‹ Le système nerveux central au point de vue normal et pathologique: leçons de physiologieChapitre 27 sur 29 · QUARANTE ET UNIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUARANTE ET UNIÈME LEÇON

Messieurs,

Pour tenniner l'analyse physiologique des maladies mentales, il nous reste encore à examiner, à notre point de yue, une entité mo^ bide dont l'entrée dans le cadre nosologique a soulevé de nombreuses discussions; c'est celle qui a reçu le nom de para/t/n'e^én^ raie des aliénés.

FASALYSIB OiNiBALB DBS ALIÉNÉS.

Sommaire descriptif. — C'est une maladie mentale qui s'accompagne de paralysie musculaire et qui aboutit toujours à la démence. Dans la période prodromique, le caractère des malades se montre changé, irritable; ils commettent tout à coup des actes d'indélicatesse et de débauche auxquels on ne s'attendait pas de leur part. Bientôt ils sont pris d'un délire dit ambitieux. Ils ont la manie des grandeurs et des folles dépenses. D'autres sont moins bruyants; ils restent plongés dans une béatitude silencieuse et vivent dans un contentement d'eux-mêmes que rien ne peut altérer. Ils sont convaincus qu'ils sont de grands petites ou de grands artistes ou qa'ils sont superbes de beauté. Ils sont continuellement à s'admirer devant une glace. Mais, en môme temps qu'il y a cette exaltation dans les aspirations, contrairement aux fous ambitieux ordinaires, leur puissance intellectuelle ne s'élève pas au niveau de leurs prétentions. Ils n'entreprennent jamais ce qu'ils annoncent toujours vouloir faire. Ils se vantent de choses qu'ils n'ont jamais réalisées. Ils n'ont pas la logique et la \igueur des fous ambitieux ; ils sont inconséquents dans leurs idées et leurs convictions. C'est que, chez eux, la démence se môle à la folie ambitieuse. Môme dès le début, les cellules commencent déjà à éprouver la dégénérescence graisseuse. Les prétentions folles sont l'œuvre de la congestion, l'impuissance et la démence sont celles de la dégénérescence. Gon-

curremment avec ces désordres intellectuels, on remarque (et c'est ce qui fait le cachet de la maladie pour les cliniciens) des troubles du côté de la mobilité et de la sensibilité. Il y a un tremblement et une contraction irréguliëre des muscles de la langue, des lëyres, de la face et de la mâchoire inférieure, d'où une grande difficulté dans l'articulation des sons. Dès le début, il y a aussi une inégalité des pupilles, symptôme dont je me servirai pour appuyer ma manière de comprendre un des modes de genèse de la maladie. Les muscles des membres sont moins rapidement altérés dans leur fonctionnement. Cependant, on remarque de bonne heure que les malades marchent avec une certaine difficulté. Us sont aussi comme entraînés par leur propre poids. Us trébuchent, ils sont maladroits de leurs mains et ne peuvent plus ni écrire ni dessiner. U en est chez lesquels ces symptômes musculaires du début sont plus marqués et semblent exister seuls. U faut une observation bien attentive pour constater çà et là quelques traces de délire. Quelques-uns ont, en outre, une anesthésie générale. Dans une seconde période, les symptômes paralytiques se prononcent de plus en plus, tandis que l'excitation intellectueUe diminue pour faire place peu à peu à la démence. Us ont bien une légère surexcitation, qui éclate môme par moment en paroxysmes. La congestion continue, mais eUe ne vient plus que stimuler plus ou moins un terrain qui a perdu la plus grande partie de ses moyens d'action. En revanche, ils ne marchent plus qu'avec beaucoup de difficulté. Us ne peuvent plus porter leurs aliments à leur bouche. L'appétit est toutefois vorace, et ils mangent gloutonnement. Bientôt il y a incontinence d'urine et de matières fécales. La parole devient tout à fait ininteUigible. Us ne peuvent phis se tenir debout ; mais la force musculaire n'est jamais complètement éteinte. La démence s'accentue de plus en plus, et Us meurent, soit au milieu du coma, soit par épuisement résultant des escarres, soit sous l'influence d'une maladie intercurrente, soit enfin par l'introduction d'un bol aUmentaire dans le larynx.

Si on tient compte de toutes les assertions émises par les auteurs, les altérations qu'on peut rencontrer à l'autopsie sont les suivantes : 1* une congestion très-intense du cuir chevelu, qui s'accompagne même très-souvent de bosses sanguines ; 2'' une grande vascularisa-' tion avec opacité de la pie-mère ; 3° l'adhérence intime de cette membrane avec la couche corticale -, 4" la diminution de la consistance cérébrale ; 5° son changement de coloration. Dans les premiers

temps, la substance grise a une teinte rosée ou môme lie de vin, qui est due au développement du réseau vasculaire. Plus tard, la teiule rouge est remplacée par une coloration jaunâtre qui tient à la dégénérescence graisseuse ; 6** la transformation en granulations graisseuses des granulations normales des cellules, absolument comme dans la démence ; 7*^ un certain épaississement des parois des vaisseaux, une prolifération de leur tissu conjonctif, une sclérose vasculaire. Telles sont les altérations indiquées classiquement, et que les uns veulent limiter au cerveau, les autres étendre à tout Tencéphale et môme à la moelle. Au moment où M. le docteur Bounet était à la tête d*un des services de Maréville, j'ai eu l'occasion de faire avec lui des recherches nombreuses sur ce sujet. Nous avons pu constat» l'état congestionnel du début et l'état graisseux des cellules, qui était d'autant plus marqué et général que l'affection était plus ancienne. Mais nous n'avons jamais rencontré la sclérose des vaisseaux. Ce qui nous a frappés, c'est la présence, dans leurs parois et dans les manchons lymphatiques, d'amas de pigment et de cristaux d'hématoïdine. Il y a en outre, dans ces gaines, de nombreux globules de graisse, résultant sans doute du travail de résorption qui s'opère. Mais nous avons trouvé du côté du grand sympathique des altérations non signalées antérieurement et qui nous ont toujours paru plus avancées que celles de l'encéphale lui-môme. Tous les anneaux de la chaîne ganglionnaire, sans exception, présentent à un faible grossissement une multitude de petites taches de rouille d'un brun foncé. A un plus fort grossissement, on reconnaît que ces taches sont duesà la pigmentation anormale des cellules. Elle est toujours beaucoup plus prononcée dans la région cervicale que dans toutes les autres (l).

Analyse physiologique. — Bayle a attribué cet ensemble de symptômes à une méningite chronique. Anatomiquement, ce n'était voir que la surface des choses ; physiologiquement, c'était ne pas voir que les méninges ne peuvent produire des troubles psychiques qu'à la condition de mettre enjeu le cerveau lui-môme. Parchappeen a fait l'expression du ramollissement de la couche corticale. C'était plus rationnel, mais insuffisant. Calmeil, comprenant qu'en raison de leurs relations vasculaircs la substance corticale est inséparable de la pie-mère, samem-

(1) Suivant George Thompson, la lésion fondamentale consiste dans une diminntion du calibre des vaisseaux de l'encéphale, diminntion duo à un spasme pennanent (Journal of mentale science, j&nyier 1S75.) — Micrzejewski parle de la néoformation «le capillaires. (Archiv. de physiologie, 1875.)

brane nourricière, a marié les deux opinions précédentes et a appelé YsSecûonméningo-eméphalite chronique superficielle et diffuse. Cette manière de voir avait en outre le mérite d'étendre à tout l'encéphale Faltération anatomique et de permettre au physiologiste d'expliquer les symptômes nombreux et variés de la maladie. Tout en maintenant le siège indiqué par ce dernier, d'autres auteurs ont cherché à spécialiser l'affection par une lésion anatomique particuhère et distlDCtc d'une inflammation ordinaire. C'est ainsi que Rokitansky a indiqué l'hypertrophie de la substance interstitielle des tissus cérébraux, comme s'il pouvait y avoir une inflammation quelconque sans que la névroglie n'y joue le plus grand rôle et ne devienne turgescente; que Weyld a joint l'hypertrophie des appendices des petites artères et veines de l'encéphale; que Salomon a vu une caractéristique dans une espèce de sclérose des vaisseaux conduisant à leur obstruction plus ou moins complète ; que Lockhart Clarckc signale avant tout une accumulation deçigment dans les cellules. Enfin Magnan, généralisant une idée émise d'une manière partielle par le précédent auteur, met la moelle en scène en môme temps que l'encéphale. 11 pense même que le processus suit le plus souvent une marche ascendante et n'envahit le cerveau qu'après avoir exercé ses premiers ravages sur le terrain médullaire. Frappé de la cons- , tance et de la physionomie particulière des troubles de la motilité dans la paralysie générale, et donnant la priorité à ce genre de symptômes qu'on avait un peu trop perdus de vue avant lui, Luys a transporté la cause principale de cette maladie dans le cervelet. Il fait môme dériver presque tous les autres symptômes du trouble initial des fonctions des appareils cérébelleux. Il fait observer avec raison que, du côté du mouvement, tout se passe absolument comme dans le cas de tumeur ou de ramollissement du cervelet; qu'il y a, non une paralysie dans l'acception du mot, mais un affaiblissement progressif de la force musculaire ; que, dans les deux cas, les malades ont une marche difficile et vacillante, qu'ils font souvent des faux pas et des chutes, qu'enfin ils finissent par rester tout à fait au lit; que, dans les deux cas, l'articulation est gênée et s'accompagne d'un tremblement particulier des muscles qui entourent la bouche; qu'on observe de part et d'autre du strabisme et une inégale dilatation des pupilles. Étendant son système jusqu'à la sphère psychique, il attribue les troubles intellectuels à l'ébranlement plus ou moins considérable que l'influx cérébelleux transmet aux cellules corticales par

rintermédiaire du corps strié. Au début, le cervelet est sarexcité, eiil y a surabondance de cet influx. Ayant le sentiment inconscieQt de leur plus grande richesse en force motrice, les malades « se sentent i en effet plus forts, plus puissants, plus infatigables que jamais, et « exaltent, avec une jactance caractéristique, leur force, Tintégrité « de leur santé. » De là les idées ambitieuses rudimentaires, d'origine cérébelleuse, qui vont éveiller indirectement d'autres idéeg dans la coucbe corticale. En s*éloignant de plus en plus de son point de départ, le travail intellectuel se dépouille constamment de ses caractères primordiaux. Ces idées consécutives t s'associent les unes « avec les autres, se systématisent de plus en plus, et, par une sorte i de prolifération incessante, engendrent une multitude de concep- « tions nouvelles et subordonnées qui, empruntant aux habitudes de « l'esprit, aux tendances du caractère et aux influences du milieu so- « cial,leur cachet propre, se déroulent successivement sous les mille

« apparences du délire des grandeurs Lorsque la tension de l'is*

i nervation cérébelleuse vient à s'atténuer, il en résulte une sorte « d'asthénie générale dans l'ensemble des manifestations psychiques. « De là cette nature spéciale de certains délires qui se révélât « au début par une sensation d'épuisement, une faiblesse extrême <( et des tendances mélancoliques plus ou moins accusées. De là ces « idées erronées qui se métamorphosent en conceptions hypochon- « driaques et qui sont graduellement systématisées. »

