‹ Le système nerveux central au point de vue normal et pathologique: leçons de physiologieChapitre 26 sur 29 · QUARANTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUARANTIÈME LEÇON

Manie.

Messieurs,

La manie est la forme la plus fréquente et la plus apparente de la folie. Les gens du monde ne considèrent môme comme fous que les maniaques. La plupart du temps ils ne s'aperçoivent pas de la yéiritable situation des monomaniaques et des lypémaniaques. Elle est avant tout caractérisée par une grande surexcitation de Tintelligence i une confusion considérable de toutes les opérations intellectuelles, !: et enfin par une grande mobilité dans tous les sentiments. Elle peut ;: débuter brusquement et présenter d'emblée sa période d*état. Mais 3^ le plus souvent le malade passe par des phases préparatoires qui z peuvent remonter jusqu'à la première enfance. Les futurs maniaques ; se montrent, dès les premières années de leur vie, d'un caractère violent, ayant des goûts bizarres, indisciplinables et peu susceptibles d'éducation. €e sont là les premiers tressaillements d'un volcan qui ne fera éruption que beaucoup plus lard. Il me semble que leurs cellules sont peu susceptibles de se laisser imprégner par les impresfiions qui arrivent ; qu'elles ne cèdent que difficilement aux sollicitations des cellules optiques, et lorsqu'elles y cèdent, elles ne le font qu*un instant et imparfaitement, de façon à ne fournir que des produits incomplets et de peu de durée. On dirait aussi que, comme elles n'arrivent à entrer en travail que çà et là, les autres continuant à se montrer rebelles, la formation des idées manque forcément de méthode et la mosaïque des notions acquises présente de nombreuses lacunes. Us ont fréquemment mal à la tête et ont parfois des crises nerveuses, ce qui semble indiquer que leur système nerveux est déjà le siège d'un certain travail pathologique qui nous échappe, parce qu'il est encore à l'état d'ébauche. Il se fait sans doute, à certains moments, des congestions irritatives siégeant particulièrement, si les idées physiologiques de Luys sont vraies, dans lep cellules déterminantes et dans le cervelet. Elles expliqueraient ainsi les accès de colère et de violence qui se montrent de temps en temps.

C'est aussi à des congestions fréquentes de la couche optipe qu'il faut attribuer les rêves et les cauchemars qui troublent constamment le sommeil dé ces enfants. Au moment où la manie va se déclarer, le malade, devenu le plus souvent adulte, tombe dans une tristesse profonde. Il est abattu. Il éprouve des inquiétudes vagues qu'il ne peut pas préciser. Les maux de tête sont continuels, ce qui pronTe bien que le processus morbide, qui était resté jusqu'alors presque latent, est entré dans une période d'inflammatioE.aiguë, et que la dégénérescence grisé doit s'accentuer de plus en plus. Ce trayail morbide semble même absorber toute Véconomie. Car, dans cette période initiale, l'aliéné est plongé dans une véritable stupeur morale et physique. II se passe là quelque chose d'analogue au délire des pyrexies. En effet, au début des fièvres ataxiques, il y a d'abord affaissement général, puis le délire éclate tout à coup. Dans la folie, ces deux phases seraient seulement de plus longue durée, et à marche plus chronique. On dirait qu'il y a une anémie initiale qui pourrait bien correspondre à la contraction et à l'effacement des vaisseaux qui précèdent leur dilatation active dans toute espèce d'inflanunation. Il semble que le cerveau concentre ses forces, et 8e prépare ainsi à l'énorme activité qu'il va déployer. Quoi qu'il en soit, l'aliéné devient incapable de penser et d'agir. Les fonctions végétatives tombent elles-mêmes dans une inertie relative. Le malade n'a aucun goût pour les aliments. Sa bouche est pâteuse. Il y a une constipation opiniâtre. La respiration et la circulation se font avec moins de vigueur. Il y a une angoisse respiratoire analogue à celle qui existe chez les chlorotiques et les anémiés. C'est au point que certains médecins prétendent que c'est l'arrêt de la nutrition qui ouvre la marche, et que c'est l'inanition qui déprime l'intelligence. Il existe bien un délire d'inanition, mais alors il est aigu et passager, il semble plutôt que c'est là le résultat des relations intimes qui existent entre les deux systèmes nerveux, végétatif et animal. Les besoins de nutrition se mettent pour ainsi dire à l'unisson avec les besoins de la dépense dynamique et intellectuelle. Ayant peu d'activité, l'aliéné en ce moment use peu et, par suite, a besoin de peu de matière. En ce qui concerne la respiration, il est bien certain que le centre intellectuel peut agir d'une manière réflexe sur le bulbe, puisqu'une simple émotion suffit pour provoquer de l'angoisse respiratoire. Du reste, il y a parfois plus qu'une action réflexe, puisque l'anatomie pathologique nous montre que le bulbe peut prendre part

à la sclérose cérébrale. Au fond, la folie, considérée dans sa cause première, n'est pas une maladie du cerveau, c'est une maladie du système nerveux qui, suivant les points de l'axe où elle prend le plus grand développement, donne lieu soit aux diverses névroses de la motilité et de la sensibilité, soit à l'aliénation mentale.

Tout à coup, à cette période de dépression succède une phase

d'expansion qui va bientôt jusqu'à l'agitation. On les voit déployer

une activité inaccoutumée qui devient rapidement excessive. Us sont

tourmentés d'un besoin continuel de marcher ou d'agir avec leurs

mains. Ds acquièrent une élocution surprenante. Ils parlent avec

: ime aisance qui aboutit à une volubilité extraordinaire. Le même

essor se montre dans les conceptions. Sous prétexte de vues plus

larges, ils se livrent à des dépenses inutiles et au-dessus de leurs

, moyens. Ils se lancent dans des spéculations hasardées. La vie végé-

, tative éprouve des changements analogues. Ils ont un appétit vorace,

: digèrent parfoitement. La capacité nutritive semble augmenter pour

: BQffîre à cette dépense considérable de manifestations. On dirait que

: l^rtout l'anémie a fait place à la surabondance du moteur liquide

? 4e la vie, et que la dilatation active des vaisseaux vient de succéder

^Dt à coup à la constriction, qui était comme l'élan préparateur du

^ot gigantesque qui s'exécute. Bientôt ce qui n'était qu'une suracti-

^t^ non motivée devient de l'exaltation, qui ne peut môme plus

'hisser de doute dans l'esprit du vulgaire.

Les uns, ce sont les mieux partagés, se trouvent en possession '*^Xiie mémoire surprenante. Us récitent avec exactitude des choses ^^*il8 ont lues rapidement autrefois et qu'ils avaient oubUées depuis ^>:àgtemps. L'inflammation fait vibrer des cellules qui restaient en- ^Oïmieg, que rien avant ne pouvait mettre en activité. Dans cet état ^^ surexcitation morbide seulement, elles arrivent à manifester leur Puissance qui restait latente. On dirait que ces choses étaient insolites avec une encre sympathique qui ne se colore que dans certaines conditions. L'imagination acquiertune activité surprenante. Les vibrations deviennent tellement amplifiées que le produit est centuplé, et dépasse les limites de la vérité. L'automatisme est tellement excité que les vibrations spontanées éclatent à la fois sur tous les points. Aussi les idées pullulent. Ils deviennent éloquents. Le plus prosaïque devient poète. C'est une machine chauffée à toute vapeur, qui dévore l'espace, mais qui ne déraille pas encore. C'est là la forme que les aliénistes appellent la manie exaltée.

