THÉORIE DE LA GOWAISSAXCE
dans la langue de la mécanique, un mouvement trop rapide ou trop lent du dehors au dedans ou inversement, produira des sensations, des perceptions et des représentations altérées, non véritables, voire tout à fait fausses comme dans l'erreur, les troubles psychiques et l'aliénation de l'intelligence. L'entendement, la pensée, la raison, dépendent, comme tout le reste, d'une certaine proportion, d'un certain tempérament, dans le mélange des éléments de Torganisme, et, comme on Ta répété jusqu'à nos jours, d'une certaine crâse du corps (Théophr., De sensUy 58). De là toute une théorie de la connaissance qui ne le cède en rien, chez Démo- CRiTE, à celle des pères du criticisme moderne. C'est ainsi que Dùhring estime que Démocrite est parvenu, grâce à sa préoccupation constante de décomposer les phénomènes en leurs éléments derniers, à « anticiper l'idée capitale du fondateur du criticisme anglais, de Locke. » On peut juger par là combien les idées des atomistes ont été fécondes en résultats d'un caractère scientifique, et combien il est vrai « que le préjugé vulgaire contre ces conceptions ne repose que sur l'ignorance de leur sens véritable ».
Les purs lettrés ont été, en effet, fort enclins à nier la physique, la physiologie et la psychologie des atomistes. Des générations de critiques, assez étrangers, il est vrai, aux choses de la science, se sont étonnés qu'entre tant de sujets Lucrèce eût choisi une matière aussi aride à mettre en vers latins. Ce n'est pas à notre époque qu'il est nécessaire de montrer que l'imagination des plus grands poètes pâlit et s'évanouit presque devant la moindre révélation des sciences de la nature, et qu'il y a sans doute plus de grandiose poésie dans les théories de Newton, de Kant, de Laplace, de Lamargk et de Darwin qu'en toutes les épopées de l'Inde, de la Grèce et de Rome, Les savants avouent que, « dans leur ensemble, les idées de Lucrèce sur la nature sont celles que nous partageons encore aujourd'hui ». Ajoutons que, depuis Gassendi, et par Descartes, Newton et BoYLE, la théorie capitale de Démocrite, la doctrine des atomes et l'explication systématique de tous les phénomènes de l'univers par le mouvement de ces corps, est devenu le fondement même des sciences. La physique et la chimie reposent encore sur l'atomisme, aucune hypothèse nouvelle sur la constitution de la matière n'a pu remplacer l'an cienne. La théorie atomistique n'est pas un dogme religieux : elle n'a jusqu'ici conservé l'autorité qu'on lui accorde que parce qu'elle explique le plus grand nombre de faits, et que les résultats auxquels on arrive en l'employant se correspondent et s'ordonnent en systèmes. C'est une hypothèse provisoire, mais légitime, partant scientifique. On ne s'explique donc, avec Dùhring, que par l'ignorance et les préjugés le dédain de la plupart des humanistes pour la physique de Démocrite et pour les théo-
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ries atomistiques. C'est le prendre de trop haut avec la seule chose peutêtre qui soit respectable au inonde, la science grecque. Or toute la physique du matérialisme antique est fondée sur cette proposition de DÉ- MOCRiTE : Rien n'existe que fatome et le vide,
DiÎHRiNG avait surtout en vue la distinction des qualités premières et secondaires des corps. Mais la critique de Tentendement humain , l'analyse critique de rintelligencc et de la certitude, cette critique dont Berkeley et Hume sont, avec Descartes, les principaux représentants, et qui réveilla Kant lui-même du sommeil dogmatique, cette critique s'étend, chez DÉMOCRiTE, bien au delà de la théorie des perceptions sensibles. Certes, il a bien vu que, loin de nous représenter le monde tel qu'il doit être, ces perceptions ne nous le font connaître qu'après un travail d'élaboration et de transformation si complexes qu'une partie des représentations qui en résultent est nécessairement d'origine interne : les propriétés attribuées aux choses, loin d'appartenir à ces choses, dérivent de l'activité propre de nos sens ou de nos moyens de connaître. Obscure et incertaine est donc l'apparence de tout ce monde de sensations. Le sommeil et les rêves diffèrent-ils même de la veille? La respiration, on l'a dit, entretient le renouvellement continu des atomes de l'organisme. Les atomes ignés ou psychiques, par exemple, — qui n'ont d'ailleurs pas plus de droit à cette désignation que les « cellules psychiques » de Hamon y Cajal, — remplacent incessamment les atomes qui ont quitté l'organisme; de là un double courant de sens contraire. Le courant externe est toujours le plus puissant ; il s'oppose à la sortie des atomes du corps et favorise ainsi une sorte de résistance collective de l'organisme à la pression du dehors. Quand cette résistance faiblit, un certain nombre de particules ignées abandonnent le corps: c'est le sommeil. Dans la léthargie, môme déperdition d'atomes psychiques, seulement un peu plus forle. Mais quand la respiration s'arrêle et que toute résistance intérieure est vaincue par la pression de l'air extérieur, le feu intérieur s'échappe : c'est la mort, w DÉMOCRITE dit que ce qui résulte de la respiration chez les animaux qui respirent, c'est d'empêcher que l'âme ne soit expulsée du corps » (i).
