PROPRIÉTÉS DU TISSU DES SÉREUSES
Il m’a paru indispensable de traiter du développement des quatre groupes de séreuses en particulier. Mais j'ai cru bon de réserver pour cette place ce quiregarde spécialement le tissu séreux.
Il faut rappeler d’abord (voy. Séreuses vraies) que, contrairement à ce qui a lieu pour les membranes muqueuses et la peau, les séreuses ne dérivent pas d’un feuillet spécial db lastoderme, d’origine vitelline. C'est en effet dans le feuillet moyen et dans les interstices de ses éléments, que se creusent les grandes cavités closes. C’est sur ce fait que His s’est fondé pour ranger les épithéliums des séreuses dans la classe des endothéliums. Aussitôt que la scission s’est faite entre un organe et sa cavité, les cellules embryonnaires de la surface se rangent en une couche unique qui restera telle pendant toute la durée de la vie, sauf renouvellement des éléments. Dès lors, dit Robin, les cellules dites endothéliales des séreuses présentent les réactions des cellules épithéliales, et non pas celles des cellules fibro-plastiques ou cellules du tissu conjonctif.
Nous verrons plus loin des épithéliums séreux se reproduire chez l'adulte dans les cas pathologiques dont nous dirons juste ce qu'il faut pour éclairer notre sujet.
La reproduction de l’épithélium des séreuses sera exposée d'après les doctrines et avec les expressions qui ont cours en ce moment et se rencontrent dans les documents que j'ai utilisés. C'est pourquoi je me borne, en ce moment, à exposer brièvement ce qu'enseigne le pro-
fesseur Robin. D’après lui, les épithéliums séreux ont, une fois nés, et malgré leur minceur qui n'est pas du reste primitive, la plus grande analogie avec les épithéliums vrais : ils se reproduisent comme ceux-ci, c'est-à-dire par la segmentation d’une coucheamorphe patsemée denoyaux ; le retour des éléments à l’état embryonnaire est contraire à l'observation, etc.
La trame des séreuses se compose d’abord des éléments du tissu conjonctif jeune ; les fibres élastiques ÿ deviennent visibles dès le troisième mois de la vie intra-utérine.
Il est évident en somme que les cellules endothéliales des séreuses ont la même origine embryonnaire que celles du tissu conjonctif, puisqu'elles naissent dans le même lieu et de la même substance; mais il est certain qu'elles ne sont pas plutôt bien rangées en couche épithéliale, qu'elles se distinguent nettement des cellules qui, plus tard, constijueront la trame. Cette communauté d’origine des cellules des séreuses et de celles du tissu conjonctif, et, d'autre part, leur spécialisation précoce expliquent les ressemblances et les différences anatomiques et physiologiques qui s’observent chez l'adulte entre ces éléments.
Le tissu séreux, arrivé à son état de complet développement, nous apparait désormais comme un tissu complet,
doué de toutes les propriétés générales des tissus. Jusqu'à présent, nous avons assisté à sa genèse, nous allons maintenant le voir se nourrir, se reproduire et disparaitre.
Les séreuses, comme toutes les parties du corps, reçoivent les éléments de leur nutrition du liquide sanguin qui est porté par le système circulatoire très-près de leur épithélijum. Que le sang vienne à être altéré, il y à souffrance danslanutrition du tissu séreux. [n’est pointrare de trouver, chez les alcooliques, desinflammations de plusieurs grandes céreuses viscérales, et dans ce cas particulier, l'inflammation est presque toujours adhésive et l’épanchement le plus
souvent fort peu abondant. Il n’en est plus de même dans d'autres maladies générales, telles que la scarlatine et la variole où les lésions des séreuses revêtent une forme beau coup plus grave. Enfin, dans la morve, la fièvre puerpérale, la pyohémie, il n’est pas rare non plus de voir les séreuses altérées, mais alors la lésion devient une complication redoutable, car la suppuration est la règle dans ces derniers cas. Ainsi, on le voit; la nutrition de la séréuse est loin d'être troublée de la même façon par les divers poisons ; mais ce n’est pas seulement la nature de la lésion qui varie avec le principe toxique, c’est encore son siége; je citerai, à cet égard, un fait intéressant ef peu Connu, je crois, que M. Vulpian donnait dans son cours en 1871, c'est que, si dans l'infection purulente traumatique, 1l est rare de voir une péricardite, et fréquent de constater des suppurations articulaires, dans l’ostéomyélite au coritraire la péricardite est la règle.