D'autres ont la forine dite manie incohérente. Les idées abondeot autant. Il règne la méms activité et la même dëpenae iotellectaelle. mais les pensées sont disparates et se produisent saas ordre. Eilee se heurtent^ c'est le chaos. Le même désordre existe dans le langage. La machine, dans ce cas, abandonne ses rails et va follement semer le désordre partout. Le cerveau est comme un bâtiment qui a perdu son gouvernail et dont l'hélice tourne avec furie. Les médecins psychologues expUquent l'incohérence en disant; u L'harmonie desfa- ( cultes intellectuelles est détruite. Les facultés syllogistiques et H dirigeantes, l'attention, le jugement, la réilexion, sont affaiblies u semblent dominées par les facultés conceptives, [a perception. " mémoire, rimaglnation. « Griesinger prétend que l'incohéreoc» tient â la précipitation avec laquelle s'accomplissent tous les phénomènes psychiques ; que les idées naissent et se succèdent si vit» qu'elles Q'ont pas le temps de s'associer d'une manière régulière. Falret donne de son côté une interprétation très -ingénieuse. L'iacohérencc n'existerait pas dans la pensée du malade, mais unique-: ment dans sou langage. Elle ne serait qu'apparente. Les idées seraient créées leilement vite, elles se suivraient d'une manifin tellement serrée, que le langage, qui est d'un mécanisme plus lent, n'aurait pas le temps de les traduire toutes. Quelques-unes exprimées, et il resterait beaucoup de cbaiaous intermédiaires noi exprimés et qui resteraient inconnus de l'observateur, tout eu connus du malade. Il y aurait de l'ordre dans la peosée, maisdl l'ordre qui resterait cachÉ. !1 s'appuie sur des faits qui semble assez probants. « Après leur guérison, dit Falret, certains mauiaqui u rendent un compte trés-eïact des moindres détails de leur délire,. u et montrent le vigoureux enchaînement de leurs idées et l'itifleùb!e logique de leurs actes les plus extravagants. » Malgré cette explication peut avoir de séduisant, je crois qu'elle ne suffit pas, car les fous exaltés ont aussi la même exubérance de pensées, et cependant ils ne sont pas incohérents. Les exaltés et les incobé' reots forment deux catégories bien distinctes. U faut donc qu'il yail chez ces derniers quelque chose qui u'esl pas che» les premiers, el ce quelque chose est probablement mie destruction plus coraplètedrt moyens matériels d'association, c'est-â-dire des fibres cominissuranles. Les cellules qui sont surexcitées ealreut en action, 5a et là, irrégulièrement, sans relations possibles, puisque matériellemeat elles sont devenues isolées les unes des autres. C'est dans cette

désorgaDisation du cerveau que les spiritualistes eux-mêmes doivent aller chercber la cause de la folie. L'àme, tout en conservant sa pureté primitive, ne saurait enfanter des pensées harmonisées avec un instrument aussi détérioré, de même qu'un grand artiste ne saurait produire des sons harmonieux avec un clavecin mal accordé.

Qu'il soit incohérent ou non, le maniaque présente ordinairement une loquacité extraordinaire. C'est la conséquence même de cet état d^'ébullilion des cellules intellectuelles qui vient solliciter Taction de la machine parlante du bulbe. C'est ce pianiste effréné qui force son instrument à produire le flot de notes en rapport avec ses inspirations. Il est des malades qui répètent pendant plusieurs heures }a même phrase. L'idée musicale enfantée par un groupe de cellules intellectuelles frappe sans relâche sur les mêmes touches. La voix a une raucité particulière qui existe dès le début, ce qui indique qu'il n'y a pas là une conséquence de la fatigue. Elle est plutôt l'expression d'un état nerveux, dun état spasmodique des muscles de la glotte. Les gestes sont tumultueux parce qu'ils sont la traduction du délire intellectueL Les moyens de mimique sont, comme la voix, un instrument sur lequel frappe sans cesse l'artiste en délire. La face est très*animée, les yeux sont injectés et brillants : sans doute qu'ils prennent part au haut degré de vascularisation que doit présenter à ce moment le cerveau. Les forces musculaires participent à la suractivité générale. Bien des aliénés ont une vigueur presque surhumaine. Ils soulèvent des fardeaux que leur conformation physique semblerait devoir mettre hors de leur portée. Les centres locomoteurs sont alors très-probablement dans le même état de subinflammation. L'anatomie pathologique nous montre du reste la sclérose miliaire parsemant souvent la protubérance et le cervelet, en même temps que le cerveau. On voit aussi nettement l'espèce de déterminisme qui résulte des connexions existant entre les cellules intellectuelles et les motrices. Les mouvements sont automatiquement destructeurs. Ils déchirent leurs vêtements, se déshabillent, courent, sautent, brisent tout sur leur passage, et cela sans qu'il y ait hallucination. L'intensité de l'idée ne rend même pas compte de la vigueur de l'impulsion. Il y a évidemment, à côté de la connexion indiquée, l'exaltation propre des centres moteurs. Luys serait en droit d'invoquer ici la surexcitation du cervelet. Le sommeil est souvent nul, et on a la preuve que la quantité de sang afférent au cerveau n'est pas la condition fondamentale de ce phénomène phy-

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Biologique. Car ici rinsomnie, quelles que soient les variatioDs de vasculaiisatioD, a lieu uniquement parce que les cellules cérébrales sont tellement irritées, qu'elles ne peuvent rester un seul moment inertes. Malheureusement ce travail forcé ne fait qu'aggraver leor situation matérielle, augmenter par suite la folie et précipitait démence finale que prépare l'usure.

En raison môme de la tendance à la généralisation des altérations anatomiques chez les aliénés, la sensibilité générale est souvent amoindrie ou éteinte, même en dehors des cas où l'anesthésie a pn être le point de départ de la folie. C'est ce qui explique pourquoi lei maniaques peuvent se faire eux-mêmes toutes les mutilations pos» sibles sans paraître en souffrir, sans môme paraître s'en douter. Marcé attribue à cette aneslhésie, qui existe aussi la plupart du tonps pour les viscères, le peu de troubles qu'apportent, dans l'économk des maniaques, des maladies telles que la pneumonie, la pleurésie, la péritonite. Toutes ces affections passent chez eux presque inaperçues et ne donnent pas lieu au moindre retentissement sur les autres fonctions. Il est à remarquer, du reste, qu'en dehors des aliénés, œ retentissement va en s'affaiblissant à mesure que l'éducatioD, la classe et le régime tendent à donner moins de perfectionnement à la sensOnlité. Les nerfs sensitifis sont le lien qui donne de la solidarité pathologique à tous les organes par l'intermédiaire des centres de réflexion. La folie, en détruisant la sensibilité, donne presque aux organes uik vie indépendante. Cette ancsthésie a encore d'autres conséquences. Elle rend la déglutition difficile, amène l'incontinence urinaire et fé* cale, en supprimant la donnée sensitive qui doit régler les muscles du pharynx et tenir éveillées les sentinelles sphincters. Chez quelques aliénés il y a, concurremment avec l'anesthésie, des points névralgiques qui siègent de préférence dans les plexus viscéraux. Les sens spéciaux sont au contraire généralement exaltés, grâce sans doute à l'état de congestion des couches optiques. Cette différence d'état, qui existe entre les sensibilités générale et spéciale, donne à penser que l'anesthésie doit trouver sa cause ailleurs que dans la couche optique, peut-être dans la protubérance, qui prend si souvent part à la dégénérescence. Quoi qu'il en soit, l'exaltation des sens existe an point que les maniaques sentent des odeurs imperceptibles. Us peuvent môme avoir des hallucinations. Mais elles ne sont pas constantes dans la manie. Elles sont un élément surajouté. De plus, eUes sont excessivement mobiles, tandis que, dans la monomanie, elles

sont constantes. Au début, les fonctions génésiques semblent excitées. Elles se calment ultérieurement. Une chose remarquable et qui montre bien l'influence que le cerveau exerce sur la vie de nutrition par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs et peut-être môme des trophiques, c'est que les maniaques présentent des variations brusques et considérables d'embonpoint, et cela sans que l'alimentation soit changée comme quantité et qualité. Les sécrétions sont abondantes. Tout s'épanouit en même temps que TinteUigence. Très-souvent il se fait des dépôts de pigment dans la peau de la face et des mains, qui devient brune. Ce fait est à rapprocher de la pigmentation des cellules cérébrales et de la présence du pigment dans les gaines lymphatiques. On voit aussi des chutes et des reproductions de cheveux d'une rapidité surprenante. Suivant Lailier, les aliénés sont plus sujets au diabète que les hommes sains d'esprit.

