LA CHALEUR ANIMALE
animaux les mieux organisés ne sont pas susceptibles d'être ainsi divisés, car leur nature est « une n au plus haut degré possible. Certaines parties divisées et séparées du corps ne laissent pas toutefois de montrer quelque trace de sensibilité (jxtxpiv artiOr^aiv), attestant qu'elles sont encore le siège d'une affection psychique (ct». îyv. ti '^u^wtov Tzi^oq). Après l'ablation des viscères, les animaux continuent à se mouvoir. C'est le cas pour les tortues après qu'on leur a enlevé le cœur (i).
Si Ton crève les yeux à de jeunes hirondelles, leurs yeux repoussent, a écrit Aristote. Mais si on les détruit quand l'oiseau est en pleine croissance, et avant même que celle-ci ne soit tout à fait achevée, les yeux sont perdus (2). On assurait que les serpents présentent le même phénomène que les petits de Thirondelle : si l'on crève les yeux aux serpents, ils repoussent, disait-on. La queue des serpents repousse aussi, ainsi que celle des lézards, quand on la leur a coupée (3).
Les erreurs d'AnisTOTB sont, comme il arrive, souvent aussi instructives que les opinions les plus vraies sur la nature et sur la vie. Les unes dérivent des premiers principes de sa philosophie, les autres de sa méthode et des connaissances de son temps. Ainsi Aristote ne peut admettre l'unité substantielle de la matière et ne saurait convenir qu'on puisse invoquer les mêmes principes pour expliquer les phénomènes du ciel et ceux de la terre. A cet égard, il faut le reconnaître, « ses idées de la nature et du changement des corps sont souvent moins rapprochées des nôtres que Tétaient celles de ses prédécesseurs » (4). Aristote rejette rhypothèse de V unité de la matière, parce qu'alors, dit-il, il n'y aurait rien d'absolument léger, rien d'absolument lourd; il n'y aurait plus de corps qui se porterait en haut, ou en bas, etc. : [xiaç [xàv yip ojoy;^ (t^ç ûXy;;) ojx lorat to aTuXwç 3apù xalxoî>?5v(5). S'il en était ainsi, un grand nombre de petites choses accumulées pourraient devenir plus pesantes qu'un petit nombre de grandes. Beaucoup d'air et beaucoup de feu pourraient être plus pesants que de l'eau et de la terre en petite quantité. Or c'est ce qui est tout à fait impossible. Es 5à toOto Ircat, au(x6T^|j6Tat zoXùv iipz xal ttoXù xDp 28aTcç eTvat papjxepa xal -f^^ç oXt'Yr^^. TôuTo 8 ' ETclv àojvaiov. Tout corps simple possède son mouvement naturel; Aristote se refuse donc à « rechercher pourquoi le feu se porte en haut
(i) Ailleurs, Aristote parle de dissection d'anguilles évidemment vivantes. H. A., VI, xvi.
(2) De an. gen.^ IV, vi. xtSv ysXiôovtuv eoiv xtç eti vecov ovituv Ixxevirjai) ta 0(i,(xaTa, iziXiv ^YtâJ^ov- Tai. Cf. ff. A., VI, V, où il est dit que si 1 on fait subir la même mutilation aux toutes jeunes hirondelles, elles guérissent et jouissent plus tard du sens de la vue : y-voviai Gyietç xal pXejîouatv uorepov.
(3) Arist., h. A.f II, XVII, la. Cf. De anim. gêner., IV, vi.
(4) R. EucKBN, Die Méthode des aristoteL Forschung, p. i5o.
(5) Arist., De cœlo^ IV, ii, Cf. IV, v. Eîfxàv y*P H-'-» ^^'l ;:avT(ov...
aoo LE SYSTÈME SERVEUX CEXTRAL
et la terre en bas » (i). Le corps léger va naturellement en haut, le corps grave en bas ; voilà tout (2). Toute explication mécanique du mouvement se trouve ainsi écartée ou rejetée. Tout corps pesant se porte naturellement vers le centre (3). Mais le mouvement des éléments n'a pas lieu soit en haut, soit en bas, par l'action d'une cause étrangère; il n'est pas forcé non plus, et il n'a pas lieu, comme on le prétend, par l'expulsion que subirait un des éléments remplacé par un autre (4).
