V. NeoVcxtov ’AvadTaffifxaTaptov de Tsiknopoulos, p
2. V. Migne, Patr. lat., 132, col. 985. où l’auteur, pour expliquer les diverses espèces d’« absonia », s’exprime en ces termes : « Si enim ascendendo sursum proxime post protum sonum (D), metiatur tritus vduti post deuterum (on chante l’intervalle DE comme si c’était EF), haec una erit absonia ». etc.
CRITIQUE ET RÉFORME
si \ lorsque la mélodie vient à la dépasser à l’aigu, pour redevenir si b, lorsque la mélodie redescend. Dans les chants lents, quand on dépasse le Sol, on sort du mode pour passer dans le quatrième authente, avec le Sol pour base, et le la haussé d’un quart de ton. Deux exemples nous feront comprendre les deux systèmes de chant en question : le N° 14 appartient au premier, le N° 15 (commencement et fin d’un chant de Carême) appartient au second (*).
Telle est en substance la théorie byzantine sur les modes. Les théoriciens byzantins la complètent par un chapitre consacré aux altérations : -sol oQopwv. Une seule de ces altérations (cpQopai) présente quelque intérêt pour les connaisseurs du chant grégorien. Elle a trait au fameux mode «Tenano» ou «Nenano», nommé par Aurélien de Réomé (ch. VIII) parmi les quatre modes supplémentaires que les Grecs auraient introduits « pour ne point céder le rang aux Latins (ne forte inferiores invenirentur gradu) » qui, par l’autorité de Charlemagne,avaient adjoint quatre modes supplémentaires aux huit anciennement reconnus. Voici ce que dit Chrysanthos (Efraywyr,, xeo. vf\) : « Le signe ^CT tourné vers le bas domine quatre sons et indique la propriété du JVe/tano. Place sur Sol, il marque qu’il faut un dièze sur Fa et sur Re, « Jonc Fa tr et Re# », tandis que, ajoute Theodoros Phokaeus (xey.xj?'), Mi et Do gardent leur valeur diatonique. D’après une page inédite du XVI e siecle, écrite par le moine Pachomios Rhousanos ( 2 ), le mode Nenano se rattache d ordinaire au deuxième plagal et quelquefois au premier plagal.
Nous arrêtons ici notre résumé. Il peut suffire à donner au lecteur une idée de la théorie et de la pratique musicales de 1 Eglise grecque. Dans son état actuel la musique grecque offre un problème presque insoluble ; elle provoque des jugements très variés et pour la plupart défavorables. Les Occidentaux, les Hellènes eux-mêmes ne lui ménagent point de séveres critiques, accompagnées, cela va sans dire, de nombreux conseils de réforme. Examiner les uns et les autres, fera l’objet du chapitre suivant de cette etude.
Critique et réforme.
Les phénomènes étranges qu’offre la pratique musicale des Grecs et les contradictions apparentes de leur théorie constituent une
il^Nous tenons à prévenir’"îë lecteur dès à présent contre un malentendu. Si nous avons laissé parler souvent M. Bourgault-Ducoudray, ce n'est pas que nous adoptions chaque fois son interprétation de la théorie byzantine, c’est parce que sa manière de dire servira plus d’une fois de point de départ ou de base pour la rectification que nous espérons en donner plus loin. r
2. Bibliothèque de St-Marc de Venise, cl. Il,cod. 103, f. 259 r .
LE SYSTÈME MUSICAL DE l’ÉGLISE GRECQUE.
anomalie qui réclame une explication scientifique autant qu’un remède pratique. De sérieux essais ont déjà été tentés dans ce sens. Ont-ils abouti à quelque résultat ? Ces lignes vont donner réponse à cette question. On pourrait dire qu’il en est de la musique grecque comme d’un malade dont l'état de dépérissement frappe les yeux de tout le monde, sans que les hommes de l’art puissent déterminer la nature et le foyer précis du mal. Les remèdes qu’ils proposent, chacun selon son avis, ou se combattent ou se neutralisent et risquent d’être nuisibles ou inefficaces.
