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vraies, et il est certain que les dégénérescences bénignes de toutes ces membranes peuvent détruire leur faculté d’absorber. C'est pourquoi les séreuses enflammées, ou simplement hydropiques résorbent si lentement leur contenu que le tissu cellulaire voisin absorbe au contraire en quelques instants s’il y est déversé.
Une membrane qui absorbe, est un intermédiaire entre le milieu intérieur et le produit à absorber qui peuvent avoir l’un pour l’autre une affinité excessivement variable. Le travail de la membrane produira d'autaut plus d'effet utile que le milieu intérieur aura une tension plus faible et le liquide à absorber une tension plus forte. C'est dans le but d'augmenter la tension du liquide des hydropisies que l’on emploie si souvent en chirurgie la compression. Cependant l'absorption à la surface des séreuses, n’exige pas précisément une tension, je ne dirai pas égale à celle du sang, mais même égale à 0; et la meilleure preuve. c’est que la cavité pleurale où la tendance au vide est permanente, est celle qui absorbe le mieux.
Parmi les raisons spéciales qui en ont été données, ilen est une curieuse dont j'ai déjà parlé ; c’est que la distension de la plévre produite par l'inspiration, ent’rouvre les lèvres des stomates épithéliaux, de sorte quele poumon sucerait. pour ainsi dire, le liquide injecté dans sa cavité séreuse. Or, c'est justement quand le poumon rétracté par le liquide injecté à cessé de pouvoir se dilater qu'on observe l’absorption pleurale. Mais laissons ces hypothèses et entrons dans l'étude expérimentale de la question avec ces idées préconçues que nous à données l'anatomie : les membranes séreuses sontd’un tissu des plus perméables ; leurs vaisseaux sont assez développés et surtout bien placés.
Or, on pourrait diviser les cavités séreuses en deux ca - tégories : les unes, Sans doute à cause de conditions plus
favorables semblent avoir été choisies de préférence par les physiologistes, comme terrain d'expériences ; ce sont les grandes séreuses, la plèvre, le péritoine. Les autres, au contraire, d’un rang secondaire, semblent avoir été négligées par les expérimentateurs, qui n'ont que peu de chose à nous apprendre, à propos de l'absorption dans les synoviales articulaires, les gaines tendineuses, les bourses mu queuses, la tunique vaginale, Maïs, par contre; ces membranes ont plus particulièrement occupé l'attention des pathologistes ; et c’est à la thérapeutique chirurgicale que nous devons la plupart des faits relatifs à leurs fonctions absorbantes.
Sans doute le choix des expérimentateurs a eu sa raison d’être : ayant démontré l'absorption dans la plèvre ou le péritoine, il leur était permis, par une induction jusqu'à. un certain point fondée, de généraliser cette faculté à tout le système séreux ; quoi qu'ilen soit, les chirurgiens nous ont tout au moins appris que la nature de l'humeur, dont la surface est lubréfiée, change peu les conditions de perméabilité de cette surface, et que les inflammations dont elle est le siége, loin de s'opposer toujours aux phénomènes de l'absorption, ne les entravent que dans certains cas, et les favorisent souvent au contraire. |
Pour ce qui est des matières absorbables, il en est dont la pénétrabilité est bien connue ; il en est d’autres sur lesquelles aucune expérience n’a été faite, et dont l'étude, par conséquent, ne saurait nous arrêter.
Les substances qui ontété mises au contact des séreuses sont: des gaz, des liquides purs, ou des liquides contenant, ce qui change beaucoup leurs conditions de pénétrabilité : 1° Des corps dissous, diffusibles; 2° des élémentsfigurés, minéraux ou organiques.
C'est dans cet ordre que nous étudierons ces différentes substances.
