Musique de l'Antiq., I, p
fait similaires et dont le contact constant n’a pu rester sans effet sur l’art hellène ( x ).
Quant à l’époque où cette importante transformation se serait produite, les avis sont partagés. D’après M. Bourgault-Ducoudray et le chanoine St. Morelot, elle serait contemporaine de S. Jean Damascène ou lui serait même antérieure. Élevé à la cour des Khalifs de Syrie, le saint « dut conserver quelque chose des habitudes contractées dans un tel milieu », et la réforme qu’il opéra « ne put avoir pour effet de débarrasser la musique ecclésiastique des éléments étrangers qui s’étaient alliés à elle( 1 2 ) ».
Ce savant ecclésiastique croit même possible que « quelque chose de la tonalité arabe ait... été introduit par S. Jean de Damas lui-même » ( 3 4 5 ).
L’éminent cardinal Pitra ( 4 ) voudrait fixer cette transformation entre le XI e et le XIII e siècle. A cette époque, « avec le Typicon de Jérusalem , un système musical, qui porte le même nom ( 2 cy iotto- Xvrrjç), pénètre jusqu’au mont Athos » et dans les autres églises grecques. C’est-à-dire, si nous comprenons bien, que le chant de Jérusalem, ayant le premier subi les influences de la tonalité arabe, aurait communiqué la contagion à la musique de toute l’Église grecque. La suite de ce travail fournira les éléments pour apprécier la véritable valeur de ces conjectures. En attendant, faisons seulement remarquer qu’elles s’accordent difficilement avec les assertions des musiciens arabes, qui constatent une influence inverse. « Les altérations que présente leur musique, lisonsnous dans un travail récent de D. Parisot ( 5 ), sont des importations étrangères dues à l’influence de la musique persane d’une part, et de l’autre à la musique grecque ». Cet état de choses « se trahit d’ailleurs par les termes mêmes de la nomenclature musicale arabe. Les uns sont en effet des transcriptions plus ou moins exactes des mots grecs, comme le nom même donné à la musique, musiqi , jjio'jatxY,; estukhusiyeh , < l’enseignement élémen¬
taire^; les autres en sont la traduction : al nu ‘ d-dhul~kull\ ôta Tiaawv, < l’intervalle du tout > » ( 6 ).
De fait, l’histoire signale une importante réforme ou « rectifica-
1. Cf. Daniel, La musique arabe. Ses rapports avec la musique grecque et le chant grégorien. Alger, 1879.
2. Bourgault-Ducoudray, cité par M. Morelot, /. c., août 1892.