lb., déc
4. Hymnographie de l'Église grecque, Rome, 1867 p. 64 s. ; Analecta sacra, I, p. LXlX.
5. Musique orientale, dans la Tribune de St-Gervass, avril 189°.
CRITIQUE ET RÉFORME
tion » (sic) de la théorie musicale des Arabes sur celle des anciens Grecs par Alfarabi, célèbre philosophe, mort en 950 ( T ). Nous aurons à juger plus loin le mérite de cette rectification qui ne put d’ailleurs, à ce qu’il paraît, rallier l’unanimité des suffrages des musiciens arabes contemporains ( 2 ).
D’autre part, le rôle dévastateur attribué au chant de Jérusalem n’est pas sans rencontrer de graves objections. Selon M.Tzetzès ( 3 ), qui a examiné un grand nombre de manuscrits de musique ecclésiastique grecque, et comme nous l’avons pu constater nousmême ( 4 ), les manuscrits du type jérusalémitique se distinguent (p. ex. de ceux du type constantinopolitain) précisément par une plus grande simplicité et sobriété de style et de notation.
C’est pour ce motif que d’autres, comme M. Reimann ( 5 ), ont cru devoir chercher ailleurs la solution du problème. D’après eux il faudrait voir dans ces altérations une influence slave exercée sur la musique grecque à la suite des nombreuses relations que les Byzantins entretinrent avec les peuples de cette race convertis par eux.
Mais ici encore il est difficile de comprendre ce que les Grecs auraient pu emprunter, en fait de musique, à des peuples auxquels ils apportaient avec la foi, la liturgie et les arts qui l’accompagnent. D’ailleurs le chant liturgique des Slaves, nous l’avons déjà fait remarquer ( 6 ), est diatonique.
Quoi qu’il en soit de ces différentes manières d’expliquer l’état actuel de la musique byzantine, tous ces auteurs déclarent ce chant faux et corrompu. Le remède qu’ils proposent ( 7 ) est une
1. Ambros, Geschichte der Musik, Ile éd., Leipzig, 1880, t. I, p. 94.
2. Riemann, Geschichte der Musiktheorie, Leipzig, 18-,8, p. 374.
3. Voiries études publiées dans le llxovaarjo'ç, 1882 et 1885. La transcription phonétique
du nom devrait êtreTzetzis ; c’est ainsi que prononcent les Grecs modernes. Mais
M. Tzetzès ayant donné lui-même à son nom la désinence érasmienne au frontispisce de son ouvrage allemand (Uber die altgriech. Mus. J, nous nous y sommes conformé. Nous en avons agi de la sorte avec d’autres noms de même désinence.
4. Nous signalons le manuscrit grec 261 de la Bibliothèque nationale de Paris. C'est un stichirarion de l’ancien fonds Colbert d’une exécution superbe, mais difficile à lire à cause des nombreuses taches d'encre rouge employée avec profusion et communiquée constamment de page à page. Le manuscrit est indiqué dans le catalogue comme étant du XIV e siècle. Nous avons eu la bonne fortune d’en découvrir la date exacte. On lit en effet au verso de la feuille 140 ces mots : « TsXoç p.Yp/t ’louXup too q Ç* êtouç, Fin au mois de juillet de l’an 6797 [du monde] », ce qui donne l’an 1289 de notre ère.
5. Zur Geschichte der byzantinischen Musik dans Vie.rteIjahrschrift fiir Musikwissenschaft, V,i889. Nous ignorons le sentiment défendu par Johannes de Castro, « Methodus cantus ecclesiasticigraeco-slaviei, Romae, 1881 », que nous n’avons pu consulter.
6. Voir, pour les Serbes, M. Bour gault-Ducoudray (op. cit.J: pour les Russes,leurs livres de chant et Yorij d’Arnold, Réponse d M. Misaélidès , protopsalte de Smyrne. Moscou, 1893.
7. Il faut en excepter M. Reimann, qui conseille une grande réserve, en attendant qu’une étude plus approfondie des sources médiévales soit venue éclaircir cette obscure question. Il en attend aussi plus de lumière pour la connaissance de la musique antique.
réforme sur le modèle et selon les principes de la musique occidentale, soit en lui conseivant son caractère unisson soit en le revêtant des ornements de l’harmonie. Ils se flattent de réaliser cette entreprise en essayant de concilier les oppositions des deux premiers partis. A l’exemple des conservateurs, ils laisseraient intact tout ce qu’ils trouveraient conforme aux principes de la musique occidentale ; tout ce qui s’écarterait de cette norme serait considéré comme une altération. Seulement au lieu de remplacer ces chants par des chants occidentaux a 1 exemple des innovateurs, ils préféreraient les corriger sur les règles de la musique occidentale. Celle-ci serait ainsi la loi suprême qui réglerait le travail de réforme.