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L’absorption des gaz, introduits dans les cavités closes, est un fait depuis longtemps connu. Avant même toute expérimentation, l'expérience pathologique devait le faire pressentir; et le fait, si souvent démontré de la disparition spontanée d'épanchements gazeux dans la plèvre ou le péritoine, ne pouvait laisser de doute à cet égard, Les injections d'air dans les hydrocèles vaginales, ont été autrefois préconisées par certains chirurgiens ; et si l'on évite aujourd’hui la pénétration de ce gaz, lors du traitement des hydrocèles, ce n'est pas assurément par la crainte de le voir y rester enfermé indéfiniment. A. Cooper, cité par Milne-Edwards, avait constaté que l'hémalose s'effectuait à travers la plèvre viscérale, sur un poumon mis à nu. Les expériences de Demarquay-et Lecomte peuvent être invoquées à l'appui de ces faits. Ces auteurs ont démontré que les épanchements d'air dans les tissus subissaient en s’absorbant une certaine modification analogue à celle qui résulte de l’acte respiratoire. L’oxygène disparait d’abord; il est remplacé par des quantités équivalentes d’acide carbonique ; puis ce dernier gaz est absorbé à son tour, et il ne reste plus, en définitive, pour disparaître en dernier lieu, qu'un mélange contenant une três-forte proportion d'azote. L'expérience de Davy, citée plus loin, vient encore démontrer cette sorte de respiration à travers les membranes séreuses. D'autres gaz que l'air ont été mis en expériences ou même introduits dans les cavités closes, dans un but thérapeutique. L'expérience de Fodera est devenue classique ; ce physiologiste plaçait, dans la cavité péritonéale d’un lapin, une anse intestinale pleine d'hydrogène sulfuré; au bout de quelque temps, il constatait la disparition du gaz, el l'apparition de symptômes d’empoisonnement. Davy fit, à ce sujet, sur l’oxygène des recherches intéressantes et des plus concluantes Il nota en outre ce fait remarquable que ce gaz, à mesure
qu’il disparaissait de la cavité séreuse où ill'avaitintroduit, était remplacé par des qualités équivalentes d'azote. Nous avons dit que des injections gazeuses avaient été opérées dans les séreuses, comme moyen thérapeutique. Nous trouvons, en effet, dans le traité de Boinet sur l’iodothé rapie (1) des faits intéressants à ce point de vue. C'est ainsi que, à propos du traitement des ascites par les injections, il signale trois cas où l’on employa le protoxyde d'azote. Roosbroeck, qui eut le premier l’idée de cette thérapeutique, avait étéamené à cette tentative en observant que les inhalations de ce gaz étaient suivies de sueurs profuses et d’une urination abondante. Ces mêmes phénomènes se manifestèrent chez la malade à laquelle il administra le protoxyde d'azote par le péritoine, preuve évidente de son absorption. Son exemple fut imité par Rul-Ogez et par Craninkx, avec les mêmes résultats. Cette médication fut même, parait-il, assez favorable; mais cela importe peu à notre sujet.
Il est, à propos de l’absorption des gaz par les séreuses, un fait depuis longtemps signalé, et qui peut nous servir de transition pour passer à l'étude de l'absorption des liquides. Tand's que ces derniers, dans les cavités closes où on les introduit expérimentalement, disparaissent avec une rapidité qui n'a de comparable que l'absorption dans le tissu cellulaire sous-cutané, et qui n’est surpassée que dans les bronches, les produits gazeux ne sont absorbés à la surface des séreuses qu'avec une assez grande lenteur. Le même fait a lieu, comme on le sait, quand l'air est introduit dans le tissu cellulaire, et les chirurgiens ont souvent l’occasion de le constater, dans les cas d’emphysème traumatique.
(4) Traité de l'Iodothérapie, 2° Édition 1863.
C'est à cette lénteur que Colin (1) attribue la persistance de certaines tympanites après les opérations chirurgicales. À quoi est-elle due ? Peut-être à ce que les absorbants des séreuses sônt surtout des lymphatiques, et que les gaz ont beaucoup moins d’affinité pour la lymphe que pour le sang.
Les liquides, au contraire, choisissent de préférence la première voie qui se présente àeux, celle des lymphatiques. Golin signale comme preuve de ce fait la turgescence remarquable des ganglions correspondants à la suite de la résorption dans les hydropisies, les hydrocèles ; c'est dans les réseaux et dans les troncs lymphatiques que nous verrons, et que nous avons déjà vu les expérimentateurs retrouver les produits qu'ils ont introduits dans les cavités closes ; ces mêmes cavités ont servi de champ d'expérience à tous ceux qui ont voulu démontrer l'absorption parles lymphatiques ; et si Magendie (2), après avoir lié lecanal thoracique, vit les solutions vénéneuses introduites dans le péritoine, produire encore leurs effets, cette expérience contradictoire n’a pas prouvé, comme le voulait son auteur, que l'absorption par les veines était la règle pour ces tissus, mais seulement qu’elle était possible, à défaut d’une autre route.
