‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 38 sur 106 · VIE DES ASTBES RAPPROCHÉE DE CELLE DES PLANTES ET DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

VIE DES ASTBES RAPPROCHÉE DE CELLE DES PLANTES ET DES ANIMAUX

que sa nature et son essence sont divines; or Touvrage du plus divin des êtres est de réfléchir et de penser. Mais cela n'aurait pas été facile si la partie supérieure du corps avait été considérable; car le poids rend lourde la pensée et lente la sensibilité générale (i). Entre tous les animaux encore, Thomme seul est capable de réflexion. Beaucoup possèdent en commun avec lui la mémoire et la faculté d'apprendre, mais l'homme seul se rappelle le passé (2). Il y a certains animaux auxquels on donne, comme à l'homme, le nom de prudents (twv ÔiQpfwv Ivia opov.pjé oaaiv eivai) : ce sont ceux qui semblent avoir la faculté de prévoir les choses nécessaires à leur vie (Suvafxtv 7:p3voY;tixT^|v). Il n'importe d'ailleurs en rien de prétendre qu'entre les autres animaux l'homme est le plus parfait. Car il y en a d'autres beaucoup plus divins par nature que l'homme, tels que les êtres les plus brillants dont se compose l'univers (3).

Nous nous imaginons les astres comme des corps, comme des unités, soutenant bien entre eux un certain ordre régulier, mais étant absolument inanimés (àtj^u^wv 3à wiiAwav). On doit les considérer comme vivants et capables d'action : 8eï S* ùq jjLSTe^^évTwv yxoXafxôavetv Tcpi^ttù^ xal ÇwfJ^. Aristote dit expressément : « Aussi doit-on penser que l'action des astres est sams doute comme celle des animaux et des plantes (4). »

Ces corps célestes, situés à une distance prodigieuse de la terre (ToaaJ- TTjV àxôara^tv), Aristote les appelle « divins » (5). D'après les calculs des « mathématiciens » auxquels se référait Aristote, qui avaient entrepris de mesurer les dimensions de la circonférence de la terre, celle-ci était porlée à 44o,ooo stades. Il en résultait, non seulement que la terre est de forme sphérique, mais encore que « cette masse n'est pas grande, comparée à la grandeur des autres astres » (6).

Aristote admet l'existence d'une série ascendante ou descendante des êtres vivants, une sorte d'enchaînement, non un développement généalogique des genres et des espèces. Les anciens ont eu l'idée de loi de la nature. Elle est née, chez les penseurs de THellade, de l'étude de l'astro-

(i) Arist., De part, an.^ IV, x. opOov [xèv yap lori jxdvov xwv '^wù^ 8ià t6 Tf,v çuaiv auiou xat ttjv ou9{av EÎvai Oe^av, sp^ov 8è tou Oiiotà-rou t6 voeîv xal çpoveTv...

(a) Amist., h. a., I, I, i5. PouXeuTixôv Bè (xdvov ^vOpwJïo; laii lôiv Çcowy xai fxvTfjxr); p.èv xal Si8ayij; TioXkoL xoivcovet, àva[xt[jLV7(ax£aOai 8g ouôâv ôcXXo 3ûvaTa( ;cXfjV àvOpwTuo^.

(3) Arist., Ethica Nicom.^ VI, vu, 4- Eî o*oti psT^iwiov àvOptoJio; twv à'XXwv ÇoStov, oùôsv 8i«çépei* xa\ yàp âvOptonou àXXa tcoXù Oeiotêpa ttjv oiSaiv, oîov çavEpwTarà ys IÇ wv ô xoa|xo; <Juvc'aTT)X£v.

(4) De cctlOy II, XII, 3,4. Atô OEi vofx^Çeiv xai ttjv toîv àaTpwv ^tpa^iv slvat loiaÛTTjv ora TZtp fj tcov ÇoStuv X«l ÇUTtôV.

(5) Ihid.y II, XII, g. ... tûv <Jto|xaTa)v ifiiv Ocîwv...

(6) Ibid., II, xiY, i6. où [xovov aîpaiposiS^ tÔv oyxov âvayxaïov eivat t^; yf)?, aXXà xal |ifj [x^yav ;upô; tô twv àXXwv aaTpwv jjL^yeOo;.

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nomie et de la médecine; si elle joue un rôle aussi effacé dans Tantiquité, il le faut attribuer, selon Eucken (i), à Tétat peu développé des sciences de la nature autant qu'aux explications téléologiqucs des phénomènes. Mais, avec la notion, il ont eu le mot qui Texprime avec le plus de force : ôvoYXTQ (le plus souvent au pluriel), qui figure en ce sens aussi bien dans la plus ancienne littérature médicale que chez Démocrite, Xénophon, Platon, Aristote.

Point de hasard dans la nature.

