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L'AME ET LA VIE DES VÉGÉTAUX

nombre de fonctions, il n'est besoin que d'un petit nombre d'organes (icpo; yip okiyx^ TwfiÇetî oXtywv opYovwv if) XP^^^O- M^is les êtres qui, outre la vie, possèdent de la sensibilité (ti Sa T:p'bq tô Ç^v aroÔTQ^tv Ix^vra), présentent une bien plus grande variété de caractères ; et, parmi ces êtres, les uns plus que les autres. Ceux-là présentent la plus riche variété dont la nature n'est pas seulement de vivre, mais de bien vivre. Tel est le genre humain : « Ou, seul de tous les animaux à nous connus, il participe du divin, où il en participe le plus (y; yip l^vo*/ pLetf^si "^su ôe{ou twv Vjixtv Yvwpt'ixwv C<f><i)v, tj jjiaXtTca î;ivT(i)v)(l) ».

Ce n'est pas seulement Thomme qui participe du divin, mais d'autres animaux, et en particulier les abeilles. Les abeilles participent du divin, les guêpes et les frelons n'en participent pas : ol yàp ïyojai^ oiSàv ôeTov, wjxep xi yévcç Twv jjtsXiTTÛv. D'épithète de xsptrrb^ qu'ARiSTOTE donne, en ce chapitre, aux abeilles {De an, gêner,, III), est celle par laquelle il caractérise les hommes d'une activité spéculative supérieure, par opposition avec les hommes prudents et judicieux dans l'action (2). Le meilleur commentaire, ou, pour mieux dire, l'intelligence la plus pénétrante et la plus exacte de la doctrine d'ARiSTOTE sur la participation des êtres animés au divin, c'est-à-dire à la nature du cinquième élément ou corps céleste, bref, de Vélher, se trouve dans les vers célèbres de Virgile :

His quidam signis alque hacc exempla seculi, Esse apibus parlent divinae m^nlis et hausius yElherios dixere : deum namque ire per omnia, Terrasque tractusque maris caelumquc profundum : Ilinc pecudeSy armenla, viras, genus omne ferarum, Quemque sibi tenais nascentem arcesscre vitas ; Scilicet hue reddi deinde ac resoluta referri Omnia... (3).

Ainsi, les plantes vivent, puisqu'elles croissent et dépérissent : « elles se nourrissent et vivent aussi longtemps qu'elles peuvent prendre de la nourriture » (4). La fonction de la nutrition peut en effet subsister indépendamment de toutes les autres : il est impossible que les autres subsistent sans elle chez les êtres mortels (xa>p{Ç6^jci 8à tsuto jjtsv twv iXXwv Byvaxiv, 17, S* oXXa toutou àSuvaTov èv toT^ OvtjToTç). Cela est manifeste pour les végétaux : ils n'ont point d'autre puissance de l'âme (ou de la vie) que celle-là : oi$£jx(a y^P od'zzi^ uTcap^ei îuva;xi; oXXtj ^J^ux^;. C'est donc par ce prin-

(i) De part, an.. Il, x.

(a) CLMétaph.,1, i.

(3) Georg,, IV, aig-aaB (O. Ribbeck).

(4) De an., II, 11.

iga LE SYSTÈME NERVEIX CENTRAL

cipe, la nutrition, que la vie appartient à tous les êtres vivants. « Les êtres qui ne sont pas doués de mouvement et qui ne changent pas de place, s'ils possèdent la sensibilité, nous les appelons des animaux ; nous ne disons pas seulement qu'ils vivent. » Il en est autrement des plantes. La nutrition peut exister isolée de la sensibilité tactile et de toute sensibilité. « Nous appelons végétative cette partie de Tâme dont participent les plantes : OpexTtxcv 8è \iyo\LVf to toioutov i^iptov TfJ; ^yftç oZ xal xi fyta \Le':iyei. » Ailleurs, tout en répétant que les plantes ne sentent pas (-ci <puTà oux atjôiv£Tai), bien qu'elles aient « une partie de l'âme », xi [loçho^ ^^ypt-à^t, Aristote reconnaît qu'elles sont affectées par les choses sensibles, proprement en rapport avec le toucher {r^ir/^c^ni xt ûxb xwv àrcxûv), qu'elles se refroidissent et s'échauffent (i).