Gil était besoin de preuves de l'absorption des liquides dans les cavités closes, nous pourrions nous contenter de signaler, comme nous l'avons fait pour les gaz, ces Cas nombreux de disparition spontanée d'épanchements séreux, même considérables, dans la tunique vaginale, dans le péritoine et surtout dans la plèvre, ceite séreuse si remarquablement perméable que Magendie la choisissait pour ses
(1) Traité de physiologie comparée. T. II, p. 118. (2) Lecons sur Îles phénomènes physiques de la vie,
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expériences. Mais notre but est surtout d'étudier cette propriété dans ses faits particuliers, c'est-à-dire pour les différentes séreuses et pour les différents liquides, selon l’ordre indiqué au commencement de ce chapitre.
Le premier liquide avec lequel on démontra expérimentalement l'absorption dans les séreuses, fut l’eau pure. Haller et Flandrin, injectant de l’eau dans ies plèvres, la virent disparaître avec une rapidité considérable. Même dans le péritoine, inférieur à la plèvre à ce point de vue, un demi-litre d’eau, chez un chien, a disparu en quelques heures (1).
La présence de différentes matières en dissolution dans l’eau ne parait pas plus modifier le pouvoir absorbant des séreuses que celui de tout autre organe d’absorpticn ; et c’est à l’aide de solutions contenant soit des sels vénéneux, soit des matières colorantes que les physiologistes ont fait les expériences les plus propres à déterminer la rapidité d'absorption des séreuses .et les voies qui emportent les produits absorbés.
« Dans les injections péritonéales ou pleurales, dit Milne-Edwards (2), siau lieu d'employer de l’eau , nous fai. sons usage de certaines matières qui peuvent êtreidentifiées avec le milieu des substances conjonctives de l'organisme, il nous sera également facile de constater que l'absorption a pour effet de porter ces matières jusque dans l’intérieur de l’appareilirrigatoire. »
Les premiers physiologistes qui expérimentèrent sur l’absorption dans les séreuses se servaientde matières colorantes en dissclution. Ils opéraient ainsi, par cette voie, une véritable injection des réseaux lymphatiques, et des
(1) Béclard. Dictionnaire des Sciences médicales. (2) Lecons d'anatomie et dé physiologie comparèe. T, IV. Absorption,
en de
troncs correspondants, et par l'apparition de ces substances dans le canal thoracique, ils pouvaient calculer la rapidité de leur absorption.
Hunter et Flandrin, ayant injecté des solutions d'indigo dans le péritoine de lapins, virent à la suite les Iymphatiques sous-péritonéaux se colorer en bleu.
Musgrave et Portal répétèrent avec succès les mêmes expériences (1). -
Fodera arrive, par une voie détournée, à la mème démonstration ; vouiant prouver le transport par les Iymphatiques des produits absorbés par les séreuses, il injecte du persulfate de fer dans le péritoine, et du cyanoferrure de potassium dans la plèvre : ces sels donnent un précipité au moment où ils se rencontrent dans ie canal thoracique. Plus tard, Magendie injectant de l'encre dans la cavité pleurale, constatait qu'en moins d'une heure la plèvre, le cœur, les muscles intercostaux pouvaient se colorer en noir.
Les expérimentateurs actuels ont adopté de préférence un autre genre de démonstration. Ils injectent des sels ou des substances toxiques en solution, et constatent l'absorption par les symptômes de l'empoisonnement. Ils semblent avoir eu surtout pour but par cette méthode de comparer entre elles ou avec les autres organes, les diverses séreuses au point de vue de leur pouvoir absorbant. Magendie avait déjà démontré que la strychnine en solution, introduite dans la plèvre, tuait plus vite que déposée dans le péritoine. Bouley et Colin (1), répétant lamème expérience, constatent que la mort, après l'injection d'une solution de noix vomique dans le péritoine, survient chezle cheval en 17 minutes environ, et plus rapidement que lorsqu'elle est ingérée par les voies digestives. Une solution de 10 grammes d’iodure
(1) Portal. Anat. méd., {. V, p. 20.
(2) Colin (oc. cit.).
de potassium dans 200 grammes d’eau, introduite dans la cavité péritonéale du mouton, apparaît en 5 ou 6 minutes dans le canal thoracique.