Si raisonnable que cette proposition puisse paraître à première vue, elle prête flanc cependant à de très graves objections et doit, en définitive, être considérée comme plus funeste que celle des innovateurs. C’est ainsi qu’en jugent les adhérents du groupe conservateur, chez lesquels elle a rencontré la plus vive opposition , et, il faut le dire, avec raison.
Comment, en effet, une musique étrangère, si différente de la musique grecque, peut-elle lui fournir une norme certaine et sure de réforme, un critère d’authenticité ? Ne s’expose-t-on pas, en suivant cette ligne de conduite, a détruire des choses qui peuvent être très bonnes et tout à fait anthentiques ? Ne risque-t-on pas, pour parler avec la parabole, d’arracher le bon grain avec l’ivraie? Pour nous rendre compte de ce qu’il y a de dangereux dans ces
propositions, reportons-nous cinquante ans en arriéré, à l époque où l’on s’occupa de la restauration du chant grégorien. Figuronsnous que dans cette restauration on se soit réglé sur les principes de la polyphonie contemporaine ou même sur ceux de la polyphonie plus ancienne du XIV e et du XV e siecle : que serait devenue la tonalité du chant grégorien ? Assurément, c’eût été une réforme, une restauration a rebours, la pratique de la polyphonie ayant été une des sources d’altération du chant grégorien. Telle serait la réforme du chant byzantin réalisée sur le modèle de la polyphonie occidentale et même sur celui de notre chant grégorien. Les deux musiques diffèrent, en effet, du tout au tout, principalement sous le rapport des intervalles, pour la valeur desquels la mesure exacte nous manque dans le chant byzantin. A ce point de vue, on serait tenté de regretter la plupart des traductions (') qui ont été faites des recueils mélodiques de 1 Église
i. Nous signalons le recueil intitulé .V.saaTX evtîtXljiJMtSttxà VOV iftïVTï 1 • ! 1
Xapiooo, Athènes, ’Aviacr, KumT<XVTivt8ou.' Du reste, nous verrons plus loin ce qu il faut penser au juste des essais de traduction faits jusqu’à ces derniers temps.
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grecque en notation occidentale, parce que, en déterminant forcément les intervalles indéterminés dans la notation originale, on court toujours risque de les altérer, de les fausser ; on est porté, au contraire, ainsi que nous l’avons fait remarquer ailleurs ( I ), à regarder comme providentielles les barrières que la langue et la notation, toutes deux si différentes des nôtres, ont établies entre les deux musiques ( 2 ).
On ne peut douter que la routine n’ait une large part dans ces altérations multiples; c’était aussi le cas, il n’y pas si longtemps, dans le chant grégorien. Mais il ne s’en suit pas qu’on doive tout condamner, et ce doit être précisément la tâche de la science de retrouver et de faire connaître le principe fondamental et régulateur de la musique grecque, son canon , qui puisse servir de critère pour discerner d’une manière sûre la part de la routine et celle de la véritable tradition.
Dans cette revue critique il nous faüt accorder une place spéciale à deux musicologues qui ont joué, tous deux, un rôle particulier dans la question, quoique dans un sens opposé: Kiltzanides et Tzetzès.
Le second, aujourd’hui professeur au Collège d’Arta en Thessalie, s’est fait remarquer par plusieurs travaux d’une érudition peu commune, à laquelle nous sommes heureux de rendre ici un juste hommage. Si l’on ne peut adopter toutes ses conclusions, ses écrits renferment du moins des matériaux précieux pour des recherches ultérieures ; ils nous ont été d’un grand secours.
Son premier travail, publié en 1874, en allemand, est une brochure de 134 pages in-8°( 3 ). C’est un essai de démonstration a priori en faveur de l’identité de la musique byzantine avec la musique antique. L’écrit est une heureuse réfutation des attaques dédaigneuses de M. Westphal contre l’œuvre musicale des Byzantins ( 4 ).
Les preuves sont puisées dans les témoignages plus ou moins directs des Pères de l’Église, et surtout dans les textes théoriques et mélodiques du moyen âge ; elles méritent une sérieuse attention.
Ainsi nous lisons d’une part, que la nomenclature de la musique d’église avec ses termes TtptoTo;, oî'jtîoo; (premier, second modes)