‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 27 sur 106 · INEXCITABILITÉ DE L'ÉCORCE CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

INEXCITABILITÉ DE L'ÉCORCE CÉRÉBRALE

xal jjiiXtffTa uYpov ovôpwxo; {De anim. gêner., V, m; cf, II, vi). Les embryons et les fœtus humains, provenant d'avortements volontaires, étaient fort communs, au témoignage d'un auteur hippocratiste, dans certaines classes de la société. Ces observations expliqueraient encore certaines particularités du cœur et du rein signalées par Aristote qui ne se rapportent qu'à Tétat embryonnaire ou fœtal de ces organes. Aristote, qui croyait que le cerveau était plus mou chez les jeunes animaux que chez les vieux, pensait probablement aussi qu'il est plus fluide pendant la vie qu'après la mort. « Sans aucun doute, Aristote n'a jamais vu un cerveau humain d'adulte » (i). D'une part, en efl^et, on sait combien était sévère le sentiment religieux dont était entourée, chez les Grecs, la sainteté du corps humain, et, d'autre part, Aristote reconnaît pleinement lui-même à quel point il ignorait l'anatomie interne [B, A,, I, xvi, i). En examinant le cerveau du caméléon vivant {H. A., II, vu), il aurait pu se persuader, à la vérité, qu'il n'était pas fluide. Mais il est très probable qu'il a fait plus d'attention, à cet égard, aux cerveaux de poissons et de tortues. Qu'il ait pu observer des cerveaux d'animaux à sang chaud avant que cet organe ne fût refroidi, c'est ce qui n'est pas probable. La technique des vivisections était naturellement dans l'enfance. Et même beaucoup plus tard, à l'époque de Galien, la difliculté d'enlever le cerveau de la boîte crânienne d'un quadrupède paraissait telle, que ce grand vivisecteur recommande à ses auditeurs de se procurer des têtes d'animaux de boucherie dont le cerveau était préparé par le boucher.

Qu'Aristote ait connu des cerveaux de mammifères supérieurs, c'est ce qui résulte clairement de ce passage : « Ce qui est dans le crâne est double : il y a le cerveau, et, sur lui (xal èxl toutou), ce qu'on appelle le parencéphale » [H. A., I, xvi). Il est évident qu'il s'agit d'animaux dont le cervelet, situé après le cerveau, déborde par sa face inférieure et recouvre les hémisphères cérébraux. On pourrait même supposer qu'il avait recherché si le toucher, c'est-à-dire une excitation mécanique du cerveau, ne déterminait pas de sensation dans l'animal vivant: le résultat de l'expérience avait été négatif pour Aristote(2) comme il devait le rester pour tous les physiologistes antérieurs aux dernières années de ce siècle (1870). L'influence des théories préconçues sur le résultat des expériences n'apparaît nulle part avec plus de puissance, dans l'histoire des fonctions du cerveau, que dans l'opinion traditionnelle de l'inexcitabilité de l'écorce cérébrale. Qui sait si, avant même que d'expérimenter, Aristote n'avait pas ici encore subi l'influence des idées reçues parmi les médecins.

(1) W. Ogle. Aristotle on the Parts of animais, p. i65.

(a) De part, anim., II, vu. eti 81 (xaXXov TtJ {xTjSejji^av noteîv aTaOTiJiv Ôi^yavofievo;.

J. SouRY. — Le Système nerveux centraL 9

i3o LE SYSTÈME SEnVEVX CEXTIiAL

u HiPPOCHATE, dit Oglk, ou quelque chirurgien, ayant mis à nu le cerveau dans une opération, aura noté qu'il était insensible aux stimulations mécaniques. » Ajoutez que pour Aristote comme pour Hippocrate le cerveau était privé de sang ; or tout lui avait appris que, seules, les parties qui contiennent du sang sont sensibles. 11 était manifeste, d'ailleurs, à l'inspection, suivant lui, qu'il n'existe point de connexion entre le cerveau et les organes des sens{H. A., II, vu). Ce n'est pas qu'ÀRiSTOTE n'ait peut-être vu les nerfs optiques, auditifs et olfactifs. Mais s'il connaissait réellement ces nerfs, il ignorait certainement qu'ils unissaient les organes des sens correspondants au cerveau ; ces nerfs ou xcpo( se dirigeaient bien vers la membrane vasculaire qui entoure le cerveau et vers l'espace supposé vide de l'occiput; ils se trouvaient ainsi mis en rapport avec le sang, et partant avec le cœur, mais non avec le cerveau. Et pourtant la vivisection cju caméléon lui avait appris que les yeux étaient en continuité de tissu avec le cerveau. Ailleurs, il considère l'œil comme une formation du cerveau (i), dont il participe d'ailleurs de la nature humide et froide entre toutes les parties du corps. Si le cerveau était indispensable à la sensation, il ne ferait défaut chez aucun être sentant; l'absence du cerveau chez un grand nombre de ces êtres était inconciliable avec l'idée, soutenue par quelques philosophes, que le cerveau était l'organe des sensations. Et en dehors du ganglion céphalique des céphalopodes, Aristote n'avait trouvé de cerveau chez aucun des autres invertébrés.

En résumé : i** le cerveau est insensible à la stimulation mécanique extérieure; 2" il n'existe chez les invertébrés, à l'exception des céphalopodes, ni cerveau, ni rien qui lui ressemble : Tabsence du cerveau chez tous ces êtres sentants ne saurait donc s'accorder avec l'opinion erronée suivant laquelle le cerveau est l'organe des sensations; 3° le cerveau est absolument exsangue : or, toutes les expériences témoignent que, seules, chez les animaux qui ont du sang, les parties pourvues de sang sont sensibles; /i° il suffît de considérer le cerveau pour se convaincre qu'il n'existe pas de rapports fonctionnels entre ce viscère et les organes des sens; 5** de bonnes raisons tirées de l'embryologie, de l'anatomie et de la physiologie comparées établissaient, sans doute possible, que le cœur était l'organe central des sensations.

(i) De sensu et sens., II. âno -ou è^xeoccXqu yàp auvsaiTjxev outoç y*P ^y^f^'^oixoç xat «l^o/^pciiaTo; Tûv èv TCO a(ii(jLaTi jxopitov èaxîv. Cf. De an, gêner., II, vi. « Il n'y a pas dans la tète d autre partie humide et froide que le cerveau, cl l'œil est froid et humide », ojts y«P *XXo (xdptov uypôv xal 'j'^/.po^ eativ ev ttj xeça^Tj zaok lôv ÈpieoaXov, xo t * oa{j.a 4''^/,pôv xal UYpdv.

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