‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 40 sur 106 · ORIGINE DE L'HOMME ET DES ANIMAUX. GÉNÉRATION SPONTANÉE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L'HOMME ET DES ANIMAUX. GÉNÉRATION SPONTANÉE

écrit sur les organes des animaux (De parlibus animaliurn), il exprime clairement sa croyance à la gradation par laqueUe les êtres s'élèvent successivement des formes inférieures à des formes plus hautes. La nature suit un développement progressif et non interrompu, depuis les objets inanimés ou élémentaires jusqu'aux formes animales, en passant par les plantes» et en s'essayant (T abord sur ce qui n^ est pas encore un animal proprement dit, mais qui en est si voisin qu'il y a en vérité peu de différence. (De part, an., IV, v, 681). Dans cette gradation des formes, les nuances intermédiaires sont insensibles. Si, dans le règne animal, il manque sur la terre quelques représentants des quatre éléments, ceux, par exemple, qui correspondent au feu le plus pur, Hlmboldt rappelle que, suivant Aristote, il n'est pas impossible que ces degrés intermédiaires existent dans la Lune. « Le grand problème du cosmos est, pour le Slagirite, l'unité de la nature : « Dans la nature, dit-il avec une singulière vivacité d'expression, rien d'isolé ni de décousu, comme dans une mauvaise tragédie (i) ». Tous les ouvrages de physique d' Aristote laissent voir clairement celte tendance philosophique, a Mais l'état imparfait de la science, l'ignorance où l'on était à celle époque de la méthode expérimentale, qui consiste à susciter les phénomènes dans des conditions déterminées, ne permettait pas d'embrasser le lien de causalité qui unit ces phénomènes, même en les divisant en groupes peu nombreux. Tout se bornait aux oppositions sans cesse renaissantes du froid et du chaud, de la sécheresse et de l'humidité, de la raréfaction et de la densité primitives, et aux altérations produites dans le monde matériel par une sorte d'antagonisme intérieur (dvTt7r€p((jTa<jiç), qui rappelle les hypothèses modernes des polarités opposées et le contraste du -f- et du — . »

Si, pour expliquer la génération des hommes et des quadrupèdes, on admet qu'ils sont sortis de la terre (ytqt-''^^?)» comme quelques-uns le soutiennent, rappelle Aristote, ils n'ont pu en sortir que de Tune de ces deux manières : ou ils sont issus d'une larve primitive, ou ils sont sortis d'œufs (tj yip o)ç ajtwXigxoç ouvirrafjLévou to TupwTov, îj s^ wwv).

Car il y a nécessité (cr/aYxaTov) ou qu'ils portent déjà en eux-mêmes la nourriture' nécessaire à la croissance (et la larve est un germe de ce genre); ou qu'ils reçoivent celte nourriture d'ailleurs, et ils ne peuvent la tenir alors que de la mère qui les a produits, ou d'une partie du germe.

Mais si l'un de ces moyens est impossible, et que la nourriture ne puisse venir de la terre, comme, pour tous les autres animaux, elle vient de leur mère, il faut nécessairement que l'animal reçoive ses aliments d'une partie même du germe ; telle est précisément la génération de l'œuf. « Si donc il y a eu une génération primitive pour tous les animaux, il est de toute évidence que, des deux modes de génération, il n'y en a qu'un seul qui ait été possible. La génération primitive par les œuf s est celle que la raison admet le moins; nous ne l'observons d'aucun animal, mais bien

(i) C'est ainsi que Uumboldt traduit la parole célèbre d' Aristote : oux lotxê 5*7) çuiiî l;7£iao§i(iS$7)ç oyi« SX T(5v «patvo[Jt.évu>v, wa;:gp fjLoyOTjpà tpay^S'a. Met. y XJII, m, 9.

ïSé LE SYSTÈME NERVEUX CENTRAL

l'autre mode de génération primitive (àXXi tîîv ètépav), soit pour les animaux qui ont du sang, soit pour ceux qui n'en ont pas. C'est bien ainsi que se produisent quelques insectes et les testacées,.. Ils ne viennent pas de quelque partie, comme les êtres qui naissent d'un œuf; et, de plus, ils se développent absolument comme les larves {b\t,oi(ù^ zotç (jxwXYj^tv) (i). »

