DES ORGANES SÉREUX
Après avoir étudié letissu séreux, il faut décrire l'organe séreux : « Les membranes séreuses, ou lymphatiques, ou cellulaires, occupent l'extérieur de la plupart des organes dont les membranes muqueuses tapissent l’intérieur. Tels sont l'estomac, les intestins, la vessie, etc. Elles se rencontrent sur ceux sujets à de grands mouvements, à des frôlements réciproques, comme sur les surfaces articulaires, sur les gaines tendineuses ; on les voit autour de tous les organes essentiels à la vie. Le cerveau, le cœur, les poumons, tous les viscères gastriques, Les testicules, etc., en empruntent une enveloppe extérieure. » Ainsi s’exprimait Bichat dans son traité desmembranes, en commençant la description du système séreux ; plus tard, dans l’anatomie générale, il ajoute : « Toute membrane séreuse représente un sac sans ouverture déployé sur les organes respecüfs qu'elle embrasse, et qui sont tantôt très-nombreux comme au péritoine, tantôt uniques comme au péricarde, enveloppant ces organes de manière qu'il ne sont point
(4) Robin. Note sur les lymphatiques des viscères abdominaux des QTe= nouilles et sur leurs réservoirs. L'Institut, 1846, t, XIX. p. 54,
CLR, CE contenus dans sa cavité et que, s'il était possible dele disséquer sur leur surface ou aurait cette cavité dans son intégrité. Ce sac offre, sous ce rapport la mème disposition que ces bonnets reployés sur eux-mêmes dont la tête est enveloppée pendant la nuit, comparaison triviale, mais qui donne une idée exacte de la conformation de ces sortes de membranes. »
Cette conception est vraie pour un grand nombre de . membranes séreuses. C'est sur elle que sont fondés les termes feuillets pariétal et viscéral indispensables à la description des séreuses. Ces feuillets sont plus ou moins faciles à démontrer, plus ou moins réels en un mot, mais on n’en continue pas moins à admettre que le feuillet pariétal tapisse l'intérieur de la cavité du péricarde par exemple, que le feuillet viscéral enveloppe le viscère, ici le cœur, et que tous deux se continuent au niveau du pédicule de l’organe, ici l’origine des gros vaisseaux. Cette manière de concevoir les séreuses, à régné sans contestation dans la science pendant plus de quarante ans, jusqu’au grand travail qu'a publié Velpeau en 1843. Dans le sac de Bichat, Velpeau néglige la membrane pour porter son attention sur sa face interne, ou plutôt sur sa cavité, de là le titre de son mémoire (1).
Tels sont les deux travaux importants qui se sont produits sur la disposition des séreuses en général. Le second est venu rectifier ce qu’il y avait de trop absolu dans le premier; il contient des observations embryogéniques importantes.
Partout où il y a mouvement notable dans l’économie, il y à une membrane ou cavité séreuse plus ou moins développée et interposée aux organes qui frottent l’un contre l’autre. Cette remarque se présente natureliement à l’es-
(1) Recherches anat. physiol. et path. sur les cavités closes naturelles ou accidentelles de l’économie animale. 4 mémoires, Ann, de la chir. franc. el étrangère, VIT et VIII, 1843.
Farabeuf. 3
ve prit commeindiquantune relation de cause à effet. Certainement les grandes séreuses splanchniques et d’autres encore, apparaissent avant que l'embryon ne se meuve; et quand même les intestins et le cœur se libéreraient par leurs mouvements de leurs adhérences avec Les parties voisines, qui donc libérerait le poumon immobile pour creuser la plèvre? Le développement des vraies séreuses se trouve étroitement lié à celui des deux grandes cavités du corps des vertébrés, à savoir : la cavité céphalo-rachidienne et la cavité viscérale. Parmi les autres séreuses, les plus importantes existent à la naissance, telles sont : les cavités articulaires et la plupart des gaines tendineuses.
