‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 37 sur 106 · UNITÉ DES CORPS SIMPLES DE LA NATURE · texte numérisé non relu

UNITÉ DES CORPS SIMPLES DE LA NATURE

les astres nous envoient viennent du frottement de l'air déplacé par leur translation. Le mouvement peut aller en effet jusqu*à enflammer les bois, les pierres cl le fer. Les flèches qu'on lance s'échauffent quelquefois à ce point que leur plomb vient à fondre ; il faut donc que Tair qui les entoure éprouve un effet semblable ; ces flèches s'échaufient par leur vol dans Tair ; par l'effet du mouvement que lui imprime le choc l'air devient du feu. Or, chacun des corps supérieurs emporté dans le mouvement circulaire du ciel ne s'enflamme pas par lui-même ; mais l'air, au-dessous de la sphère du corps circulaire, s'échauffe nécessairement par le mouvement de cette sphère, oc Qu'il soit donc dit que les étoiles ne sont pas de feu et que ce n'est pas dans du feu qu'elles se meuvent. » "Oti aèv ouv ov»Te Twpiva loriv out' Iv Tcupt çpépsTai, raîlO' VjjxTv etpTqoOw Tcept aÙTwv (i).

a De plus il y a nécessité que tous les mondes soient composés des mêmes corps, ces mondes étant de nature semblable. ''Eti àvàyxy) Tcàvraç toÙ; xocjjloo; ix twv aûrtov fiTvat 9a)adtT(iiv, ôfjtoiouçy' ovraç ttjv çpu<xtv. Il faut aussi que chacun de ces corps y ait la même propriété (SuvauLtv), tels que la terre y le feu et les éléments intermédiaires entre ceux-là (2). » L'unité des corps simples de l'univers est postulée par Aristote, et, avec l'universalité de leurs propriétés, l'éternité de la nature propre de leurs mouvements (3).

Aristote a voulu ramener toutes les qualités des corps à l'opposition du chaud et du froid, du sec et de V humide.

Tout vient de tout.

a Une chose vient toujours d'une ^utre chose absolument. FiYvcTai fxèv ouv octcXwç erepov l\ kxioQuj »(4)« Quand, par exemple, l'air vient de l'eau, dit Aristote, c'est-à-dire quand l'eau s'est vaporisée et changée en air. il y a production d'un corps nouveau dans lequel le premier corps a changé, et cela par la destruction de son contraire, puisque l'eau est le contraire de l'air. L'un a disparu et péri tandis que l'autre s'est produit : t^ fxâv à7toXo)Xe to 8è Yfifovev. Les « corps simples », au nombre de quatre, appartiennent, deux à deux, l'aiV et le feu au lieu porté vers la limite extrême, la terre et l'eau au centre. Les éléments extrêmes, le feu et la terre, sont les plus purs; les éléments intermédiaires, l'eau et l'air, sont les plus mélangés. Dans chaque série l'un des deux éléments est contraire à l'autre : xal IxaTeoa IxaTepoi; Ivocvrta. Veau est le contraire du feu, la terre est le contraire de l'air. Cependant les « corps simples » s'engendrent les uns les autres réciproquement. Que tous ces corps puissent changer les uns dans les autres, c'est l'évidence, car la production des choses va aux contraires et vient des contraires : tj yào ^éveaiçet; Ivavria xai kl evovrtwv. « Il est donc clair qu'en général tout élément peut naturellement venir de tout élément, "ûore xocôoAou [xiv çpotvepbv S-ci ttccv ex iravrbç yiveçOat Trécpuxev. » C'est en ce sens qu'AnisTOTE peut dire : âlTrovra uèv yàp è? otTravrcav, ce qui est une aussi grande pensée que celle de Xéno-

(1) Aristote, De cœlo^ 11, vu.

(a) Ibid,t I, VIII, 3.