A mes yeux; ce qui caractérise la paralysie générale des aliénée, c'est la généralisation du processus pathologique, c'est son extension à la plupart des départements du système nerveux. C'est cette irradiation dans toutes les directions qui en fait le cachet. Je ne nie pas que le feu puisse prendre immédiatement, tantôt dans le cerveau, tantôt dans la moelle, tantôt dans le cervelet, et rendre ainsi prédominants soit les symptômes psychiques, soit les symptômes paraplégiques, soit les troubles locomoteurs. Peu importe le point de départ: la seule condition indispensable à la physionomie particulière de l'affection, c'est l'extension consécutive à tout le svstème nerveux. Cette réserve, motivée par des réflexions ultérieures, étant faite, je maintiens l'opinion que nous avons émise, M. Bonnet et moi ; et je crois que très-souvent les phénomènes morbides s'enchaînent de la manière suivante ': Le sympathique est atteint le premier, ce que ^ semble indiquer l'état plus avancé de ses lésions. Gomme la régie cervicale, où l'altération parait portée à son maximum, préside

rinnervation vaso-motrice de toute la tête, il en résulte d'abord, peodant la période irritative, une contraction spasmodique des vaisseaux de cette extrémité, c'est-à-dire une congestion active ; puis, plus tard, lorsque le fonctionnement des ganglions cervicaux se trouve enrayé ou supprimé, une paralysie de ces mêmes vaisseaux et, par suite, une congestion passive. Sous l'influence de ces conditions de vascularisation, l'encéphale s'altère à son tour. Dans les premiers moments, les cellules corticales se trouvent être surexcitées. De là le délire ambitieux. Il en est de môme des cellules du cervelet et de la protubérance ; de là l'exaltation des forces musculaires. Plus tard, les cellules, s'étant trouvées surmenées, éprouvent la dégénérescence graisseuse, et la démence remplace le délire,' la paralysie l'exubérance des forces musculaires. Le paralysé général serait une expérience naturelle correspondant à celle que Cl. Bernard créait artificiellement par la section du sympathique cervical, avec cette difiFérence, toutefois, qu'au lieu d'une simple paralysie, il y aurait un état d'irritation des ganglions prédisposant aux processus inflammatoires. Il existe en effet une analogie des plus frappantes entre ce qui se passe chez les animaux en expérience et chez les paralysés généraux. Ceux-ci ont le visage congestionné. La température de leur tête est plus élevée. Leurs yeux sont injectés et larmoyants. Ils sont môme plus saillants; ils ont surtout la même expression que chez les opérés. Ils offrent aussi les mêmes modifications pupillaires. Comme chez les animaux, on trouve à l'autopsie le cuir chevelu et les méninges gorgés de sang. Ils ont des bosses sanguines dans l'épaisseur du pavillon de l'oreille. L'envahissement des autres régions du sympathique explique d'autre part quelques-uns des troubles nutritifs que présentent les paralysés ; l'hypersécrétion de tous les sucs digestifs et, par suite, la rapidité de la digestion et Tabondance des selles ; l'épaississement de la muqueuse intestinale, les congestions passives du poumon, les irrégularités des battements du cœur, les troubles de la sécrétion urinaire. Gomment, maintenant, le sympathique devient-il malade le premier ? C'est ce que je ne peux dire. Il est à remarquer toutefois qu'une des causes les plus fréquentes de la paralysie générale est l'alcoolisme. Or, l'alcool se répand partout avec la masse sanguine, aussi bien sur le sympathique que dans l'encéphale. Il y a même pour lui une influence anticipée. C'est lui qui anime les viscères qui reçoivent directement l'alcool du dehors, qui l'absorbent après l'avoir conservé un certain temps

comme contenu. Cet alcool titille les expansions nerveuses du sympathique et peut déjà retentir sur ses ganglions. C'est ainsi que penvent agir aussi les excès de table, la cuisine excitante. La paralysie générale est, en effet, très- fréquente chez ceux qui, par leur position officielle, sont obligés d'accepter de nombreuses invitations. La môme explication pourrait s'appliquer à l'influence incontestable des excitations désordonnées des vésicules séminales, des ovaires et de l'utérus.

Avant de quitter le domaine des maladies mentales, permettez-moi de vous mentionner encore une affection, appelée pellagre, qui est de nature à faire ressortir les liens qui rattachent le centre intellectuel aux phénomènes de nutrition. On y voit marcher de front, avec la plus grande solidarité, la formation d'un érythëme d'apparence érysipélaleuse ou scarlatineuse, de la diarrhée et des vomissfr ments, de la faiblesse musculaire et de l'incertitude de la marche, analogues à celles que l'on remarque dans la paralysie générale; enfin des troubles psychiques, de nature dépressive, constituant «ne véritable lypémanic. A chaque printemps, ces trois ordres d'accidents, cutanés, digestifs et intellectuels, s'aggravent simultanément.

Aphémie oa aphasie.

Sommaire descriptif. — Cette maladie est essentiellement caractérisée par l'impossibilité où se trouve le malade d'exprimer sa pensée. Lorsqu'elle se présente dans toute sa pureté, le sujet n'a pas seulement perdu l'usage de la parole, mais aussi celui de récriture et de la lecture. De plus, cette impossibilité est générale et porte sur tous les mots possibles. Le malade est entièrement privé de la fonction expression. Mais, dans la pratique, cet état complet se rencontre rarement, et on se trouve en présence d'une infinité de variétés. Chaque malade a, pour ainsi dire, sa forme particulière. Toutefois on peut arriver, avec Falret, à les classer dans un des principaux groupes suivants : T les uns, tout en conservant l'intégrité de leur intelligence et dos organes de la parole, ne peuvent pas se rappeler ni articuler spontanément certains mots ; mais ils sont encore capables de les prononcer quand on les leur dicte. Parmi les malades de cette catégorie, il en est auxquels un seul mot fait défaut ; d'autres, au contraire, sont incapables d'en exprimer un seuL Une dame, soignée par GriclUon, était dans ce dernier cas, et cependant elle avait con-

serve uae bonne mémoire des choses; elle ne pouvait pas les nomr mer, voilà tout. Un jeune homme, observé par Gall, ne pouvait désigner nominativement aucun objet, et quand on en nommait devant lui, il les décrivait parfaitement. Bergmann a vu un jeune homme qui, devenu aphémique à la suite d'une chute par la fenêtre, ne pouvait dire spontanément aucun substantif et trouvait cependant tous les verbes. De là des phrases impossibles ou plutôt des périphrases. Quand il voulait parler de ciseaux, il disait : Ce avec quoi on coupe ; d'une fenêtre : Ce par où il fait clair. Une dame était réduite à mettre tous les verbes à l'infinitif. Parmi les malades de cette catégorie, il en est qui mettent irrésistiblement toujours le même mot à la place de ceux qu'ils voudraient dire et qu'ils ont dans la pensée. Un homme demandait toujours ses bottes à la place de pain ; et cependant, quand on lui prononçait le mot pain, il le répétait tout de suite après. Un autre, à la place de tous les mots qu'il avait l'intention de dire, prononçait toujours madame ou mon Dieu, Un autre répondait à tout : Sivona ; un troisième : Juste Dieu! Un ambassadeur français, à Saint-Pétersbourg, n'avait perdu que la faculté de dire son nom. Dans les visites de l'an, il fut obligé de donner sa carte à lire à tous les huissiers. 2° Dans une deuxième catégorie, les individus peuvent encore prononcer spontanément certains mots, mais ceux qu'ils sont dans rimpossibiUté de dire d'eux-mêmes, ils ne peuvent pluâ, comme les précédents, les répéter quand on les prononce devant eux ; mais ils conservent la faculté d'écrire ou de lire. Lallemand a vu un homme qiii écrivait parfaitement, dans des termes toujours appropriés et souvent élevés, toutes ses pensées, mais qui ne pouvait prononcer que quelques syllabes, même quand on lui épelait les mots. Martinet en a vu un autre qui répondait par écrit à toutes les questions, sans hésitation, et qui ne pouvait produire que des sons vocaux tout à fait inintelligibles. Sous les yeux de Trousseau, un mathématicien faisait les calculs les plus compliqués, et il ne pouvait même pas prononcer les chiffres. Un artilleur lisait très-bien, et si on lui retirait rapidement le livre, il ne pouvait pas même immédiatement répéter sans le livre le dernier mot qu'il venait de lire. On pourrait multiplier ces exemples, mais les précédents suflBsent pour vous faire saisir la nuance de cette catégorie. 3° Dans une troisième catégorie,les malades ontnonseulement perdu l'aptitude de prononcer spontanément, soit tous les mots, soit un certain nombre de mots, non-seulement l'aptitude de les répéter quand on les leur épelle, mais même de les lire et de les écrire :

c'est le type complet. Dans cette forme, on trouve aussi des indiyidis qui, irrésistiblement, quand ils veulent parler ou lire, ou émie, disent toujours le môme mot ou une môme syllabe. L*un disait et lisait toujours ba ha ; un autre, eo ; un autre, sinner ; un autre, par le commandement ; im autre, cheval. Notez que ce dernier était defeiui apbémique en recevant un coup de pied decbeval. L'ébranlement i la fois physique et moral subi au moment de Faccident avait sans doute hyperesthésié un point du centre intellectuel au détriment des antm U avait créé le mot fixe en môme temps que Tidée fixe. L*aphémie, quelle que soit sa forme, peut exister seule, à rexclusioB de toute autre espèce de symptôme, ou bien elle est accompagnéade divers symptômes psychiques ou paralytiques. Dans un grand nombre de cas, ce mélange n'existe qu'au début. On assiste alors à une première période un peu confuse, où le trouble du langage est difficile à démêler et à suiyre. Mais, au bout d'un certain temps, les troables intellectuels disparaissent, les phénomènes paralytiques s'effiicent de plus en plus et l'aphémie se manifeste dans toute sa netteté. Dans d'autres cas, l'aphémie semble n'être que le reâte d*une affection cérébrale plus générale. Parfois, c'est à la suite d'une attaque épileptiforme qu'elle se montre, ou bien consécutivement à une apoplexie se traduisant par une hémiplégie siégeant presque toujours dt côté droit. Mais on peut, sous ce rapport, rencontrer toutes les nuances. La paralysie peut être très-incomplète et disparaître au bout de quelques jours et môme de quelques heures. A ce moment, le malade s'habille lui-môme, va et vient, se conduit comme la plupart des hommes ; mais, en fait de langage, il ne peut faire que des signes négatifs ou affirmatifs, soit avec la main, soit avec la tôte(l).

Analyse physiologique, — En voyant les troubles de la parole susceptibles de s'isoler d'une manière aussi nette de toutes les autres manifestations morbides de l'intelligence, de la motilité etdelasensibililé, on s*est trouvé naturellement porté à supposer Texistence, dans l'encéphale, d'une portion exclusivement affectée à Texercice de la parole, d'une portion qui pouvait être regardée comme l'organe nerveux central spécial du langage tant écrit que parlé. Le fait était trop favorable au système de la phrénologie pour n'être pas

(1) Glarua reconnaît comme causes possibles d'aphasie les emboUes oérébrales, 1« traumatisme de l'encéphale, les tubercules, les tumeurs du cerveau, l'hydrocéphalie, Ia fièvre typhoïde, les fiôvres éruptives. {Jahrh. fur Kinderheilk, VII. Jahrg., 4. Heft 5jnmetl874.)

exploité par ses partisans. Aussi est-ce Gall qui, le premier, a attiré rattentioQ des médecins sur Taphémie. En cela, ilatoutaumoinsrendu un certain service à la médecine pratique, qui, n'étant pas stimulée par une idée préconçue, passe souvent à côté défaits vrais sans s'en apercevoir. La réprobation générale que rencontra bientôt la phrénologie fit enterrer avec elle l'idée de la localisation de l'organe de la parole. Mais l'observation clinique vint plus tard raviver l'idée en dehors môme de toute tendance phrénologique. En 1825, Bouillaud, se basant sur ses autopsies, déclara que Tapbémie était toujours liée à une lésion matérielle, tumeur, apoplexie ou ramollissement du lobe antérieur de l'un des deux bémisphères, ou des deux à la fois. En 1836, Dax, d'après ses propres observations, crut devoir attribuer l'aphémie aussi bien au lobe postérieur qu'au lobe antérieur; mais, faisant rompre l'organe nerveux de la parole avec la loi de symétrie, il assura que l'hémisphère gaucbe était seul capable de supprimer le langage et, par conséquent aussi, de l'engendrer. En 1861, Broca proposa, toujours d'après les résultats nécroscopiqnes, une localisation plus précise : il plaça le siège de l'élocution et, par suite, le foyer morbide de l'aphémie, exclusivement dans la troisième circonvolution frontale gaucbe. Il fit toutefois une réserve plus tard, et reconnut que la môme circonvolution du côté droit pouvait donner lieu à cette maladie, mais à litre d'exception excessivement rare seulement. Il établit en outre que l'aphémie tient presque touj jonrs à un ramollissement provoqué par une embolie de l'artère syli vienne. En 1866, M. de Font-Reaulx, cherchant à expliquer quelques faits qui paraissaient en contradiction avec la détermination précédente, a restreint encore le siège de l'organe nerveux de la parole à la moitié postérieure de la troisième circonvolution frontale, tout en admettant la possibilité de l'intervention d'une partie plus reculée j de la circonvolution d'enceinte de la scissure de Sylvius et du lobule ' de Vinsula. Cette dernière interprétation est restée peu connue; celle de Broca a reçu seule une véritable consécration classique, non pas sans avoir eu toutefois à subir des attaques sérieu&es.

