‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 29 sur 106 · OLFACTION · texte numérisé non relu

OLFACTION

vement de ces odeurs sont en rapport (<7u[jt4JL6Tpoç) avec Texcès d'humidité et de froideur de ce lieu », c'est-à-dire du cerveau humain. Mais même « les animaux qui ne respirent pas » ont la sensation de Todeur. Tels les poissons, et toute la race des insectes, les abeilles, les fourmis, si sensibles aux « qualités nutritives » des odeurs, à quelque distance qu'aient lieu ces émanations.

Aristote savait que les animaux qui vivent dans Teau possèdent le sens de l'olfaction : 9a{veTat y^P ^*t "^^c IvuSpa twv Çtowv l^etv atff6Y;aty 07\L%q {Dean., II, VII, 9). L'olfaction a lieu par l'interposition ou Tintermédiaire d'un milieu, tel que l'air ou l'eau, ê(jTt Sàxal ifj ccçpr^ai; 5ti toî5 (XEia^ù, cTcv iipoq, ^ u^oroç (i). Les animaux aquatiques semblent en effet sentir les odeurs, qu'ils aient ou non du sang, semblablement à ceux qui vivent dans l'air. Kal y^P "fà Ivuîpa îoxcOcjtv oqAfiç alaôûr^ejôai, b[t,oi(ùq xal lvat[ji.a xal ar;at[ji.a, ûoiîep xal xi èv tw àépi • xal yi? TôuT(i)v Ivta i:5ppa)ôev àîcavia xpcç 'ri)v Tpo<pY|V, uiucTjJia Ytvdfxsva.

Or, « aucun de ces animaux n'a de respiration », et pourtant ils sentent les odeurs. Auraient-ils, outre les cinq sens, quelque autre sens? C'est impossible (2). Voici comment Aristote s'expliquait ce phénomène : <c Dans les animaux qui respirent, le souffle soulève ce qui est posé comme un opercule (aussi ne sentent-ils pas quand ils ne respirent pas); au contraire, dans les animaux qui ne respirent point, cet opercule est tout enlevé. C'est ainsi que, parmi les animaux, les uns ont des paupières sur les yeux dont l'occlusion les empêcherait de voir, tandis que les animaux à yeux durs n'en ont pas. » L'organe qui perçoit l'odeur est placé dans la tête : -uoO 3' ojçp3r;ToO èv Tij xe^aXi) to al(j6T)TT^iptov. L'odeur entre avec l'exhalaison aériforme, « de sorte qu'elle va au lieu même qui sert à respirer «.Ainsi, l'organe de l'odorat, chez l'homme ainsi que chez les animaux à respiration pulmonaire, est pourvu, comme l'œil, d'une membrane qui se soulève dans l'acte de l'inspiration; il est donc impossible, pour ces animaux, de sentir les odeurs pendant l'acte de l'expiration, lorsqu'on retient sa respiration, ou, enfin, dans l'eau. Les animaux aquatiques peuvent odorer dans leur milieu parce que leur organe olfactif est dépourvu de membrane operculaire, comme le sont les yeux sans paupières. Quant à cet organe même, xVristote ne l'a pas vu chez les poissons, non plus que celui de l'ouïe : « Il n'y a point, dit-il, d'organe apparent du sens de l'ouïe et de Vodorat chez les poissons (3) ». La finesse de l'odorat est pourtant telle chez ces animaux qu'on ne saurait tous les prendre avec les mêmes amor-

(i) De an., II, ix, 5. Cf. II, vu, 9. De sensu, V. (a) De sensu, tl ^/^ tiç irapà xà; tc^vtê aiaOrfaEt; ixipoL. Touto 8* àÔuvatov.

(3) H. A., IV, VIII. De part, an,, X, x. C'est aussi le cas pour les dauphins, dont l'odorat a tant d'acuité : ovîtc 5tj ttj; <wç;>TÎa£(oç aî(j67]TT[piov oyôsv ï/v. çavesôv, oa^pai'vsTai 8'oÇ^toç. '

i5o LE SYSTÈME NEHVEUX CESTHAL

ces : il faut des appâts spéciaux, dit-il, parce qu'ils les sentent et les reconnaissent. Aristote rapporte même une observation qui, si elle était confirmée, pourrait être rapprochée d'un fait analogue maintes fois noté dans les laboratoires par les physiologistes (Goltz, etc.) sur quelques mammifères tels que le chien : « On dit aussi que les poissons sentent très vite par l'odorat le sang des autres poissons; ils le font bien voir lorsque, là oii il y a du sang de poisson (cTav aljxa yEVYjTai îxOuwv), ils fuient et se retirent au loin » (//. A. y IV, viii, i3).

Dans la théorie qui rapporte chacun des sens à quelque élément, la partie de l'œil qui voit, par exemple la pupille (t% xspr,), à l'eau, ce qui entend et perçoit les sons, à l'air, Aristote, en un passage, écrit que l'odorat participe de ces'deuxéléments, c'est-à-dire de r^aw et de Vair[i)\ ailleurs, il fait de l'odeur une sorte d'exhalaison fumeuse, et « l'exhalaison fumeuse vient du feu » (2) : « C'est pourquoi l'organe de l'olfaction appartient en propre au lieu qui environne le cerveau ; car la matière du froid est chaude en puissance. » 11 en résulterait que l'origine de l'œil serait ainsi identique ou semblable à celle de l'odorat. Kat ifj tou o\k^xzo^ '^ht'SK^ ih xi-rov .