Les moins importantes, les bourses séreuses, se développent au contraire plus tard et en nombre variable suivant les individus, ou plutôt suivant les mouvements. Celles-ci sont véritablement rudimentaires, elles sont aussi les plus simples, et c'est, d'elles que l’on peut dire surtout, avec Velpeau, que ce sont des « cavités creusées et nullement des ampoules déposées dans les tissus. La théorie déjà ancienne que le mouvement amène la cavité, leur est parfaitement applicable, puisque nous les voyons presque se former sous nos yeux et que nous pouvons en créer à volonté ou restaurer parle mouvement celles que l’inflammation adhésive a oblitérées. Velpeau a vu que les bourses sous-cutanées qui s’ébauchaient les premières sur le fœtus, étaient aussi les premières soumises aux mouvements, celles de l’olécrâne, de la rotule et de l’angle de l’omoplate. On pourrait en dire autant à la rigueur des gaines synoviales des tendons, des synoviales articulaires , etc. ; il suffirait de supposer qu'un mouvement, de plus en plus développé, a produit une cavité de plus en plus étendue, et que les cavités séreuses acquises et perfectionnées peu à peu par les générations antérieures, se sont transmises héréditairement. Mais, remettant à plus tard les faits sérieux qui concer-
nent le développement des séreuses et des principales Synoviales, et nous bornant à ce que nous venons de dire sur la disposition générale des membranes séreuses et la formation des cavités rudimentaires, entrons immédiatement dans l'étude de celles-ci.
Art. 1%, — Bourses séreuses.
Elles ont éténommées par Monro (1) bourses muqueuses, du nom que portait, encore à son époque, letissu cellulaire dont elles sont véritablement de simples fissures, Velpeau les définit des écartements normaux ou anormaux de cou ches organiques naturelles, et non point des organes de formation nouvelle. La plupart d’entre elles sont sous-cutanées ; de là le nom de bourses séreuses sous-cutanées que leur à donné Padieu (2). Nous devrons entendre sous ce nom et décrire les cavités séreuses du tissu cellulaire sous-cutané et profond. Nous avouerons qu'entre certaines d’entre elles et les gaines tendineuses les plus simples, il n’y a pas toujours de différence de conformation bien tranchée. Pour Robin (3) l'absence d’épithélium dans les bourses, sa présence dans les gaines tendineuses seraient caractéristiques. Toutes ne sont point normales ; il en est qui sont dues à des mouvements professionnels ou à des déformations pathologiques.
Quoi qu'il en soit, le mécanisme de leur production et la conformation qui en résulte nous montrent qu'il en est de simples et de plus ou moins imparfaitement cloisonnées (4), toutes vides à l’état normal, mais humectées de sérosité. L’inflammation, même légère, telle que celle qui résulte de
(1) A. Monro. Icones et descriptiones bursarum mucosarum, etc., en latin et allemand. par Rosenmüller. Leipzig, 1799; nombreuses planches.
(2) Th. Paris, 1829. |
(3) Thèse de Michon et Traité des humeurs.
(4) V. Bleynie. Th. de Paris, 1865.