Pour l'avancement des sciences physiques et biologiques il n'existait môme aucun moyen connu de mesurer la c/m/f»wr, et les naturalistes étaient dans le désaccord le plus complet sur la température du milieu interne et externe des animaux. Les uns, par exemple, prétendaient que les animaux aquatiques étaient plus chauds que les animaux terrestres, attendu, disaient-ils, que la chaleur de leur nature devait contrebalancer la froideur du milieu où ils vivent. On disait encore que les animaux qui n'ont pas de sang sont plus chauds que ceux qui en ont; que les femelles ont plus de chaleur que les mâles, etc. « Si le froid et le chaud donnent lieu à de telles controverses, écrivait Aristote, que doit-il en être pour les autres qualités des éléments, puisque celles-là sont les plus claires de toutes qui tombent sous notre sensibilité. El î'Iyet tctx>ct;v tc ôspjxov xal to <}/JXpov ipiota- ^T^jTTjTiv, t{ ypii îrepl xwv a>vA(i)v ursXoSsTv ; TauTa y^P ^l^^'' èvepYé<r:aTa xwv -repl tt;v aîcrOr^Tr^. Ces disputes semblent provenir de ce que le mot « plus chaud » (to ôcpjjLÔtepôv) peut s'entendre très diversement. Chacun, tout en disant le contraire, paraît pourtant avoir quelque raison de son côté. Aussi doit-on bien se rendre compte de ce qu'on entend, quand on parle des composés naturels, par chauds et par froids, par secs et par liquides, car il semble bien manifeste que ce sont à peu près les seules causes de la mort et de la vie (aÏTta xauTa (r/eSov y.at OovaTcu xal îwîjç), du sommeil et de la veille, de layVwnesse et de la vieillesse, de la maladie et de la santé,.. Est-ce que quand on dit <c chaud » (ts ôep'^iv) on entend quelque chose d'absolu ? Ce mot n'a-t-il pas des acceptions diverses? 11 faut voir d'abord ce que produit une chaleur plus grande, combien il y a de ces résultats, s'il y en a plusieurs. On dit en un sens ({xxune chose est plus chaude quand elle échauffe davantage ce qui la touche. On dit autrement qu'une chaleur plus grande est celle qui donne une sensation plus vive quand on la perçoit par le toucher, surtout si cette impression est accompagnée de douleur (èiv [xeti XJrr^ç). Parfois ce
(i) Arist., De cœlo, IV, m, 4- To 81 ÇrjTeTv ôià xî çêpsTai 16 iwp 5v(o xal f, yfî xàto»...
(2) Phys., Mil, IV, 6.
(3) De cœlo, II, xiv, 8.
(4) Ibid. I, viii, l'i. 'AXXà ejifjv ouô'un'aXXo'j çfpetat a-^Tcov xo jjltv avtoiô 3i x4tw oùoi ^ii, otjizip
NI COLLECTIONS D'IIISTOIBE NATURELLE NI JÀBDINS ZOOLOGIQUES aoi
peut n'être qu'une erreur; car c'est quelquefois la disposition où l'on est qui est cause de la douleur chez ceux qui l'éprouvent... Quand on touche le sang y on le trouve plus chaud (to aliJta ôepjjLov èort) que l'eau et que l'huile, mais il gèle plus vite... En outre, parmi les choses qu'on appelle chaudes, la chaleur des unes leur est étrangère, tandis que la chaleur des autres leur est propre. Or, que ce qui est chaud le soit de la première ou de la seconde façon, c'est ce qui diffère au plus haut point. Car l'un des deux est bien près alors de n'être chaud que par accident, et non par soi {kyyhç yàp toO xori (rj(x6£6TQXc^ elvai 6sp{jt.ov, àXXà [xy; xaO* auxb OaTspov xitwv...) Ce qui est chaud en soi brûle davantage : telle la flamme qui brûle plus que l'eau bouillante. Il ressort de tout cela que ce n'est pas chose simple ni facile déjuger (to xpTvai), entre deux choses, laquelle est la plus chaude... On voit encore que le froid est une nature d'une certaine espèce, et non pas une simple privation : xal xoieT 8à çovepov èv toTç TctouTotç oxi xo ^X9^^* ?^^'Ç '^^Ç? <^^^* ®'^ ^ipridç èxciv... » (i).