Nous indiquerons ici les principaux moyens de réforme qui ont été proposés.Nous ne prétendons pas être complet ; nous ne le faisons que dans la mesure où ces indications peuvent aider à éclairer la question. Parmi ceux qui se sont occupés de la réforme de la musique grecque, on distingue trois groupes, que nous appellerons : innovateur, réformateur, conservateur, groupes auxquels viennent se joindre l’un ou l’autre personnage d’un rôle plus particulier.
Le premier groupe, celui des innovateurs, ne trouve rien de bon dans la musique ecclésiastique grecque ; il n’y voit qu’une corruption de la musique turque. Désespérant de sa réforme, il propose de l’abandonner complètement pour la remplacer par la musique polyphone de l’Occident. Ce qui doit surprendre ici, c’est que cette catégorie est presque entièrement composée d’Hellènes. Un long séjour en Occident les a familiarisés avec la vie occidentale qui, pour eux, a remplacé la vie nationale, au risque d’encourir les reproches de leurs compatriotes. « On sait, disent-ils, qu’après avoir reconquis notre liberté perdue, nous avons adopté les mœurs et les habitudes des peuples libres de l’Europe occidentale ; pourquoi, dès lors, ne pas adopter leur chant, non seulement dans la société et en famille, mais aussi à l’église? Pourquoi ne laisserionsnous pas à la foule grossière et aux psaltes ignorants la musique nasillarde et monotone des Asiatiques et des Turcs ( I )?»La manière de voir est nette et le remède radical : faire table rase du chant actuel. Certes, c’est fort simple. Mais on regrette cette façon de traiter l’héritage traditionnel de la nation. Ce système a toutefois ceci de bon, c’est qu’il laisse intact le patrimoine musical des Hellènes; il n’y a donc pas lieu de s’en occuper spécialement.
i. Nous empruntons ces paroles à un intéressant article publié dans la revue athénienne Ilavàtopa déc. 1870 et janvier 1871 sous le titre et le pseudonyme TiutoOeoç 6 MtXi)<noç. Voir le résumé que nous en avons donné dans la Musica sacra de Gand, janvier 1899.
CRITIQUE ET RÉFORME
Nommons à la suite de ce groupe celui des « conservateurs », qui, eux aussi, n’ont point touché au trésor des mélodies traditionnelles,mais sous l’inspiration d’un sentiment tout opposé. Pour eux la musique grecque n’est pas comme pour les innovateurs une simple curiosité, une « antiquité » digne tout au plus d’être reléguée au fond d’un musée. Elle est une partie de la vie nationale, un témoin vivant d’un glorieux passé, un reste précieux de cette antique musique hellène qui a fait l’admiration du monde civilisé et s’est perpétuée en elle. A leurs yeux, il en est de la musique comme de la langue grecque. De même que celle-ci, en dépit des transformations subies au cours des âges, est toujours restée l’idiome de la nation hellène, ainsi cette musique, malgré des emprunts et des modifications indéniables, n’a pas cessé d’être la musique nationale. De fait, on retrouve des restes plus ou moins nombreux des anciennes octaves modales, non seulement dans la musique ecclésiastique (eawTspuri), mais encore dans la musique profane (ê£coTspw^) C 1 ).
Ce groupe est représenté par la très grande majorité des Grecs. Nous y rencontrons principalement les habitués des cantilenes liturgiques, soit auditeurs soit exécutants, les membres du clergé, les maîtres de chant surtout, représentants attitrés et, dirions-nous volontiers, partisans jurés des idées traditionnelles. On trouvera dans leurs manuelstous les renseignements désirables sur ce point( 2 ).