(i) Aristote. De respir.y IV. ATjfidxptxoç 8* on (xiv ex -zf^^ ocvaTivo^ç au{A6atvei -i toT; àvanviouat Xc'yet, ^à^oiv xwXÛ£iv ey.OXiCc^ai Tfjv '|'U/ïÎv. Cf. De an, 1, ii. Sous le lilro de jcepi lôv ev adou, on citait un ouvrage de Démocrite sur les morts apparentes, question souvent agitée dans l'antiquité, par ËMPÉDOCLE entre autres. Le mort ne pouvait être rappelé à la vie, selon Démocrite, que s'il n'était point mort tout à fait. Démocrite recherchait dans cet ouvrage, au témoignage de Proclus, îiài; tov acTcoOavovTa jrâXiv àva6iûvai ouvarov ; avec Parménide, Démocrite a pu admettre que le cadavre possède encore une certaine sensibilité. Plac. IV, iv, 4- 'O $£ ATjjxdxpiToç ;:avTa [xExeys'v ^TjanJ/u/^îjç Tîotâ; x«î xi vexpà t<ôv iwiJiaToiv otoii ocel Stapxvcu; iivo; OspfjLoCî xa\ aîa6T)TtxoCI {xetc'/ei, toO nXeîovo; ôîa;:v£o- (xê'vo'j. Ainsi [)émocrite aurait dit que tout participe à une vie psychique d'une nature quelconque, même les corps morts ; car il est manifeste qu'ils possèdent toujours quelque chaleur et sensibilité.
SOMMEIL. LÉTHAnClE, MORT 93
Pour le philosophe d'Abdère, « Tàme et la chaleur étaient im^ine chose », -^ ^J-/r^ra!\1o ôep|xov -cajTov (i). Or les atomes psychiques, ces corpuscules ronds qu'ARiSTOTE appelle des sphéroïdes, résistent, grâce à la respiration, aux causes de dispersion qu'exerce Tair ambiant sur le corps des animaux. En effet, quand Tanimal respire et que Tair entre en lui, ces sphéroïdes, en suspension dans Fair, y pénètrent en même temps, et, du fait de la pression qu'ils exercent, « ils empêchent que Tâme qui est dans les animaux ne s'échappe ». Voilà comment, continue Aristotk, selon Démocrite, « la vie et la mort consistent dans l'inspiration et l'expiration » : xal îtà toDto èv Tw àvax/eT^ xal èxTCVcTv eîvat to Çfjv xat to oxoOvi^Jxctv. Quand la pression du milieu qui environne Fanimal vient à l'emporter, et que l'élément venu du dehors ne peut plus y résister, l'animal, ne pouvant plus respirer, subit le phénomène de la mort : « La mort n'est donc que la sortie du corps de ces atomes ronds par l'effet de la pression du milieu environnant ». Eîvat yip Tov ôivxcsv Tr;v tûv tc.s jtwv T/r^^)^iziù^ sx toO <x<i[xaToç êÇoSov ex Tfjç to5 zepié^ovxoç
Mais, aussi longtemps que subsiste et persiste cette sorte de milieu interne qui s'oppose d'une manière plus ou moins efficace aux chocs innombrables et à la pression du milieu, les images ou el^coXa du rôve s'impose naturellement comme celles de la veille, et non seulement celles du rêve ou de la veille, mais aussi celles de ces apparitions d'êtres extra-
(i) Démocrite a pensé que l'âme était du feu et quelque chose de chaud (irup tt xat OEpfLOv), dit Aristote: <c Les schémas ou les figures et les atomes étant infinis, Démocrite appelle feu et âme les sphéroïdes (ta a^aipoeiSfj :iup xal «fu/^Tjv), tels ces corpuscules flottant dans l'air (Ç6a[xorca) qu'on aperçoit dans les rajons pénétrant à travers les fenêtres... L'opinion de Leucippe était toute pareille. Leucippb et Démocrite ont cru tous deux que, parmi les atomes, ceux qui