« Ce qui existe nécessairement et Téternel vont ensemble. Car ce qui existe nécessairement ne peut pas ne pas être; de sorte que s'il est nécessairement, il est, par cela même, éternel; et, s'il est éternel, il est nécessairement. "Ûtc' et fcrrtv eÇ àvdrpCTîç, àiî'iv èr:'., xat et àtîiov, èÇ ova-ptiQç. De même encore, si la génération ou production de la chose est nécessaire, cette production est éternelle aussi; et si elle est éternelle, elle est nécessaire. Si donc la production de quelque chose est de nécessité, absolument, il faut nécessairement que cette production soit circulaire et revienne sur elle-même (jcvoYxr^ ovoxuxXeTv xat àvaxa^x'rcetv)... Voilà donc bien une éternelle continuité... Le mouvement circulaire est éternel ainsi que celui du ciel... Si le corps mû d'un mouvement circulaire le communique éternellement à quelque autre corps, le mouvement de ces autres corps devra de nécessité être circulaire, et, par exemple, la translation s'accomplissant d'une certaine façon dans les sphères supérieures, il faut que le soleil se meuve aussi circulaîrement. Puisqu'il en est ainsi, les saisons ont pour cette cause un cours circulaire et reviennent périodiquement; et tous ces phénomènes ayant lieu ainsi, les phénomènes inférieurs ne se passent pas autrement. Mais pourquoi, certaines choses paraissant être ainsi, telles que Teau et Tair, qui ont bien un mouvement circulaire, car s'il y a des nuages, il doit pleuvoir, et, s'il pleut, il faut qu'il y ait des nuages, pourquoi les hommes et les animaux ne reviennent-ils pas également sur eux-mêmes, de façon à ce que la môme chose renaisse de nouveau? Car de ce que votre père a été, il ne s'ensuit pas nécessairement que vous deviez être ; ce qui est nécessaire, c'est que, si vous êtes, votre père ait été. La cause, c'est que c'est là une génération qui se fait en ligne droite... Pour toutes les choses dont la substance demeure incorruptible dans le mouvement, il est évident qu'elles restent toujours numériquement les mêmes (puisque le mouvement accompagne le mobile). Mais toutes celles au contraire dont la substance est corruptible (^Oapr^) doivent de nécessité accomplir ce

(i) Die Grundbegriffe der Gegensvart. Leipzig, i8g3, 174-5.

THÉORIE DES PERCEPTIONS INSENSIBLES i83

retour, non pas numériquement, mais seulement par rapport à Tespèce

(tw etîet) » (i).

L*idée de Tenchaînement des forces et des formes dans la nature, a la conception génétique » des choses n'est point nouvelle : elle a souvent été appliquée par les philosophes grecs et, chez Aristote, elle a Timportance d'un principe naturel. On le peut voir dans la Politique comme dans les écrits du Stagirite sur la morphogénie des animaux et celle de leurs parties ou organes. Ladiflcrence entre les explications génétiques de l'ancienne et de la nouvelle science de la nature apparaît pourtant ici très manifeste. Sous l'influence des doctrines de Platon, Vêire fut posé avant le devenir ; le type préexistait primordialement, hors du temps; le tout était antérieur aux parties, et c'était le supérieur, en tant que développement réalisé, qui pouvait seul donner l'intelligence de Vinférieur^ dont le développement était simplement arrêté et n'avait pu déployer toutes ses énergies : i\ yip ^cve^itç evexa Tf,ç ouaioç lorlv, àXX' où/ "'l où(Tia evexarr,ç 78v^(T8o>ç... 8to Yivetai TrpwTOv twv fjtopiojv To5e, eTra roBe, xalrourov S/j tov Tpoirov ojjloi'wç iià 7ravT0)v twv cpuaei ouviffTafjtévow (Z)e part, anim., I, i). C'est à cette conception de l'idée de développement que s'est tenue l'antiquité, l'époque des Pères et Docteurs de l'Église chrétienne, le moyen âge, encore que Abklard ait écrit: Omne simplicius noiuraliter prius est multipliciori (2). Mais c'est la physique de Descartes qui, au témoignage d'EucKEN, fut le premier essai systématique de la méthode génétique, au sens moderne du mot. h l'explication du monde. Même dans l'hypothèse d'un chaos primordial, on pourrait rendre raison de l'état actuel de l'univers : vix aliquid supponi potest ex quo non idem eflectus (([uanquam fortasse operosius) per easdem naturac leges deduci possit, cum enim, illarum ope, materia formas omnes quarum est capax successive assumât, si formas istas ordine consideremus, tandem ad illam quae est hujus. mundi poterimus devenire (^Princ. phiL, 111, 47)- Et, dans le Discours de la méthode, invoquant ces mômes lois de la nature. Descartes estime qu'alors môme que le monde n'aurait eu, au commencement, d'autre forme que celle d'un chaos, « on peut croire » que « par cela seul, toutes les choses qui sont purement matérielles auraient pu, avec le temps, s'y rendre telles que nous les voyons à présent ; et leur nature est bien plus aisée à concevoir lorsqu'on les voit naître peu à peu en cette sorte, que lorsqu'on ne les considère que toutes faites (3) ». On sait l'opposition que fit Leibmtz à ces idées; il inculpa Descartes de naturalisme : Spinoza incipit uhi Cartesils desinit: in naturalismo (Befut, inéd. de Spinoza, p. 48).