Pour le dosage des quantités minimes de substance, même absence de tout instrument de précision. Dès qu'une substance n'était plus sensible pour aucun sens, Aristote la considérait ou comme n'existant plus, ou comme transformée en quelque autre de nature absolument différente. Ainsi, il y a, dit-il, des cas où « l'une des deux choses mélangées se change en celle qui prédomine ». Il n'y a plus mélange proprement dit, mais simplement accroissement de l'élément prédominant (ou... jjiTÇtv, àXX' aj5Tr;<iiv toD xpaxouvToç). Une goutte de vin, par exemple, ne se mêle pas à une quantité d'eau qui serait de dix mille amphores : dans ce cas, l'espèce ou la forme du vin est dissoute, elle disparaît et se transforme en la masse d'eau tout entière : XùsTai ya^ to eîSoç xal jjLSTaôaXXei etç ib wav o8a)p(3).
Aristote ne manque certes point de révérence pour ses anciens (3), surtout pour Démocrite : « C'est Leucippe et Démocrite qui, mieux qu'aucun philosophe, ont ici encore montré le vrai chemin, et en expliquant tous les phénomènes d'une manière rigoureusement scientifique d'après les mêmes principes, et en prenant un point de départ indiqué
(i) Arist., De part, anini., II, ii. Cf. pourtant Arist., De gêner, et corrupt., II, vu, 7. lati tÔ evEpygia Oep^ov Ôuvoijifii <|'U/pôv x«i tô èvep^eia <}/uypov 8uya(XEi 0ep[xôv... Et ces parolos de Bonitz : materiae et formae, potentiae et acius discrimen adhibet, tamquam promptam ac paratam ad omnia systematis vulnera medelam.
(3) Arist., De gêner, et corrupl., I, x, 9.
(3) Aristote va toutefois jusqu'à taxer de folie (jxavta naoaTrXTÎiiov slvat) les philosophes de TEcole d'Élée, « car, dit-il, il n'y a pas de fou qui soit jamais allé à ce point d'aberration de trouver que le feu et la glace sont une seule et même chose. » De gêner, et corrupt., I, vin, 4.
303 LE SYSTÈME y EU VEUX CENTRAL
par la nature (i). » Il aurait fait sagement de les suivre plus souvent. Ainsi Anaxagore et Démocrite (2) assuraient que la voie lactée n'est que la lumière de quelques étoiles. 01 8à Tcepl 'Ava^oYopav xal AiQiiixp'.Tcv çôç etvat Tb yi^a XeYouTtv «jtpwv f.vûv. Les Pythagoriciens savaient que la Terre n'est qu'une planète. Aristote rejette l'idée que la Terre soit un astre en mouvement. Les sages d'Italie, dit-il, que Ton nomme Pythagoriciens, prétendent qu'au centre du monde est un feu, que la terre est un des astres, qu'elle fait sa révolution autour de ce centre, et que c'est ainsi qu'elle produit la nuit et le jour. Oî iztpi ttîv 'IiaXCav, xaAou[X£voi Sa Iluôxi'opsto'. . . . e^ri jjièv yip ToO \Liao\j Tjp eïva». ^aoi, tyjv ii y^v h tôv àarpwv ouaov, xuxX(i) çepoixsvYîv Tuepl to [xiaov V'jxTa T€ xal Tfjfxépx; icotsiv (3).