Bah 22 l'usage des membres, modifie souvent ces cavités en y produisant des épanchements et un épaississement de leurs parois. A l’état sain et chez les jeunes sujets, il n’est pas possible, en fait de membrane, de trouver autre chose qu'un tassement du tissu conjonctifambiant, tassement suffisant du reste pour retenir la sérosité de l’hygroma et résister un certain temps à la suppuration. Leur diamètre varie de 1 à 5 centimètres. Quant aux bourses cloisonnées, elles le sont, en général, imparfaitement ; il semble que ce soit une région où les alvéoles du tissu cellulaire se sont dilatés pendant que leur paroi se condensait. Ces cavités anfractueuses sont moins nettement limitées que les précédentes, et lorsque du pus s'y accumule, il ne tarde généralement pas à diffuser. Réciproquement, on voit les suppurations voisines, et surtout les lymphangites, les envahir rapidement, ce qui ne laisse pas que d’être un argument en faveur de leurs rapports avec le système lymphatique. Après ces bourses séreuses imparfaites, je mentionnerai ce que les chirurgiens appellent le tissu séreux. Ce n’estautre chose que du tissu conjonctif maigre, assoupli et raréfié par la mobilité des organes qu’il environne. On le rencontre chez les petits enfants, dans les régions où plus tard se rencontreront de véritables cavités. C'est en somme une bourse séreuse au premier degré de développement ; chez les adultes, on en trouve une nappe sous le pannicule graisseux (les téœuments,' là mème où se développent les bourses séreuses, c'est le fascia pellucida de Chassaignac ; autour des grosses artères qui se meuvent en long, existe aussi une gaine, dite séreuse, qui facilite la dénudation de ces vaisseaux; derrière le globe de l'œil, une couche semblable permet la rotation de cel crgane dans sa capsule. C’est un üssu pareil qui environne les gaines de beaucoup de tendons, et c'est peut-être lui, ou ses nombreux lymphatiques.
que suit le pus dans les prétendues suppurations intrasynoviales (1).
Les bourses séreuses résultent du mouvement, soit des parties superficielles sur les profondes, comme, par exemple, de la peau devant la rotule, derrière l’olécrâne, etc. ete., soit des parties profondes sous les superficielles, comme de la tête de l'humérus sous la voûte acromio-coracoïdienne et le deltoïde (2), de l’angle de la mâchoire et de la pomme d'Adam sous la peau correspondante ; soit enfin du mouvement de deux parties profondes normales ou patholologiques l’nne sur l’autre. Il y a, en effet, des bourses séreuses entre la trachée et la crosse de l’aorte (3), entre les têtes des métacarpiens et des métatarsiens, entre l'os hyoïde et la membrane thyro-hyoïdienne, dans l’intervalle de certaines tumeurs utérines géminées.
On trouve donc des bourses séreuses, sous Les téguments ; sous la peau, elles sont très-nombreuses, bien connues et indiquées partout : sous les muqueuses, on ne peut guère citer que celle de Fleischmann, située sous la langue, celle que Chassaignac (4) a signalée au-dessous de la sous-cloison du nez, où je crois avoir observé un hygroma et audessous de la muqueuse anale, Broca en à décrit une à la face interne de la grande lèvre, vers son extrémité antérieure.
(1) V. Chevalet. Phlegmons angioleucitiques, Th., 1875.
(2) Dans cette région se trouvent superposés deux plans séroux, si l’on peut dire ; l’un est le tissu séreux sous-deltoïdien; Pautre, sous la voûte acromio-coracoïdienne, est formé de vraies bourses séreuses plus ou moins étendues et couvertes par la coiffe fibreuse qui prolonge cette voûte, quelquefois très-bas, et les sépare du tissu lamelleux sus-jacent. Il y a donc, par la même cause agissant avec une intensité différente, deux productions séreuses, l’une rudimentaire, quoique très-large sous le musele, l'autre mieux constituée et plus profonde sous la coiffe aponévrotique.
(3) Calori. Annali univ. di medic., 1873.
(4) Bourses. Dictionnaire encyclop., 1869.
Parmi les bourses profondes, on en trouve qui séparent les os des membranes fibreuses : elles intéressent surtout les chirurgiens.
Ayant eu le soin de signaler les bourses séreuses décrites depuis peu de temps, je renonce à imprimer ici une longue et fastidieuse énumération, que malgré mes efforts je ne rendrais ni intéressante, ni instructive, ni même complète, Car il y a une grande confusion dans les auteurs entre les bourses séreuses et certaines gaînes synoviales. J'aurais voulu ranger dans les bourses toutes les cavités creusées dans les tissus cellulaire et fibreux, rejetant dans les gaines synoviales toutes les séreuses qui servent au glissement d'un tendon, et dans lesquelles le tendon est à nu sous la couche épithéliale. On conviendra qne c'était un travail de plus d’un jour, si l'on veut simplement feuilleter l'ouvrage de Monro et jeter les yeux sur ses figures.