Voici un point commun aux animaux et aux végétaux(2). Certaines plantes proviennent de la semence d'autres plantes, mais d'autres poussent spontanément (xi S aix6[xaxa Ytvetai), dès que quelque principe convenable à cette génération est constitué ; parmi ces plantes, les unes tirent leur nourriture de la terre, d'aulres se développent sur d'autres végétaux, ainsi qu'il est dit dans la Théorie des plantes. De même, parmi les animaux, les uns naissent d'autres animaux en conservant la forme du corps des parents, tandis que d'autres naissent spontanément, et non de parents du même genre (xi S'aixo^i-axa xal oux oltzI ajYYevwv), et, parmi ceux-ci, les uns naissent de terre putréfiée et de matières végétales, comme beaucoup d'insectes ; les autres, dans les animaux eux-mêmes, des excrétions existant dans les divers organes. « Pour les animaux qui naissent spontanément, soit dans d'autres animaux, soit dans la terre, soit dans les plantes ou dans leurs parties (3<ja S'ixi xaux5[i.axoj -^i^f^on èv ï'ooiç v) Y?l ^i çuxcT; yj xsTç xojxcov [Ji^pic'.^) et chez lesquels le mâle et la femelle existent, de ces animaux, lorsqu'ils s'apparient, naît quelque chose, mais ce produit n'est jamais semblable à aucun des êtres d'où il sort et il est toujours imparfait. » C'est ainsi que les mouches viennent des larves, et que les papillons viennent de larves semblables à des œufs, etc.

L'humide est ce qui produit et entretient la vie ; le sec est ce qu'il y a de plus éloigné de la vie : Çwxixov yip 'co O^pàv, xoppwxaxa) 5à xoO ï^'^r/oj xo $Y;p6v(3).

En général il y a des animalcules (mites, etc.) dans toutes les matières sèches qui deviennent humides, et dans toutes les matières

(i) De an., II, xii.

(3) De animaL gêner., II. i.

GÉNÉRATION SPONTANÉE DES INSECTES, DES TESTACÉS, DES POISSONS igS

humides qui deviennent sèches, du moment que ces matières ont ce qu'il faut pour les faire vivre (i).

Il y a des Insectes qui naissent spontanément, êtrcc yap ëvia xctauTa twv èvTcjjwov a Y(veta'. [^èv auT6iAaTa(2).

M La plupart des Poissons viennent d'oeufs. Il y a cependant des poissons qui naissent de la vase et du sable (Ivtoi xal èx. xîjç Wùoq xat èx tîJ; àfxji^ Yivsvrai), et qui sont de ces mêmes espèces qui naissent d'accouplement et d'œufs. On les trouve dans bien d'autres marais, mais en particulier dans un marais des environs de Cnide, à ce qu'on rapporte. Ce marais étant absolument à sec pendant la canicule, tout le limon s'y trouvait desséché ; l'eau commençait à y reparaître avec les premières pluies ; et quand l'eau revenait, de petits poissons y naissaient. Ils étaient de l'espèce des muges, qui ne se reproduisent pas par accouplement ; leur grosseur était celle de petites maenides ; ces poissons-là n'avaient ni œufs ni semence (3). » Dans certains fleuves d'Asie qui ne s'écoulent pas dans la mer, on trouve également de petits poissons nés de la même façon, c'est-à-dire de la vase et du sable. « Qu'il y ait donc des poissons qui ne proviennent ni d'œufs ni d'accouplement, mais qui naissent spontanément (oti |xàv oi5v -^i^iZ'zxK aiTéfjLara ^vwt), c'est ce qui est évident d'après ce qui précède. Tous ceux qui ne sont ni ovipares ni vivipares, naissent tous soit de la vase, soit du sable, soit de matières en putréfaction surnageant à la surface de l'eau, comme par exemple ce qu'on appelle l'écume de l'aphye, provenant de la terre sablonneuse. Cette Aphye ne peut ni se développer ni se reproduire ; après quelque temps elle disparaît et périt, mais il s'en forme d'autres, de façon que, sauf un petit intervalle de temps, on peut dire qu'elle est de toute saison... Une preuve que cette aphye sort bien de la terre (extfjç Y^;), c'est que les pêcheurs n'en prennent jamais quand il fait froid, mais quand il fait beau, comme si elle sortait de terre pour aller chercher la chaleur. » Les aphyes naissent dans les lieux ombragés et marécageux, lorsque, les beaux jours étant venus, la terre s'échauffe ; par exemple à Salamine, au voisinage d'Athènes, au tombeau de Thémistocle et à Marathon. Elles sont surtout bonnes et très abondantes quand l'année est humide et chaude.