Entre tous ces « physiciens » qu'il cite souvent sans les nommer expressément, et qu'il désigne par les mots : ol çuaixci, ot çuawXéYot, -rtvàç XéYouffiv, G); çaoïv, c'est Démocrite qui est le plus souvent invoqué par Aristote, précisément parce que, plus que tout autre naturaliste, il s'était attaché à la connaissance exacte des détails. Pourtant, lorsque le Stagirite consulte d'autres sources d'informations qu'il croit plus autorisées, il conteste tout haut les observations du vieux maître, comme s'il était secrètement heureux de secouer le joug. Mais, d'ordinaire, mal lui en prend. Ainsi, il réfute à tort Démocrite sur la production du fil des araignées : « Les araignées peuvent produire leur toile aussitôt après leur naissance ; mais ce n'est pas en tirant les fils de leur intérieur, comme une sécrétion (TC6p(rrù)iJi^), ainsi que le prétend Démocrite (xoSarcep (pyjal AiQjjiixptTo;) ». D'après Aristote, la matière servant à ourdir les fils de la toile se détacherait de la surface du corps comme une écorce ; il la compare aussi aux piquants que lance le hérisson (4).
Aristote répète que « tous les cerfs ont dans la tête des vers (^wXtjxa;) vivants (5) ». Il décrit l'hippopotame d'Egypte sans l'avoir jamais vu, s'il est l'auteur du passage de YHistoire des animaux, II, vu, où l'on attribue au cheval de rivière de petites défenses (xauXwîovxa;), la « voix du cheval » et la « taille de Tàne » (6). Aristote n'avait même jamais vu de lion, ni vivant ni mort, comme cela ressort nettement de sa description
(^i) De gêner, et corrupt., I, viii, a. ôôoi 8à [làXtoTa xai Tccpi Tcavroiv l\\ Xd^co ôiwpixaai AevxiTCTCo; xai ATjjxdxpiTOç, âpy(^T]v TcoiTjaajjLÊVoi xaxà çuaiv r^mp ear^v.
(a) Météorol.t I, viii, 4. Démocrite a certainement entrevu la véritable nature de la voie lactée. Stob., Eclog., l, 28, 574.
(3) De cœlo, 11, xiii, i.
(4) fi. A., IX, XXVI, I.
(5) Ibid., XV, VI.
(6) Cf. Hérod., II, 71.
LES ATLAS D'ANATOMIE 2o3
{De part, an., IV, x), quoiqu'il en existât encore à cette époque en Macédoine et dans le nord de la Grèce (i). 11 ne les connaissait que parce qu'il en avait entendu rapporter (Ogle). Aristote n'avait à sa disposition ni ménagerie, ni muséum d'histoire naturelle. L'histoire des collections d'animaux qu'ALEXA^NDRE aurait expédiées à Aristote de toutes les contrées qu'il traversa au cours de son expédition dans l'Asie orientale est une pure légende ; cette fable ne mériterait pas même une mention si Guvier ne l'avait d'abord acceptée. Plus tard il abandonna cette opinion lorsqu'il reconnut que la description des animaux d'Egypte dérivait de celles d'HÉRODOTE. « L'autorité de Guvier, historien de la science, est décidément d'une valeur bien différente de celle de Guvier biologiste, » remarque Ogle après beaucoup d'autres. Humboldt témoigne également que « les écrits zoologiques d'ARiSTOTE ne présentent aucune preuve que ses connaissances à cet égard se seraient enrichies ou étendues du fait de l'expédition d'ALEXANDRE » (2).
Tout le monde convient qu'ARiSTOTE n'a jamais autopsié un cadavre d'adulte humain. 11 ne paraît pas avoir même eu de squelette dans son cabinet. Nous avons rappelé ses erreurs sur les sutures comparées du crâne des mâles et des femelles. Voici ce qu'il rapporte de leurs dents : les mâles ont plus de dents que les femelles, aussi bien chez l'homme que dans les moutons, les chèvres et les porcs. Sur les autres animaux l'observation n'a pas encore été faite (3).
