‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 39 sur 106 · LÀ MÉDECINE ET LÀ BIOLOGIE ,S · texte numérisé non relu

LÀ MÉDECINE ET LÀ BIOLOGIE ,S

également, quoiqu'on entende toute la mélodie sans discontinuité : Tintervalle intermédiaire aux derniers sons nous est imperceptible. lien est de même pour les choses infiniment petites qui ressortent aux autres sens : b\Loiit)q îà xal àv toT? àXXoiç olIg^'oX^ xi [kixpoc icà(jLiuav. Visibles en puissance, elles ne le sont pas en acte, si ce n'est lorsqu'elles sont isolées. C'est ainsi que la ligne d'un pied est bien en puissance dans la ligne de deux pieds, mais elle n'est exacte que quand elle est seule. De telles quantités aussi petites, isolées, se perdront évidemment, on le conçoit, dans les corps qui les environnent, comme une saveur (x^pi;) infiniment petite versée dans la mer. Cependant, quoique cette quantité excessivement petite, qui dépasse la sensation, ne soit point sensible par elle-même (ou... xaô'aÛT/jv aiaOTiTT^i), qu'elle ne le soit pas davantage quand elle est séparée (elle est, à rigoureusement parler, en puissance), et qu'un objet sensible aussi minime ne puisse, même isolé, être senti en acte, il n'en est pas moins sensible {iWiiLtù^ êrcat aîoÔTQTov) : car il est déjà sensible en puissance, et il le deviendra en acte par addition ou augmentation » (i).

Il est bien remarquable que, dans la considération des corps vivants, Aristote parle des plantes, qui ne possèdent que l'âme nutritive, pour s'élever aux animaux qui, tout en possédant la sensibilité, ne possèdent pas nécessairement ni la mémoire, ni l'imagination, ni l'intelligence (vou?), et atteindre ainsi aux êtres les plus élevés qui possèdent l'âme noétique ou pensante. Toutefois l'âme inférieure ou nutritive demeure le fondement indispensable et nécessaire sur lequel subsistent toutes les autres fonctions de la vie organique et de la vie de relation. C'est elle qui conserve la vie de l'individu et assure la perpétuité de l'espèce, seule immortalité de rindividu périssable.

Nulle part le génie d' Aristote ne s'est montré plus exact ni plus fertile que dans les petits traités désignés d'ordinaire du nom de Parva naturalia. Comme toujours, dans le traité de la Sensation comme dans le traité de fAme, il s'était proposé de rechercher « dans tous les animaux, voire dans tous les êtres vivants (irspl twv Çwtov xal twv Çwrjv iyp'i'ztà'f àTcr^Twv), quelles sont les fonctions qui leur sont spéciales, quelles sont celles qui leur sont communes (2) », Parmi les facultés les plus importantes, tant celles qui sont communes que celles qui sont spéciales dans les animaux, appartenant à l'âme comme au corps, il énumère entre autres la sensibilité, la mémoire, \si passion, le désir, le plaisir et la douleur. En outre, il y avait, selon Aristjote, certaines fonctions communes à tous les êtres qui parti-

(1) Arist., De sensu et sens., c. vi.

(a) De sensu et sensili^ c. i.

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cipent de la vie, et d'autres qui étaient particulières à quelques-uns des animaux. Les principales de ces fonctions, formant quatre couples où elles sont réunies deux à deux, étaient la veille et le sommeil, la jeunesse et la vieillesse, Vinspiration et Vexpiration, la vie et la mort. C'est à Tétude des causes de ces phénomènes biologiques empruntés à la série entière des êtres organisés, que sont consacrés ces traités. Comme Descartes, il comptait la médecine au nombre des sciences qui relèvent des progrès de Tétude de la nature et de la physique générale du monde : « Il appartient, disait-il, au naturaliste de connaître quels sont les premiers principes de la santé et de la maladie ; puisque ni la santé ni la maladie ne sauraient appartenir à des êtres privés de vie. Aussi, presque la plupart de ceux qui s'occupent de la science de la nature, et, parmi les médecins, ceux qui comprennent le plus philosophiquement leur art (xat tûv tarpwv oî çtXoŒoç(i)tép(i>î tîjv "zt/yr^ [jistiôvte;), arrivent les uns finalement à la médecine, les autres de Tétude de la nature à la même discipline. »

Aristote, dit Rudolf Euckex, ne connait aucune existence séparée de l'âme : elle forme avec le corps un processus biologique unique : elle en a besoin comme la vision de Toeil, comme la fonction de Torgane. Point de vie psychique sans nutrition. Nulle part Texpérience sensible n*cst récusée ou estimée de peu d'importance, même au regard de la connaissance rationnelle, à quelque hauteur qu'ARisToxE croie pouvoir exaller la j>ensée. L'ànic et le corps ne s'en pénètrent pas moins indissolublement. Et ce qui est vrai des individus est vrai de la nature entière. Dominé par sa conception a monisle », Aristote ne dislingue point proprement le côté externe du c6lé interne des phénomènes, l'activité générale de la nature de la vie. La science trouve l'explication du développement de l'organisme, parce que la nature va du général au particulier. L'homme, par exemple, n'est d'abord qu'un être vivant, il se dilTérencie ensuite de iplus en plus, jusqu'à ce qu'apparaissent les caractères propres de son espèce (i).

R. EucREN, un des savants qui ont fait d'AaisTOTE et de sa méthode l'élude la plus approfondie, a prononcé ici le mol de « monisme ». Déjà Alexandre de Humboldt (a) avait écrit que « l'unité qui domine tous les phénomènes par lesquels se manifestent les forces de la matière est élevée, dans Aristote, à la hauteur d'un principe essentiel, et que ces manifestations elles-mêmes sont toujours ramenées à des mouvements ». C'est ainsi, continue le savant allemand, que le traité de VAme renferme déjà « le germe de la théorie des ondulations lumineuses. La sensation de la vue est produite par un ébranlement, une vibration du milieu placé entre l'œil et l'objet, et non par des émanations qui s'échapperaient de l'un ou de l'autre. Aristote compare Vouïe à la vue, parce que le son est aussi un cflel des vibrations de l'air. » « Aiustote embrasse toujours l'ensemble de la nature et la connexion intime non seulement des forces, mais aussi des formes organiques. » Dans le livre qu'il a

(i) Rudolf EvcKnnÇlénd), Die Le bensanschauungen der grossen Denker. Eîne Entmckelungsgeschichte des Lebensproblems der Menschheii von Plato bU zur Gegenwart. 3*« Aufl. Leipz., 1896, p. 64.

(a) Cosmos., m, i3 sq.

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