étaient ronds formaient l'âme, parce que ces traînées lumineuses peuvent très facilement pénétrer partout et mouvoir tout le reste, étant elles-mêmes en mouvement (xal xivctv xà Xoirà xivotSpiva xal aura) ; admettant que c'est l'âme qui donne le mouvement aux animaux. Aussi disaient-ils que la fin de la vie était l'exhalaison du souffle. Car l'air ambiant exerçant une pression sur les corps et y faisant pénétrer celles des figures qui communiquent le mouvement aux animaux, parce qu'elles-mêmes ne sont jamais en repos, un utile secours arrive ainsi du dehors aux organismes par l'entrée, dans ceux-ci, d'autres figures du même genre par le moyen de la respiration. Ce sont ces dernières qui empêchent de sortir celles qui sont dans les animaux en s'opposant à la fois à la pression et à la condensation. Les animaux vivent aussi longtemps qu'ils peuvent accomplir cela. » De an. I, 11, 3, 5, la. Aristote ajoute que quelques Pythagoriciens avaient également soutenu que l'âme est les corpuscules flottants dans l'air ; d'autres, qu'elle était ce qui les meut. « Si Ton en parle ainsi , dit- il, c'est que ces petits corps paraissent toujours en mouvement, quelque calme que soit l'air. » Ces sphéroïdes, Aristote les appelle expressément « corps premiers et indivisibles », râ)v ;:p(ÛT(uv xal ocBtaip^tcuv acu^attuv : ce sont donc bien des atomes. L'âme, identique à ïinielligence pour Démocrite, appartient à ces corps ; elle communique le mouvement grâce à la petitesse de ses parties et à cause de sa figure (xivr|Ttxoy §è 8'.à [itxco[x£p£'.av xal to <7X^[xa) ; cette figure était la plus mobile de toutes, puisque c'était la sphère (tûv xal (T/TjpLaicov EuxtvYjtôxaToy to acpaiposiS^;) ; Démocrite en concluait que l'intelligence et le feu étaient de cette nature : totourov 3* Etvai xov xe vouv xal TÔ Tzîi?.
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ordinaires (erîù.Xa Ttvi), démons ou dieux, dont les croyances populaires et les religions attestent Texistence. S'ils existent véritablement, ces êtres n'ont d'ailleurs absolument rien de divin ou d'éternel; ils peuvent être « bienfaisants » ou « malfaisants »; ils peuvent être plus grands, plus forts ou plus intelligents que les hommes : ils résultent comme tout le reste d'un concours d'atomes qui les a produits; leur mort ou leur dissolution dépend d'un accident de sens contraire, c'est-à-dire d'une désagrégation. Comme les dieux d'EMPÉDOCLE, ils peuvent vivre longtemps : ils finissent toujours — car ils ne sont point impérissables (eux a^OapTa) — par mourir, ou plus exactement par se dissoudre dans les êtres élémentaires dont les états d'agrégation sont de nécessité instables et transitoires dans un univers éternellement en mouvement. 11 n'y a pas d'autre dieu ; il n'y en a aucun en dehors de ces êtres et qui plus que ceux-ci soit capable d'échapper à la mort et à la destruction : |jtt;B€vo; dtXXoy r»api lauTa îvToç ôeo-j toO açOapTcv «puŒiv ïypnoç (i).
Voilà la profession d'athéisme la plus éclatante qui, de siècle en siècle, ait retenti et retentira jamais sur la terre.