Les Anguilles ne viennent pas davantage d'œufs ou d'accouplement. « Ce qui prouve bien qu'il en est ainsi, c'est que dans certains étangs

(i) H. A., V, XXXII. ... o^a ïftx aùrtuv CwtJv. Aubert et Wimmer remarquent ici que ÇcdiJ ne signifie pas seulement la nourriture, mais la production de l'être, sa génération. U s'agit bien de génération spontanée.

(2) De anim, gêner. ^ II, i.

(3) //. A., VI, xiv-xvi.

J. SouRY. — Le système nerveux central. 13

19^ LE S;YSTÈ.ME SERVEIX cesthal

bourbeux, quand toute Teau est tarie et que la vase est desséchée, les anguilles se reforment dès que les pluies tombent (al S'ây^éXu; ... y^'cvtoi ^aXiv, o'Ti jSwp Y^''^"*' 3ix6pt5v). Elles ne naissent pas au temps de la sécheresse ni dans les étangs constamment remplis d'eau ; elles vivent en effet et se nourrissent d'eau de pluie... Les anguilles naissent de ce qu'on appelle les « entrailles de la terre », qui se forment spontanément dans la vase et dans la terre humide (a airéijurca auvujTûrcàt ev tû ihîXû xal èv -rtj yU '^ èvijtfMo). Ces entrailles de la terre (y^!^ !nepa) se trouvent dans la mer et dans les fleuves, aux lieux où la putréfaction (afi^^tç) est grande, dans la mer là où s'accumulent les algues, dans les rivières et les étangs le long des bords, car la forte chaleur du soleil y engendre la pourriture. Voilà ce qu'il en est de la génération des anguilles (::£pi [xàv o5v tîj; twv bf/tk\nù^ -xsiiaetùç).

« Les animaux et les plantes naissent dans la terre et dans Yeau parce qu'il y a de Veau dans la terre, parce qu'il y a de Vair (i) dans Veau, et que dans tout cela il y a une chaleur vitale, de telle sorte qu'on peut dire que tout est plein d'àme [ou de vie], rivexai 8'êv y^ xal èv uYpw ti Ç(5a xal ta ç-jxa 5ta TO ev yfi |xàv JSwp urapxetv, èv S'îBaTt xvsjjxa, sv Bè toutw wavTt 6ep{A6TiQva ^'^X^'^'î''» <3r:£ Tp6xcvTtvi -jcavTa ^ux^; etvat xXt^jPY) «(s). Aussi des êtres ne tardent-ils pas à se constituer, dès que cette chaleur est concentrée ; elle se concentre et, les corps liquides s'échauffant, il se forme comme une bulle d'écume (oîcv ii^p(ùirt<; xo[x(p6Xu$). Les différences qui font que le genre d'êtres ainsi formés est plus ou moins élevé en organisation résident dans le principe vital {h tfi 'Ktpù.if^u ^^ «PX^î ^î ^'«^X^y-^^)- ^^^ causes duphénomf^ne sont et les milieux et le corps qui s'y rencontre. Dans la mer, il y a beaucoup de terreux ; aussi est-ce d'une combinaison de ce genre que se forme la nature des Testacés, le terreux se durcissant tout à l'entour et devenant aussi compact que les os et les cornes (le feu môme ne les fond pas) ; le corps, vivant, est à l'intérieur.