A côté de cette analyse physiologique générale, ajoutons qu'il y a des cas assez spéciaux pour que les aliénistes aient cru devoir créer des espèces particulières de manie que nous allons seulement mentionner : 1° la manie raisonnante, dans laquelle l'intelligence reste intacte, et où le délire porte seulement sur les facultés affectives et morales, ce qui prouve que les cellules sentimentales sont réellement distinctes des cellules intellectuelles; 2° la manie intellectuelle, celle que nous avons eue surtout en vue dans la description générale ; 3" la manie impulsive, où l'intelligence reste intacte, où la mémoire, Fimagination, sont parfaites, et où le malade commet irrésistiblement des actes criminels : c'est la folie des actes, des déterminations, ies grosses cellules, dans laquelle intervient peut-être le cervelet, suivant les idées de Luys. Prichard la regarde comme étant la folie 4e la couche des instincts ; 4° la manie épileptique, où les centres iocomoteurs jouent un rôle capital, motivé, du reste, par l'état anatomique; car les recherches des Anglais ont démontré que, chez les 'ous épileptiques,.la protubérance était criblée de sclérose miUaire. Les relevés faits en vue de déterminer l'étiologie de la manie ont ^Wfi hors de doute certaines influences qu'il nous faut encore cher- ^er à interpréter. Cette affection se manifeste surtout entre 20 et 35 ans, c'est-à-dire à l'âge où le cerveau déploie plus de vigueur et [ 'Oiiniit-à des dépenses plus considérables. On comprend que, dans '^ conditions, il soit plus que jamais apte à devenir le siège d'un p Processus irritatif, d'un travail subinflammatoire. — En province, ^Uç se. rencontre beaucoup plus souvent chez les hommes que chez .

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les femmes. L'inverse semble exister à Paris. Le premier rapport s'explique parfaitement par la plus grande activité cérébrale que l'homme est obligé de déployer, par les préoccupations des affaires, auxquelles il se livre à peu près seul, par toutes les circonstances qui mettent les passions plus souvent en jeu chez lui. Le second étoDoe moins quand on ^onge qu'à Paris le sexe féminin sort, sous tous les rapports, du rang qui lui est assigné dans la machine sociale, etqne, de plus, les causes d'excitation produisent des effets d'autant plus désastreux qu'elles viennent ébranler des cerveaux moins préparés par l'éducation et les conditions initiales à subir un pareil choc. A Paris se rencontrent, pour la femme, tous les excitants de la vie artistique et de la vie déréglée qui peuvent déterminer la folie par voie sensorielle; — L'hérédité prend ici une part considérable, car elle intervient dans la moitié des cas. Les ascendants aliénés, déments, imbéciles, épileptiques, paralytiques, aveugles-nés, sourds et muets, ou môme simplement névropathes à un titre quelconque, transmettent à leurs descendants un système nerveux apte à la dégénérescence grise et aux diverses altérations des centres nerveux que nous avons mentionnées. Suivant des circonstances que l'état actuel de la science ne nous permet pas encore d'apprécier, celte aptitude reste pour ainsi dire étouffée à sa naissance, et il en résulte une simple susceptibilité névropathique, ou bien elle reste circonscrite dans dea centres locomoteurs et se traduit par l'épilepsie, ou la choréç, ou la. paralysie; ou bien elle envahit le cerveau lui-même, et alors la scèix^

pathologique appartient plus spécialement à l'ordre psychique.

L'influence de la température est tout aussi incontestable que V^ précédentes ; car c'est pendant les trois mois de grande chaleur (f^ -mie la folie éclate surtout, et il est aussi certain que l'insolation la pm-ovoque très-souvent. Sans doute qu'en congestionnant le cen^^n, qu'en le baignant d'une plus grande quantité de sang, la chaleur loi fournit les moyens d'entrer dans un travail pathologique très-actif. — Les chutes et les coups sur la tête peuvent déterminer la folie, quoi qu'on en ait dit; et ce fait vient encore accuser la nature matérle/i^ de l'affection. — En fait d'idiosyncrasie, la prédominance physiolc>gique du système nerveux dans l'économie est, comme l'a dit Griesinger, un premier pas vers l'aliénation mentale. C'est ainsi que tou^ ^ ce qui perfectionne l'homme moral, l'homme intellectuel, l'honuiie artiste, tend à le pousser vers la folie. Il faut absolument que la vie tnatérielle et bestiale vienne apporter un certain contre-poids à tontes

ces occupalions qui élèvent Tesprit, mais qui peuvent le transporter dans unQ atmosphère pernicieuse pour la frôle machine cérébrale. — Toutes les professions et toutes les circonstances de la vie capables d'ébranler considérablement le cerveau et de constituer pour lui une véritable épine, une blessure qui aura pour résultat d'y faire naître une déviation de la nutrition, peuvent amener l'explosion de la folie, surtout lorsque lé terrain se trouve préparé soit par l'hérédité, soit par les conditions antérieures de l'existence. .Cest ainsi qu'elle peut apparaître chez le spéculateur auquel une perte considérable ou un gain inespéré font éprouver une émotion : trop vive et trop instantanée; chez le soldat qui est vivement impressionné par le péril de la bataille, après avoir été préar^ lablement miné par les fatigues et les privations ; chez l'homme 4 de lettres qui voit échouer une œuvre qui a tant coûté à son centre :i; intellectuel ; chez un artiste, par le succès d'une composition qui ^^ avait déjà, antérieurement, imposé à son système nerveux un si jf liant degré de tension. — Sans tenir compte de la profession, nous : voyons signalée une longue série de circonstances dont l'eflficacité -5 est incontestable; les travaux intellectuels, quels qu'ils soient, qui ^ congestionnent le cerveau et irritent les cellules : elles s'échauffent fSii par un travail qui a lieu sans trêve ni repos ; — les émotions mondes, les chagrins prolongés, qui modifient les conditions vasomotrices du cerveau; les passions contenues, qui concentrent l'ébraniement dans le cerveau et l'empêchent d'aller s'user en manifestations ^Wrieures ou viscérales; — les commotions politiques, qui pro- ^lisent un ébranlement beaucoup plus considérable que les émotions ^^ioaires et une grande exaltation fonctionnelle; — le mysticisme '^erîeux exagéré, qui porte aux fictions et qui équilibre mal le tra- ^ > — l'alcool, qui produit à la fois la congestion du cerveau et 'é^^thisme des cellules. En général, il ne fait que préparer la folie ^éi'î^able pour la génération suivante. Le père alcoolisé transmet à *^^ ffls un état latent, un nervosisme qui deviendra folie. 11 sème la foli^ dans le cerveau de ses descendants, et le germe se développe *^^^out lorsqu'il est, en outre, arrosé par les excès alcooliques du fils. " ^^mble que l'aliénation est une œuvre de longue main, et qu'elle "^it; compter plusieurs aïeux dans la grande famille des maladies du •y^t^me nerveux ; mais l'alcool peut créer d'emblée une variété par- ^^^^V^lière d'aliénation mentale qu'on appelle deltrium tremens, dont ^^^8 nous occuperons spécialement dans des leçons finales où nous

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traiterons des ii\toxicatioDs et des agents thérapeutiques du système nerveux. Alors aussi nous analyserons les effets des narcotiques, qui peuvent encore produire la folie en congestionnant et en irritant la substance cérébrale, mais qui agissent surtout par la couche optique et la voie des hallucinations. — La fièvre typhoïde, qui, nous Tavons vu, entraîne parfois des altérations secondaires du système nerveux ; celles-ci donnent lieu à des paraplégies, lorsqu'elles restent localisées dans la moelle; à des convulsions, lorsqu'elles envahissent les centres locomoteurs encéphaliques ; à la folie, lorsqu'elles prennent le cerveau pour le théâtre de leurs, dévastations. — Les fièvreg intermittentes prolongées, qui, suivant Baillarger, agiraient en produisant Tanémie et en augmentant, par suite, la prédoniinance du système nerveux sur le système sanguin ; et, suivant Guislain, en vertu de la cachexie et de l'appauvrissement du sang. Je crois qu'il faut tenir un très-grand compte des milliers d'embolies pigmentaires qu'enfante l'intoxication paludéenne. — Le rhumatisme, qui peut transporter son effort anatomique des articulations sur les méninges et sur le cerveau. — Les helminthes, qui, j)ar action réflexe, peuvent provoquer aussi bien un travail inflammatoire du cerveau qu'une explosion motrice, comme les convulsions. — La menstruation peut aussi exercer une influence incontestable sur la production de la folie. Il y a alors une impression viscérale qui, même dans les conditions ordinaires, vient assez titiller le cerveau pour provoquer des troubles passagers dans le caractère et Tintelligence. Que le système nerveux présente la prédisposition anatomique voulue, et une irrégularité quelconque de la fonction menstruelle pourra faire éclore la folie. C'est aussi par l'action réflexe des viscères génitaux que l'aliénation peut être engendrée, par la grossesse, ou l'état puerpéral, ou l'allaitement. On a voulu voir dans la folie puerpérale le résultat de l'albuminurie, qui apparaît si souvent dans ces conditions. Mais il est évident que la modification de la sécrétion urinaire et l'aliénation sont ici deux effets concomitants d'une même cause, l'exaltation du système nerveux par une impression commune partie des organes de la génération. — Les diverses productions viscérales et osseuses de la syphilis peuvent déterminer la folie lorsqu'elles prennent pour siège soit le cerveau, soit le crâne. — Elle peut aussi, de même que le diabète, l'asthme et l'albuminurie, être liée à ce que les médecins appellent le vice dartreux, ée qui vient à l'appui de la thèse que nous avons défendue à propos du bulbe.