Quand la foudre éclatait dans les cieux embrasés, quand les comètes (a) apparaissaient, qUe le soleil ou la lune s'éclipsait, dit Démocrite, les hommes des anciens jours s'effrayaient, convaincus que les dieux étaient les auteurs de ces prodiges, ôesùç cl6|xevot toutwv aWoy; eTvjtt.
L'unique cause du mouvement, c'est la pesanteur. Rien n'est donc produit ni détruit en vue d'une fin rationnelle, pas plus les organismes que les mondes infinis de Tunivers sidéral. En parlant des organes des sens et de ceux-mêmes du langage, Démocrite avait montré combien ces appareils, pour être appropriés à leurs fonctions, n'en sont pas moins étrangers à toute finalité. De but prévu et réalisé dans la nature, de poin* quoi des phénomènes, de cause finale, Démocrite et les atomistes n'eu ont pas plus découvert que d'intelligence, d'accord en cela, comme en tout le reste, avec les anciens physiologues de l'Ionic. Même la Nécessité plastique du monde, que ParmÉnide et Empédocle ont imaginé au cœur des choses, n'est pas plus intelligente que la matière primordiale de Thalès, d'ANAXiMANDRE, d'AwAXiMÈNE, d'HÉRACLiTE, OU quc Ics petites masses solides et indivisibles de Leucippe. Toutefois, dans une conception mécanique du monde, c'est-à-dire, en somme, dans une théorie scientifique de l'univers, il ne saurait y avoir ni hasard, ni contingence. La cause du mouvement n'est rien de moins que le hasard, un coticursus
(i) Sextus Emp., adv. Math., IX, 19. Fragm. (Mullach), I, 358.
(2) C'est ainsi qu'on doit traduire ici a^rptuv (tjvoôou;. V. Ed. Zellbr, Die Philos, der Griechen, I. 757. Cf. 73'4
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fortuitus, comme s'exprime Cicéron, et comme Aristote lui-même a pu le laisser entendre (i). « Si, par hamrd, on entend, dit Edouard Zellkr, ce qui arrive sans cause naturelle, les atomistes sont si éloignés de cette idée qu'ils ont expressément déclaré que rien dans le monde n'arrive par hasard, mais que tout résulte avec nécessité de causes déterminées » (I,
Ouîèv %^^]x(x. [iiTtjv Y^vsTat, âXAi xovxa ex Xcyc'J ts xat 6x'ivaYxiQç (2). « Rien n'arrive par hasard, mais tout arrive d'après une raison et par nécessité. » Si Ton prend garde que la « raison » n'est que la loi mécanique et mathématique suivie de toute nécessité par les atomes en mouvement dans le cycle éternel de la production et de la destruction des mondes, on reconnaîtra qu'aucune téléologie rationnelle n'a de place dans ce système. Ce n'est pas le hasard, encore une fois, l'aveugle destin, qui domine toute cette conception, comme on Ta tant de fois répété. Pas plus que l'univers, le moindre phénomène n'est Toeuvre du hasard : le monde est gouverné par des lois fatales, expressions abstraites des rapports naturels des choses. Pour que la science pût apparaître, il fallait écarter toutes les interprétations anthropomorphiques et religieuses de la nature, il fallait bannir du gouvernement de l'univers les intentions morales et les vues rationnelles de Thomme, en un mot, il fallait exorciser jusqu'au fantôme des causes finales. Aristote s'en est plaint; Bacon et la science moderne y ont applaudi. Tant que le divin ou le surnaturel intervient, en effet, en quoi que ce soit, dans l'explication du monde, il n'y a point de science de la nature. Croire à une finalité de l'univers, à un idéal qui se réalise, à une conscience qui se fait, à une loi de développement interne des choses, c'est croire aux miracles. « Parcourons l'histoire des progrès de l'esprit humain et de ses erreurs, a écrit Laplace, nous y verrons les causes finales reculées constamment aux bornes de ses connaissances : elles ne sont donc, aux yeux du philosophe, que l'expression de l'ignorance où nous sommes des véritables causes. » (3).