Mais il est certaines substances dont l'introduction, dans les cavités séreuses, non-seulement est suivie d’une absorption rapide, mais même dans beaucoup de cas semble tellement favoriser le pouvoir absorbant, qu'elles sont entrées, à ce point de vue, dans le domaine de la thérapeutique.
Il suffirait de rappeler l’histoire du traitement des kydrocèles pour démontrer la pénétrabilité, à travers les membranes séreuses des solutions vineuses, des solutions alcooliques, que Jobert (1) employait aussi pour la cure des hydarthroses rebelles ; et les synoviales articulaires étaient si bien capables d’absorber l'alcool en solution, que l’auteur de ce procédé l’abandonne, sous prétexte qu il avait donné | lieu à des accidents d'intoxication.
Mais de toutes ces substances, la plus importante est l’iode, qui, à l’état de teinture plus ou moins concentrée, est le seul corps peut-être qui ait visité toutes les séreuses.
Nous n'insisterons pas sur les nombreuses théories qu'on a émises pour expliquer ses propriétés curatives. Nous ne discuterons pas s’il agit en modifiant la surface séreuse, ou s’il porte principalement son action sur les liquides épanchés. C’est ainsi par exemple que certains auteurs, et Boinet en particulier, tout en admettant qu'il apporte à la surface même des cavités closes certaines modifications favorables, croient que sa combinaison avec certains éléments du liquide épanché, joue un rôle de quelque importance ; ce dernier auteur enseigne que plus ce liquide est alcalin, plus il faut employer d’iode. Il faudrait agir de même lorsque l’épanchement est fortement albumineux, parce que l'iode « fluidifie » les principes coagulables des humeurs et en facilite ainsi la résorption.
(1) Cité par Boinet (loc. cit.).
Quoi qu’il en soit de ces opinions, le fait de l'absorption de l’iode en solution, à la surface des séreuses, est un fait des mieux démontrés.
Beaucoup de chirurgiens laissent dans ces cavités au moins une partie des injections pratiquées, et dans le plus grand nombre des cas on en peut constater la rapide disparition. Bonnet rapporte qu'ayant laissé 15 grammes de teinture d’iode pure dans un genou atteint d'hydarthrose, il vit survenir une inflammation très-vive qui nécessita une ponction palliative le soir mème de l'injection : le liquide qu'il retira ne présentait aucune trace d'iode. Legouest, cité par Massiani (1); Trousseau, Legendre, Legroux, Barthez et bien d’autres, ont injecté et laissé dans la plèvre ou dans le péritoine des solutions de teinture d'iode, et en ont noté l'élimination par les sécrétions. Brainard a préconisé la mème pratique, dans les cas d’hydrocéphalie; beaucoup de chirurgiens Font tentée pour la guérison de l’hydrorachis; et toujours ils ont constaté les mêmes résultats. Dans un certain nombre de cas enfin, on à vu survenir des accidents d'iodisme, preuve irrécusable d’une absorption puissante. Il est vrai que nous trouvons sionalés quelques observations où cette absorption parait ne s'être pas effectuée : dans un fait rapporté par Bérard, vingtquatre jours après une injection iodée dans une hydarthrose ancienne, une ponction donna issue à un liquide répandant une forte odeur d’iode avec une quantité notable de grains riziformes. Les faits de ce genre sont intéressants, car ils prouvent que les séreuses peuvent perdre leur pérméabilité, en perdant leur structure normale.
A côté du groupe des liquides dont nous nous o6cupons, il convient de ranger certaines humeurs de l'organisme, dont l'absorption dans les cavités closes à été recherchée
(4) Thèse de Strasbourg, 1851.
= — expérimentalement. C’est ainsi que la bile a été étudiée à
ce point de vue ; Lebküchner, cité par Milne-Edwards (1), a |
constaté que les principes caractéristiques de la bile traversent promptement le péritoine pendant la vie. Ayant injecté de la bile dans la cavité péritonéale d’un chat, et ayant lué l’anfmal 12 minutes après, il trouva que la matière jaune et la matière amère de ce liquide avaient déjà pénétré dans le tissu conjonctif sous-péritonéal. Ce fait n’a rien qui doive surprendre, puisque nous avons déjà vu que les matières colorantes et les sels dissous étaient parfaitement absorbés. Parmi ces humeurs dont la pénétrabilité à travers les membranes séreusés ne saurait être contestée, il est à peine besoin de citer les sérosités, dont. la résorption, spontanée ou provoquée, peut se constater tous les jours.