Honomanle.

Ce mot donne à penser que le genre de folie que les aliénistes dégnent ainsi est surtout caractérisé par un délire qui porte sur un eul point déterminé, l'intelligence se montrant intacte sur tous les ratres points. Il n'en est rien; les raonomanes ne présentent pas un lélire aussi circonscrit. Toutefois, ils se renferment dans un cercle il'idées assez étroit. Mais ce qui caractérise, avant tout, cette variété l'aliénation, c'est l'exagération du sentiment de personnalité, c'est rimmense orgueil dont le malade est rempli, et qu'il accuse par ses paroles, son maintien et par tous ses actes. Il marche la tête haute, parle d'une manière impérieuse, recherche la solitude, mais uniquement par dédain de ses semblables. Il se croit un délégué de Dieu, un grand génie, un général illustre, etc. C'est là son idée fixe, et toutes ses autres idées délirantes ne sont que les satellites de la première. Tandis que, chez le maniaque, l'éréthisme cellulaire est trèsmobile et très-instable; tandis qu'il parcourt en tous sens et rapidement toute la substance corticale, de façon à produire une grande incohérence dans les idées et une grande mobilité dans les sentiments, chez le monomaniaque, au contraire, il reste fixe dans un point déterminé, envoyant seulement autour de lui des courants dérivés, de façon à faire naître des idées secondaires qui sont toujours les conséquences parfaitement logiques de l'idée mère. Ainsi limité, le travail pathologique prend nécessairement des proportions plus grandes, et le délire partiel qu'il engendre n'en a que plus de vigueur ît plus de ténacité. Par suite, la réflexion des cellules intellectuelles malades sur les cellules de détermination se trouve être plus puissante, et les actes qui sont la conséquence de l'idée sont beaucoup îlus irrésistibles. Le retentissement sur la cotfche optique est tout lussi puissant et provoque des hallucinations en rapport avec l'idée dominante, qui viennent apporter au malade la sanction de l'exisence de ce qu'il croit être. Il se crée un monde extérieur de peronnes, d'objets, de paroles entendues qui, pour lui, viennent con- 'fmer la haute idée qu'il a de lui-même. Ici, c'est l'idée folle qui 'ngendre l'hallucination, et non pas celle-ci qui engendre la folie. <6 phénomène secondaire est beaucoup plus constant dans la monolanie que dans la manie, où il manque même la plupart du temps, )ut justement parce que, dans ce dernier cas, l'ébranlement, en se dis-

séminant dans toute la couche corticale, a beaucoup moins de tendance à en franchir les limites. Dans Tétiologie de ce genre d'aliénation ïïmr taie, on retrouve exactement les mêmes causes que pour la manie; mais il est évident que sa forme spéciale doit tenir à ce que la caose déterminante a agi d'une façon à la fois intense et exclusive, et a concentré ainsi Téréthisme dans un département déterminé du cerveau. Car, si les monomanies peuvent provenir de toutes les causes capables de faire éclater la folie, il est bien certain qu'une monomanie donnée est toujours le résultat d'une seule de ces causes, qm s'est montrée à la fois persistante ou répétée et violente.

Lypémanie.

Elle est caractérisée par des idées tristes. C'est une folie dépressive. Il y a une période d'incubation où les malades se montrent taciturnes; ils recherchent la solitude. A cette tristesse sansdâire succède la véritable folie lypémaniaque. Ils se croient ruinés, poursuivis ou damnés, suivant les préoccupations antérieures. Ils s'imaginent avoir commis des crimes atroces. La lypémanie engendre le dégoût de la vie et conduit au suicide. Tandis que, dans la manie, il y a, pour ainsi dire, exubérance de la vie non-seulement intellectuelle, mais môme physique, puisque les sécrétions et toutes les autres fonctions nutritives se trouvent activées, dans la lypémanie, au contraire, tous les actes de la vie se montrent affaiblis. Les sécrétions diminuent ; le tissu adipeux disparaît ; la peau devient sèche et aride. L'appélit manque ; les digestions se font mal. On retrouve même les aliments non digérés dans les excréments, qui, du reste, sont trèsrares. La respiration se fait avec une mollesse extrême. Elle semble n'être plus qu'un simulacre de la fonction normale. Les mouvements du thorax sont superflciels et irréguliers; ils se font souvent par saccades. On dirait qu'ils n'ont plus pour but d'introduire de l'air dans les poumons, et qu'ils ne sont plus qu'un mode d'expression d'un sentiment moral pénible. C'est un spasme émotionnel. L'hématose se fait incomplètement, même indépendamment des échanges qui s'opèrent dans le poumon. C'est là une preuve incontestable que le système nerveux a réellement de l'influence, sans doute par l'intermédiaire des glandes vasculaires sanguines et de leurs nerfs excitateurs, sur ce phénomène qu'on regarde comine de nature purement chimique. Le cœur a une impulsion lente et faible; il est sujet à de

grandes irrégularités. Il est de la dernière évidence que le pneumogastrique, le bulbe et la moelle, établissent une solidarité de souffrance entre lo centre affectif et les organes respiratoires et circulatoires. Ces troubles finissent par amener une teinte cyanosique de la peau, des infiltrations séreuses et des congestions passives. La motilité, qui n'est au fond qu'une des conséquences de la vivacité et de Factivité des pensées, se sent naturellement de Taffaissement des causes qui peuvent la mettre en jeu. Les mouvements sont lents et manquent d'énergie, de même que les idées. Les vibrations sont si faibles et si paresseuses dans les cellules intellectuelles, qu'elles ne peuvent éveiller que des vibrations du même caractère dans les cellules déterminantes. Aussi il y a de l'indécision dans tous les actes comme dans toutes les pensées. La sensibilité elle-même peut être éteinte. Dans tous les cas, elle est amoindrie. Les lypémaniaques paraissent n'être plus impressionnés par le froid ni par la cbaleur. Les cellules affectives semblent, seules, être dans un état d'exaltation. Car, au point de vue des sentiments, ces malades sont d'une susceptibilité excessive.- Les circonstances les plus insignifiantes les impressionnent d'une manière douloureuse. Tout les froisse. L'effet émotionnel se trouve considérablement multiplié. Le moindre bruit les fait tressaillir. Dans leur éréthisme, ces cellules engendrent surtout des passions dépressives, telles que la baine, la défiance^ la crainte, le soupçon. C'est pourquoi la vie de nutrition se trouve enrayée. Les sentiments doivent être considérés comme étant les sensations internes de la coucbe corticale du cerveau. Les cellules affectives sont les organes des sens, la couche optique des sensations psychiques. Les sentiments normaux sont les sensations vraies, nées dans le cerveau; les sentiments morbides de la lypémanie sont les hallucinations de ces cellules spéciales; de même que les cellules sensorielles, les éléments affectifs peuvent, dans leur éréthisme, aller ébranler les cellules intellectuelles et provoquer ainsi des idées déraisonnables. On a dit à tort que le lypémaniaque pensait beaucoup et que son calme extérieur cachait un violent délh:e intérieur. En réalité, toutes ses pensées se reportent sur la cause de son chagrin imaginaire. Les cellules intellectuelles sont devenues les esclaves de l'automatisme morbide des cellules affectives. C'est le sentiment fixe qui fait ici Tidée fixe. Ces mêmes cellules affectives, qui ébranlent leurs congénères intellectuelles et qui absorbent pour elles le travail qu'elles leur font exécuter, peuvent aussi aller retentir sur les cel-

