II
Le Mi <3 aussi bien que le MiS, enseignés par les maîtres de M. Bourgault-Ducoudray,doivent être considérés comme des corruptions du seul légitime Mifc.
Les Grecs de Sicile ont conservé le Mtë en beaucoup de passages des tropaires de ce mode. Quelques unes des cadences sont tenues dans le genre du dorien enharmonique d’Olympe : Sol Mi i> Ré.
Notons à ce propos que la musique arabo-persane qualifie le Mi2 de Num , c.-à-d. chromatique. Cf. Kiltzanidis, MeÔo^ixr) $i8aoxaXta, Cstple, 1881, p. 86 et p. 115-116; Parisot, Musique orientale dans Tribune , mai 1898.
L ANCIENNE TRADITION BYZANTINE
n’a qu’à juxtaposer au tricorde la-sol-fa un second, de même espèce, sur le degré voisin emmêle mi \ : on aura l’hexacorde la i sol i fa || mi i ré i do, l’intervalle emmêle fa-mi (i6 : 15)
servant d’intervalle disjonctif (SiaÇe’jxTtxoç). A l’aigu du la et moyennant un demi-ton emmêle disjonctif la-si b (15 : 16) on juxtaposera un troisième tricorde qui porte toute l’échelle à l’étendue de l’ennéacorde suivant :
ré 1 do 1 si IO : 9 : 8
? Il
la I sol I fa II mi 1 ré 1 do.
Qui ne reconnaît dans cette échelle une affinité avec le système hexacordal de la musique latine du moyen âge, lequel, suivant nos musicologues, dérive de la musique byzantine ( x ) ?|L’hexacordum naturale et l’hexacordum molle enchevêtrés l’un dans l’autre représentent exactement notre ennéacorde ( 1 2 3 ). Ces hexacordes, ôn lésait, formaient, jusqu’à il y a quelques siècles à peine, la seule base de la gamme majeure européenne. (Cf. Benndorf, 1 . c.)
Le système de la musique slave, fille, elle aussi, de la musique byzantine, se réduit à-quatre tricordes lydiens disjoints successifs, élevés sur la note Sol (3). Il est vrai que les théoriciens les considèrent comme des tétracordes lydiens enchaînés. Mais ils sont alors obligés de compléter le plus aigu par un mib, note sans emploi dans cette musique qui ne connaît pas, ce semble, les transpositions des Byzantins, mais seulement celles des Latins par sib et sifcj-
Même l’antiquité, tout en restant presque muette sur notre tricorde, semble cependant à son tour lui rendre témoignage, au moins indirectement.
N’insistons pas sur le tricorde et l’ennéacorde mentionnés par Athénée, l’un L. IV, p. 183 ( 4 ) l’autre, L. XIV, p. 635 et p. 638, ni
1. Benndorf le nomme « eine durch byzantinische Vermittlungeingebürgerte Durskala, »qui servait de base « à l’accord de l’ancienne harpe occidentale ». Sethus Calvisius als Musiktheorctiker dans Vierteljahrschrift fiir Musikw ., 1894.— On sait que des mélodies grégoriennes du 6 e mode embrassent notre ennéacorde Do-ré avec sifc. Elles sont donc plus anciennes qu’on ne le croit communément. — Notons que le second mode byzantin se tient surtout dans la partie qui correspond à l’hexacordum molle des Latins. C’est ce qui explique fort bien la théorie hexacordale de ces derniers.
2. L’hexacordum durum du moyen âge Mi Ré Do II Sit; La Sol descendant jusqu a Sol grave introduit un élément chromatique vis-à-vis de si b du tricorde aigu. Cela prouve que le système du Tricorde en tant qu’éiément constitutif d'une échelle modale ne doit pas dépasser la triple répétition, les Tptoôot àoaovtat dont nous dirons un mot incessamment.
3. Voir De Castro, Methodus cantus grœco-slavici , Roma, 1881 (Propaganda), p. 3.