On a fait observer que tous les organes sont doubles ou formés de deux parties mathématiquement symétriques, et qu'il serait assez singulier, en présence de cette loi générale, que le lobe gauche ait seul le droit de formuler la pensée. Pour répondre à celte objection, Broca a réuni un certain nombre d'arguments : 1° d'après l'examen de 40 cerveaux, il a déclaré que le lobe frontal gauche se distinguait

du lobe fronlal droit par un plus grand nombre de circonvoMoiis et par un poids plus considérable. Ce premier argument n'apeçt-éirc * ^ pas la valeur que lui prête Broca; car je trouve que, dans unaolre ordre de recherches, Boyd a constaté sur 800 cerveaux que l'héinisphère gauche dépasse en poids l'hémisphère droit d'un huitièiM. "^ N'est-il pas plus naturel d'attribuer celte différence à ce queThéiDisphère gauche est affecté au côté droit du corps, qui est plus développé et travaille plus que le côté gauche? 2° D'après Gratiolel, dit Broca, les circonvolutions frontales de l'hémisphère gauche se mon ""^ Irenlplus tôt chez le fœtus que celles de l'hémisphère droit. Les pre- l"" mières sont nettement figurées que les secondes sont encore à peine visibles. C'est probablement cet état plus avancé de l'héfliisphèie gauche qui nous rend droitiers. L'enfant se sert de la main droite ■*' parce qu'il sent qu'elle est plus habile, et elle est plus habile parce qu'elle est dirigée par un système nerveux plus perfectionné. Pour les mêmes raisons, l'enfant, quand il apprend à 'parler, se sert de l'hémisphère gauche, et il continue à parler avec cet hénrispbère comme il continue à se servir de la main droite. Il est devenu, solvant l'expression de Broca, gaucher du cerveau. D'après cette m»' nière de voir, l'organe de la parole existerait bien aussi dans l'hémisphère droit, mais il y resterait relativement comme rudimentaire il serait môme, au point de vue physiologique, comme non av«in Il serait à celui du côté gauche comme le sein de l'homme est à celui de la femme; mais, au besoin, il pourrait se développer etfonc lionner en l'absence de l'organe gauche. C'est ainsi queBrocaexpli que le fait de Moreau : Un homme qui, à l'autopsie, présenta uoe absence congéniale de la troisième circonvolution gauche, avait joui de la parole jusqu'au moment de sa mort. Ce fait prouverail seulement qu'en cas d'absence de l'organe gauche, l'enfant apprend à parler avec l'organe droit, de môme qu'il apprendrait à se ' servir de la main gauche s'il n'avait pas de main droite. Antérieurement à Broca, du reste, Moxon avait prétendu que l'éducation est en toutes choses unilatérale ; que toujours le cerveau manque de symétrie chez les animaux les plus intelligents, et que c'est chez l'homme qu'il atteint son plus haut degré d'asymétrie. 3° Au premier abord, le cerveau du gorille, de l'orang-outang et du chimpanzé paraît, à part le volume, avoir la môme conformation que celui de l'homme; mais, quand on regarde de plus près, on constate que la troisième circonvolution des singes aDlIiropoïdes diffère essentiellement

î. Chez nous elle acquiert un développement considé- )oint qu'elle vient recouvrir en grande partie le lobule ; en revanche, les circonvolutions centrales transverses réduites. Chez les singes, au contraire, celles-ci prenoporlions considérables, tandis que la troisième reste fort tout justement ces animaux ne sont privés que d!une seule t de la parole. 4° Le môme fait existe chez les microcéne parlent pas en réalité ; ils peuvent seulement apprendre its, qu'ils répètent comme des perroquets. Lamômeincaingage se rencontre chez certaines peuplades qui ont l'ha- :omprimer la partie antérieure de la tôte des nouveau- )rès Broadbent, la troisième circonvolution offre, surtout me structure toute spéciale. Elle reçoit des fibres proverès-grand nombre d'autres circonvolutions. Elle semble n rapport avec tous les points de la partie intellectuelle, t l'occasion d'examiner, à l'hôpital Saint-Louis, un homme de se tirer un coup de pistolet au front. La balle avait 'ontal d'une manière tellement nette, que les deux lobes se trouvaient être mis à nu sans avoir subi eux-mêmes la teinte, sans avoir éprouvé la moindre lésion. Cet homme perfaitement bien et avait conservé toute son intellisque, pendant qu'il était en train de parler, on appliquait nt le plat d'une spatule sur le lobe gauche, aussitôt il s'arrôuvait dans l'impossibili té d'achever sa phrase, môme lorsque était légère. Le mot commencé était môme coupé en deux, retirait la spatule, il recouvrait l'usage de la parole. La vate expérience a été toutefois contestée. On a dit que cette î restait pas limitée au point touché et qu'elle s'étendait à phale. Ce à quoi Broca a répondu qu'en se généralisant, rait forcément une perte de connaissance et de la paralyn'avait pas eu lieu dans son expérience. Plus tard, on des blessures ayant mis à nu d'autres parties du cerveau, •ession sembla amener le môme résultat. Mais, vérifica- Broca put facilement établir qu'on ne produisait, dans ces mie qu'à la condition de déterminer en môme temps une ^ mnaissance, c'est-à-dire d'exercer une pression assez forte :énérale. Du reste, sans intelligence, le langage est devenu , même avec l'intégrité de l'organe de cette fonction. Malgré )uches qui se renouvellent encore de temps en temps, Broca

ahé. — 2e édit. il. — 24

esl resté relativemenl mattre du champ de bataille : et, aujoordlmi, la plupart des médecins, sans même s'inquiéter des phases du dâat, regardent la troisième circonvolution comme l'organe de réiocotloii, et, pour beaucoup, la formule théorique de l'exercice de la parok est celle que Proust a naguère fixée sur le papier dans un mémoiit spécial, et qu'on peut résumer ainsi qu'il suit : Dans l'exercice delà parole, il y a trois actes successifs : 1^ l'idée est conçue dans dei cellules cérébrales quelconques; 2"* elle fait appel à la troisième diconvolution, organe de l'élocution, quilarevéldesonsigoesenatil, le mot; 3*" le signe trouvé et appliqué, le bulbe intervient à soatoof pour instrumenter et traduire ce signe par un son, et, pour ce foire, le bulbe met en jeu l'organo direct de la phonation, le laryoi Gomme le fait observer Proust, le dernier de ces actes suppose le second, et le second suppose le premier; mais il n'en est plus de même dans l'ordre inverse. Le premier et le second peuvent existe sans que le dernier s'ensuive. Nous pouvons nous arrêter aa moment de prononcer les paroles conçues et choisies. Le sourd et muet est obligé de s'arrêter au troisième, mais il peut exécuter les deux premiers. Le même enchaînement se reproduit dans l'état |»r thologique : tantôt le malade est dans la stupeur, l'hébétude; il œ pense plus, il n'a plus d'idée. La partie intellectuelle du cerveau est seule malade. La troisième circonvolution, l'organe de l'élocutioa, est intact. Le malade serait capable d'exprimer une idée, mais il n'en exprime pas parce qu'il n'en a pas. il y a mutisme. Tantôt, an contraire, l'idée est conçue ; mais le malade ne trouve pas l'expression appropriée, le signe conventionnel. La partie intellectuelle esl intacte, la machine vocale du bulbe l'est aussi; mais l'organe de l'élocution est altéré, fait défaut. Le malade pense, mais il ne parle pas ; c'est V aphasie ou aphémie. TantôU'idée est conçue, le malade trouve bien le signe convenable, mais le bulbe ou l'appareil local se refuse à réaliser ce signe : c'est de Y aphonie ou encore, comme on Ta dit, alalie. Charcot a pris sur le fait un cas d'alalie bulbaire. Le bulbe renfermait des corps granuleux au niveau du plancher du 4* ventricule, non loin des noyaux d'origine de l'hypoglosse, du spinal et du facial. Le tout avait été produit par une embolie de l'artère vertébrale. A ces trois modes d'abolition du langage, quelques médecins en admettent, avec Bonnafont, un quatrième qui devrait trouver place à côté du mutisme, parce qu'il puiserait sa source dans la partie intellectuelle du cerveau. 11 serait une altération de la

'an

ilté mémoire qui aurait perdu le souvenir d'un plus ou moins id nombre de mots et de noms. Ce serait Yamnésie. Queiqiies-uns lent môme ne voir qu'une perte de mémoire dans tous les prélus cas d'aphasie (1).

luand on examine avec impartialité tous les faits connus, on est igé de reconnaître, qu'à part certaines exceptions qui trouveront r explication tout à l'heure, l'aphasie est ordinairement liée à la on, sinon de la 3* circonvolution frontale, du moins de la partie érieure du cerveau; et qu'il doit exister incontestablement une taine corrélation entre cette région et la fonction du langage. ïlle est la nature de cette corrélation? Gonsiste-t-elle, comme on itdans l'esprit des partisans de la doctrine Broca, dans la création ce point déterminé d'une force sui generis d'où résulterait la ilté et môme le talent de l'élocution? Y aurait-il là un centre Qt pour mission de choisir Texpression appropriée à l'idée? îte-t-il pour cette faculté ce que les phrénologues admettent pour facultés mémoire, jugement, raisonnement, etc? Ce que nous ms du mécanisme de Tintelligence et de l'organisation du cer- 1 s'oppose déjà en principe à une pareille idée ; et nous ne pou- 3 pas accorder au langage ce que nous avons cru devoir refuser autres aptitudes intellectuelles. Mais en outre, l'analyse clinique •même nous fait voir qu'il n'en est point ainsi, puisque l'incapadu langage porte souvent uniquement sur un certain nombre de 8. Or, s'il s'agissait d'une aptitude générale, elle ne devrait pas iporter d'exceptions dans ses applications. Sa perte, complète ou empiète, devrait se faire sentir pour tous lefe mots indistinctement, fluence spéciale de cette partie de l'encéphale sur l'exercice de arole doit donc tenir à autre chose, et cette autre chose, il est le de la trouver en appliquant à la parole les lois du mécanisme ibral. La parole suppose deux actes périphériques distincts mais parables et nécessaires : la production du son vocal au niveau arynx et de son articulation dans les parties qui surmontent les es de la glotte, le pharynx, la cavité buccale, etc. Ges actes jistent tous deux en des contractions et des mouvements exécutés les muscles de ces diverses parties. Ces mouvements, comme