lulcs optiques, et y faire naître des hallncinations des sens qoi, comme les idées, ne sont que le reflet du sentiment éprouvé. Le moindre bruit devient pour lui la parole ou un acte de l'être par lequel il se croit poursuivi. Au milieu de son apathie habituelle, le lypémaniaque a parfois des moments de fureur, des impulsions violentes. G*est la congestion de réaction qui se fait de temps en temps. En appliquant ici les idées de Luys, on pourrait dire cpie l'épine affective va aussi retentir de temps en temps sur le cervelet, comme, à d'autres moments, elle va exciter la couche optique ou la couche intellectuelle. Je suis tenté de regarder la lypémanie comme étant, à son point de départ, la folie des cellules affectives, la manie et la monomanie celle des cellules intellectuelles, Thallucination celle des cellules optiques ou sensorielles, Tépilepsie celle des cellules motrices. L'étiologie vient elle-même à l'appui de cette idée, caria lypémanie est ordinairement engendrée par les chagrins domestiques, les revers de fortune, les inclinations contrariées. Les cellules affectives sont irritées, plongées dans un éréthisme morbide par ces stimulants spéciaux, comme les cellules intellectuelles le sont par un travail exagéré. Ces stimulants amènent non-seulement leur exaltation fonctionnelle, mais même leur altération nutritive qui matérialise et rend la maladie permanente. 11 est aussi à remarquer que la lypémanie est beaucoup plus fréquente dans le sexe féminin. Or, chez la femme, les sentiments et, par suite, les cellules affectives sont prédominantes. Du reste, la couche affective subit aussi, elle-même, les conséquences des corrélations que le sympathique et le pneumo-gastrique établissent entre elle et les viscères. Si elle retentit sur ceux-ci lorsqu'elle est souffrante, elle peut à son tour le devenir lorsque les viscères se trouvent être primitivement malades. La lypémanie peut avoir deux origines, une origine sentimentale ou une origine viscérale (1).

Nous devons rapprocher de cette affection, comme en étant un degré moindre, une maladie très-répandue et rentrant, par conséquent, dans le domaine du praticien ordinaire, ïhypochondrie. C'est de la lypémanie portant exclusivement sur l'étal de santé du sujet.

(1) Suivant Christian la sensibilité morale prend exclnsivement son origine dansia sensibilité physique. Elle en est l'aboutissant cérébral. La mélancolie a pourpoint de départ une lésion de la sensibilité générale. (Étude êur la fn^lancolte. Paris, 1876.) — Dans les Annales mèdiro-psychologiques (1875,mai)Juillet et septembre), Semai démontre rexistenec d'altérations de la sensibilité générale dans la mélancolie.

C'est la terreur des maladies. Dans les premiers temps, le sujet se sent vaguement malade. Il ne peut rien préciser, mais il commence déjà à s'étudier constamment. Il regarde sans cesse sa langue dans la glace. Il examine ses urines, ses excréments, dont il décrit, avec une minutie incroyable, toutes les variations. Il compte son pouls, palpe à chaque instant son abdomen. Il achète et dévore tous les : livres de médecine, et il se croit successivement atteint de toutes les : maladies. Par le retentissement des cellules affectives et des cellules sensorielles affectées aux viscères sur celles de la couche intellectuelle, son jugement se fausse complètement, mais uniquement au sujet de sa santé. Le médecin n'arrive jamais à le convaincre de son erreur. Les raisonnements les plus puissants, la logique la plus serrée, n'aboutissent à rien. Les hypochondriaques éprouvent de nombreuses hallucinations d'origine viscérale. Ils sentent que le cœur cesse de battre, que les membres se dessèchent, que le corps entre en putréfaction. Du reste, malheureusement, il n'y a de faux que l'interprétation. Ils ont réellement un viscère malade et la folie est presque toujours engendrée par la sensation viscérale. Dans l'état normal, les impressions parties des organes végétatifs n'arrivent pas à ébranler le cerveau, et elles passent inaperçues. Mais, lorsque ces viscères sont malades et donnent lieu à des impressions trop vives, celles-ci viennent troubler, à l'insu du sujet, sa raison et son jugement, surtout si, pour cause d'hérédité ou autre, son cerveau est prédisposé aux altérations matérielles spéciales à l'aliénation mentale. Niemeyer n'hésite pas à déclarer, avec la plupart des pathologistes, que les causes, au moins occasionnelles, de l'hypochondrie sont les maladies des organes abdominaux, surtout le catarrhe gastro-intestinal chronique, certains états morbides de l'appareil génitourinaire, enfin, la blennorrhagie et la syphilis. En vertu môme de son origine sensorielle, cette maladie s'accompagne d'une certaine hyperesthésie générale ; le moindre contact agace le malade. Pour lui, la plus petite douleur acquiert des proportions considérables. Pour la môme raison, le travail de la digestion exagère l'état mental. Mais l'hypochondrie peut aussi avoir une origine cérébrale. Ainsi, une cause fréquente est la lecture des ouvrages de médecine.

Parmi les maladies mentales, il en est deux qui doivent ôtre mises au pôle opposé à celui qu'occupe la folie, ce sont la démence et Yidiotie, Dans la folie, il y avait surexcitation, ou tout au moins déviation de l'intelligence. Dans la démence et l'idiotie, il y a

suppression ou absence d'intelligence. Dans le premier cas, c'est une machine qui fonctiomie, mais qui le fait d'une maniôre déréglée. Dans le second, c'est une machine qui est incapable de fonctionner. Si, malgré cette nature commune, la démence et l'idiotie doivent être regardées comme entités distinctes, cela tient aux codditions d'apparition. La démence constitue une perte d'intelligence survenue chez un individu qui jouissait auparavant de toutes ses facultés intellectuelles. Dans l'idiotie, l'intelligence n'a jamais existé. Dans la démence, la perte des facultés intellectuelles, affectives et morales, est acquise. Dans l'idiotie, elle est congéniale. Suivant l'henreuse expression d'EsquiroI, l'homme en démence est privé des biens dont il jouissait autrefois. C'est un riche devenu pauvre. L'idiot a toujours été dans l'infortune et la misère. Occupons-nous d'abord de la démence.

Démence.

Elle démontre beaucoup mieux encore que la folie que le cerveu est l'instrument indispensable des manifestations intellectuelles, et elle constitue l'arme la plus puissante des matérialistes. Ici ks lésions anatomiques sont connues depuis longtemps, et constantes. Elles sont, par leur nature, tout à fait en rapport avec les phéno' mènes qu'on observe pendant la vie. Aussi allons-nous commencer par les indiquer, et les symptômes ne seront plus ensuite que des conséquences tout à fait naturelles des modifications matérielles de l'organe.

Le fait qui saute le plus aux yeux est l'atrophie éprouvée par les circonvolutions. Non-seulement celles-ci diminuent de volume, mais elles changent de forme. Leur sommet est aplati, comme si elles avaient été pincées entre les doigts. Leur base n'est plus qu'un pédicule. Elles sont, en outre, très-pâles et plus résistantes. On sent que l'irrigation sanguine leur a manqué. Les sillons, par le fait môme de l'amincissement des circonvolutions, deviennent plus larges et moins profonds. Le vide qui en résulte provoque sans doute l'exhalation de la sérosité des capillaires de la pie-mère, car toutes les lacunes sont comblées par un liquide jaunâtre. Une autre conséquence de l'atrophie du cerveau est la dilatation des ventricules, qui profitent, comme les sillons, du retrait apparent éprouvé par la substance cérébrale. Une chose digne de remarque : la substance blanche ne prend qu'une faible part à l'émaciation ; elle devient seulement un

pieu grise et plus consistante. C'est surtout la partie génératrice de rintelligence qui s'anéantit. En outre de l'atrophie, on constate pour les circonvolutions, à l'œil nu, un état rugueux et une teinte jaune. C'est là le produit de la somme totale des altérations éprou- * vées par les unités hislologiques. C'est dû, ainsi que le démontre le

- microscope, à la dégénérescence graisseuse des cellules, des tubes '- et des capillaires (1).