Nous pourrions peut-être rapprocher de ces faits les lésions des séreuses qui sont sous la dépendance du rhumatisme, mais la question est bien obscure. Il est trèsvraisemblable d'admettre que c’est par l’intérmédiaire du liquide sanguin que le rhumatisme agit sur la nutrition des séreuses.
Le sang n’est pas le seul liquide qui se trouve en contact avec le tissu séreux et qui puisse lui céder des matériaux de nutrition ; les séreuses sont aussi en rapport intime avec le liquide qui lubréfie leur surface épithéliale. Dès que l’on vient à changer la nature et la composition de ce liquide, la nutrition du tissu séreux est profondément troublée, etavant tout, la nutrition de la couche épithéliale.
Toutes les séreuses n’ont pas une égale susceptibilité “pour un même agent irritant, mais c’est surtout la nature de cet agent qui fait varier les troubles de nutrition dont les séreuses sont le siége; à cet égard l'observation et l’ex-
périmentation ont démontré qu'il y avait des différences considérables à établir entre les diverses substances. On connait bon nombre d'observations démontrant la bénignité relative des épanchements sanguins dans le péritoine; le sang détermine une légère irritation de la séreuse, etleplus souvent il s'enkyste dans une membrane de nouvelle formation pour se résorber peu à peu. Les expériences de Vulpian, répétées plus tard par Laborde et Luneau, ont permis d'étudier d’une manière plus exacte et plus scientifique le mode d’action du sang sur le tissu séreux, et ces auteurs ont pu confirmer les résultats obtenus autrefois par Baillarger pour l’arachnoïde. Ils ont constaté, en effet, que le sang provoquait dans le tissu séreux une inflammation légère, se traduisant par une vaseularisation exagérée de la séreuse et la production d'une fausse membrane épaisse, vasculaire, enkystant complètement le caillot sanguin. Telle est la manière dont le sang épanché agit le plus habituellement sur les séreuses, et il était d’ailleurs vraisemblable de penser à priori que cette action du sang devait ètre relativement peu dangereuse, puisque c'est lui qui est chargé de fournir aux séreuses les éléments nutritifs dans l’état physiologique, et la composition de son sérum se Tapprochant notablement de celle du liquide contenu normalement dahs ces cavités. Si, aulieu de prendre du sang ordinaire, on prend du sang défibriné, l’action est encore moins irritante ainsi qu’il résulte des expériences de Raänvier el Cornil (1).
In’enest plus de même lorsque, au lieu de sang, c’est dé la bile, de l'urine, des matières stercorales, du pus, du liquide de kyste hydatique, etc. etc., qui agissent sur le tissu séreux ; dans ce cas, il survient presque toujours dans ce tissu des signes d’uneinflammation violente, aboutissant
(1) Soc. de Biologie. (871.
à la suppuration. Cependant, si au lieu de laisser ces liquides purs,on y ajoute de l’eau, l’action devient moins intense. Herlin ayant injecté de la bile dans la plèvre d'un chat, prévint la suppuration en y faisant ensuite une injection d’eau tiède. Velpeau (1), s’appuyant sur le même fait, put graduer l’inflammation qu’il voulait produire dans les séreuses en affaiblissant plus ou moins la teinture d’iode qu'il employait.
Nous arrivons à la troisième propriété générale du tissu séreux: la reproduction. Cette reproduction peut se faire dans deux conditions différentes : elle peut porter sur un élément anatomique unique ou bien sur le tissu séreux tout entier. Ranvier donne une description très-claire du mode d’accroissement et de reproduction de l'endothélium des séreuses. « Les cellules endothéliales, dit-il, présentent des phénomènes d’accroissement évidents. Sur le mésentère d'animaux nouveau-nés, les cellules endothéliales, au lieu de posséder toutes des noyaux à leur centre, comme chez les animaux adultes, ontsouvent deux noyaux ou un noyau situé près d’une des limites de la cellule. Dans ce dernier cas, le noyau de la cellule voisine est rapproché de la limite correspondante de cette dernière, de telle sorte que les , noyaux ne sont séparés que par uninterligne cellulaire Le remaniement des revêtements épithéliaux se fait avec une extrême facilité. Si l’on injecte quelques gouttes de nitrate d'argent dans le péritoine, on observe le gonflement, la prolifération et la chute des cellules endothéliales du grand épiploon. Lorsque le mouvement inflammatoire est arrive, les cellules qui sont devenues libres, etprobablement aussi les cellules lymphatiques, s'appliquent sur les travées de la membrane, s’y étalent et lui reforment un revêtement endothélial » (2).