En 1875) LncM Championniére a publié une nouvelle observation d'aphasie avec 1 de la trolsiàme circonvolution frontale gauche. {Bulletin de la Société anatomique iriSf 1876, p« 202.)

tous les mouvements même volontaires, ont besoin d'être provoqués par des idées qui ont été elles-mêmes engendrées par des impressions sensorielles. Il faut ici, comme toujours, qu'une sensation soit venue ébranler une cellule intellectuelle ; que celle-ci ait réagi sur une cellule déterminante agissant à son tour sur les cellules motrices dont relèvent les muscles de l'appareil de la phonation. Les impressions capables de mettre en jeu ce mécanisme particulier, sont incontestablement de nature auditive, puisqu'il est bien démontré que celui qui est né sourd, reste forcément muet. La surdité congéniale entraîne le mutisme. Pour apprendre à parler, aucun organe des sens ne peut remplacer l'oreille. Il n'y a pas plus de langage possible sans audition, qu'il n'y a d'entendement possible sans organes des.sai8. La formation du langage est l'œuvre psychique particulière des impressions auditives. La parole, c'est la réQexion motrice de ces impressions. Gela étant, on pourrait déjà supposer, comme l'a fait Piorry, que le langage dépend de l'intégrité des circonvolutions frontales, parce que c'est seulement dans cette portion de la substance corticale qu'aboutissent les ébranlements émanant du centre auditif; et que, par suite, la destruction de cette région suffit pour rendre impossible le moyen initial et indispensable de l'éducation du langage. Mais il faut renoncer à cette explication. Car le centre auditif parait envoyer des fibres rayonnantes, non-seulement dans la partie antérieure, mais encore dans les autres régions de la substance corticale ; et, d'autre part, il est bien certain que toutes les impressions auditives que nous recevons, ne vont pas se réfléchir sur les muscles phonateurs, et produire des mouvements paroles. Pour que l'ébranlement sensoriel reçu soit restitué sous forme de son vocal, il faut absolument qu'il vienne frapper les cellules particulières qui se rattachent directement aux muscles du larynx et du pharynx. Les impressions auditives peuvent arriver et rester limitées partout ailleurs ; mais elles n'y réveillent que des idées restant intimes et elles ne provoquent, à titre réflexo-volontaire, que des actes non vocaux. Ce n'est que lorsqu'elles viennent retentir sur ces cellules particulières, qu'elles peuvent déterminer ce résultat. Or, les muscles de la phonation sont en nombre limité et groupés ensemble ainsi que les fibres et les cellules qui les rattachent au corps strié. Il en est de même des cellules qui les représentent dans ce centre moteur, de même des fibres cortico-striées qui rehent celles-ci à la couche corticale, et enfin , des cellules corticales qui correspon-

dent à ces fibres particulières. Pour qu*il y ait langage, il faut absolument que Tébranlement aboutisse à ce groupe détenniné de cellules, c*est là seulement que la réflexion peut 8*opérer. Voilà pourquoi la faculté langage paraît être circonscrite dans un point déterminé; voilà pourquoi il semble y avoir, pour l'aphasie, un foyer pathologique spécial. Gela tient non pas à la localisation des ioapressions auditives, mais à celle des éléments cellulaires affectés directement à la motilité des muscles de la phonation. La cause de l'aphasie se trouve habituellement, non pas dans le courant sensoriel, mais dans le courant moteur du phénomène réflexe. Luys, qui, le premier, a indiqué le véritable mécanisme du langage et de l'aphasie, a fait plus encore. Il a déterminé, le scalpel à la main, les fibres COTtico-striées affectées à ce mécanisme, et nous les a montrées aboutissant dans les circonvolutions antérieures.

Messieurs, je viens de vous exposer à grands traits le mode de production probable du langage, afin devons faire mettre immédiatement le doigt sur les conditions qui font que cette fonction et l'aphasie paraissent localisées dans un point déterminé. Permettez-moi de développer maintenant cet exposé succinct, afin de bien établir comment le mécanisme de l'élocution' prend naissance chez l'enfant; ce qu'il devient, l'éducation première une fois faite; quels sont les rapports qu'il présente avec celui de l'écriture et celui de la lecture à haute voix. Nous trouverons ainsi des données qui nous mettront à même d'apprécier les différentes espèces d'aphasie.

L'enfant s'instruit à la fois par les yeux et les oreilles. L'image de l'objet vient se fixer sous forme d'idée dans une cellule en connexion avec le centre visuel de la couche optique. En même temps, le son mot qu'il entend prononcer comme désignant cet objet, vient se répandre dans différentes portions de l'encéphale. Les cellules qui reçoivent cet ébranlement acoustique et qui ne sont pas en rapport avec les muscles du larynx et du pharynx, transforment l'impression en l'idée du mot, qui s'associe avec l'idée de l'image et vient constituer avec elle la connaissance de l'objet. En recevant ce même ébranlement, les cellules antérieures qui sont en connexion directe avec les muscles phonateurs font contracter ceux-ci par réflexion et il en résulte la reproduction du mot entendu. C'est ainsi que l'enfant répète le son prononcé devant lui, absolument comme l'écho répète le bruit initial. Le mot prononcé par les parents ou par le maître, est le cri poussé par un individu qui veut entendre un effet d'écho ;

le mot prononcé par l'enfant est Técho entendu, et l'organe de lélocution de l'enfant est la montagne qoi prodoit l'écho. L'enfant apprend à parler comme il apprend à chanter. Ce mécanisme naissant se perfectionne par l'exercice, et la réflexion Tocale finit par suivre plus rapidement et reproduire plus exactement le son entenda L'écho devient de plus en plus rapide et de plus en plus parfait. Mais le travail de ces cellules, à action vocale, reste indépendant de celui des cellules de pure idéation. Il nécessite pour son perfectionnement un exercice particulier. C'est donc à tort que fioileau a dit: t Ce que Ton conçoit bien s'énonce clairement, etc. » if est vrai qa'on ne peut guère exercer Télocution sans mettre en jeu, en même temps, le travail d'idéation, de sorte que ce dernier est, pour ainsi dire, obligé de déployer une activité parallèle, et on pourrait dtie avec plus de raison : que ce qu'on exprime bien, on le comprend parfaitement. Plus tard, l'enfant n'a plus besoin d'entendre le mot pour le réaliser lui-même. Après avoir vibré un certain nombie de fois sous l'impulsion acoustique, la cellule à connexion vocale est devenue propriétaire de cette aptitude particulière. Désormais, quand elle entrera en activité, elle provoquera toujours la formation du môme son, du même mot. Elle pourra même le faire dans une foule de circonstances différentes. Tantôt elle le fera lorsqu'elle y sera provoquée par une impression visuelle, par une autre cellule recevant Fimage de l'objet à nommer; tantôt l'impulsion viendra d'une impression et d'une cellule à relation soit olfactives, soit gnstatives, soit tactiles. Les sensations auditives ont seules le droit de présider à la formation du langage; mais toutes les espèces de sensations peuvent mettre en jeu le langage déjà acquis. Celui-ci peut même se passer d'une sensation quelconque. La cellule dépositaire de l'idée de l'objet a le pouvoir de forcer la cellule à connexion vocale à produire le signe conventionnel. Lorsque cellenâ a ainsi acquis l'aptitude à exécuter son travail particulier dans ces différentes conditions, son éducation est terminée ; et lorsque, par une longue série d'études, tous les mots du vocabulaire seront venus imprégner suffisamment des cellules distinctes, ce sera l'éducation de toute la fonction élocution qui se trouvera être accomplie. Elle n'aura plus qu'à se perfectionner, c'est-à-dire à donner par l'usage plus de souplesse et de célérité à toutes ces touches, dont les rôles resteront dorénavant parfaitement dessinés. C'est ainsi que l'homme fait son langage, comme il fait son intelligence. La nature

ne lui donne que des cellules sensorielles, intellectuelles et déterminantes, agencées entre elles de façon à pouvoir s'influencer mutuellement, et un certain groupe de cellules en connexions directes avec les muscles de la phonation.

La pathologie nous montre qu'il existe une certaine solidarité entre le langage écrit et le langage parlé, puisque ces deux modes d'expression peuvent être simultanément compromis dans l'aphasie.

Fig. 48.

Schéma dû langage parlé et écrit. — a, courbe de l'hémisphère cérébral. — b, courbe

de la couche optique. — c, courbe du coipi strié. — d, ligne limitante du bulbe.

— e, ligne limitante de la moelle. — /, œil. — g, oreille interne. Le son mot va de g dans le noyau auditif h de la couche optique. L'ébranlement va

ensuite de h dans la cellule corticale i qui le renvoie, par la fibre cortfoo-striée Jfc,

dans le corps strié qui le communique aux noyaux du bulbe m, lequel met enjeu les

muscles vocaux n.

L'image lettre va de / en j» ou noyau visuel de la couche optique qui l'envoie à une

ceUnle corticaje 9. De là, l'ébranlement est réfléchi par la fibre cortico-striée r dans

le corps strié qui agit à son tour sur la moelle, laquelle met en Jeu les muscles

des doigts 3, Les deux courants centrifttges, restant les mêmes, peuvent être provoqués par des

courants intellectuels partis des cellules MZ, les ébranlements corticaux se substituent

aux ébranlements sensoriels, acoustique et visuel.

Il importe donc que nous recherchions encore quelles sont les conditions particulières du phénomène écriture. Celle-ci s'exécute évidemment par un mécanisme réflexe semblable à celui de la parole. Seulement, la réflexion se fait sur les muscles delà main, au lieu de se faire sur ceux du larynx, et au lieu de partir du département de l'audition, la sensation proTOcatrice provient de l'appareil delà vision. Pour apprendre à écrire, il faut d'abord voir les signes de l'écriture. L'audition apporte toutefois son concours au moment de l'éducation ; c'est par elle que nous apprenons que tel signe doit exprimer, suivant les conventions, telle ou telle chose. Mais c'est toujours l'impression optique qui va, seule, éveiller l'activité des cellules motrices qui sont en rapport avec les muscles de la main et qui, très-probablemenl, sont, comme celles de la phonation, groupées dans un point déterminé, de sorte qu'on pourrait tout aussi bien admettre un organe de l'élocution écrite que de l'éloculion parlée. Dans tous les cas, on peut dire que si la parole produite est le son réfléchi par l'écho du centre du langage, l'écriture est l'image du signe vu, réfléchie par le miroir du centre du langage écrit. Dans la lecture à haute voix, qui peut aussi être altérée chez les aphasiques, l'impression acoustique est remplacée par l'impression visuelle, et l'audition n'intervient plus que pour juger le résultat. Elle vient ainsi jouer le rôle de la sensibilité musculaire dans la locomotion. Munis des données physiologiques qui précèdent, nous allons pouvoir nous rendre facilement compte des aspects si multiples de l'aphasie et des exceptions qu'elle peut présenter sous le rapport du siège de la lésion anatomique. La production normale du langage nécessite évidemment l'intégrité de tous les éléments nerveux qui interviennent dans cet acte si complexe. Il faut que l'appareil nerveux périphérique de l'audition soit intact ; qu'il en soit de môme du centre acoustique ; de la plupart des cellules intellectuelles, et particulièrement des cellules corticale^ qui correspondent d'une part avec ce centre et d'autre part avec les cellules motrices destinées aux muscles phonateurs ; des fibres cortico-striées qui réunissent ces deux ordres de cellules entre elles; du corps strié qui renferme les dernières cellules ; de la machine instrumentale organisée dans le bulbe; enfin, de tous les points de la protubérance et des nerfs qui renferment les fibres et les cellules destinées à relier les muscles phonateurs au point vocal du corps strié. Il suffit qu'un des anneaux de cette double chaîne, ascendante et descendante, vienne à man-

quer pour produire un trouble du langage, et on pourrait presque admettre autant d'espèces d'aphasie qu'il y a d'anneaux différents. Dans la chaîne sensorielle ou ascendante, nous trouvons d'abord raphasie-mutisme chez les individus atteints de surdité congéniale. Chez eux, le langage ne peut pas se manifester, par la raison qu'il n'a jamais pu se former. Lorsque, dans le cours de la vie, l'audition Tient à être accidentellement compromise, soit dans sa partie labylinthique, soit dans le nerf acoustique, soit dans le cenire auditif de la couche optique, le langage n'est pas aboli parce qu'il a été créé aulérieurement et parce qu'il peut être mis en jeu par les autres sensations ou par l'intelligence; mais il devient sujet à erreurs, parce que, l'éducation une fois faite, l'ouïe a encore une mission à remplir, c'est celle de vérifier, comme le sens musculaire, l'effet produit. Quand, pathologiquement, il existe des obstacles à ce mode de vérification, il peut en résulter une forme toute particulière de l'aphasie, une aphasie par anesthésie auditive. Il est, en effet, des malades qui ne donnent pas dans la conversation le terme approprié, uniquement parce qu'ils n'entendent pas ce qu'ils répondent, et qui arrivent à rectifier facilement leur erreur lorsqu'on la leur fait connaître par écrit.