Ainsi la nature passe peu à peu des êtres sans vie aux êtres vivants (èx tôv if^jyjiù^ £'.ç ti Çwa (xexaSaCvsi xxrà [xtxpsv if; çûo».;), si bien que, du fait de cette continuité {iff^ auve^s^a) (2), la commune li?nite des uns et des autres nous échappe et quon ne sait auquel des deux appartiennent les êtres intermédiaires. Après le genre des êtres inanimés vient d'abord celui des plantes. Et entre les plantes l'une diffère de l'autre par une plus grande participation apparente de vie. Mais tout le règne végétal, comparé aux autres corps, apparaît presque comme animé (ça(vsTa'. j^eBcv waxep sfA^J^u/ov) ; comparé au règne animal, il semble inanimé. La transition des plantes aux animaux est continue (if) Se iJLSTaôaai; eÇ auTciv el^ ti Çwa (Tjve/r^^ èortv). Pour certains êtres qui vivent dans la mer on hésite à dire si ce sont des animaux ou des plantes. Ils sont, en effet, naturellement fixés; quand on les détache, beaucoup périssent: par exemple, les pinna adhèrent fortement au sol marin, et les solen, détachés, ne peuvent vivre. En général, le genre entier des lestacés ressemble aux plantes si on les compare aux animaux qui marchent. Et quant à la sensibilité, les uns n'en décèlent aucune, chez les autres elle est obscure (xat repl awOiQaew;, xi [xàv ajTwv oicà Iv or^fAatvsTai, Ta S' à^jLuîptoç) (3}. Les uns ont un corps de nature charnue, tels que les téthyes et le genre des acalèphes. L'éponge ressemble absolument aux plantes. Mais ce n'est toujours que par une légère différence (xori [xixpàv îtasopov) que les uns semblent posséder plus de vie et de mouvement que les autres.

Et il en va tout de même pour les actes et les fonctions de la vie (xat xaTa Ti;

TCU jîisu îl XpaÇ£'.Ç TOV XJTSV £/£'. XpSTCOv).

L'affaire des plantes parait n'être que de reproduire un autre être semblable, de celles qui viennent de graine. De même chez quelques animaux où l'on ne découvre aucune autre activité que celle de la reproduction. C'est pourquoi ces fonctions sont communes à tous. Mais

(i) Aristote, De gen, an., III, xi, 762*», 32 sq. [Génération spontanée d'une larve, non d'un œuf\.

(3) Cf. De part, anim., IV, v. ^ ^ûiiç (x£Ta6a(v£t (T^ye^fit; im tôv atJ/iSytDV eiç ti î^iSa, 8ii xtôv Çwviwv [Lîy, oux ovnov 8È î^fmav...

(3) Les êtres intermédiaires aux plantes et aux animaux, sinon les plantes elles-mêmes, possèdent donc de la sensibilité, en dépit des définitions trop rigoureuses et schématiques pour être vraies ou vraisemblables qu' Aristote a posées pour distinguer à cet égard les végétaux des animaux : Ta ^ip çutà Î^TJ [x^v, oux ïyti Ô'aroOTjatv tô S'atoOocvEaOai t6 î^ijov 1:06; to |xtj î^tSov 8iopiÇo(xev. De an.^ II, 3, 4i5; de juvent. et senect., 467.

PIIYLOGÉNIE ET ONTOGÉNIE ,89

avec \e progrès de la sensibilité {Tzpo'ioùfjr^q S'atJÔi^ffea); ijStî), la vie des animaux diffère... Les uns se reproduisent simplement comme les plantes à certaines époques déterminées. Les autres tâchent en outre à nourrir les petits, et quand cette œuvre est achevée, ils s'en séparent et n*ont plus désormais avec eux la moindre ji'clation commune. D'autres, plus intelligents, et possédant plus de mémoire (xi Sa auveTcitepa xal xcivcovou^rra [xvt^plyjç kià xXécv) en usent d'une façon plus sociable avec leur progéniture. Ainsi une partie de leur vie est employée aux fonctions de la reproduction des jeunes, l'autre à leur procurer la nourriture: c'est à ces deux choses que tendent tous leurs efforts et toute leur vie...

Dans la plupart des autres animaux on trouve des traces de propriétés psychiques qui, chez l'homme, présentent des différences plus nettes. Car la nature apprivoisable et sauvage, la douceur et l'humeur intraitable, le courage et la timidité, la crainte et l'audace, la violence et la ruse, se rencontrent dans beaucoup d'eux, ainsi que des similitudes touchant la prudence et l'intelligence (xal -rtjç xepl tïjv Siovotav juveaso);... ô|jL0t6TYîT£;). Tantôt la différence n'est que du plus ou du moins par rapport à l'homme, et de l'homme à beaucoup d'animaux — car un certain nombre de ces propriétés existent surtout chez l'homme, d'autres dans les autres animaux — tantôt la différence n'est que dans l'analogie. Ainsi, l'art, la science et l'intelligence existent chez l'homme; de même quelque autre faculté naturelle du même genre chez d'autres animaux. Tout cela est l'évidence même si l'on considère l'enfance. On peut voir, en effet, chez les enfants comme les traces et les germes des habitudes ou manières d'être futures. A cette époque de la vie, l'âme des enfants ne diffère en rien pour ainsi dire de l'âme des brutes (Sta^épst 5*ou0àv (5; eiTusîv if) ^'jyyi TfJçTwv ^r^piiù^f ^^X^; ^^rcà tov )rp5vov TouTov). Il n'y a donc rien que de naturel si au reste des animaux appartiennent des propriétés identiques, semblables ou analogues {û xi {xàv Taixi ix 3à -ïrapaxXT^jŒ'.a Ta S'àviXoYov bizip'/^v, toTç oXXoi; Ç(oo'.^)(i).