On a également expérimenté sur les graisses, qui occupent une place à part dans l'étude de l'absorption. Nous savons d'ailleurs peut de chose à leur sujet; les expériences sont peu précises et souvent contradictoires. Nous avons déjà parlé de l'absorption des graisses émulsionnées colorées ou non, du lait, etc.
EmmertetHôring (2),en1818,introduisirent des matières grasses dans les cavités séreuses; ils virent que l'huile n’était absorbée qu'en très-petite quantité par la surface péritonéale. Cependant ils avaient trouvé des traces de son passage par les vaisseaux lymphatiques adjacents. Ségalas répéta depuis la même expérience. Ayant injecté de l'huile dans la périloine d’un lapin, il la retrouva intacte huit ou dix jours après. Ces auteurs ne disent pas si ces substances avait été préalablement émulsionnées. Dans des expériences plus récentes, mais non plus précises, Auspitz (8) dit avoir.
(1) Loc. cit., t. V, p. 18.
(2) Archir für die physiol. T. IV., p. 522. (3) Centralblalt für med. Wissenseh, 1871,
ca. gÿe retrouvé dans la circulation de l'huile et de l’amidon hi dans le péritoine.
IH nous reste à étudier maintenant ce que deviennent: dans les cavités closes les liquides contenant des corps figurés, minéraux ou organiques en suspension. La fluidification de cés particules est la condition indispensable de leur absorption. Autrement, ils ne peuvent que pénétrer mécaniquement, mais depuis qu'on a décrit à la surface des séreuses et communiquant avec les Iymphatiques, des portes ouvertes où faciles à enfoncer, il semble qu'il y à quelque chose de changé dans les lois de l'absorption. Les corps figurés des humeurs organiques, globuies du sang, globules de la lymphe, les corpuscules colorés du carmin, ont été surpris, au dire des observateurs, dans leur migration à
travers les membranes séreuses. Hunter et Mascagni (1), dans leurs recherches sur les lymphatiques, rapportent une foule de ras où ils ont vu les lymphatiques se remplir de lait, injecté dans les cavités séreuses.
D'autre part, Bichat. n'avait pas réussi, malgré le désir qu'il devait avoir de démontrer les bouches absorbantes auxquelles il croit comme à l’ouverture du canal de Sténon dans la bouche (2).
Quant à la résorption du pus et du sang épanchés dans les cavités closes, ou même des produits inflammatoires qui peuvent s’y rencontrer, elle ne saurait être mise en doute. Les faits pathologiques abondent pour en fournir la démonstration. Pour ce qui concerne le sang et le pus à l’état liquide, il est évident que leurs éléments figurés ne trouvent ordinairement pas tous d’issue dans les cas pathologiques, mais il parait certain que les globules rouges eux-mêmes peuvent retourner chez eux par la voie Iÿm-
(4) V. Breschet. Thèse de concours, 1836. Le système lymphatique. — Mascagni. Histoire des lymphat, 1787, — Lauth. Essai sur les lymphatiques. (2) Bichat, Anatomie générale, p, 422.
phatique (voir première partie). Le plus souvent, le sang se coagule, il enflamme légèrement la séreuse, comme nous l'avons dit plus haut, et les conditions désirables pour l’ab-, sorption n'existent plus, ni du côté du liquide, ni du côté de la membrane. Cependant peu à peu ces caillots disparaissent à leur tour, et toujours avec une assez grande lenteur. | La matière colorante du sang parait passer facilement par des phénomènes d’imbibition, dans la couche épithéliale des séreuses, et l’on retrouve dans les cellules de cette couche des -dépôts plus ou moins abondants du pigment sanguin.