Au sommet de la courbe, sur le terrain,môme de l'intelligence, on peut rencontrer différentes causes d'aphasie, et alors celle-ci peut prendre l'épithète d'intellectuelle. Chez l'idiot, l'arrêt de développement des cellules d'idéation est pour beaucoup dans le mutisme qu'il présente, souvent d'une manière presque absolue, môme quand il n'y a pas de surdité concomitante. Ne comprenant rien, ne créant aucune idée, ils n'ont rien à traduire par la parole. Il est vrai que le point déterminé où peut s'opérer la réflexion sur les cellules à motricité vocale peut prendre part à l'imperfection générale de la machine cérébrale et que l'aphasie peut tenir au pivot môme de l'instrument nerveux particulier de l'élocution. Mais là ne se trouve pas toujours la véritable cause du silence, car beaucoup d'idiots ont une certaine aptitude à reproduire exactement les sons rhythmiques d'une chanson dont on provoque l'écho chez eux comme chez des oiseaux. Quant à la parole elle-même, elle a besoin d'un certain travail intellectuel qui rattache le son mot à la connaissance de l'objet. Sans ce travail, en outre, l'enchaînement des mots ne saurait s'effectuer. Les cellules d'idéation ne peuvent provoquer aucune manifestation verbale en dehors de l'impression auditive. Les

mêmes réflexions sont applicables aux déments qui, eux aussi, deviennent taciturnes par suite du néant intellectuel dans lequel il» sont plongés. Non-seulement il n'y a plus d'opérations psychiques, mais il existe une amnésie générale. La dégénérescence graisseuse a, pour ainsi dire, pjissé l'éponge sur tous les points de l'immense tableau des connaissances acquises. Le tibretto à mettre en musique n'existe plus. L'embolie, en circonscrivant le travail de destruction à un certain groupe de cellules et de notions, donne lieu à ces aphasies partielles qui se contentent de rayer certains mots du vocabulaire usuel. — Il peut encore y avoir, dans le même ordre, une forme caractérisée par une véritable ataxie intellectuelle. Le malade peut voir parfaitement l'objet; il peut entendre et comprendre la question qu'on lui adresse. Mais, par suite d'un désordre dans la propagation de l'ébranlement, elle ne se fait plus suivant les lignes tracées par Téducation ; et la cellule intellectuelle, qui a la notion de la chose à énoncer, va frapper une touche quelconque uon appropriée dans l'instrument vocal. C'est un pianiste qui, par erreur, fait vibrer une autre corde que celle qui est seule capable de fournir la note qu'il désire. II y aurait là un mécanisme analogue à celui qu'un médecin a voulu appliquer indistinctement à tous les cas d'aphasie. Celle-ci, selon lui, serait toujours le résultat d'un trouble survenu dans l'association des idées.

La cause de l'aphasie siège plus souvent encore sur le trajet centrifuge ou moteur du phénomène langage. Cela tient évidemment à ce que les conditions du régime vasculaire du cerveau sont telles que les embolies ont une grande tendance à venir arrêter la circulation dans la partie antérieure du cerveau, d'où émane le faisceau de fibres cortico-striées à destination vocale. L'instrument nerveux de la parole se trouve alors atteint dans ses œuvres vives. Aussi est-ce dans ce cas que l'aphasie est le plus prononcée et qu'elle constitue réellement une maladie à physionomie spéciale. Le mot aphasie devrait mc^me être réservé pour cette seule circonstance. Alors, malgré l'intégrité de la mémoire et de toutes les aptitudes intellectuelles, les expressions ont tendance à manquer toutes à la fois, parce que toutes les cordes de transmission se trouvent rapprochées. L'effet devient de plus en plus général à mesure que la lésion se rapproche du corps "Strié, parce qu'alors ces mômes cordes sont concentrées dans un espace plus court encore. Il est absolu lorsque ce centre nerveux est intéressé dans la partie qui reçoit ces fibres

cortico-striées particulières. An milieu de cette destruction, il arrive parfois qu'une jRbre ou qu'une cellule survit au désastre. C'est alors, sans doute, qu'on voit l'aphasique placer à tout propos un seul et même mot. Tous les ébranlements acoustiques ou intellectuels qui viennent aboutir à l'organe de l'élocution, viennent indistinctement faire vibrer la seule et unique corde que possède l'instrument. Cette corde répond toujours par la même note à toutes les pressions qu'elle subit. Au delà du corps strié, de nouveaux moyens de transmission se trouvent encore réunis en un faisceau qui peut parfois être englobé dans les altérations des milieux qu'il traverse. C'est ainsi qu'on a vu des maladies des pédoncules cérébraux et de la protubérance donner lieu à une véritable aphasie. Dans le bulbe, ce n'est plus une simple voie de passage que rencontre le courant Tocal, mais les noyaux des faciaux, des glosso-pharyngiens, des spinaux et des grands hypoglosses qui, par leurs moyens d'association et par leur organisation préétablie, se prêtent aux efiTets d'harmonie du langage, isolent les cordes, les réfléchissent comme par des poulies de renvoi et leur assurent à la fois la solidarité et l'indépendance. C'est le dernier terme et le lieu de perfectionnement de la machine nerveuse de la parole. Aussi, l'aphasie bulbaire se présente-t-elle avec un cachet particulier. Elle ne consiste plus dans la perte de la mémoire des mots, ou dans le mauvais choix des expressions, ou dans l'impossibilité de transmission de l'ébranlement, mais elle porte sur le défaut de prononciation de tous les mots. C'est le bégayement ou les troubles d'articulation de la paralysie glossô-labio-laryngée. Il est toutefois un fait qui semble plaider contre notre interprétalion du mécanisme de la parole et indiquer qu'il existe réellement un centre présidant au choix de toutes les manifestations de la pensée, c'est que chez beaucoup «d'aphasiques les troubles portent aussi bien sur le langage écrit que sur le langage parié. Il est des malades qui tracent des lettres non appropriées, ou môme de simples lignes droites, brisées ou circulaires, à la place des signes conventionnels. Il est naturel, en effet, de penser que, puisque l'aphasique, en perdant le plus souvent un seul et même point de son cerveau, se trouve privé de l'aptitude d'adapter à la fois, à une même idée, les différents modes de signe, il doit y avoir là le foyer d'une véritable faculté expression et non une simple réunion de tous les éléments à détermination vocale. Mais d'abord le fait n'est pas général. La parole peut disparaître sans l'aptitude à l'écriture, et celle-ci

peut aussi être seule atteinte ; ce qui parait indiquer que ce ne sont pas les mômes cellules ni les mômes fibres qui, dans les deux cas, obéissent aux sensations sensorielles et intellectuelles. Eu outre, pom ceux chez lesquels la cause première de la maladie se trouve dans la mémoire et Tintclligence, on comprend que tous les moyens de manifestation se trouvent à la fois comme non avenus. Enfin, les éléments nerveux à détermination digitale pe sont probablement pas éloignés des éléments à action vocale dans la couche corticale^ dans les fibres cortico-striées et dans les corps striés. Il reste à leyer une dernière difficulté, qui est aussi embarrassante toutefois poor les autres théories de Taphasie que pour la nôtre. Comment, avec une destruction unilatérale, peut-il y avoir une abolition complète de la parole, puisque le point homologue de Thémisphère sain devrait encore pouvoir fonctionner? Sous ce rapport, il est encore plus rationnel, plutôt que de regarder, ainsi que Ta fait Broca, rhémisphère droit comme un fonctionnaire en non-activité au point de vue de Télocution, d'admettre que cette fonction exige absolument le concours simultané des deux agents similaires, et que, lorsque l'un fait défaut, l'autre se trouve, par le fait, réduit à l'inertie. Il y a peut-être une raison à ceci à laquelle on n'a pas songé. Le son et son articulation sont Tœuvre des modifications moléculaires des deux cordes vocales et du porte-voix dans son entier, c'est-à-dire de la totalité du larynx, du pharynx, de la cavité buccale, etc. Ce qu'il lui faut pour être produit, ce n'est pas une demi-gouttière, mais un tube; il lui faut l'activité harmonique des muscles congénères de cet instrument. Quand un de ses côtés est paralysé, cet instrument ne peut pas plus produire des sons articulés qu'une flûte qui serait coupée en deux suivant son axe longitudinal.

Hystérie.

Sommaire descriptif. — Dans l'esprit du monde, le mot hystérie n'éveille généralement que l'idée d'un état psychique qui touche de près à l'immoralité ; et, sous le titre générique d'attaques de nerfs, on regarde comme étant tout à fait à part les convulsions hystériques. Celles-ci sont, au contraire, considérées comme la caractéristique de l'affection par bon nombre de praticiens. L'erreur est aussi grande de part et d'autre, car les tendances erotiques forment l'exception,

DU SYSTÈME KERVEUX. 381

et les phénomènes convulsifs sont loin d'être constants. En réalité, Tobservation clinique démontre que, si on veut conserver l'entité morbide qui a reçu le nom d'hystérie, il faut absolument la regarder comme un vice de l'innervation, excessivement mobile dans ses effets, qui peuvent se montrer à la fois sur tous les points du système nerveux ou rester limités à un ou plusieurs de ses départements. C'est pourquoi les symptômes qu'elle est susceptible d'offrir se trouvent être de nature, les uns, sensitive ; d'autres, motrice; d'autres, nutritive; enfin, d'autres, psychique. Les troubles* de la sensibilité consistent, avant tout, en une hyperesthésie générale, qui fait que les malades apprécient des différences de poids, de température et de surface tout à fait imperceptibles. Ils reconnaissent tous les objets par le simple toucher. De là découlent, pour le public, une foule de faits qui prêtent considérablement au merveilleux. La même exaltation se retrouve dans les autres organes des sens. Une lumière faible, un bruit léger les incommodent. Il en est qui s'évanouissent sous l'influence du parfum d'une fleur. Ils peuvent toutefois avoir le bénéfice de ce perfectionnement morbide. Ils entendent des bruits non appréciables pour les autres. Transformés en véritables limiers, ils arrivent à distinguer les personnes par l'odorat. En même temps, des douleurs névralgiques spontanées apparaissent, particulièrement sur le trajet des nerfs trijumeau, sciatique, intercostaux et mammaire. Il existe surtout une céphalalgie assez fixe au sommet de la tôte, sur un point de la suture sagittale ; c'est là ce qu'on a appelé le clou hystérique. On constate aussi de fréquentes névralgies viscérales, siégeant dans l'estomac, l'intestin, le foie, l'utérus et les ovaires. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'au milieu de cette grande impressionnabilité du système nerveux sensitif, on peut voir apparaître de l'anesthésie plus ou moins prolongée, soit dans une seule région, soit dans la moitié inférieure du corps, soit dans sa moitié latérale, et dans ce dernier cas, elle siège toujours à gauche. De plus, les muqueuses sont constamment atteintes en môme temps que la peau. Les viscères seuls semblent lui échapper. La perte de la sensibilité générale peut ne porter que sur quelques-uns de ses modes, mais elle, a lieu surtout pour le sens de la douleur et pour celui de la température. Les troubles de la motilité peuvent consister aussi en des phénomènes d'exaltation musculaire ou de paralysie. Les premiers affectent généralement ta forme d'accès, et ceux-ci offrent deux variétés bien distinctes : dans l'une, le spasme musculaire est avant tout vis-