Il est impossible de considérer l'embryon comme étant sans âme («i; dM/j/ov... fb xJYjfjLa) et absolument privé de [vie, car les spermes et les embryons des animaux ne vivent pas moins que les plantes et jusqu'à un certain point même ils sont capables de fécondité. Il est donc évident qu'ils ont l'âme nutritive (d)v OpsxrixYjv 4^u>r^v) et que bientôt aussi ils ont l'âme sensitive ('ri;v aî(yOr<Tix^v), qui fait l'animal. Et Aristote montre ici que ce qui apparaît tout d'abord ce sont les caractères généraux de l'animal, tandis que les particularités propres à chaque espèce, c'est-à-dire la fin du développement, le but à cause duquel le développement de l'être

(i) Arist.. h. a., VIII, I.

igo LE SYSTÈME NEBVEVX CENTRAL

a lieu, n'apparaissent qu'ensuite et en quelque sorte au cours de révolution individuelle. C'est là une idée que la science moderne a, on le sait, confirmée (i).

« Ce n'est pas d'un seul coup que l'être devient animal et homme, animal et cheval, et semblablement pour^tous les autres animaux ; ce qui vient en dernier lieu, c'est la fin (to téXo;), et la fin est ce qui est le propre (to âTîtov) de chaque génération{2). » Ainsi, à l'origine de la vie individuelle, dans le germe et dans l'embryon, l'âme nutritive existe chez tous les êtres: « aux premiers moments, tous ces êtres ne semblent avoir que la vie de la plante ». Ensuite apparaît l'âme sensible, puis l'âme intellectuelle (ôp£x- TixT^,, alffOYjTixifi, vcYjTtxtj ^x^i)' ^ ^ar il faut nécessairement que les êtres aient toutes ces âmes en puissance avant de les avoir en réalité : xiao^ vip ovayxaTcv 8'jvàiJLe'. zpsxepov l^eiv yj èvepyeCa. » Il est dit toutefois, quelques lignes plus bas, que seul le voOç vient du dehors et que seul il est divin (tov vs-îv piovov 6upa0ev exetaiÉvai xal ôerov eTvat [xévcv), car son action n'a rien de commun avec l'action du corps (oiôàv yapoL-j'zoïj vfi evspYCta xsivwveT (jwjjLaTtxiî; evépYeta). Toute âme parait donc tirer son énergie d'un autre corps et d'un corps plus divin que ce qu^on appelle les éléments^ c'est-à-dire les quatre éléments, non le cinquième, Véther.

Comme les âmes diffèrent les unes des autres par leur dignité plus ou moins haute, la nature de ce corps ne diffère pas moins. Dans le sperme de tous les animaux, il y a ce qui rend les semences fécondes et qu'on nomme chaleur ; ce n'est pas du feu, ou une force de ce genre, mais le pneuma, inclus dans le sperme et dans l'écume (3); la nature immanente du sperme est analogue à l'élément des astres. Aussi le feu ne produit-il jamais un animal quelconque, et nous ne voyons s'en former aucun de matières enflammées, soit dans des milieux humides, soit dans des milieux secs. « C'est la chaleur du soleil et celle des animaux, non pas seulement celle qui agit par le germe, mais tout autre excrément qui aurait la même nature, possédant à l'égal de cette chaleur du soleil et des animaux le principe vital (Çwtixyjv àpxï^<v). Il est évident par là que la chaleur qui est dans les animaux n'est pas du feu et que ce n'est pas du feu qu'elle tire son principe. »

Les plantes, encore qu'elles vivent, étant de leur nature immobiles, ne sont pas constituées de parties dissimilaires très variées \ pour un petit

(i) EucKETf, Die Méthode der aristoteL Forschung, p. 8i. Cf. Aubert u. Wimmer, Aristo- TKLKs' fùnf Bûcher von der Zeugung u. Entwicklung der Thiere, p. i48. — Vo.'t Frantzius, Aristoteles' vier Bûcher ûber die Theile der Thiere, p. 291 ; rem. 24.

(3) Arist., De an. gêner., H, m, 786.

(3) Cf. ibid., III, XI.

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