’identité des lettres en question avec les deux martyries moyennes^), celle du SeÛTspo; <—■ et celle du xpvroç Z. Elles n’en offrent que des variantes graphiques.
Or, ces martyries dérivent, ainsi que nous l’avons montré, d’anciennes notes grecques, et en dernier ressort, d’anciennes lettres chaldéennes. L’une se révèle comme un B chaldéen renversé, l’autre comme un Z de même origine. S’il en est ainsi, pourquoi n’essaierions-nous pas de conserver à ces caractères la valeur phonétique de leur langue originale, a (correspondant à •—« = B couché) celle d’un (3 aspiré = V français, à ? correspondant à Z, celle d’un z français. Au lieu des syllabes ne ou nés et na du moyen âge, nous obtenons ainsi celles-ci : [3s; (pron. vés) et Ça (pron. za). Et que représentent ces syllabes, si non, selon toute apparence, les noms de ces lettres dans leur langue primitive de Chaldée et de Babylorie ? Pour [3s; il ne peut guère y avoir de doute. C’est la transcription phonétique en lettres grecques du « Beth » sémitique. La transcription ou, comme on dit aujourd’hui, la <L translittération » exacte serait 6s9. Mais le 9 final (qui remplace le thaw hébreu = th anglais) se rapprochant beaucoup de s, se transformait facilement, dans la bouche des Doriens et des Ioniens surtout, en un s simple ( 1 2 ). La commodité et peutêtre aussi les préférences des maîtres de chant pour des syllabes ouvertes auront fait tomber cet s final et donné occasion à la forme encore en usage de nos jours : <« ( 3 ).
La syllabe za de son côté représente le nom de la lettre z dans les langues arménienne ( 4 5 ) et perse (5), et se rencontre dans le syllabaire cunéiforme de la langue assyrienne ( 6 ). Le signe Z n’appartient pourtant pas à l’écriture cunéiforme de cette langue, mais à cette autre écriture de forme carrée, dite syllabique, dont l’emploi indépendant de l’écriture cunéiforme apparaît pour la première fois, ce semble, au VIII e siècle av.J.-C. sur des sceaux assyriens de Khorsabad.
Elle a formé le point de départ, on le sait, pour la transformation