céral et reste limité à la sphère de distribution du grand sympathique et des nerfs crâniens. De là des contractions yiolentes du sphincter de la vessie, qui déterminent de Tischurie ; de Testomac et de l'œsophage, qui produisent des vomissements; de Tintestin, qui se manifestent par des borborygmes; du cœur, qui donnent lieu à des palpitations violentes ; de l'appareil respiratoire, q[ui se traduisent par des sanglots, de la dyspnée et une toux bruyante; des muscles de la face, qu^xprimeot le rire sardonique et le trismus. Dans l'autre, il envahit tous les muscles de la vie animale, et il constitue l'attaque type de l'hystérie. On a alors sous les yeux une scène qui, au premier abord, rappelle celle du haut mal, de l'épilepsie. Une observation sérieuse fait bien vite constater de nombreuses différences. La chute n'est pas aussi brusque. La malade a le temps de choisir le lieu qui offre le moins de danger. Elle ne perd pas connaissance et entend tout ce qui se dit autour d'elle. Les secousses ont quelque chose de plus violent et amènent de grands déplacements. La salivation est assez exceptionnelle ; l'asphyxie est loin d'être constante. En dehors des accès, on peut observer, surtout dans les cas anciens, des contractures des membres qui parfois persistent fort longtemps. La paralysie n'apparaît pas toujours avec les mômes caractères. Elle peut s'établir lentement ou d'une manière tout à fait brusque, succéder à des accès convulsifs répétés ou précéder ceux-ci, constituer une paraplégie, une hémiplégie ou une paralysie régionale. Du côté de la nutrition, on constate des troubles digestifs variés, une exagération ou une diminution de la sécrétion urinaire, de l'aménorrhée, de la dysménorrhée ou des pertes de sang considérables, des llueurs blanches abondantes, des alternatives de pâleur et de rongeur des téguments, des arthropathies, se manifestant par un endolorissement souvent énorme de Tarliculation atteinte. La fluxion articulaire devient parfois tellement violente, qu'on se croit en présence d'une inflammation grave ou d'une tumeur blanche. L'erreur a lieu très-souvent pour l'articulation coxo-fémorale. Toutes les hystériques sont dans un état intellectuel anormal. Les mieux favorisées se montrent encore très-versatiles, susceptibles, irascibles, entêtées et opiniâtres. Toutes les occupations un peu sérieuses les fatiguent. Leur sommeil est incomplet et tourmenté par des rêves pénibles. Par moments, elles sont mélancoliques et absorbées par des idées noires. Dans d'autres moments, elles sont d'une gaîté extravagante ; elles pleurent et rient alternativement sans motif; elles sem-

blent avoir des hallucinalioQS d'origine viscérale ; elles éprouvent dans la plupart des viscères des sensations subjectives les plus va- ' riées et les plus étranges. Même quand leurs digestions se font bien, elles accusent un sentiment de pression et de distension de l.'estomac. Elles se plaignent de palpitations du cœur, alors que Tauscultatiou déoiontre qu'il n'en existe pas. Gela tient évidemment à ce qu'elles sentent plus que les autres personnes. Au moment des accès, les troubles psychiques deviennent momentanément plus graves. 11 survient un délire bruyant et agité, mais sans incohérence et toujours . relatif aux préoccupations de la personne ; on dirait un rêve parlé. A un degré plus élevé et en dehors des accès, l'imagination sort des bornes normales. Les hystériques inventent des histoires romanesques et extravagantes ; elles commettent des actes excf,'n triques etéproi^vent des hallucinations. Enfin, le trouble intellectuel peut acquérir des proportions telles qu'il devient une folie véritable, qui a reçu le nom particulier de manie hystérique. Les malades ont des idées d'empoisonnement, des scrupules absurdes; elles s'accusent de crimes qu'elles n'ont point commis. Quelques-unes ont la manie des remèdes et des médecins; elles ont surtout la folie des actes. Toutefois, les impulsions irrésistibles qu'elles éprouvent sont moins violentes que celles des épileptiques. Elles consistent simplement en un grand besoin de mouvement, de briser, de déchirer, de déplacer les objets, et en une tendance à commettre des actes extravagants et ridicules. Au milieu de la conversation la plus convenable, elles interposent, malgré elles, des jurons grossiers; elles se montrent méchantes pour leurs parents et leurs amis, tout en restant gracieuses pour les étrangers. Elles semblent réserver leur état mental pour leur famille. A la longue, cette manie peut conduire à la démence. L'anatomie pathologique de celte affection est encore à faire tout entière. On a bien signalé des plaques scléreuses des cordons antéro-laléraux chez des hystériques atteintes de contractures, mais ces altérations sont regardées comme consécutives et accidentelles. On en. est réduit à maintenir l'hystérie dans ce groupe de névroses sine materia qui ne fait qu'afficher notre ignorance. Au point de vue de l'étiologie, on peut dh-e que cette maladie appartient presque exclusivement à la femme, mais que l'homme n'en est pas à l'abri; •qu'elle se développe surtout à partir de la puberté ; qu'elle est favorisée par l'absence d'exercice physique, la fatigue cérébrale, les lectures- énervantes, une éducation par trop tolérante, la satisfaction de

tous les caprices; par les émotioas vives, les unions mal assorties, la chlorose et Tanémie, les maladies de l'utérus, Tonanisme.

Analyse physiologique. — Tous les médecins de Fantiquilé plaçaient, sans la moindre hésitation, le point de départ de Thystéiie dans Tutérus et ses annexes. Cette conviction générale semblait pleinement justifiée par une série de faits d'observation qui ne manquaient pas d une certaine valeur et qu'on avait seulement le tort d'admettre d'une façon par trop exclusive. On croyait alors que les femmes seules pouvaient être atteintes de cette affection ; que celleci n'apparaissait jamais (lu entre les époques de la puberté et de la ménopause, et appartenait, par conséquent, à la période de la vie génitale de la femme ; qu'elle se rencontrait surtout chez les femmes lascives et chez celles que les conditions sociales condamnent à une continence absolue; que les accès hystériques se montraient surtout lorsque la menstruation se trouvait troublée à un titre quelconque ; que la plupart des maladies de l'utérus engendraient consécutiYement l'hystérie. On avait aussi été frappé de l'espèce d'analogie qui semble exister entre la forme convulsive et le spasme cynique, et de la marche de la sensation, qui a été appelée depuis boule hystérie, et qui semble partir de la région hypogastrique. Pour toutes ces raisons, le doute ne semblait pas possible, et on s'attacha seulement à déterminer le mode d'action de l'appareil utérin dans ces circonstances. Les hypothèses ont varié suivant les idées dominantes des diverses époques pendant lesquelles la donnée fondamentale fut admise sans conteste. Pendant la période la plus grossière de l'évolution de la science médicale, on se laissa tromper par la sensation de la boule hystérique et par la rénitence due à des tympaniles partielles. On crut à un déplacement ascensionnel de la matrice, qoe l'on disait partir à la recherche de l'humidité. Chez les femmes do peuple, vous trouverez encore la croyance à ces voyages au lo cours de cet organe. Au temps où florissait la doctrine des humeur&— morbides, on pensait que l'utérus était un foyer très-propre à l'absorption de produits nuisibles ou de vapeurs irritantes, capables (W^ < créer les troubles hystériques. Au moyen âge, tout en maintenant 2s scène première sur le théâtre utérin, on crut à une influence dent c>niaque. Plus tard, on abandonna les vues mystiques, et, revenanf ^ des interprétations fonctionnelles, on accusa soit la rétention ùv sang menstruel, soit celle d'un prétendu sperme féminin. Lorsque/^' premiers linéaments de la physiologie du système nerveux commen-

Gèrent à se dessiner, on comprit quon devait lui attribuer ici le rôle principal, et on regarda l'utérus comme un grand centre d'irradiation nerveuse sympathique. D'autres virent dans les accès d'hystérie l'effet d'une véritable pléthore nerveuse. En l'absence de coïts, qui constitueraient de véritables saignées nerveuses, il y aurait une surabondance d'influx nerveux, qui donnerait lieu à de véritables explosions, faute de soupapes de sûreté. L'idée de l'origine utérine, que nous ramènerons tout à l'heure à sa véritable valeur, n'est pas encore complètement abandonnée aujourd'hui. Plusieurs médecins font procéder toutes les attaques d'hystérie des organes générateurs. Tels sont, entre autres, Robert de Latoûr et Saurel. Ce dernier prétend môme avoir fait cesser une attaque en portant deux perles d'éther à l'ouverture du col de l'utérus. Ghairon va plus loin : il systématise complètement la genèse utérine et interprète, avec ce point de départ, toutes les phases de la crise. Il pense que toute cause de compression, d'irritation ou d'inflammation de l'ovaire a pour effet spécial d'amener la paralysie du mouvement réflexe de l'épiglotte, qui, restant abaissée, donne lieu à une asphyxie brusque. Celle-ci, en accumulant l'acide carbonique dans le sang, produit une intoxication du système nerveux, qui se traduit par des mouvements convulsifs et des troubles de la sensibilité.

Villis, sous le nom de diathesis nervosa, a jeté les premiers fondements d'une doctrine générale que Bouchut devait développer plus tard avec tant d'autorité et de talent, en créant pour elle le mot de nervosisme. Dans la pensée de Villis, le diathesis nervosa signifiait un vice spécial du système nerveux, se localisant, çàetlà, dans telle ou telle partie des centres nerveux, et revêtant une physionomie différente suivant les organes primitivement atteints. Pour Bouchut, le nervosisme, qui se traduit par l'excitabilité, l'ataxie et Tasthéuie du système nerveux, la grande irritabilité du caractère, la , perversion des sentiments instinctifs, l'exaltation du cœur, de l'intelligence et du langage, des alternatives de gaîté et de tristesse, des insomnies et des rêves, une grande faiblesse musculaire entrecoupée par des explosions passagères d'une grande puissance motrice, une vie végétative languissante, cet état, si répandu et si variable dans son intensité, constitue une maladie particuhère, qui n'est pas encore l'hystérie, mais qui présente un terrain propre à son développement. Depuis, Beau a identifié complètement ces deux états de l'innervation. Selon lui, le nervosisme n'est que l'hystérie sans atta-

poiNCARÉ. — 2'' édit. • u. — 25

ques convulsives. Il n'est autre que ce que les cliniciens appellent ï hystérie vaporeuse. Envisagé comme simple prédisposition ou comme constituant déjà Thystérie elle-même, cet état a été attribué par les uns à un désordre dans la distribution de l'influx nerveux ou à une oscillation irrégulière des molécules nerveuses ; par d'autres, à une chloro-anémie qui placerait Talimenlation du système nerveux dans de mauvaises conditions. Beau, pour qui l'aglobulie est le générateur direct de l'hystérie, fait remonter la genèse beaucoup plus loin encore et voit, dans des troubles digestifs, la cause première de l'altération du liquide sanguin. L'opinion de Niemeycr et de Hasse se rapproche de la précédente, quoique ces auteurs ne se soient préoccupés que de l'hystérie coniirmée et n'aient pas cherché à déterminer les conditions offertes par le sang lui-même. Ils font résulter la perversion fonctionnelle du système nerveux d'un trouble insaisissable survenu dans sa nutrition intime.