ART. II. — Des gaînes synoviales des tendons.
Un très-orand nombre de tendons ayant à subir une réflexion, tantôt sur des parties dures, tantôt sous des parties fibreuses, el par conséquent devant exercer un frottement considérable, sont munis d'une gaine séreuse dans la cavité de laquelle ils se meuvent avec facilité. Le tendon se trouve donc à nu, disposition favorable à ses fonctions et défavorable à sa nutrition. Mais si la cavité séreuse est faite pour l'isolement du tendon, la membrane, au contraire, semble dans la plupart des cas, par les replis ou ane qu'elle fournit à celui-ci, destinés à le rattacher aux tissus environnants et à lui fournir te nerfs ou des vaisseaux.
Ces gaines synoviales ont été étudiées dans de grands détails par Foureroy à la fin du xvrrr° siècle (1). Avant
(1) Mém. de l’Académie royale, 1785 et suiv.
lui, elles portaient les noms de bourses muqueuses ou synoviales des tendons, de capsules on vessies unguineuses, capsules articulairesdes tendons, etavaient GS de la plupart signalées par Duverney, Albinus et Jancke (1). Depuis Fourcroy ; Monro, Koch, Béclard, Marchal de Calvi (2), Velpeau, etc., ont écrit sur ce sujet. On connait aujourd’hui plus de cent paires de gaines tendineuses, dont l’'énumération serait vraiment inutile; voici seulement un tableau destiné à faire ressortir que les gaines tendineuses se montrent principalement dans les régions où se passent les mouvements les plus compliqués.
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Il y en a done, d’après Malgaigne qui altère un peu les chiffres de Marchal, 50 au membre supérieur, 45 à l’inférieur, ce qui fait 95,auxquels il faut ajouter les 15 que l'on rencontre sur le tronc pour avoir le tout : 110. Dans ce nombre sont comprises un grand nombrede bourses, comme je l’indiquai déjà à la fin de l’article précédent.
J'ai pour but en ce moment d'étudier en général les vraies synoviales des tendons, dans lesquelles Le tissu tendineux est sur une étendue variable dépouillé de toute enveloppe conjonctive et recouvert seulement par une couche d’endothélium.
L'étude de ces gaînes n’est pas aussi facile qu'on le croirait de prime abord, et à l'appui de mon dire je pourrais citer l'exemple de la grande gaîne synoviale du poignet qui a nécessité, pour Dieu onu, plusieurs travaux impor-
(4) Thèse de Leipsig, 1753.
(2) Thèse d’agrégat, 1839.
tants, parmi lesquelsceux de Gosselin (1) et de Michon (2). Il faut choisir un sujet jeune, car les gaines tendineuses s’altèrent par l’âge et par l'usage. IL faut se défier des injections qui les distendent et les rompent pour se répandre dans le tissu cellulaire voisin. On ne peut cependant se dispenser d'en employer de colorantes et de coagulables, mais il faut les faire avec douceur, et si plusieurs gaines synoviales tendineuses siégent dans la même gaine aponévrotique, il faut les injecter simultanément, afin que la première distendue ne prenne pas la place des autres.
L'insufflation et surtout l’incision sont des procédés peut-être préférables. Par l'incision, en effet, on peut constater, en même temps que l'étendue, la mobilité et la souplesse de la gaine, sa disposition à l'égard du tendon et des différentes parties de son canal ostéo-ligamenteux. On voit irès-bien par cette méthode, la manière dont la membrane séreuse se réfléchit pour venir s’appliquer au tendon et aussi pour lui fournir ces replis que Fourcroy appelait des duplicatures, et que l’on appelle au- - jourd’hui méso-tendons par analogie de leur disposition avec celle du mésentère.