-' On comprend parfaitement qu'une pareille lésion entraîne la perte ^ des facultés intellectuelles, puisqu'elle consiste dans la nécrobiose ^: des agents matériels de la pensée. On comprend aussi que cet anéan- ^ tissement des facultés s'opère d'une manière lente et graduelle,

- puisque la dégénérescence graisseuse et l'atrophie, résultant de la résorption de la graisse, se produisent aussi peu à peu. La mémoire, disent les auteurs, est la première faculté atteinte. Cela devait être, puisque ce senties cellules, dépositaires des notions, qui disparaissent les premières complètement. On a remarqué aussi que le souvenir 8*éteignait d'abord pour les faits récents, et ne le faisait que plus

- tard pour les anciens. Cela tient sans doute à ce qu'au moment où les faits nouveaux ont été enregistrés, les cellules réceptacles étaient déjà en partie malades et ne se prêtaient déjà plus à une impré* gnation solide et ferme. Il est des déments qui se souviennent bien du passé, mais qui ne peuvent plus fixer rien de nouveau dans leur mémoire. On dirait que, chez eux, la dégénérescence est suffisante pour rendre les cellules incapables de recevoir de nouvelles empreintes, mais n'est pas assez profonde pour efifecer les anciennes.- Les déments paraissent incapables d'attention, ou plutôt ils ont, suivant l'expression du vulgaire, là tète dure. Les cellules intellectuelles agonisantes n'entrent que très-difficilement en vibration, malgré les sollicitations venues de l'extérieur. Le jugement et le raisonnement, malgré l'intégrité apparente de la substance blanche, s'affaiblissent, tout au moins pour le groupement de certaines idées, parce que celte substance ne saurait combiner des idées qui n'existent pas, ou qui n'ont qu'un rudiment d'existence. La dégénérescence doit atteindre aussi les cellules affectives, car, sous le rapport des sentiments, les malades semontrent de la plus grande indifférence. Comme toujours, les déterminations sont en raison de la vitalité des

(1) Herbert C. migor a trouvé chez de» chiens et chez un cheval âgés les mêmes lésions qne dans la démence sénile. {The West Biding lunatic Anflum médical reporté. 1875 )

idées. Leurs actes sont vagues, incertains, sansbut. Quelques-uns aeinblent avoir perdu l'aptitude à tiarmoniser la oiimique avecleuispeasées. Us prennent un air triste quand ils éprouvent et qu'ils expriment des idées gaies. Ils sont moins impressionnables à tous les excitanls physiques et moraux. Peut-être le système nerveux périphériqae est-il déjà altéré lui-même, et ne remplit-il que d'une manière imparfaite son rôle de transmission. Mais s'ils sentent moins, cela tient surtout à l'état du cerveau. C'est, avant tout, la consécration psychique qui fait défaut. La sensation brute persiste ou n'est qu'amoindrie. La démence peut être absolue, ou bien s'accompagner de délire. C'est que, sans doute, les quelques parties restées intactes fonctionnent d'une manière irrégulière et parfois exagérée. Elles dérivent, pour ainsi dire, sur elles le sang qui ne rencontre plus, dans les parties voisines, des conduits d'irrigation suffisants. Chez quelques-uns, c'est un délire systématisé, qui reste toujours le môme, parce qu'il n'y a qu'une seule et même partie restée intacte et qui se trouve, par conséquent, toujours en scène. Les hallucinations sont très-fréquentes. La couche optique prend une moindre part à l'altération et elle reçoit un rapport plus considérable dans la distribution du liquide sanguin. Au fur et à mesure que l'animai baisse, le végétal semble prendre plus d'essor. Ils ont un appétit exigeant. L'assimikr tion s'exécute bien. Ils acquièrent un embonpoint notable.

La démence se produit dans plusieurs circonstances différentes. Elle peut résulter presque physiologiquement des progrès de l'âge. C'est ce qu'on appelle la démence sénile. Le cerveau se raréfie à sa manière, comme les parties osseuses. Elle peut être le dernier terme de la folie. C'est la démence vésanique. Le travail exagéré des cellules pendant la folie les épuise, les use et les tue. Elle peut être produite par l'alcool qui, de son côté, a fait travailler outre mesure les cellules cérébrales, et qui, de plus, provoque peut-être chimiquement la formation de granulations graisseuses. Elle représente aussi parfois la conséquence des pyrexies ataxiques, des congestions répétées, des inflammations du cerveau, toutes causes qui exaltent et détériorent aussi les cellules.

Idiotie.

Cette affection, qui tient à un arrêt de développement de l'organe de l'intelligence, peut se présenter sous des degrés nombreux, qui

correspondent à des lésions matérielles équivalentes. Ces lésions se trahissent môme à l'extérieur, parce que les os du crâne y prennent part. Les proportions de la tête ne sont jamais normales. Toujours elle est, ou trop petite, ou trop grosse. Parfois les sinus frontaux prennent un développement exorbitant, comme chez certains animaux, et communiquent à l'ensemble l'aspect d'un type -intelligent. Les os sont très-épais. Les sutures se soudent beaucoup plus vite qu'à l'état normal et s'opposent ainsi au développement ultérieur de l'encéphale. En général, le front est bas, étroit et fuyant. Le crâne ^t déprimé en certains points, très-saillant en d'autres, ce qui correspond à un défaut d'équilibre des diverses parties encéphaUques. Ordinairement, c'est le diamètre vertical qui présente le raccourcissement le plus considérable, et la courbure frontale qui s'efface le plus. 11 y a souvent un défaut de symétrie. Tantôt c'est un pariétal, tantôt un des côtés du frontal qui forme voussure. Virchow attribue toutes ces difformités à l'ossification prématurée des sutures et à l'interposition d'os wormiens. Griesinger dit que les unes tiennent à une pénurie de dépôt calcaire, par suite d'un vice constitutionnel ; les autres à un état maladif et inflammatoire des bords des sutures. 11 fait observer, ce qui est juste du reste, qu'une réunion prématurée dans un point peut arrêter le développement des autres parties du crâne ; tandis que d'autres fois il se fait au contraire ailleurs un développement compensateur. On comprend, en effet, que là où le sang peut trouver de la place pour fixer de nouvelles molécules, là où le tissu encéphalique naissant rencontre moins de résistance, l'organe s'agrandit, de même que certaines branches d'un arbre prennent plus de développement lorsque d'autres sont gênées par un obstacle quelconque. Celles qui trouvent de l'espace libre devant elles profitent de la sève que les autres ne peuvent pas utiliser. C'est ainsi que certaines régions de l'encéphale et certaines fonctions cérébrales peuvent présenter une exubérance morbide que l'atrophie et l'inertie des parties voisines rendent plus apparente. Karl Stahl n'accorde pas un rôle aussi important aux sutures, et il regarde les déformations du crâne comme n'étant que des conséquences des anomalies de développement de l'encéphale. L'ossification prématurée des sutures ne ferait que maintenir et rendre invariable une déformation communiquée antérieurement par le cerveau. Parmi les faits cités par cet auteur, iLen est qui ont une portée physiologique toute particulière, parce qu'ils plaident contre l'idée générale de

Gail, que professent encore plusieurs médecins, et qui coDsisteà localiser Tintelligence proprement dite dans la partie antérieure du cerveau. Ces faits démontrent que les déformations du crâne ne retentissent sur Jes fonctions psychiques qu'autant qu'il ne s'établit pas une compensation de développement dans un autre point. Lorsque la partie postérieure présente un développement capable de compenser l'atrophie de la région antérieure, les facultés n'en souffrent en rien. C'est bien là la preuve que la couche corticale est un réceptacle de notions, et que, pourvu que les notions trouvent à se placer, peu importe le point qu'elles peuvent occuper. Elles trouvent toujours, aussi, partout des libres commissurantes capables de les associer et de réaliser les opérations de raisonnement.

Relativement aux lésions congéniales propres à l'idiotie, il y a donc deux opinions : l'une qui attribue les déformations du cerveau à celles du crâne-, l'autre qui fait, au contraire, engendrer les modifications de la boîte crânienne par les arrêts de développement de l'encéphale. Moi, je crois que, la plupart du temps, l'aberration de formation marche de f^ont dans le contenant et dans le contenu. Quoi qu'il en soit, voici quelles sont les défectuosités présentées par l'encéphale lui-môme : le poids du cerveau est notablement au-dessous de la moyenne. Parfois cet organe n'est pas déformé; il est seulement très-petit, mais très-réguUer : c'est une miniature d'un cerveau ordinaire. Mais, le plus souvent, il est irréguher et même incomplet- Des parties entières peuvent manquer. En toutes circonstances, les circonvolutions sont peu développées, les anfractuosités peu profondes. Presque toujours il y a atrophie des corps striés et surtout des couches optiques. La consistance de la substance blanche est augmentée; la grise est en moindre quantité. D'autres fois cette dernière se rencontre, sous forme d'îlots, dans des points où il n'en existe pas d'habitude. Les vaisseaux sont inégalement répartis et offrent un caUbre" diminué. Très-souvent on rencontre une sclérose presque générale ou bien les traces incontestables d'une méningoencéphalite. Avec un état anatomique aussi accentué et aussi général, il nous sera facile d'expUquer les diverses situations fonctionnelles des idiots. Tout à fait au bas de l'échelle de cette catégorie, on trouve des êtres qui, non-seulement sont incapables d'acquérir la moindre notion, qui non-seulement n'ont ni intelligence ni sens moral, mais qui n'ont même pas les instincts de la bête. Ce sont des masses inertes; ils ne peuvent même pas manger seuls. Il faut leur