Beaucoup de médecins, sans prétendre préciser la nature des modifications matérielles capables d*engendrer les troubles hystériques, se sont attachés avant tout à déterminer le département du système nerveux qui se trouvait plus particulièrement 'mis en cause. Les uns ont fait choix de la moelle, dont le pouvoir réflexe se trouverait exalté et serait aussi en puissance de ce qu'on a appelé irritation spinale. D'autres ont transporté la scène dans l'encéphale. Georget, en particulier, a fait de l'hystérie une véritable encéphalopathie tout à fait comparable à l'encéphalopathie saturnine. Il s'appuie sur ce que ce sont surtout les causes morales qui engendrent cette affection, sur ce qu'elle présente toujours une modification plus ou moins profonde des facultés intellectuelles et affectives, sur ce qu'il existe une afiinilé incontestable entre elle et l'aliénation mentale, affinité qui se manifeste soit par transmission héréditaire, soit par une transformation chez la môme personne. Quelques-uns, au contraire, se sont efforcés de localiser la maladie dans le système nerveux périphérique. Ge seraient les nerfs sensitifs qui auraient acquis un si haut degré d'excitabilité, qu'au moindre ébranlement subi par eux, ils forceraient les centres à réagir d'une manière anormale et exagérée. Beaucoup enfin, entre autres Axenfeld, Hasse, Niemeyer, étendent le siège de la maladie à tout l'appareil de l'innervation. Jaccoud, tout en admettant la même généralisation, attribue spécialement l'hystérie à un défaut d'équilibre dynamique entre l'activité spinale et l'activité cérébrale, à la déchéance de l'innervation volontaire et à la prédomi-

DC SYSTÈME XKRVKUX- ^i^*

nance de FiimerTation inToioGtain?. Celles ne $cnàt pUi$ nMitimv^ comme dans rétat normal, par rintetligimice ot ta Tolonl^s

Négligeant le terrain anatomiqne et pn^nant senlomont on oon$id<^ ration les difisions fonctionnelles créées par eux. dt^s miHte^nn^ ati^S nistes ont, avec M. de Flenry, présente rhyslèrie comme i^anl w*int* tiellement une névrose de la sensibilité physique et morale. BrùvuH^ l'anteur de la meilleure monographie qui ait été publiée $ur eetle affection, est arrivé par une autre voie à une conception anaUvgm\ Pour lui, rhystérie n'est qu une manifestation passionnelle. St^s symptômes ne sont que des actes réflexes traduisant un état moHnde de la partie de l'encéphale qui sert de foyer aux impressions monUi^ et sensorielles ; c'est la névrose spéciale de ce départemonl du inn^veau. Il s appuie sur la similitude parfaite qui existe entre les phénomènes de l'hystérie et les différents modes d'expression des pussions. Le spasme interne ou hystérie vaporeuse semble, en effet, n'éln> qu'une amplification de ce qu'on observe chex une femme inipn^ssionnable qui vient d'éprouver une vive contrariété. Dans les deux cas, iJ y a angoisse, suffocation, sentiment de resserrement i\ l'éplgastre, fréquence et grande intensité des battements du cœur, spasme de la glotte, qui produit une véritable strangulation qui onip(^ehe la phonation et la déglutition, inquiétude générale et un bi^soin impérieux d'agitation. Briquet a fait remarquer, en outre, ({ne le spaiime hystérique affecte des sièges et des aspects différents, qui Hont toujours en rapport avec les habitudes expressives du sujet ; qu'il attaque principalement les muscles du cou chez les persornu^s qui oui l'habitude d'exprimer leurs sentiments par des mouvements de la t(Me ; qu'il provoque, au contraire, de la strangulation chez celloH (|Ui rensentent ordinairement au pharynx le retentissenuMit rtympathi(|m*. des émotions; qu'il s'empare des muscles du thorax (;liez celleK qui traduisent leurs sentiments par une modification du rliythme de la respiration; qu'il reste localisé au niveau de Tépigastn^ chez t'^lUm qui sentent dans cette région le contre-coup de tou((;K len imprenHi oriH vives. La forme du spasme semble aussi n'être que le reflet du cunictëre des malades. Il consiste en un tremblem<;rit général cMn Wm jeunes filles timides, eu des mouvements rhythmiques du baMMiii dur/ les femmes à tempérament utérin, en danses et en elmnlK cMttz Um enfants enjoués. L'étiologie vient encore à fappui de cetliî iril^frprétation. L'accès provoqué par un ciiagrin e>;t surtout marqué imr de l'oppression et de la strangulation. Il se termine alorn par deif tmi»

glots et des pleurs. Celui qui a été motivé par de mauvais traitements détermine des tremblements qui expriment la craiate. Cetai qui a été engendré par la terreur consiste en du délire avec mou terrifiantes.

Luys circonscrit davantage le foyer central de Thystérie. symptômes, quels qu'ils soient, dérivent des troubles survenus d» la sensibilité, tant générale que spéciale; et une maladie dam ia* quelle tous les sens peuvent être compromis à la fois doit forcémot avoir son siège anatomique dans le centre commun de toutes Ifi! sensibilités, c'est-à-dire dans la couche optique. C'est là seuIeoMat que vont retentir, en dernier ressort, les diverses impressions capiblés de provoquer les attaques d'bystérie, et c*est elle qui ensuiteié* fléchit l'ébranlement reçu vers le cervelet et le force à produire iw explosion motrice. La couche optique ne donne lieu à des réactions si vives que parce qu'elle est malade et que, sentant plu5,elleréag} plus. Cet état morbide fait naître en elle de grandes variatioQsde| vascularisation. Les congestions alternent ou se mélangent avec anémies, et donnent lieu ainsi tantôt à des hyperesthésies, tantôt i des anesthésies, ou bien associent entre eux ces deux ordres dépliénomènes. La rapidité avec laquelle les modifications des circulatiofl locales peuvent s'effectuer, l'inconstance dont elles sont susceptiblei, expliquent parfaitement l'apparition brusque et la disparition toi* aussi inattendue des surdités, des amauroses, des anesthésies, dfl analgésies, qu'on rencontre à chaque pas chez les hystériques. ÀW cette localisation, on comprend aussi pourquoi les muqueuses, animées par le trijumeau et les autres nerfs crâniens, prennent parla l'anesthésie. L'état de congestion de la couche optique se prête parfaitement aux hallucinations nombreuses qui assiègent ces malades. Les relations fonctionDelles qui enchaînent la couche corticale àla couche optique rendent aussi très-bien compte de la manie hystérique. Ce centre sensitif a autant de tendance à réfléchir vers le centw intellectuel que vers les centres locomoteurs les impressions a reçues, et qu'il a amplifiées sous l'influence de son état d'exaltation. Il titille d'une manière morbide les cellules intellectuelles et trouble le travail d'idéation. Enfin le voisinage du corps strié l'expose à prendre facilement part au processus morbide, et il vient, en stimulant à sa manière la couche corticale, provoquer des accès de fureur, des impulsions irrésistibles. Lorsque, au contraire, le processus déprime sou action, il déteint d'une manière négative sur le

tre intellectuel et il produit un abattement mélancolique avec iances hypochondriaques.

affection d'origine gétîitale ; manifestation d'une véritable diathèse veuse produite elle-même, soit par une chloro-aoémie, soit par trouble de la nutrition intime du système nerveux, soit par une rration dynamique de son mécanisme; irritation et exaltation du voir réflexe de la moelle ; encéphalopathie spéciale ; ataxie céré- ■spinale résultant de la prépondérance de l'innervation involonî sur l'innervation volontaire ; nialadie de lia sensibilité morale et sique, exaltation des centres émotionnels; maladie propre de la îhe optique : tels sont les nombreux points de vue sous lesquels itérie a été envisagée. L'observateur impartial est obligé de relaître qu'il y a du bon dans presque toutes les théories qui prént. Cela tient peut-être à ce que l'bystérie ne saurait être consie comme une entité morbide parfaitement définie et bien circons- . Elle se trouve réunir, sous une même étiquette, tous les cas >€rversion de l'innervation qui restent vagues et ne sont pas 2 accentués pour prendre rang dans les maladies à physionomie i et constante du système nerveux, telles que l'épilepsie, la cho- 3t la catalepsie. L'hystérie est à celles-ci ce qu'est un mélange i-vis les composés définis de la chimie. C'est un produit instable échappe à une analyse rigoureuse et qui défie les lois de la chi- Je crois même qu'un médecin qui a beaucoup vu et réfléchi se sentir porté à se placer à un point de vue plus élevé et à prendre, dans une même conception générale, presque toutes les ifestations morbides du système nerveux. Il semble que ce sysi peut acquérir une situation pathologique telle, qu'il est devenu à tous les genres de manifestations morbides, désignées en dite sous le nom générique de névroses, et que ce sont des circonses purement secondaires qui décident delà direction symptoma- 2[ique qu'il prendra. C'est pour cette raison que l'h y stérie devient cilement tantôt de la chorée, tantôt de la catalepsie, tantôt du lambulisme, tantôt de la folie. C'est aussi pourquoi l'hérédité laître une hystérique d'une folle, ou d'une choréique, ou d'une eptique, et réciproquement. Là se trouve la clef de toutes ces formations, s'opérant soit chez le môme individu, soit à traies générations. Grâce à ce fond commun, ces névroses ont elles une telle parenté, que Georget a été conduit à déclarer 'hystérie et l'épilepsie ne font qu'une seule et môme maladie

envisagée à des degrés différents. Moins hardi, Dunan s'est coDlenté de dire que les crises hystériques e( épileptiques tendent à se confondre, qu'elles se pénètrent réciproquement:

Cette aptitude fondamentale répond parfaitement au nervosisme de Bouchut, et le mot est assez hien trouvé pour être conservé, âb point de vue du mécanisme de Tinnervi^on, et si on fait ahstractioa des conséquences qui peuvent en résulter pour Téconomie eatièie, on peut dire qu'elle constitue plutôt un perfectionnement qu'une maladie. Un système nerveux, en état de nervosisme, est un organe qui présente les défauts de ses qualités. C'est un instrument qui, I force d'avo|r été manié, ecit devenu trop gai et trop facile. Il mA plus et réagit plus contre ce qu'il sept. H répond trop vite et trop vigoureusement au doigt qui cherche à le mettre en jeu. C'est un coa^ sier qui se cabre et s'emporte au moindre attouchement. Une hystérique est une sensitive tellemetit impressionnable, que le souffle le plus léger sufiSt pour provoquer un mouvement spasmodique de ses feuilles. Elle est devenue une plante plus que cultivée, qui, élevée dans une serre, s'est transformée en une variété artificielle et qui ne peut plus supporter aucune des conditions essentielles de la végétation. En cela, l'appareil de l'innervation ne fait qu'obéir aux lois qui régissent tous les organes vivants. Quand il a été trop souvent mis en activité, il devient prédominant sur les autres systèmes et se développe comme le fait le biceps d'un ouvrier. Tout ce qui tend à produire un raffinement partiel ou général des organes nerveox peut déterminer cet état. Avec cette manière d'envisager les choses, il est facile de comprendre le mode d'action de toutes les causes prédisposantes, c'est-à-dire de toutes les circonstances qui, à travers les générations et les âges, préparent le terrain au nervosisme et sèment, par conséquent, les germes de l'hystérie.