Les sens et les sensations, voilà bien pour Aristote la source unique de toute connaissance. Le toucher est au fond de tous les autres sens, quoique Aristote ne l'entende pas au sens de Démocrite, comme Vâme végétative, c'est-à-dire la nutrition, la croissance, la reproduction, est impliquée dans Vâme sensitive^ par laquelle s'exerce la perception sensible ; dans l'rfme motrice, où le désir subsiste; dans Whne pensante, où l'intelligence et la raison sont comme les plus hautes frondaisons de l'arbre de vie qui, par ses racines, plonge dans la terre nourricière. Quelle distinction faut-il faire entre l'âme raisonnable et l'âme irraisonnable ? Ces parties sont-elles distinctes et séparables à la manière de celles du corps et de toute matière susceptible d'être divisée? Bref, l'âme peut-elle être divisée en parties ou non (jAep'.rr?) t% 'i^u^^ cut' et ii-isp*^^;) ? Aristote répond à ces questions par une ingénieuse comparaison qui fait clairement entendre que ces âmes ne sont pas plus réellement séparables de leur nature que, dans une circonférence, « la partie convexe et la partie concave » (3 .

Les physiologistes contemporains qui admettent que la psychologie

(i) De an,, 111, i, 3. f^ (xev yàp xo^t) joaio;, f^ 8*àxof, às'poç, îj V oaoprjaiç OaTe'pou toùtwv.

(a) De sertsu, II. fj 8* àvaOujii'aaiç t\ xa;:voj$7); ex 7:upo;* 8i6 xai tû ;î6pt xôv SYxi^oXov to'jîca rô T^ç ôaf pTÎaew; aîa07)TT)piôv eativ l'ôtov.

(3) « On verra la distinction qu'il faut faire entre la partie raisonnable de Vâme et la partie irraisonnable. Quant à la question de savoir si ces deux parties sont distinctes (et séparables) à la manière de celles du corps et de toute matière susceptible d être divisée ; — ou bien si elles ne le sont

L'AME EST-ELLE OU AOA' DIVISIBLE? i5i

n'est qu'une province de la biologie doivent reconnaître Aristote comme un précurseur, et, à bien des égards, comme un maître, dans l'étude des sensations et de l'intelligence (i). La sensibilité et la pensée étaient bien incontestablement, pour Aristote, du domaine des sciences de la vie. Il Ta dit même expressément : l'étude de l'àjne appartient au physiologiste. Toutes ses observations sont empruntées à la série entière des êtres organisés. Le traité de V Ame est un grand livre de psychologie comparée.

Ainsi, de même que, dans les plantes^ quelques-unes vivent manifestement après qu'on a divisé et séparé leurs parties, comme si l'âme des végétaux était parfaitement et réellement une dans chaque plante, mais qu'en puissance elle fût multiple ; de même, nous voyons, relativement à d'autres variétés de l'âme, un phénomène analogue se produire dans les insectes que Ton dissèque (èxl twv è^/rôp^wv àv tsTç StaT6[i.voiiivctç). Chacune de leurs parties possède, en effet, la sensibilité (aiTÔr^aiv) et la locomotion (x6/r^<jiv nfjv xaxi t67çov); si elles ont la sensibilité^ elles ont aussi et Vimagination (çavTaaiav) et le désir (cpsÇiv), car là où il y a sensation, là aussi il y R peine (Xûnrj) ou plaisir (t/jîoviq); et, là où sont ces deux affections, il y a nécessairement â?é52>(£5 ôr/aYXYjç xaU7:tôu[À(a). On ne saurait ici encore affirmer rien de fort clair, ni de Vintelligence ni de Ventendement (TUcpl cà toD voD aol\ tt5; OewpYïTixfJç ïuva|ji.6(*);) ; mais ce genre d'âme parait être différent, et le seul qui puisse être isolé du reste, comme l'éternel du périssable. Quant aux autres parties de l'âme (xi $£ Xci^ci ixipu tf^q à'jyi\z)y il ressort bien de ces faits qu'elles ne sont pas séparables, ainsi que quelques-uns le soutiennent.

que pour rintcUigence, étant réellement inséparables de leur nature, comme la partie convexe et la partie concave d'une même circonférence (xaOa;:ep Iv ttî TreptçspEtoc t6 xuprôv x«i tô xoîXov), elle n'est d'aucune importance dans le cas présont. » « Il n'importe si lame peut être divisée en parties ou non (acpiTTTj r; '^'J/J] oÙT*eî âfjLEpTfç...), de même que dans une circonférence la partie concave et la partie convexe ne peuvent être séparées (àôiayaSpiaiov). » (Ethic. Nicom., I, xiii ; Ethic. Eudem^

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