(i) Aristote. Phys,, TI, iv, où xô auTOfiatov a le sens derj/Tj. Cf. Simplicius ad Arist. Phys., fol. 736. Ailleurs Aristote croit expliquer par l'hypothèse de pures entités métaphysiques, par « une sorte de volonté et de pensée » ($ià Tzpoxipéaetiç rivoç xat vorîaswç), la force qui fait mouvoir lanimal {De an. I, m, 9) ; c'est ainsi, dit-il, que Tâme meut le corps, non comme le veut Démocrite, qui soutient que (c les sphérules indivisibles, étant en mouvement, entraînent avec elles tout le corps et le font mouvoir, parce qu'il est dans la nature de ces atomes de ne jamais demeurer en repos » . Ceux qui prétendent, avec Dbmocrite, que « l'àme meut le corps dans lequel elle est comme elle-même est en mouvement (tî)ç auTT) xivgTtai) », lui rappellent l'auteur comique Philippe, disant que Dédale avait construit une Aphrodite en bois qui se mouvait toute seule, comme un automate, quand on y versait du vif argent (Ibid., § 9).
(2) Stob. £cl. phys., 160. Fragm., 4i.
(3) Laplace. Exposition du système du monde, ^|53. Cf. Théorie analytique des probabilités, 11.
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D'un assez grand nombre de fragments où Démocrite a laissé percer la pensée dernière qui résume, pour tout savant, l'expérience et les méditations d'une vie souvent longue, il ressort que Thomme n'est point capable de connaître la nature des choses: « En réalité, nous ne connaissons rien de certain; nous ne connaissons que les changements de position des corps qui nous affectent... Mais ce qu'est chaque chose ou ce qu'elle n'est pas, nous ne le savons point... Il faut, en vertu de cette règle (de ce principe régulateur de la critique de la connaisance, dirions-nous), que l'homme sache qu'il est fort éloigné de la vérité... Sur rien nous ne savons rien: Topinion, voilà ce qui convient pour les divers objets, selon que chacun nous affecte du dehors (i). Les choses sensibles n'existent donc point dans la réalité ; elles ne sont que matière d'opinion et de croyance (2). » La substance véritable des choses nous fuit et demeure éternellement cachée à l'homme : « En réalité nous ne savons rien ; car la vérité est au fond de l'abîme. » 'Etef) Se oiîàv rBixev'èv puOw yip "h iXY30€{7; (3). La substance môme du monde nous échappe, on peut le dire, par définition. Si les choses sont, en effet, formées d'atomes, le moyen, pour nos sens, de connaître jamais la vraie nature de ces êtres ?
Après Protagoras d'Abdère, son compatriote et son contemporain, DÉMOCRITE à son tour agita la question de savoir si nos idées ou images des choses peuvent prétendre à quelque valeur objective, ainsi que nous dirions. Il y répondit avec une critique plus exercée : les qualités des sensations n'appartiennent pas aux choses elles-mêmes; elles n'existent que pour nous dans le phénomène; en soi, les choses ne possèdent aucune des propriétés qui leur sont attribuées. C'est là le fondement même de toute critique scientifique de la connaissance. Ce n'est pourtant point une profession de scepticisme à la manière des Sophistes, comme on le répète. Démocrite croyait à la science; il se vante même, on le sait, de ses connaissances en géométrie [l\). Nul doute cependant que les doctrines des Atomistcs n'aient pris, chez les disciples et les successeurs de Démocrite, une tournure sceptique. Métrodore, disciple du grand Abdéritain, ne taxe pas seulement de « mensongères » les sensations, ^j^ejîei^ elvai Taa'.ff6/|7£'.; ; il écrivait, dans son xcpl ©jaew; : « Nul de nous ne sait rien ; nous ne savons même pas si nous savons ou ne savons pas ». Ohlû^ i^^{aù>v siSàv
(i) DÉMOCRITE. Fragm. phys. (Mui.lach), I, 357. 'IIjjl^êç ôà tô |jl£v èovti ouSiv atpîxsç Çuvte- ULEV... âXX* 6j:tpfu^|jLii[) êxaaiowt t) 8oÇtç. Cf. Arist., Mét,^ IV, v, 7.
(2) Ibid. Fragm. i. "Xtzi^ vO{x{J^£Tat [xiv slvai jtal ÔoÇaÇeiat -ri aîaÔTjxdc, oux ejti hï xatà aXiiôeiav Tauxa.
(3) Ibid. Fragm. 5.
(4) Démocrite. Fragm. 6 (Mull , 1, 370-1).