Le nervosisme et l'hystérie se rencontrent beaucoup plus fréquemment chez la femme que chez l'homme, parce que tout, dans la vie que lui créent les habitudes sociales, concourt à produire chez elle un raffinement de la sensibilité physique et morale. Le côté naturel et matériel de l'existence tend à s'effacer devant le côté poétique. A la ville, dans les hautes classes, ce sont les occupations artistiques avec tous leurs stimulants de la sensibilité. C'est la recherche constante de la finesse du langage qui tend à donner un caractère affectif à toutes les pensées. Dans le monde distingué, la conversation de la femme ne roule que sur des délicatesses de sentiments; tous les

actes de sa vie ne font qu'exalter Timpressionnabilité de son système nerveux. C'est un exercice perpétuel de cet instrument qui le rend la perfection du genre. Si elle se livre à un travail intellectuel, il est généralement faussé et entaché de sentimentalisme. Par sa vie sédentaire, elle restreint l'activité de la nutrition ; la respiration est amoindrie, le sang est appauvri. L'inertie du système musculaire y réduit l'assimilation à sa plus simple expression. Partout la plasticité est languissante. Le système nerveux, mis seul en action, profite presque exclusivement des éléments nutritifs que possède le sang, et vient ainsi ajouter une certaine prédominance matérielle à sa prédominance fonctionnelle. Habituée à des contacts légers et délicats, la femme se crée un épiderme imperceptible ou d'une finesse telle, que les filets sensitifs sont presque à découvert dans les papilles où ils s'épanouissent. Par le fait, les impressions périphériques se trouvent être très-vives dès leur entrée dans l'organisme, et les excitants les plus insignifiants déterminent les ébranlements les plus considérables. De leur côté, les molécules des nerfs, devenues plus mobiles par leur fréquente mise en activité antérieure, transmettent avec plus de rapidité, avec moins de déchet, et peutêtre même avec amplification, ces vibrations initiales. Par les mêmes raisons, les centres sensitifs, la couche optique en particulier, ne font que renforcer encore l'effet et vont dès lors réagir avec une intensité morbide sur les centres moteurs et intellectuels. L'absence de beaucoup de ces conditions est compensée, chez les femmes des classes inférieures, par l'abus des plaisirs et des excitants sensoriels; chez la femme de la campagne, par un mysticisme grossier. Des circonstances analogues peuvent se rencontrer dans l'existence de rhomme, mais beaucoup moins souvent. Voilà pourquoi l'hystérie est rare chez lui. Toutefois, si la forme convulsive est tout à fait exceptionnelle pour lui, la forme spasmodique et vaporeuse est beaucoup plus fréquente qu'on ne le croit. Le nervosisme, dans sa forme la plus simple, est surtout très répandu, grâce à l'éducation efféminée que reçoivent un grand nombre d'enfants du sexe masculin.

Il faut convenir que les conditions particulières des fonctions génératrices chez la femme sont loin d'être indifférentes ici, et qu'elles sont pour beaucoup dans la plus grande fré(|uence de l'hystérie chez elle et aussi dans la physionomie des symptômes. Le spasme musculaire, qui forme la base de tous les phénomènes de la menstruation et de la chute de l'œuf, et qui n'est lui-même que la conséquence

d*ua spasme nerveux périodique, crée pour la femme une période d'exaltation qui va retentir au loin et qui ébranle à la fois tout le système nerveux. Celle période expose d'autant plus à des déviations morbides de Tinnervalion, qu'il est une foule de circonstances, tant internes qu'externcîs, qui sont capables de troubler rharmonie de son évolution. Le mécanisme même de cette fonction démontre que le département nerveux, spécial aux organes de la génération, est doué d'une grande vitalité, puisqu'il est capable de produire une contraction aussi énergique et aussi permanente que celle que nécessite un écoulement menstruel durant toujours plusieurs jours. Or, cette vitalité, celte prédominance, existe à tous les moments et sous tous les rapports, ainsi que l'influence considérable qu'elle est susceptible d'exercer sur le reste du système nerveux. Quand ces organes sont malades, l'impression pénible et inconsciente qui en résulte pour les plexus utéro-ovariens y entretient une vive excitabilité, qui va réfléchir ses effets sur les différents points de l'organisme. Il est à remarquer que, sous ce rapport, l'hystérie est surtonl engendrée par les déplacements de la matrice, les granulations et les ulcérations du col, c'est-à-dire par les conditions anatomiques susceptibles de jouer le rôle d'épine et d'agacer continuellement les épanouissements périphériques des nerfs sensitifs. Les dégénérescences cancéreuses ou autres amènent moins ce résultat, parce qu'elles détruisent le tissu et ses ramifications nerveuses, ou tout au moins amoindrissent leur vitalité dans un assez grand rayon. En refilant môme dans l'ordre physiologique, on trouve encore d'autres circonstances où ce grand développement de l'innervation de l'appareil générateur de la femme peut faire éclater l'hystéricisme. C'est ainsi que tous les auteurs signalent, parmi les causes de cette maladie, l'abus du coït et l'onanisme, qui engendrent une hyperesthésie locale, plus efficace encore qu'une épine morbide quelconque; les coïts incomplets qui n'amènent pas la détente résultant soit de la rupture accidentelle d'une vésicule de Graff, soit de l'hypersécrétion dos glandes de Bartholin, soit des mouvements rhythmiques et réflexes qui restituent et rejettent, pour ainsi dire, à l'extérieur, sous une forme mécanique, l'ébranlement apporté par les nerfs sensitifs. Lorsque cet ébranlement ne peut pas s'écouler par ses voies normaies, il faut qu'il se porte ailleurs et qu'il s'épuise en d'autres effets. C'est ainsi que bien des femmes, sans aller jusqu'à l'hystéricisme, terminent la scène par des pleurs ou des rires sardoniques, ou par

une espèce de délire passager, qui se substituent en réalité à l'excrétion des glandes de la vulve, aux phénomènes intimes des organes génitaux internes et aux mouvements rhythmiques. D'un autre côté, des excitations qui restent inachevées, et qui ne sont pas assez fortes pour provoquer l'explosion des phénomènes réflexes normaux, donnent lieu à des ébranlements qui s'éparpillent dans le système nerveux, y restent confinés et troublent son équilibre moléculaire. En se répétant, ces ébranlements finissent par lui créer un équilibre anormal, par l'altérer dans ses conditions moléculaires et lui donner les qualités du nervosisme et de l'hystérie confirmée. C'est pour toutes ces raisons que cette dernière affection est beaucoup plus fréquente chez la femme que chez l'homme. Les conditions anatomiques qu'elle reçoit en naissant, et qui sont ou sont devenues l'apanage de son sexe, son genre d'éducation, la nature de toutes les occupations de sa vie, tout développe en elle un système nerveux trop perfectionné, un terrain entaché de jiervosisme qui ne demande qu'une circonstance pour fournir une explosion hystérique. De plus, elle porte en elle-même un appareil de reproduction qui, fatalement, entraîne de plus en plus ce terrain dans la môme voie, et qui, en outre, est trèsapte à mettre lui-môme le feu aux poudres à un moment donné. Il y a là de quoi presque justifier le dicton grossier des médecins de Tantiquité : « La matrice est un animal enragé dans un autre animal plus enragé encore. »

C'est par un mécanisme analogue qu'agissent toutes les autres causes classiques de l'hystérie. Parmi celles-ci on a signalé les gastralgies de longue durée. Cette névralgie de l'estomac indique déjà par elle-même un état morbide du système nerveux. En outre, elle ne peut qu'aggraver de plus en plus cet état primitif, au môme titre qu'une affection de l'utérus. Les filets stomacaux du grand sympathique et du pneumo-gastrique se trouvent périodiquement titillés par l'arrivée des bols alimentaires et soumettent ainsi les centres nerveux à des ébranlements incessants. L'imperfection de la nutrition qui en résulte amène une chloro-anémie, condition excessivement favorable à la prédominance de l'appareil de l'innervation et au nervosisme. C'est ainsi que l'estomac, de môme que l'utérus, peut prendre une certaine part dans la formation de l'hystérie et que la théorie ancienne et celle de Beau se trouvent partiellement justifiées. On a noté aussi la faiblesse de caractère et la trop grande condescendance des parents qui, en cédant trop facilement aux caprices et aux

exigences des enfants, en ne les habiluant pas si se maîtriser, en les laissant entrer en fureur à propos des motifs les plus futiles, exercent par le fait leur système nerveux aux réactions émotionnelles, absolument comme s'ils leur apprenaient à jouer un air de musique. — Au delà de l'enfance, on voit figurer comme causes très-efficientes les émotions et particulièrement le désenchantement dans le mariage. Les ébranlements moraux titillent les cellules affectives, comme les ébranlements physiques titillent les cellules sensorielles, et les unes et les autres réfléchissent leur état vibratoire vers les cellules motrices capables de traduire extérieurement le sentiment éprouvé. La fréquence des émotions constitue pour lé système nerveux un autre genre d'exercice qui finit par hyperesthésier les cellules affectives, assurer davantage leurs corrélations fonctionnelles avec les moyens d'expression et faire que ceux-ci leur obéissent d'une maniè'-e à la fois plus rapide et plus exagérée. Quant an désenchantement, il agit plutôt en préparant un état de tension da système nerveux qui aboutit forcément, un jour ou Tautre, à nne explosion de manifestations. Gomme les coïts incomplets, les froissements moraux amènent des mouvements moléculaires qui restent confinés dans le système nerveux sans s'épancher au dehors; ils y condensent un nervosismé puissant qui ne pourra pas rester indéflniment à l'état latent. On a constaté l'influence de la fi^èvre typhoïde qui est certainement de toutes les maladies la plus capable d'ébranler le système nerveux ; qui lui fait même éprouver des dégénérescences secondaires, ainsi que nous l'avons vu dans l'élude de la moelle. — 11 est incontestable que l'hystérie peut naître par l'effet d'une simple imitation. Ce mode de formation, qui, au premier abord, semble surnaturel, n'a cependant rien d'invraisemblable. 11 y a là tout simplement le produit d'un phénomène réflexe ordinaire. La plupart des actes de la vie ne sont que l'image réfléchie des impressions sensorielles et du monde extérieur. Une jeune fille qui, par ses conditions personnelles et celles de son sexe, a un système nerveux impressionnable et obéissant plus facilement aux sollicitations sensorielles, voit les dilTéreuts actes constituant l'accès. Ce spectacle ébranle considérablement ses cellules sensitives et intellectuelles. Celles-ci réagissent aussitôt d'une manière impérieuse sur les cellules déterminantes et motrices capables de reproduire exactement les actes impressionnants. Il en résulte une photographie en action du spectacle dont elle est témoin. Il n'y a rien là de particulier à

l'hystérie. Que de personnes vomissent à la vue- d'un vomissement, Millent en voyant bâiller, éternuent en voyant élernucr, ressentent un violent agacement de dents en voyant manger des fruits acides. Ce mécanisme est d'autant plus probable que, dans ces épidémies par contagion, les détails des accès sont toujours identiques à ceux présentés par le sujet qui a servi d'étalon. Dans les cas isolés, il y a, du reste, ceci de remarquable qu'il suffit qu'une hystérique ait vu une fois un geste ou un acte qui l'ait frappée, pour qu'elle l'imite rigoureusement dans ses accès. — Enfin l'hérédité joue ici un rôle aussi bien démontré qu'il est facile à expliquer. On hérite du système nerveux de sa mère comme de sa physionomie. On possède ainsi on naissant un instrument d'innervation tout aussi sensible que s'il avait déjà été soumis lui-même aux exercices subis par celui des parents ; et le plus souvent le genre de vie que Ton adopte à sou tour ne fait qu'agrandir de plus en plus le capital pathologique qu'on a reçu. C'est surtout en faisant le dépouillement de ces successions, que le médecin peut acquérir la preuve que les névroses appartiennent à une seule et même famille qui se fait indifféremment représenter par l'un ou l'autre de ses membres.

Page 1