Sécrétion dans les séreuses en général. — La minceur de l’épithélium des séreuses a pu nous faire préjuger que ces membranes absorberaient facilement; nous pouvons croire, pour la même raison, que les séreuses sont aussi perméables de dedans en dehors que nous les avons vues l'être de dehors en dedans. Nous devons donc, a priori, les croire | capables de transsudation, mais nous devons douter de leur pouvoir sécréteur proprement dit. Vraisemblablement dans l’acte de sécrétion rudimentaire qu'elles accomplissent quelquefois d’une manière évidente, elles se bornent à faire un choix dans les principes immédiats du liquide nourricier, sans en créer de nouveaux. C'est surtout de la physio- | logie pathologique que j'ai à faire ici, puisqu’à l’état nor- | mal, le pouvoir sécréteur des séreuses, si l’on veut l'appeler ainsi, paraît réduit à si peu de chose qu'on en peut à peine recueillir les produits.
La vascularisation des séreuses.est peut-être suffisante pour la sécrétion, mais si l’on compare le mince revêtement péritonéal de l'estomac à l’épithélium glandulaire du même organe, on n’est plus surpris de voir le peu d'importance que présente le travail sécrétoire dans les séreuses. Leur surface est immense pourtant, mais immense aussi pour résorber à mesure et facilement les produits sécrétés.
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Il est possible que les cavités séreuses jouent, chez les invertébrés et les vertébrés inférieurs, un rôle considérable dans l'élaboration du liquide nourricier. Mais je ne puis pas croire qu'il en soit ainsi chez les animanx supérieurs où la division du travail a réparti toutes les fonctions sur des appareils appropriés, et semble avoir voulu réserver aux séreuses un rôle purement mécanique.
Si elles produisent normalement peu, les séreuses néanmoins produisent. Les synoviales donnent mème une notable quantité de synovie, fait qu'il faut rapprocher de la multiplicité des couches de leur épithélium.
L'exosmose joue un grand rôle dans la production des hydropisies ; mais, dans l’état de santé, est-ce seulement à ce fait, en apparence purement physique que sont dus les liquides qui donnent aux cavités séreuses leur humidité et leur glissant? Certes la chute de l’épithélium ou desquamation physiologique joue aussi un rôle important. N'est-ce pas, en effet, dans la sérosité péricardique d’un supplicié que Valentin à découvert les cellules épithéliales des séreuses ?
Dans la synovie, on trouve aussi des cellules d’épithélium, soit entières, soit fragmentées. C’est donc en grande partie à la chute et à la fonte des éléments épithéliaux qu'est dû le renouvellement du liquide qui baigne les séreuses. Il est hors de doute que les mouvements de glisse ment et de frottement activent et facilitent cette desquamation. Aussi n'y a-t-il presque pas de liquide dans la plèvre et la tunique vaginale où les mouvements sont peu étendus, tandis que dans le péritoine et surtout dans le péricarde constamment agité par la contraction rhythmique du muscle cardiaque, on rencontre constamment quelques grammes de liquide. Dans les synoviales, ce liquide aurait besoin pour être renouvelé. des mouvements qui doivent s’accomplir entre les surfaces articulaires. L’ankylose
Farabeuf. 7
Me ae consécutive à l’immobilité n’aurait-elle pas pour cause, en partie, du moins, ce trouble dans les conditions mécaniques indispensables à la régularité de la sécrétion.
Nous avons dit qu’à l'état normal les sérosités sont peu abondantes, et nous avons essayé d’en indiquer les causes ; mais à l’état patholozique, il n’en est pas de même ; et quoique l’hydropisie des séreuses soit du ressort de la pathologie, nous ne pouvons nous empêcher d'en dire quelques mots, car son mécanisme explique assez bien celui de la sécrétion des sérosités.
I faut reconnaître à l’hydropisie des séreuses deux causes principales.
En premier lieu, un trouble dans la tension du sang : les expériences de Magendie sont concluantes. « Injectez dit cet auteur (1), dans les veines d’un animal, assez d’eau pour doubler et même tripler le volume naturel de son sang, alors examinez une membrane séreuse, le péritoine par exemple, et vous verrez s’écouler rapidement, de
sa surface, de la sérosité qui s’accumulera dans la cavité, et :
y produira, sous vos yeux, une véritable hydropisie. »
Ces expériences, reproduites il y a longtemps par Claude Bernard (2) ont'donné les mêmes résultats. Aïnsi l'augmentation directe de tension est une cause d’hydropisie séreuse. Quand c’est la tension veineuse qui augmente d’abord, elle entraine aussi une augmentation de tension artérielle, et par suite, une production abondante de sérosité. C’est Bouillaud (3) qui a, le premier, démontré ce fait : de sorteque, malgré des expériences récentes, c'est encore un des points les plus certains de la pathologie géné-
(1) Précis élément. de physiologie, t. 11, p. 453 et suiv.