Est-ce à dire que tous les « conservateurs » nient ou contestent la nécessité d’une réforme ? Assurément non. Mais ils veulent la faire consister moins dans une retouche des mélodies que dans un plus grand soin apporté à leur execution. La correction des mélodies est, à leur avis, une entreprise téméraire ou tout au moins prématurée, aussi longtemps que la nature même des chants n est pas
1. Voir IlavScopa, 1 . c. ; Mus ica sacra de Gand, Janvier 1899 avec la rectincation insérée au N u de mars 1899.
2. Nous signalons, outre les ouvrages déjà cités et ceux que nous rencontrerons encore sur notre chemin, les dissertations de Thérianos et de Tantalidès, recommandées dans l'article du llavotooa (note précédente) ; puis le 0stopT,TLXT) xai TCpaxTixIj exxXTjataaxiXT) fJjOuatxv) de Marearites (Cstple, 1851) ; le Gstop-q-ixov aTOi/£itoôs; Tq; jj.oucj'.xtk de Plnloxenos (Cstple, 1859), et le As;txov èxxXr,aiaaTtxî^ |xou<Jt y.r^ du meme auteur (Cstple, 1869); le Ilgpl ULOuaiXYj; :wv EXX^vtov y.al 18(toc; tt,; exxXTnffiacmxr,; de Ihénanos (Trieste, 1876). Nommons encore, pour compléter ces indications littéraires, le IaToptxov ôoxqjuov TTspi xou Osaxpo’j xat 'zt^ jAooatxq; Ttov Hu^avTLvujy de Sathas (\enise, 1878 ) , A treatise on byzantine Music de Hatlerly (London, 1892), et les traités d histoire générale de musique de Fétis, Forkel, Ambros, Burney, etc., etc. Voiraussi l'article publié par M. Papadopoulos-Kerameus sur les « Manuels de musique ecclésiastique byzantine » dans « Byzantinische Zeitschrift » 1899, N° 1 pp. n 1-121. L’auteur ne parle que des manuels composés antérieurement à la « réforme » qu’il date de 1814, année où les travaux ont commencé; la date de 1818 que nous lui avons fixée en marque le terme. Nous apprenons en même temps que le petit traité musical de Pachom.os Rhousanos, que nous avons signalé plus haut (ch. I, p. 15) comme inédit, a été publié par Gritzanès dans Nsa f,uipa (N° 973).
Système musical grec.
l8 LE SYSTÈME MUSICAL DE L ÉGLISE GRECQUE.
parfaitement déterminée. Cette connaissance doit être le résultat d’une étude approfondie des auteurs et des livres liturgiques antérieurs à la réforme de 1818. C’est là avant tout qu’il faut chercher le remède au mal. En attendant, répètent-ils, qu’on se garde bien de toucher au dépôt des mélodies qui nous est confié par la tradition de nos Pères.
Certes, quoi qu’on puisse dire ou penser des sentiments des Grecs touchant la valeur traditionnelle de leur musique, personne ne peut contester la sagesse de cette ligne de conduite. On objectera peutêtre qu’elle paralyse le mouvement de réforme; mais il ne faut pas désespérer que la lumière se fasse un jour, et de toute manière, il vaut peut-être mieux encore s’en tenir là que de compromettre les destinées mêmes de la musique hellène.
Reste le groupe « réformateur ». 11 doit nous occuper plus longuement, car ses critiques tendent à corriger les mélodies elles-mêmes. D'ailleurs cet examen ne servira qu’à mieux faire ressortir la difficulté et la complexité du problème qui attend encore sa solution.
Ce groupe se recrute surtout parmi les Occidentaux et ne rencontre d’appui que chez un petit nombre de Grecs. Ses adhérents contestent l’identité de la musique néohellénique avec la musique antique. S’il se rencontre, disent-ils, quelques restes des anciennes pctaves modales, on doit reconnaître qu’ils sont bien rares, rari vantes in gurgite vasto. Encore faut-il y voir plutôt des vestiges, des réminiscences *. d’ou la difficulté de les classer sous les types harmoniques des anciens. A vrai dire, la musique actuelle, prise dans son ensemble, paraît n’avoir aucune relation avec la musique décrite par les Aristoxene, les Gaudence, les 1 tolemee, etc. Et lors même qu’il y en aurait eu une dans le passé, il s est produit depuis une transformation, une révolution complote qui a atteint jusqu a la substance même de la musique, au point qu elle n est plus une seule et même musique.