(3) lùid., III, II, 4. Il est faux de supposer, comme dans le Timée, dit Aristote, qu'avant que l'univers ne fût mis en ordre, les éléments s'agitaient sans ordre (;cp\v ysv^aOat tov xoajjLOv exiveÏTO Ta (rzov/(tXa, âTàxTwç). Si ce mouvement des éléments était dès lors naturel, on reconnaîtra, a pour peu que l'on veuille considérer les choses avec quelque soin », qu'il n'existait alors aucun désordre (etvaYXTj xoo^ov sTvai) : les corps graves allaient vers le centre, les corps légers s'éloignaient du centre, et c'est là précisément l'ordre régulier qu'offre le monde.

(4) Arist., De gêner, et corrupt., I, v, 6 sq. ; II, 11, m, 7; IV, i sq. Cf. De cœlo, III, vu. MeteoroL, I, ii-iii.

Il n'y a pas d'âme du monde.

Aristote ne vent pas admettre, avec Empédocle, que le monde ne se maintienne et ne dure depuis si longtemps que parce qu'il reçoit, par son cours circulaire, un mouvement de rotation plus rapide que sa pesanteur ou tendance à descendre, opinion qui, d'après Simplicius, serait aussi celle d'ANAXAGORE et de Démocrite.

<( Il ne serait pas non plus rationnel de croire que le ciel ne persiste éternellement que par l'action d'une âme qui l'y force nécessairement : iWk ixr)v ojB* 6x0 4^jx^; euXoyov àvaYxxÇoJŒY;; i^éveiv àtSicv. » La vie d'une pareille âme ne serait guère bienheureuse. Le repos, où le corps se délasse dans le sommeil, n'existerait pas pour elle, comme il existe pour l'àme des animaux mortels; cette âme du monde devrait subir éternellement, sans fin, le supplice d'un Ixion. Mieux vaut s'en tenir à ce qui a été dit du mouvement circulaire primordial du ciel et de son éternité (i).

Le ciel n'en est pas moins « animé», et il possède en lui-même le principe du mouvement : ô S'cipavè^ ^W^x©; >tal ïyv. xivt^œsox; àpxfy* (2).

Or le mouvement du ciel na pas plus commencé que lui-même : il est étemel.

Le mouvement est éternel. Il n'y a jamais eu de temps, il n'y en aura jamais, où le mouvement n'existât pas, où il n'existera plus... S^Xov o)ç Imv àtS'.oî xtvYjîi^ ... cuSel; i^v xpcvoç oiS'Iaxat, oxe x{vif;a'.; oux -îjv îj oix l(rrai{3).

Or, il n'y a point de mouvement sans tm corps naturel: x{vY)jt; 8' aveu ©udtxsO fjd)\KX'zoç o\j% loTiv (De cœlo, I, ix, 10.)

Le corps qui se meut circulairement (to xuxXw ff(o[Aa) n'a pas de principe d'où il soit venu : toutw 8' oix loriv i\ oZyiyo'tvf{t\). Immuable, inallérable, ce premier de tous les corps (tc icpwTov xtov awiJLOTwv) est éternel. C'est pourquoi tous les hommes, barbares et hellènes, qui croient qu'il existe des dieux, ont attribué au divin le lieu le plus élevé (tov x/wTaTw tw OeCw t6xov). Si donc, dit Aristote, il existe quelque chose de divin, comme il en existe, il en résulte que ce qui vient d'être dit, touchant la substance première des corps (xspl TfJ; xpwTr^ç ojîfa; twv ŒwiAaTwv) — c'est-à-dire touchant le cinquième élément, ou Yéther, — est bien dit. L'observation et les traditions humaines en attestent l'exactitude. En effet, dans toute la suite des temps écoulés, d'après les souvenirs transmis d'âge en âge, il ne paraît pas qu'il y ait jamais eu le moindre changement ni dans l'ensemble du ciel

(l) De cœlo. II. i, G... i:ep\ t^ç îcaoStr;; çopa;,... i:6p\ xfj; aïôio'TotTo;... (a) Ibid., n. II. G.