(2) Inject. d’eau dans le système vasculaire du chien. Comptes-rerdus de la Société de biologie. Paris, 1849.
(3) De l’oblitération des veines et de son influence sur la formation des hydropisies partielles. (Arch. génér. de méd., 1823.)
rale que l'hydropisie consécutive à des oblitérations veineuses, soit qu'elles siégent dans les capillaires comme dans la cirrhose, soit qu'elles occupent des gros {roncs veineux, tels que la veine porte, la veinecave, ou les veines iliaques.
En second lieu, la constitution du sang à aussi une très-grande influence, tantau point de vue de la proportion des éléments que de leurs qualités (dyscrasies) ; les expériences sont d'accord avec les données de la pathologie.
Ainsi, on peut ranger les hydropisies, quant à leur cause, en mécaniques et dyscrasiques, selon que la circulation est troublée par des modifications de tension ou de qualité dü sang. Comme nous le verrons tout à l'heure, ces liquides épanchés sont différents dans l’un et l’autre cas.
Quant au mécanisme intime de cette production de sérosité, il est facile à comprendre dans le cas d'augmentation de tension sanguine, plus difficile dans le cas de dyscrasie : nous Sommes forcés de nous contenter de mots qui cachent notre ignorance, et de dire que les changements moléculaires daus la constitution des matières protéiques rendent leur diosmose plus facile à travers les membranes (1).
La quantité du liquide qui passe ainsi dans les séreuses, est quelquefois prodigieuse ; dans certains cas, le péritoine contient jusqu’à 15 litres de liquide et plus. Ce liquide se reproduit souvent avec une telle rapidité qu'il faut faire
(1) Il y a cependant dans la science quelques expériences sur ce sujet, Ainsi, Mialhe (Chimie appliquée à la physiologie, Paris, 1850), a rercarqué que lalbumine du sérum (sérine), n’est pas dialysable ; mais que dans certains états pathologiques, par exemple l’albuminurie, elle devient capable de traverser les membranes organiques. D'un autre côté, Hoppe (Wirchow’sArchiv., 1836, t. IX, p. 260 et suiv. Ueber Scrôsetranssudate), a vu que le sérum du sang passe tel qu’il est, sauf la sérine, à travers les membranes organiques. Le fait ne peut guère être appliqué aux sérosités où la quantité relative du chlorure de sodium et des autres sels est différente de ce qu’elle est dans le sang,
plusieurs ponctions par semaine, de sorte qu’en quatre ans, une femme a pu perdre 1,500 litres (1); une autre, 1,300 litres (2). Une autre enfin a été ponctionnée 665 fois en treize ans (3).
N'oublions pas de mentionner, comme cause puissante de modification des sécrétions séreuses, l’état de la membrane séreuse elle-même. Ainsi, lorsqu'elle est enflammée, la sérosité qui s’accumule dans sa cavité présente un Caractère spécial, c’est de contenir de la fibrine ; nous y reviendrons. De même l'injection de substances irritantes modifie la nature du liquide sécrété comme les propriétés plastiques et la perméabilité de la membrane. C'est ainsi qu’on réussit à provoquer des adhérences salutaires par des injections iodées, etc., etc. |
Ces notions préliminaires sur la sécrétion des séreuses étant acquises, nous allons étudier les propriétés et la constitution des liquides sécrétés.
Le liquide qui humecte les membranes séreuses est peu abondant à l’état normal. Il à reçu le nom de sérosité, de sorte qu'il y à une sérosité pleurale, une sérosité péricardique, etc. Le liquide des séreuses synoviales se nomme synovie, et à certains égards il diffère de la sérosité des grandes séreuses.
On peut dire d’une manière générale que les liquides
sont, par leur composition et leurs propriétés chimiques,
intermédiaires au sérum de la lymphe et du sang d’une part,
et d'autre part au liquide céphalo-rachidien, et au liquide
amniotique. C'est donc à ce double point de vue que nous
les étudierons, c’est-à-dire en les comparant avec le sang
qui baigne tous les tissus, et aussi avec les autres produits
exhalés par les tissus qui ne sont pas à proprement parler (1) Latham. Philos. Transact. 1779.