Les méso-tendons semblent n’exister que pour servir de soutien aux vaisseaux qui gagnent le tendon; ils jouent donc un rôle incontestable dans la nutrition de cet organe, dans sa cicatrisation après la ténotomie el dans sa reproduction, comme d’un autre côté ils concourent à la production des fongosités ou des adhérences dans les synovites. La disposition des méso-tendons pourrait servir à classer les gaines tendineuses en quatre variétés :
Dansla première, il n'y a pas deméso -tendons; la séreuse est une simple vésicule qui ne correspond qu'a l’une des
(1) Bulletin de l’Acad., 1850.
(2) Tum. syn. de la face palm. de l’avant-bras, ete. Thèse de concours de clinique chir., 1851,
faces du tendon et laisse aux vaisseaux un libre accès par la face opposée. On trouve des gaines vésiculairesau niveau de l'insertion du biceps sur le radius, du tendon d’Acbhille sur le calcanéum, du tendon rotulien sur le tibia, etc. Ces cavités sont peu étendues et n’ont pas de diamètre prédominant. Elles n'existent que là où le jeu des tendons est as sez limité. os
Les autres variétés correspondent aux gaînes vaginales des auteurs,
La deuxième semble dérivée d’une transformation de la première; la vésicule s’est allongée dans le sens du tendon, puis repliée autour desa circonférence jusqu'à ce que les deux bords delagouttière qu’elle forme ainsi, se rencontrant, il en résulte une cloison mince, quoique double, qui est Justement le type du méso-tendon complet. Si l’on ouvre une telle gaine, et si l’on écarte les lèvres de l’incision, le tendon paraît d'abord nu et complètement libre, mais si-on le soulève, on voit que, sur toute la longueur de sa face profonde, il reçoitun repli séreux complet, transparent, dans l'épaisseur duquel on distingue des nerfs et des vaisseaux. (Voy. planche IIT, fig. 3.) Les muscles cubital postérieur, Jambier antérieur, l’extenseur commun des orteils, l’extenseur propre du gros orteil sur une longueur considérable, ont en général, sinon toujours, un méso-tendon complet qui, suivant la règle, relie le tendon aux parties sous-jacentes.
Il est très-fréquent de voir les méso-tendons n’exister que sur une partie de la longueur de la gaine synoviale, comme si le méso-tendon primitivement complet, s'était résorbé dans une certaine étendue, au voisinage de l'insertion du tendon. (Voy. PlanchelIIl, fig. 4.) Si l’on soulève ce dernier, on voit qu'il est libre près de sa terminaison et relié à sa gaine près de son origine par un repli falciforme qui contient des vaisseaux très-obliques. On trouve cette variété
dans les gaînes des muscles péroniers latéraux, des extenseurs du pouce, de la longue portion du RE et de beaucoup d’autres muscles.
Nous pouvons remarquer dès à présent qu’à mesure que jeu du tendon se développe, le méso-tendon tend à disparaître. Il sembleavoir disparu dans les gaines très-allongées, comme celles du pouce et du petit doigt. Il n’en est rien; les tendons auxquels nous venons de faire allusion reçoivent, en effet, leurs vaisseaux par l'intermédiaire de plusieurs petits replis, qui ne sont autres que des méso-tendons correspondant aux corps du métacarpien et des phalanges, et qu’il ne faut pas confondre avec des expansions tendineuses. (Voy. Planche III, fig. 5.)
On le voit donc, il n’y a pas chez l’homme de tendon qui parcoure un grand trajet sans recevoir des vaisseaux par l'entremise d’une duplicature ou d’un repli falciforme de la synoviale.
C’est encore l’incision pure et simple qui permet à l'anatomiste de constater la manière dont la gaine synoviale se comporte àses deux extrémités. Elle se réfléchit, dit-on, sur le tendon, de sorte que celui-ci serait enveloppé par un double feuillet et placé comme dans un manchon, abstraction faite des duplicatures. Cette conception de la séreuse tendineuse est celle de Bichat ; la réflexion est souvent démontrable, spécialement du côté opposé à l'insertion du tendon. La membrane séreuse, adhérente par sa face externe à du tissu conjonctif excessivement lâche, forme là un culde-sac très-mobile, car le feuillet tendineux n’est point encore étroitement appliqué à la surface du tendon, encore moins réduit à son épithélium.