« La seule comparaison des genres suffit pour s en convaincre. Les mélodies modernes dites du genre diatonique ne le sont guere que de nom et ne ressemblent en aucune façon à celles de 1 ancien diatonique. Elles comportent toutes sortes d’altérations antidiatoniques (*).
Le prétendu genre enharmonique et ses soi-disant quarts de ton ne peut pas non plus être comparé à l’ancien genre enharmonique.
• l !. Voir ce qui a été dit plus haut p. ex. au sujet du quatrième mode authente: ch. I, p io.
CRITIQUE ET RÉFORME
Celui-ci était d’ailleurs tombé en désuétude dès l’époque d’Aristoxène (vers 320 av. J.-C.). Cet auteur en déplore la décadence en ces termes, rapportés par Plutarque (*) : « Les musiciens de notre époque ont entièrement abandonné le plus beau des genres et celui qui, pour sa gravité, était le plus estimé et le plus cultivé chez les anciens, en sorte qu’il y a très peu de personnes qui aient la plus légère perception des intervalles enharmoniques .... »
Enfin le genre chromatique actuel ne peut guère davantage revendiquer une origine antique. On sait, en effet, que le genre chromatique avait été exclu de l’éducation, comme trop mou, par les anciens philosophes ( 1 2 ) ; dès lors.il est tout à fait invraisemblable que les apôtres et les premiers pasteurs de l’Église l’aient jugé apte à édifier les assemblées des fidèles ( 3 4 ). Cet argument, tout indirect qu’il soit, paraît cependant suffisant à ses défenseurs : il semble d’ailleurs confirmé par l’examen que nos musicologues ont fait des deux musiques. C’est ainsi que M.Gevaert,tout en reconnaissant certains points de contact entre le genre néo-chromatique et le chromatique ancien ( 4 ), finit cependant par s’arrêter à cette conclusion significative :
€ De toute manière, les rapports de filiation entre le chromatique des chants liturgiques de l’église byzantine et celui des anciens Hellènes doivent être tenus pour très douteux ( 5 ). » Ajoutez à tout cela que le chant liturgique des Slaves, des Coptes et d’autres nations qui l’ont reçu de l’Église grecque ou d’une source commune, est entièrement diatonique.
Tels sont les principaux arguments sur lesquels s’appuient ces auteurs pour conclure que la musique des Byzantins modernes n’a rien à faire avec la musique antique et que les altérations étranges qu’elle présente doivent être le fait d’une importation étrangère. La plupart des auteurs en rendent responsables les Turcs, les Perses, les Arabes, dont la musique offre des phénomènes tout à
1. De Musica, ch. 38 : « Ol ôè vuv xo ;iiv xàXXtffXOv xwv orsp piàXttfxa 8tà
asjAyoTirjTa 7 rapà xck; àpyzioiç cTTrouoà^sxo, “avxsXto; 7 rapT t XTQjavxo, oxjxs ixTjoè xtjv TU/ oOcrav àvxiXrj^tv xiüv èvapucmtov ôtaanqpâxtov xo"i^ ttoXXckç U7càp/£iv. etc. » Cf. Gevaert, Musique de l' Antiq., I, p. 302-303.
2. Platon, Rép., i. III ; Lois, 1. VII. Aristote, Polit, % 1 . VIII, etc. — Gevaert, Musique de l'An/., I, p. 178 ss. et 286 ss.
3. Voir les articles publiés sur ce sujet par le chanoine Stéphen Morelot dans la Musica sacra de 1 oulouse en 1892-93, surtout les n os d'août et de novembre 1892. Cf. Clément d'Alex., Slrom., VI, 11 ; Pêdag., II, 4. — Pitra, Analecla sacra, I, p. LXIX.
4. Musique de l Antiq., p. 292-293; Mélopée, 2 J appendice, p. 470.