(2) Lecourt. Journ. de chim. médic. 1898.
(3) Bézard, Bull. de la Soc. méd. &'émulat., déc, 1815, p. 945.
des séreuses, à savoir les différentes formes du tissu conjonctif (liquide de l'œdème, liquide céphalo-rachidien, etc.).
Après avoir ainsi examiné en général eten particulier les sérosités normales, nous dirons quelques mots sur Îles sérosités pathologiques des grandes séreuses.
A. Des sérosilés normales en général.
Il est intéressant de savoir où il faut ranger les sérosités dans une classification générale des humeurs de l'organisme.
Haller (1) avait divisé les humeurs en aqueuses, muqueuses, gélatineuses et huïleuses. C'est aux humeurs gélatineuses qu’il rapporte le liquide des sérosités, de la poche amniotique et le liquide céphalo-rachidien. Il les rapproche aussi du sang et de la lymphe.
De Blainville (2) sépare les liquides de l'organisme en liquides constituants, et produits liquides, c’est-à-dire excrétés. À côté des liquides constituants, il place les liquides des sérosités, il classe à part les produits anormaux qu'on rencontre aussi dans les séreuses.
Robin (3) divise les humeurs en constituantes (sang, chyle et lymphe), produites ou de sécrétion, el excrémentitielles. ILdivise les humeurs sécrétées en récrémentitielles, ouexcrémento-récrémentitielles, selon leur destination physiologique. Parmi les humeurs récrémentitielles,ilen est de profondes ou permanentes, il en est d’autres qui sont transitoires (organes génitaux). C'est donc parmi les humeurs récrémentitielles profondes qu'il range les sérosités avec l'humeur vitrée, l'humeur aqueuse, les liquides de l’æœdème et le pus.
(1) Elem. Physiologiæ. Ed. Lausanne, IT, p. 359.
(A Cours de physiologie, t. T'ett. IT.
{3) Traité des humeurs.
Enfin Claude Bernard (1) distingue dans les sérosités, les sérosités des grandes séreuses, et les liquides aqueux, tels que le liquide céphalo-rachidien, l'humeur aqueuse, etc.
Nous suivrons en partie l'une et l’autre de ces divisions, et classant les sérosités parmi les humeurs récrémentitielles profondes, nous distinguerons dans ces humeurs les sérosités des séreuses, les synovies, et les liquides aqueux. Naturellement, de ces dernières, nous ne parlerons que pour prendre des points de comparaison.
Les sérosités sont des liquides jaunes clairs ou presque incolores, plus ou moins filants. Vus par transmission, ils sont jaunes, mais par réflexion ils apparaissent verdâtres. Ils sont donc légèrement dichroïques. Tous, ils ont une réaction alcaline.
On y trouve, à l’état normal, des cellules épithéliales et de rares leucocytes. Mais entre l’état normal et l’état pathologique, il y a des nuancesinsensibles, de sorte que laquantité de leucocytes varie beaucoup selon l’état plus ou moins enflammé de la séreuse et aussi suivant l'espèce animale,
La quantité de liquide contenu dans les séreuses non enflammées, est si minime, que les analyses en sont rares, Aussi Robin (2) «t-il parfaitement raison d’insister sur ce desideratum de la science et de déclarer qu'il y a lieu de faire sur ce sujet de nouvelles recherches.
Nous ne parlerons pas des procédés techniques nécessaires pour en faire des analyses exactes, et nous nous contenterons de mentionner ceux qui sont indiqués avec une grande précision par Hoppe-Seyler (3) et aussi par Gautier (4).
4) Leçons sur les liquides de l’organisme, t. II, p, 402. 2) Traité des humeurs, p. 251.
3) Handbuch der Chemischen Analys., 4e édit. p. 357 et suiv.
(4) Chimie physiologique, t. I, p. 292, t. IT, p. 450 et suiv.
On peut prendre pour type la sérosité du péricarde, dont ” Gorup Besanez (1) a donné deux analyses.
Opposons à l'analyse qu'ilen donne d’autres analyses, pour le sérum du sang, et le plasma lymphatique d'une part, et d'autre part pour les liquides aqueux qu'on rencontre dans l'économie, nous aurons le tableau suivant, rendu à dessein, un peu artificiel, mais montrant d'une manière plus frappante, les rapports des divers liquides.