Certaines gaines appartenant à des tendons très-mobiles, tels que les jambiers antérieur et postérieur, supportent une assez grande quantité de graisse. Des pelotons semblapies à ce que l’on connut longtemps sous le nom de
glandes synoviales de Clopton Havers, existent également; Fourcroy à montré qu’il s’en trouvait dans les gaînes du tendon d'Achille, du tendon radial du biceps et du muscle poplité. Des cryptes ont été décrits également dans les synoviales tendineuses, ce qui les rapproche encore des séreuses articulaires, avec lesquelles elles communiquent du reste fréquemment, sans qu'aucune ligne de démarcation indique une différence dans la structure de ces membranes. Il y en aurait une cependant, puisque l’épithélium des synoviales articulaires est stratifié dans la majeure partie ae son étendue, tandis que celui des gaines tendineuses est simplement arrangé en couche unique. Mais, pour trouver cette différence, il faut sans doute prendre des types bien tranchés et ne pas observer justement deux parois distinctes, mais faisant partie de la même cavité, S'il y a des tendons qui fatiguent leurs gaines autant que les os fatiguent leurs synoviales, dans les deux cas l’épithélium est vraisemblablement le même.
Quoi qu’il en soit, nous montons de degré en degré dans l'échelle des organes séreux : la bourse était 1n rudiment, la gaîne est déjà mieux organisée et plus précoce. En plus d’un point elle est formée d’une membrane très-élastique et facile à démontrer sur les fœtus. Velpeau n’a jamais rencontré de synoviales tendineuses avant le moment où les muscles commencent à imprimer quelques mouvements aux grands segments des membres, c'est-à-dire avant la fin du troisième mois. D’aucunes se forment après la naissance, Veipeau en conclut, comme on sait, qu’elles résultent des mouvements de va-et-vient imprimés aux tendons. Sans m'arrêter à celte théorie, je dois dire cependant que c’est par le mouvementque les gaines synoviales paraissentse reconstituer lorsqu'elles ont été oblitérées par l’inflammation.
— h — Art. III, — Des synoviales articulaires.
Elles forment un groupe important du système séreux autant par ses usages que par ses particularités destructure et de sécrétion. C’est surtout à propos des synoviales articulaires, que la théorie de Bichat sur Les séreuses sacs sans ouvertures, s’est trouvée en défaut. Elle était néanmoins si séduisante et a gardé si longtemps une sorte de prestige qu'elle a fait écrire à des gens qui ne pouvaient y voir, bien des pages pour démontrer que la synoviale se prolonge sur le cartilage ou même entre le cartilageet l'os. On admet aujourd’hui que des deux éléments principaux, l’épithélium et les vaisseaux, ni l’un ni l’autre ne se montre normalement sur toute l'étendue des cartilages articulaires. À peine s'étendent-ils sur une zone marginale de quelques millimètres delarge. Pour bien voir les limites de la synoviale, il est avantageux d'observer des articulations enflammées dans lesquelles on trouve les cartilages comme enchassés dans un bourrelet rouge comme la cornée dans un chémosis (1). On voit bien aussi dans les arthrites, la vascularité du tissu conjonctif graisseux extra et intra-articulaire, c'est-à-dire des pelotons de remplissage et des franges synoviales, grosses et petites.
À part les surfaces cartilagineuses, l’épithélium couvre tout l’intérieur des articulations, mais la trame des synoviales fait défaut au niveau de certains ligaments et tendons intérieurs, ce qui nous est déjà connu.
Au point de vue de l'anatomie descriptive macroscopique, les synoviales ne sont que la doublure des anfractuosités articulaires. Ce serait abuser que de décrire les diverses formes d’articulations à propos des synoviales et de montrer comment ces membranes les tapissent, ici
(1) Panas. Articulat. Dict.de Med, et de Chir. pratiq.