(3) Phys., VIII. I, i3, i5.

(4) De cœlo, I, m, 5-G.

OBIGIAE DES MEMBUANES, DES OS ET DES TEXDONS 179

obseiTé jusqu'à ses dernières limites ni dans aucune de ses parties. « Il semble même que le nom s'est transmis depuis les anciens jusqu'à nos jours, ces hommes ayant toujours eu la même opinion que nous exprimons à notre tour. C'est que ce n'est pas une fois ou deux fois, mais des infinités de fois, que les mêmes opinions, on le doit estimer, sont arrivées jusqu'à nous. Voilà pourquoi, comme il existe un corps premier différent de la terre et du feii^ de Vair et de Yeau, ils ont appelé éther le lieu le plus élevé (aî6£pa xpo(j(i)v6|j!.affav tov âvcoTOTO) toxsv), tirant cette appellation de la course perpétuelle de ce corps (àxo toO 6sTv àet) durant Téternité ».

« Quand toutes choses se confondirent, la plus grande partie du chaud gagna la circonférence supérieure : c'est ce que les anciens me paraissent avoir nommé éther (xal ovc|jLfJva( [koi ajTo îoxécuaiv cî xaXaicl al- Oépa) » (i). D'après l'auteur hippocratiste du wept Sapxwv, le chaud est la substance immortelle; il a l'intelligence de tout, il voit, entend, connaît tout, et ce qui est et ce qui sera (2). Au-dessous du chaud ou de V éther sont la terre, élément froid, sec et plein de mouvements, car il contient beaucoup de chaud, Vair, chaud et humide, et Veau, l'élément le plus humide et le plus épais. « Tout cela roulant ensemble, dans Tétat de confusion (xux- Xfioixivwv îà TOUTéwv, ote (juvetapaxOr)), la terre retint beaucoup de chaud, çà et là, ici de grands amas, là de moindres, ailleurs de très petits, mais en très grand nombre. Avec le temps, le chaud séchant la terre, ce qui en avait été retenu produisit des putréfactions tout autour comme des membranes: xal TCO xpivo) ûxo Totj Oep^xiîî Çir)paivo[i.ivY); tîJ^ y^;, TauTa xaTaAYjçOévxa xepl aÙTa (Jy;x6- 86vaç xotlet oïov rsp yyzHi^a.^, Avec une chaleur longtemps prolongée, tout ce qui, né de la putréfaction de la terre, se trouve gras et privé presque d'humidité, fut bientôt consumé et transformé en os. Mais tout ce qui se trouva glutineux et tenant du froid, n'ayant pu sans doute être consumé par la chaleur ni passer à l'humide, prit une forme différente de tout le reste et devint nerfs solides (xal ï^hizo vsOpa crcepeà)... » (3).

L'univers n'a pas eu de commencement; il ne peut pas davantage périr; il est un et éternel; il n'a ni commencement ni fin durant toute Téternité (4).

(i) UiPPocRATB, Des chairs, 1 sq. (Litlré, viii, 584).

(a) Aox€ei Zi (xot ô xaX^O{jL£vOep|xôv, àOavaTOVTS sTvai xai vo^siv TïoJvTa xai ôpfjv xal axoueiv xal eîB^vai nivxa Idvta ts xal sao{x.eva.