^^ porter les aliments jusque dans l'arrière-gorge pour provoquer la ^i** déglutition. Ils sont absolument dans la môme situation que les ani- T* mau:s auxquels on a enlevé les lotes cérébraux. L'intégrité fonctionnelle ne commence qu'au bulbe. Tout ce qui est en avant est ^ comme non avenu, parce qu'il est représenté par une masse informe ' "* et impropre même à un fonctionnement rudimentaire. Si on s'élève dans la série de ces êtres disgraciés par la nature, on se trouve en ^ présence de toutes les combinaisons possibles de fonctions qui se *^ ■ dessinent plus ou moins bien à côté d'autres qui restent tout à fait ^ "^ plongées dans le néant, suivant que l'atrophie ou l'absence congé- ^-Ç niaies portent sur telle ou telle partie de l'encéphale. Ne pouvant passer en revue successivement toutes ces combinaisons, prenons ^^ • une moyenne pour la soumettre à l'analyse physiologique. -- ; Les gens sont à peine ébauchés ou manquent tout à fait. Beaucoup i sont sourds et aveugles. Le toucher est des plus obtus. Le goût et i-^ l'odorat doivent être très-faibles, car les idiots ingèrent les choses les zr: plus nauséabondes. L'état d'atrophie à peu près constant de la couche r .. optique nous explique parfaitement toutes ces paralysies sensorielles. ^rj Celles-ci contribuent, à leur tour, à empêcher le développement de r ., l'intelligence. La formation des idées ne peut pas se faire ou se fait ■j^ mal, parce que les sens n'apportent que des données insuffisantes sur le monde extérieur. Du reste, l'atrophie et l'imperfection du centre ^°^^&istreur le rendraient incapable d'enregistrer même des impres- ^^-^ sioas vigoureuses. C'est ainsi que le bagage d'idées contingentes se r4 trouve être à peu près nul. Les facultés jugement et raisonnement -' f ^O'^t tout aussi impossibles, d'abord parce que leur base fondamentfif taie, iji formation des idées, fait défaut, et parce que les fibres com- ' nnssurantes sont elles-mêmes compromises. Les idiots n'ont point ■; de langage; ils sont muets et ne poussent que des sons gutturaux et indéterminés. N'ayant point d'idées, ils n'ont rien à exprimer. H en ^s'» toutefois, qui peuvent articuler un certain nombre de phrases. t^ ^st surtout chez les idiots qu'on voit nettement la preuve que Torg'anQ ^g l'instinct n'est pas le même que celui de l'intelligence; car, ^ t^lupart du temps, ce genre de manifestations psychiques per- 8ist^^ mais il est perverti. Ils sont voleurs, gloutons, paresseux, iras- ^Y^Ï^B. Dans leur colère, ils déchirent tout, se déchirent eux-mêmes. ^ ^^t cet isolement des instincts et de Tintelligence qui a autorisé oOvxriUon à placer les instincts dans le cervelet, qui semble subir ^-^ius le travail d'atrophie que les lobes cérébraux. Mais les vivisec-

lions n'autorisent pas cette localisation, puisque les animaux perdent les instincts avec les lobes cérébraux. Les centres locomoteursi sont, du reste, si mal organisés, qu'ils servent mal môme les instincts restés normaux. Ils tettent mal et apprennent difficilement à mâcher et à avaler. Parfois certains actes machinaux semblent présenterai! perfectionnement extraordinaire. Je ne peux m'empôcher de vous citer un fait qui s'est passé à Maréville, et qui indique bien qaela délicatesse et l'aptitude à l'association de certaines touches de l'instrument cérébral peuvent se transmettre par voie d'hérédité. Un idiot, complètement dépourvu d'intelligence, ayant aperçu un tambour, se précipita vers cet instrument, fit, pendant quelques instants, des efforts inutiles pour réaliser une marche orthodoxe ; puis, tout à coup, comme par enchantement, se mit à exécuter toutes les batteries possibles avec un art irréprochable. Or, son père et son grandpère avaient été tambours de régiment. Presque toujours la motilité est naturellement restreinte comme l'intelligence. Us restent immobiles ou ne se déplacent que pour se rendre à la place où ils ont l'habitude de fixer leur inertie. Quelquefois ils se livrent à un balancement monotone, à l'instar des animaux du désert. Ils n'ont pas le sentiment de la locomotion ni de l'équilibre. Us marchent en glissant les pieds sur le sol. Ils ne donnent pas à leur tronc la direction nécessaire pour rendre les diverses stations solides; aussi tombent^ls souvent. Leurs allures sont disgracieuses, et Us saisissent mal les objets. Lorsque les centres locomoteurs sont intacts ou peu altérés, l'inertie musculaire est d'origine purement intellectuelle. La force motrice est là, mais elle n'est pas employée, faute d'incitation volontaire; et quand elle est utilisée, elle l'est d'une manière défectueuse, à cause de l'imperfection de la machine locomotrice eUe-même. Lorsque cette machine est tout à fait compromise, l'impuissance musculaire est réelle, et U y a des paralysies. Quand elle présente un développement trop considérable, soit absolu, soit relatif, eUe donne lieu à des phénomènes de surexcitation, d'autant plus qu'elle n'est pas contre-balancée par le cerveau, son modérateur indispensable. Les phénomènes consistent en un tic spasmodique de la face, en spasmes divers, et même en convulsions générales. Gela se remarque surtout lorsque des causes comprimantes, comme le forceps, les coutumes des peuplades, les serre-téte de la Normandie, ont gêné le développement de la partie antérieure du crâne, en laissant, au contraire, les régions inférieures et postérieures s'épanouir.

lez les idiots, l'encéphale n'est pas seul victime d'un arrêt de iloppement. La cause première est plus générale. C'est un vice iditaire transmis par l'ovale ou le sperme. C'est peut-être, parfois, chute, un coup subi par la mère pendant la grossesse, qui a déé le placenta et diminué les moyens de nutrition. Parfois môme, t une apoplexie survenue chez l'enfant pendant la vie intra-uté- ', qui, produite au moment de la formation de l'encéphale, ne se ente pas, comme chez l'adulte, d'entraver le fonctionnement, 5 gui gêne l'édification encore incomplète de l'organe. Dans les : premiers cas, comme la cause est générale, il en résulte que )ûstruction se trouve aussi être mauvaise et imparfaite pour res organes. Quant au troisièûie, il semble attester l'influence le système nerveux exerce sur la nutrition. Ce qui se passe la naissance abonde dans le même sens. La seconde donne se fait pas. Les idiots restent petits et conservent toutes caractères physiques de l'enfance. Ils sont rachitiques; le ne musculaire est peu développé, et finit môme par éprouver ^énérescence graisseuse, par suite de l'inaction. La puberté ne >lit pas.

-dessus des idiots existent des individus très-mal favorisés enqu'on appelle des imbéciles. Ils sont bien conformés, se dévesnt bien, acquièrent môme une haute taille; leur système musire est vigoureux; la conformation de la tête laisse seule 'enient à désirer; et encore, il en est qui présentent l'harmonie lus parfaite dans les traits et les formes de toute la tête. Ils ent, ont des facultés intellectuelles et morales, mais elles sont 'ieures à la moyenne normale. Ils apprennent encore à lire et à pter, mais ils sont incapables de s'élever à des idées abstraites, le peuvent rien produire. Ce qui leur manque surtout, c'est la Ité attention. Leurs cellules sont incapables d'un travail sérieux cofitable. Elles semblent ne pas pouvoir vibrer assez et suffisamt longtemps. Les vibrations de l'une sont aussitôt remplacées celles d'une autre. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'au mide cette insuffisance générale, ils ont des reparties spirituelles, allures superficielles et fugaces du travail des cellules font, me par mégarde, saillir çà et là des étincelles infprévues. Il est lable que l'imbécillité, comparée à l'idiotie, est le résultat d'un héréditaire moindre ou déjà un peu effacé. Dans ces disposis organiques, les imbéciles sont à la porte de la manie ou de la

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mélancolie. Leurs cellules ne sont pas assez éteintes pour qu'elles ne puissent pas être entraînées dans un trayail mauvais.