étroitement appliquées à la face interne d’une solide capsule, là dépourvues de soutien etfaisanthernie sous la moindre pression du dedans. La disposition des synoviales varie comme la forme de la cavité articulaire, mais leur étendue est en rapport avec l8 jeu de l’articulation. Elles présentent des culs-de-sac nombreux, des arrière-cavités sous-tendineuses ou sous-musculaires; elles sont en un mot souvent antractueuses. Comme d'autre part elles sont très-vulnérables et très-vasculaires, leurs lésions épouvantent les chirurgiens. Certaines de ces lésions y prennent des caractères quon ne retrouve qu'exceptionnellement dans les autres séreuses, je veux parler des fongosités,des corps étrangers, des kystes et de certains néoplasmes.
C'est que les synoviales articulaires présentent à leur degré le plus développé : 1° les franges ou villosités des séreuses ; 2° les cryptes ou follicules. Jai réservé ces deux doions pour en dire quelques mots 1ci :
Clopton Havers, en 1791, a décrit les grosses franges sous le nom de he ginous glands. Elles ont longtemps porté ce nom. Ce sont des saillies villeuses plus ou moins pédiculées se supportant les unes les autres, quelquefois des replis ou de longs filaments comme échevelés, quelquefois des espèces de grappes ; maisen somme toujours des saillies de consistance variable, glissantes et mobiles, attachées en général au niveau des points d'insertion dela capsule articulaire sur les vs ou sur les fibro-cartilages inter-articulaires (4). Pour les bien voir il faut absolument les agiter sous l’eau.
Rainey, en 1846, a décrit les franges microscopiques des articulations et de toutes les séreuses inférieures. Les unes sont vasculaires ; les autres ne le sont pas. C'est aussi l'avis de Külliker et de Tillmans. Elles sont revêtues d'une
(1) Sappey. Anatomie descriptive, [. 478 el suiv. (2) Procedings of the Royal Society, cité par Quain et Sharpey. Anat,.
ou plusieurs couches d’épithélium plus ou moins altérées, et Tillmans les divise au point de vue de la structure en trois classes : muqueuses, fibrillaires et graisseuses, suivant la nature de leur tissu. Les dernières sont les plus nombreuses et les plus grosses; ce sont des espèces de hernies graisseuses intérieures ; les premières sont celles qui donnent spécialement la mucine et l’albumine à la synovie par la desquamation de leur épithélium et la destruction de leur tissu. Les franges sont peu ou point vasculaires près de leur extrémité libre. C’est pourquoi elles se détruisentausomwetet sereproduisentàlabase.Frerichsadmet que les cartilages les écrasent dans les mouvements articulaires. La machine animale se graisserait donc en broyant les extrémités des franges synoviales, en forçant ainsi ces espèces de glandes en saillie ‘Lacauchie) à donner leur produit. Ce serait la raison qui fait trouver, dans les articulations fatiguées, une synovie si riche en matières grasses et albumineuses.
Ce sont les franges qui, en devenant fibreuses, cartilagineuses ou calcaires, forment très-vraisemblablement les corps étrangers des articulations et même des autres séreuses. D’après Luschka les corpuscules de Pacchioni ne seraient autre chose que les villosités arachnoïdiennes prenant avec l’âge un développement anormal. Ce sont aussi les franges qui forment les masses ou appendices graisseux qui peuvent revêtir dans les articulations, la forme si élégante du lipôme arborescent. Ce sont elles enfin qui se développent surtout en fongosités dans les tumeurs blanches.
À côté des saillies des synoviales, il faut placer les dépressions que les Weber (1) ont signalées et quelque peu représentées, et que Gosselin (2) a décrites sous les noms de
(1) Encyclopédie anatomique, TIT,
(2) Kystes synoviaux de la main et du poignet. Mém. d’ac, dé méd, 1859.