(4) Annales de chir. fr. et étrangères, 1843, (2) Technique histologique.
La reproduction exagérée et anormale de ces cellules épithéliales peut donner lieu à de véritables néoplasmes.
Telles sont les tumeurs que l'on trouve sur le feuillet pa- riétal de l’arachnoïde, et dont une.description détaillée à été donnée par Robin qui les désigne sous le nom d’épithélioma des séreuses. Cornil et Ranvier n'admettent pas cette dénomination, et ils regardent ces tumeurs comme des psammômes ou sarcômes angiolithiques. Ces tumeurs seraient composées, d’après Robin(l), pardes tractus celluleux circonscrivant des globes épithéliaux, constitués par des couches concentriques de cellules absolument semblables à celles qui recouvrent les séreuses.
A côté de ces tumeurs, nous devons placer le tubercule ; car, quelle que soit lathéorie que l’on admette sur le développement du tubercule, que l’on regarde les éléments cellulaires de la granulation comme provenant de la prolifération des cellules épithéliales comme le prétend Rindfleisch, ou, ce qui est plus généralement admis, comme dérivant des éléments du tissu conjonctif ou des globules blancs du sang extravasés, de toute façon nous avons là un néoplasme accompagné de la multiplication exagérée d'un élément normal du tissu séreux.
Ce ne sont pas seulement les éléments figurés du tissu séreux qui peuvent ainsi se multiplier pour former des néoplasmes plus ou moins vivaces ; le liquide qui en baigne la surface peut également être le siége d'une production exceptionnellement active, avec ou sans modification de sa nature et de sa composition.
C'est surtout sous l'influence de l’inflammation que l’on observe les modifications les plus profondes dans la constitution de ce liquide, modifications que nous étudierons plus loin, au point de vue chimique, lorsque nous nous
(1) Journal d'anatomie el de physiologie, 1869. Farabeui, 6
TE
occuperons des sécrétions ou transsudations des séreuses. Outre les éléments figurés, noyaux libres, leucocytes, globules rouges qui peuvent alors apparaitre, il est une modification importante qui se produit dans ce cas : l'exsudat devient fibrineux. On a bien parfois trouvé de la fibrine dans le liquide de certaines sérosités non inflammatoires, mais, dès que l’inflammation survient, la proportion augmente de telle façon, qu'il y a là presque un fait nouveau.
Presque immédiatemeut après la production de ce liquide fibrineux, il se forme sur les parois des séreuses un dépôt qui s'épaissit peu à peu, c’est la pseudo-membrane. Sous quelle influence se fait ce dépôt, est-ce de la plasmine qui se dédouble, est-ce de la substance fibrinogène qui, trouvant de la substance fibrino-plastique sur la surface épithéliale enflammée, s'y transforme en fivrine? Ce sont là des questions presque inintelligibles, puisque les termes n'en sont pas bien définis. Il est donc impossible d’y répondre. La fausse membrane ainsi formée est constituée presque exclusivement par de la fibrine, on y voit çà et là des globules blancs du sang, de gros noyaux ovalaires, des cellules à noyaux multiples, mais il n’y a là aucune trace d'organisation, et si plus tard cette membrane se vascularise, ce n’est pas, comme le pénsait Hunter, qu'elle s’organise ; elle est seulement envahie peu à peu par des éléments organisés qui lui viennent de la séreuse sur laquelle elle repose.
La reproduction au lieu d'être bornée à un seul élément du tissu peut, avons-nous dit tout à l'heure, s'étendre au issu entier. C'est ce que nous voyons dans l’inflammation néoplasique des séreuses. Sous l'influence d’une irritation, il se produit à la surface de la cavité un feuillet très-mince qui n’est plus formé ici par une substance incapable d’or-
anisation, mais bien par une substance renfermant de D =