PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE
Ânatomie comparée.
Dans l'œuvre immense d'ARiSTOTK,;qui résume et fixe, à un moment de la durée, Tétat des connaissances humaines sur la nature et sur la vie, il n'y a point trace certaine d'une seule observation ou expérience originales. C'est pourtant bien une biologie complète (si Ton excepte l'anatomie et la physiologie végétales, qui toutefois préoccupent constamment Aristote) qu'a laissée le Stagirite, biologie qui n'était d'ailleurs, pour l'esprit philosophique d'un Hellène, qu'un chapitre de l'histoire du monde. Car dans la conception de l'univers des prédécesseurs d'ÂRiSTOTE, dans celle d'un DÉMOCRiTE ou d'un Anaxagore, la vie des organismes, la vie des plantes et des animaux, envisagée au point de vue de la forme ou de la structure et de la fonction, depuis la nutrition jusqu'à la sensibilité et la pensée, n'est qu'une partie de la nature, c'est-à-dire du seul être éternel et infini, qui persiste, immuable, au milieu des transformations de la substance, de la production et de la destruction des mondes, des flores et des faunes.
En physiologie Aristote ne pouvait connaître des fonctions que ce qu'il est possible d'en savoir sans la pratique exacte et méthodique de la physiologie expérimentale. Aristote n'a jamais fait de dissection de mammifères. A-t-il assisté à des « anktomies » de ces céphalopodes, qu'il connaît si bien, à la dissection de quelques reptiles ou sauriens, du caméléon, par exemple?
Le texte suivant m'inclinerait à le croire.
Le Caméléon (6 •/aiJ'^ciXéwv) a dans tout son corps, dit Aristote (H. A., II, xi), la forme d'un Saurien (to (ix^[Ji.a aaupoetîl;) ; les côtes descendent en se rejoignant jusqu'à la région de Thypogastre, comme chez les Poissons; le rachis proémine aussi à l'instar des poissons. Sa face ressemble beaucoup à celle du Singe à groin de porc ; il a une queue fort longue, qui finit en pointe, et qui ordinairement est enroulée comme ferait une lanière. Il est plus haut que les Lézards par sa distance du sol et les articulations de ses jambes sont comme celles des lézards. Chacun de ses pieds est divisé en deux parties qui s'opposent, comme, chez nous, le pouce au reste de la main; chacune de ces parties est subdivisée jusqu'à un certain point en plusieurs doigts : aux pieds de devant, la partie tournée vers l'animal en a trois, la partie externe deux. Aux pieds de derrière, la partie tournée