(3) Cf. Lamarck, Philosophie zoologique, éd. Ch. Martins, II, 76. « Peut-on douter que la chaleur, cette mère des générations, celte âme matérielle des corps vivants, ait pu être le principal des moyens qu'emploie directement la nature, pour opérer sur des matières appropriées une ébauche d'organisation, une disposition convenable des parties, en un mot un acte de vitalisation analogue à celui de la fécondation sexuelle ? »

(4) Arist., De cœloj II, i, 1. oîte y^y^vsv ô jcS; oùpavoçojT'IvÔe/eTat çOap^vai... àXX* ioriv fîç

i8o LE SYSTÈME NERVEIX CENTRAL

- Aussi est-il bon de se persuader que les traditions antiques sont vraies qui nous disent qu' « il y a quelque chose d'immortel et de divin dans les choses qui possèdent le mouvement, mais un mouvement qui, lui-même sans terme ni fin, soit la fin et le terme de tout le reste ». En effet, le terme ou la limite est constitué par ce qui enferme et enveloppe les autres choses : le mouvement circulaire étant en soi parfait, n'ayant ni commencement ni fin, enveloppe tous les mouvements imparfaits qui ont une limite. Il est, pour les autres mouvements, le principe d'où ils tirent leur origine, ou bien la fin dans laquelle ils s'arrêtent. Il existe cinq éléments ou corps simples. Outre les quatre éléments, qui ont le mouvement en ligne droite, soit en haut (Jeu ou air), soit en bas [eau ou terre)^ il y a un cinquième élément qui, supérieur à tous les autres,-possède un mouvement circulaire : c'est le ciel, de forme sphérique, ou Yéther. Ainsi, outre les composés d'ici-bas, il existe quelque autre substance corporellcj plus divine et antérieure à toutes celles-là [i),

La constitution entière des animaux ne se compose guère (rjwç) que des éléments qui diffèrent entre eux par la disposition propre à chacun : aucune des parties n'est à sa place. Si donc, dans les corps primordiaux (sv ToT; Tcporcoi;), c'est-à-dire dans le cinquième élément, Yéther, ou la matière du ciel, il n'y a rien qui puisse être contre nature, parce qu'ils sont simples et sans mélange (àxXa y«P ^^t'i aixtxTa), parce qu'ils sont toujours à leur place et qu'il n'y a rien qui leur soit contraire, ils sont indéfectibles. D'inductions en inductions, Aristote en arriva à conclure que, outre les corps qui sont ici-bas, et autour de nous, — T:api vx Œai;jta'ca ti It^o xal TCêpi if)[Jiaî, — en d'a'utres termes, outre les quatre éléments, le feu, Vair, Veau et la terre, il en existe un autre, un cinquième, tout à fait isolé, Yéther, dont la révolution circulaire enveloppe le ciel ou l'univers entier, Téther, dont la nature est d'autant plus relevée qu'il s'éloigne davantage de tous les corps d'ici-bas (2). Ce sont les anciens hommes qui ont donné le nom de divin à ce corps inaltérable, existant de toute éternité. C'est de lui que découle pour le reste des êtres l'existence et la vie (3).

Entre les animaux, l'homme est le seul qui ait une station droite parce

xai afôioç, «p/,^v [xèv xaî tsXeuttjv ouy. 6/^wv toD navxô; aïojvo;... w; saiiv àOavaxdv Tt xai Ofiiov Tâiv iyovToiv |xèv xiv7)aiv... xal aGrr) fj xuxXoçopîa T^io; oùaa Tzt^\iyy. xàç ot-eXetç xa\ xàç lyoOaa; nepaç xa» ;cauXav, aùir) uèv ouôsixiav ouT*ocpyTjv è^ouaa outs xeXguTTjv... Tov 8*oupavôv xai tov ava> iojcov ol jiiv ap^atoi TOÎç OsoTç à7ï6V£i[i.av w; ovra {xdvov âôàvaTOv... à^Oapxo; xai ocy^vrjTOç... Cf. Ibid., I. m, 6. (i) De cœlOy I, 11, 10. ti; ooaia adS^iatoç àXXr)... Ogioi^pa xat ;:poT^pa toutcov àjwtvtwv...

(2) Ibid., I, II, i3.

(3) Ibid.y I, IX, II. "OOev xai toî; 5XXoi; ÈÇTÎptTjTai... to elvai te xai C^v.

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