On désigne sous le nom d'enfants arriérés des êtres qui sont susceptibles d'une certaine éducation intellectuelle n'atteignant jamais, du reste, un très-haut degré, mais qui n'acq[uiërent cette éducation, môme restreinte, qu'au prix d'une très-longue étade. C'est un instrument cérébral qui a tous ses rouages, mais mal graissés. Ils ne peuvent tourner qu'avec une extrême lenteur. Dans Tordre hiérarchique, ces individus sont au-dessus des idiots et des imbéciles, mais ils sont toujours entachés du même vice, qui est seulement sur le point de s'éteindre. Ils sont, comme les précédents, d'un tempérament lymphatique et scrofuleux.

Quel peut être ce vice héréditaire commun ? Si on consulte 1» statistiques, on constate qu'il puise son origine aux sources suivantes : r L'alcoolisme des parents, qui semble retentir avec laphe grande facilité sur le sy&tème nerveux de leurs descendants. Il peut amener le travail scléreux de la folie, mais ce n'est là ordinairemesl qu'un effet de longue main : c'est à travers les générations goil prépare le terrain à ce genre d'altération. À un plus haut degni, il peut arrêter le produit de la conception dans son développenieDl Chose remarquable ! cet effet a lieu surtout lorscpie la conceptioft s'opère dans l'état d'ivresse. L'alcool entre pour ainsi dire en cobl* binaison avec le vitellus et le sperme. 2'' L'aliénation et l'épiiepsie des parents, ce qui prouve bien la nature commune des différente* manifestations morbides de l'encéphale. 3** Les mariages consanguins. Leur influence est démontrée, mais son mécanisme est inconnu Je me demande si le fait ne rentre pas tout simplement dans le c^ ordinaire du vice héréditaire précédent; car, en général, les paren/" conçoivent l'idée de ces unions lorsqu'ils ne sont pas anivés placer leurs enfants d'une autre manière, en raison même de certaiD^ desiderata physiques et intellectuels. 4° Les mariages dispropor^ tiennes comme âges respectifs. C'est, pour les deux éléments de 1^ génération, une combinaison chimique qui s'opère dans des conditions contraires à la loi des équivalents.

Nous devons encore rapprocher des idiots une classe d'indiTido^ qui sont dits atteints de crétinisme. Au plus haut degré, les crétinssont complètement dépourvus d'intelligence. La faculté langage lea^ fait entièrement défaut. Ils ne peuvent pousser qu'un cri rauqne ^ inarticulé. La sensibilité, tant générale que spéciale, est tonjoo^

US OU moins obtuse. Ils n'ont qu'une vie purement végétative. En 1 mot, ils ont tous les attributs de Tidiotie \ mais ils se distinguent îs simples idiots par certains caractères surajoutés. Us sont d'abord âriles ; il semble qu'ils sont les derniers êtres ayant le droit de re- *ésenter l'espèce humaine. Ils sont déjà venus hors nature. Ce sont 38 hybrides, une aberration de la nature qui doit être effacée de la *éation et ne doit pas se propager. Ils ont une physionomie caracristique par leur laideur et leur aspect d'abrutissement. Les panières sont épaisses ; la mâchoire supérieure et les pommettes sont allantes, le nez est aplati, déprimé à sa racine; la bouche démesu- Sment grande; la lèvre inférieure pendante; le regard stupide. Les xtrémités sont disproportionnées; les membres inférieurs sont prèles, surtout lorsqu'on les compare avec le développement du ronc et des membres supérieurs. Les mains et les pieds sont souvent difformes. L'ossification offre une marche des plus irrégulières Bt présente, parfois, une exubérance extraordinaire. Les trous de la base du crâne sont souvent rétrécis. C'est ce qui a conduit M. Bach i considérer le crétinisme comme le rachitisme des os du crâne. 5eioa lui, l'atrophie des nerfs résultant de ce rétrécissement des ori- 'ces (le sortie, serait la cause première du manque de perceptions. °5 dents présentent aussi une évolution tardive et anormale. Les ^J'ations des centres nerveux ne sont pas non plus identiques avec f^a des idiots. Les hémisphères sont bien, comme chez ces der- "s , insymétriques, diminués de poids, à circonvolutions mal des- '^s et à cellules rudimentaires; mais ils ont, de plus, la moelle et ^milbe considérablement atrophiés. Là se trouve évidemment la ^^ de la dégradation physique du tronc et des membres, ainsi que ^«ractère chancelant de leur démarche. Un fait bien remarquac'est que le tissu cellulaire sous-cutané est hypertrophié comme ^ les monstres acéphales. Le tissu connectif possède bien une ^^3dne vitaUté morbide; il est bien le foyer qui donne naissance à b^lupart des productions pathologiques dje la nutrition, mais, au *^t de vue physiologique, il est un terrain vague, d'une utilité se- ^^aire et tout à fait générale; il sert d'atmosphère, d'étui irriga- ^^ aux véritables éléments militants de la vie. Tout ce qui, dans la -^se embryonnaire, n'a pas pu s'élever à la hauteur d'un de ces -Xnents, devient cette gangue ambiante. C'est dans cette loi d'his- S^nie que se trouve la véritable cause de l'hypertrophie du tissu llulaire chez les crétins. Comme leurs centres nerveux sont réduits

à la plus simple expression, les muscles, qui représentent les moyens d'action et de réaction de ces centres, s'arrêtent à des proportions' qui les mettent à l'unisson avec celles de leur chef; et, dès lors, une grande partie du tissu embryonnaire en est réduite^à prendre le rang de masse conjonctive. Enfin, les crétins ont pour cachet particulier d'être affectés d'un goitre plus ou moins volumineux. Gomme celle affection règne d'une manière endémique dans les étroites vallée» des Alpes, on avait d'abord pensé devoir l'attribuer au défaut d'insolation ; mais elle se rencontre aussi dans les vallées les plus larges et les mieux éclairées. D'autres auteurs ont invoqué la misère et la réunion de toutes les mauvaises conditions hygiéniques. 11 est incontestable qu'elles ont le pouvoir de dormer plus d'extension à l'envahissement de cette maladie; mais elles ne peuvent pas seules la créer, car elle ne respecte aucune des classes de la société. Plusieurs médecins ont accusé soit l'absence d'iode dans l'air et l'ean de la boisson, soit la présence dans celle-ci de sels magnésiens, d'aluminium, de chaux, de pyrites ferrugineuses ; mais les relevés statistiques ont donné des résultats contradictoires sous ce rapport. A une époque antérieure, une opinion de Maignien a compté un grand nombre de partisans. Partant de ce fait que le goitre et le crétinisme sont liés entre eux de la manière la plus intime, il pense que l'hypertrophie de la glande thyroïde est la cause unique des troubles intellectuels; qu'en comprimant les carotides, elle empêche la nutrition de la partie antérieure de l'encéphale et détermine ainsi un arrêt de développement. L'existence de nombreux crétins non goitreux fit facilement renoncer à cette idée. Après avoir épuisé toutes les argumentations possibles, on en est généralement venu aujourd'hui à attribuer le crétinisme à une intoxication miasmatique, comparable à celle qui produit la cachexie paludéenne, à un principe organique dont le développement serait favorisé par l'humidité et une certaine température. Ce poison, après s'être introduit dans le sang par les boissons ou l'air inspiré, agirait sortent sur le système nerveux central. Il exercerait sur lui une action stupéfiante et arrêterait son développement. L'évolution incomplète du système nerveux réagirait ensuite sur l'économie tout entière. M. le professeur Tourdes a prêté à cette théorie l'appui de sa haute autorité scientifique. Je suis loin de nier la possibilité de cette intoxication miasmatique; je suis môme loin de nier l'intervention possible de certaines eaux, puisqu'il est démontré qu'il en est qui peuvent engen-

: drer le goitre ; mais je crois que celui-ci, lorsqu'il existe, a une certaine y part à réclamer dans l'état d'atrophie et d'incapacité du cerveau.* ; Des recherches que j'ai entreprises sur les fonctions de la glande thy- : roïde, et dont je dois réserver la communication pour un mémoire

- spécial déjà en voie de publication, m'ont conduit à regarder cette glande vasculaire sanguine comme préparant avec le sang les prin-

: dpes immédiats de l'encéphale et de la génération. En supprimant ce

: laboratoire, certains goitres destructeurs peuvent, comme cela a

, lieu chez les crétins, rendre impuissants à la fois le sperme et le cer-

- yeau. J'ajouterai encore que j'ai acquis Ja preuve que la thyroïde .^ peut être altérée et incapable de fournir son produit sans que cette , incapacité se traduise à l'extérieur, de même que certains goitres, , véritables hypertrophies, ne font qu'augmenter sa puissance fonctionnelle.

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