Quant aux Téthyes leur nature diffère peu de celle des plantes; elles sont toutefois plus animales que les éponges (ÇwttxciTspa twv fficoYYwv); car celles-ci ont tout à fait la fonction de la plante. C'est que la nature passe sans discontinuité des êtres sans vie aux êtres vivants par l'intermédiaire d'êtres qui ont la vie sans être cependant des animaux, de sorte que l'un paraît très peu différer de l'autre tant ils sont rapprochés entre eux : *H y^P f'JŒtî |x6Ta5a{ve'. auvsxw; ixà ttav Sv^jym ei; xi Çûa Sii tûv ÇtivTwv [xàv, cix Svrwv 5à Ç(0(*)v (3).

(i) Aristotb, explique ailleurs ce qu'il entend par rvcu^ia : to ::veufia ït:\ OEpfxo; ctYfp. Ainsi le TCvcu^aa est un air chaud. Tous les corps animés possèdent une chaleur naturelle inhérente à leur organisme .

(2) De anitn. gêner., III, xi. Cf. II, m.

(3) Départ, animai., IV. v. Cf. H. A. VIII, i.

PSYCHOLOGIE COMPARÉE DES ÉPONGES igS

11 semble que VÉponge ait une sorte de sensibilité (îoxeT iï xal 5 aizà-ffoç l^stv Tivà arff6iQ<yiv) (i). « Il y a trois espèces d'épongés... Toutes les éponges poussent sur le roc ou près des bords de la mer ; elles se nourrissent dans le limon... On dit que les éponges possèdent aussi de la sensibilité (ï^et 5à xal aroOYjaiv, ciç çaa(v). On cite en preuve qu'elles se contractent lorsqu'elles sentent (alffOTQTai) qu'on veut les arracher, et qu'il est alors difficile de les détacher. Elles en font autant quand le vent est violent, et que les vagues sont agitées, afin de n'être pas emportées. 11 y en a pourtant qui doutent du fait, comme les habitants de Torone. Les éponges nourrissent dans leur intérieur des animaux, des vers et d'autres du même genre ; lorsqu'elles ont été arrachées, les petits poissons des rochers les dévorent avec ce qui reste de leurs racines. Quand elles ont été arrachées, elles repoussent des parties restantes et se reforment complètement... Il ne leur faut pas trop de chaleur, car elles pourrissent comme les plantes (wcncep ti çuéixeva). C'est pourquoi les plus belles naissent sur les côtes, si elles y trouvent des eaux profondes, où elles jouissent ainsi d'un heureux mélange de température. Quand elles n'ont pas encore été lavées et qu'elles sont encore vivantes (ïwvtcç), elles sont noires. Elles ne sont point attachées par un seul point ni dans toute leur masse, car les pores de leur milieu sont vides; leur racine est comme entourée d'une membrane, et l'adhérence se fait sur plusieurs points. En haut les autres pores sont fermés ; on n'en aperçoit que quatre ou cinq de visibles, ce qui fait dire à quelques-uns que c'est par ces pores qu'elles prennent leur nourriture. Il est une autre espèce d'épongés qu'on nomme aplysies, parce qu'il est impossible de parvenir à les laver. Cette espèce a de grands trous et tout le reste est compact; elles ressemblent tout à fait à un poumon (icveuixovwSeç). » C'est surtout cette espèce d'épongés que tout le monde s'accorde à reconnaître comme douées de sensibilité et d'une longue durée : 6|xoXcYeÏTai îà (xdcXtata i:api icovtwv tsOto xb "xhoq oth^r^dVi l^eiv xal xoXu;(pcv'.ôv eîvai.

(i) II. A.y l, i ; V, xvj. Ailleurs Aristotb dit que l'éponge ressemble tout à fait aux plantes t Vilï, j, 6.

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