Fritz Scuui.tze (4)» tout en accordant qu* Aristote a cherché à dépasser le dualisme de Platon, estime qu'il n'y a réussi qu'en apparence. Une critique radicale aurait dû complètement abandonner cette conception de l'idée (du but) suivant laquelle la matière réalise

(i) Arist.. De generatione et corruptione, II. xi.

{p) 'EvcKv.n, Geschichie und Kritik der Grundbegriffe... (Leipz., 1878), i35-6, a** Aufl., 1893, 106.

(3) Cf. Glauberg (pp. phil,^ 7^5): Hanc methodum Cartesiana physica tenens — considérât omnes res naiurales non statim quales sunt in statu perfectionis suae absoluto (ut vulgo fieri solet ah aliif), sed prius agit de quibusdam earundem principiis valdc simplicibus et facilibus; deinde explicat quomodo paulatim ex illis principiis, suprema causa certis legibus opus dirigente, oriantur et fiant, aut certe oriri aut fieri possint, donec tandem taies évadant quales esse experimur dum consummatac et absolutae sunt.

(4) Philosophie der Naiurwissenschafl, I, lao sq.

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des fins d'avance préformées. Touchant la doctrine des idées, a il est resté le disciple de Platon ; il diffère seulement d*opinion sur le lieu des idées : elles ne se trouvent pas au delà de toute matière, mais dans la matière, comme ses forces immanentes et génératrices, en vue des fins qu'elles réalisent. Quoique immanentes à la matière, les idées, en tant qu'idées, sont quelque chose d'autre que la matière ». Le dualisme reparaîtrait donc clairement ici, comme partout ailleurs. Cette critique nous parait manquer de profondeur. L'unité du monde, au sens où l'entend Hlmboldt, non plus que le monisme, dans l'acception moderne de ce mot, n'existe sans doute point dans l'œuvre d'ARisTOTE, pour qui la physique et la mécanique célestes, par exemple, ne sont point celles du monde sublunaire. Mais la synthèse de la conception générale de la nature tient lieu d'unité dans ce système et ne laisse apercevoir aucun dualisme irréductible.

Aristote, sans doute, a conservé ce qu'il y avait d'essentiel dans la théorie platonienne des idées : les formes sont les archétypes des choses. Tout changement s'explique par les rapports toujours changeants et variables de la matière avec la forme. Les choses, considérées individuellement, sont dans un perpétuel devenir : elles n'apparaissent que pour disparaître. Mais le changement n'a trait qu'aux individus; le monde, dans ce qui le constitue, demeure éternellement tel qu'il est, inaccessible aux révolutions, aux catastrophes et à l'écoulement des choses. L'immuable est le bien; le mal est son contraire. Aristote rapporte même en principe l'acquisition de la science, non au changement, à ce qui naît ou devient, mais à ce qui persiste, immuable, inaccessible à toute cause de trouble et de mouvement : if) 3' k% ap/îj; XfJiJ/t; ttJ^ ezianQiJLYjç Y^veai^ eux scniv • xio yip T^pejA^jat xal (rrijvat tyjv Bioévctav sxtTcaaOai xai çpoveTv XéYOfxev (i). De là l'incapacité où sont les enfants, au regard des gens plus âgés, de comprendre et déjuger : il y a en eux trop de causes de trouble et de mouvement : icoXat; yip if) Tapo^ry; xal ifj xCvYj^t;. L'être immuable est immobile et éternel comme la vérité.

Le concept de continuité (to ouve^^éç) entre les qualités des corps et celle de nos perceptions était présenta l'esprit d'ARiSTOTE, comme à celui de Leibnitz. Il y a certaines grandeurs et certaines qualités des corps, dit-il, qui nous échappent. Leur perception en acte dépend imiquement de leur quantité et de leur intensité. Aussi a-t-il essayé de montrer comment elles ne laissent pas d'être sensibles en puissance, si elles ne le sont pas en acte. « Il faut donc distinguer avec soin ce qui est en acte de ce qui n'est qu'en puissance. C'est ainsi que la dix-millième partie d'un grain de millet nous échappe, bien que cependant nous la voyions, et que notre vue la parcoure. C'est encore ainsi que le son du dièze nous échappe

(i) Aristote, Phys.y VII, m. Cf. Platon, Phéd., xlv, 96**, où tÔ fjpejxeîv est expressément donné comme la condition de la science, £7;i<jT7i[xTj .

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