Quelquefois ce qu'on lit dans les plus doctes traités du maître de tout savoir passe toute croyance. L'homme est, pour ainsi dire, le seul animal chez qui le cœur batte, parce qu'il est aussi le seul qui puisse ressentir l'espérance ou la crainte de l'avenir : èv cr^Optkw le yiip (7U[x6a{v6i [xovcv, w; êixetv, To vf^^ TOQÎT^j^ç, 3tà to ii.6v5V iv ïXtzIzk yhzQ^xi xal xpoaSoxta xoO |xéXXovToç(4).
Lewes remarque, à propos de ce passage, qu' « on pourrait croire qu'ARiSTOTE n'a jamais tenu un oiseau dans sa main ».
Le Stagirite met pourtant le lecteur en garde contre le dédain ou le dégoût que pourrait lui inspirer l'étude des autres animaux. N'en devrait-il point penser autant de sa propre étude, cet homme si porté au mépris des humeurs, du sang et des viscères de la vie organique ? Gependant, Aristote en convient, ce n'est point sans la plus grande répugnance qu'on peut considérer ce qui constitue l'organisation de l'homme, sang, chairs,
(i) Xénoph., De venat.f XL Cf. Herod., VU, 12/1-6. (a) Humboldt, Cosmos^ II, 191, 427. Rem., gS et 97.
(3) AaisT., H. A., II, m. "E^ouai 8è jcXeiouç oî appsveç tôv ÔtjXêiûv ôSovta;, xa\ Iv ivOpoSTioiç..
(4) Arist., De part, anim., IIÏ, vi.
2o4 LE SYSTÈME NERVEUX CENTRAL
OS, veines et tant d'autres parties du genre de celles-là (aT[xa, aopxe;, o^â, (pAiôsç xal xi ToiaOïa ijipta). Cette organisation des animaux, il estimait Tavoir suffisamment fait connaître, soit dans Y Histoire des animaux, soit dans les Descriptions anatomiques [i) ; c'est à ces ouvrages qu'il renvoyait le lecteur : « car, ajoutait-il, il y a des choses qu'il est plus facile de faire comprendre clairement par des explications, et d'autres par la vue. » Or ces 'Ava-roixai étaient des dessins, sans doute coloriés, des parties ou organes du corps, des figures anatomiques de dissections, des atlas d'anatomie normale (2). Et cependant des passages tels que ceux de V Histoire des animaux, I, VI et XVI et des Parties des animaux, II, x, ne permettent pas de révoquer en doute l'opinion à peu près unanime des critiques et des historiens: Aristote, non plus d'ailleurs que ceux de ses contemporains, naturalistes ou médecins, dont les écrits ont survécu, ne connaissait les parties du corps de l'homme que par analogie avec celles du corps des animaux ^3). C'est donc par une pure induction, d'ailleurs inexacte, qu'à propos des singes (cébès, cynocéphales), dont la description des organes externes est si exacte, Aristote a écrit que : « quant aux parties internes^ tous ces animaux les ont distribuées semblablement à celles de l'homme (4) ».
A propos de V Histoire des animaux, du traite des Parties des animaux et du traité de la Génération des animaux, dont il a fait une élude exacte et approfondie, sur le texte même, Lewes (5) estime (iu*on trouve dans le premier de ces ouvrages une multitude de faits : les uns, exacts ; les autres, vulgaires ; et beaucoup de faux, mais qu*« il n*y a aucun lien entre ces faits si nombreux : il n'y a pas entre eux un seul principe général qui puisse faire un système de quelque utilité et former un travail de science réelle. A sa
(i) De part, an., IV, v. Ix te tôv taxopiôv tûv Tcept Ta ÇtSa OewpgtaOto xai ix to»v âvarop-tûv t» {xiv fàp Tô X(iY<î>, Ta 8è TCpôç t))v 5^}»iv auTôv aa^rjv^Çeiv ôst (jlÎXXov.
(2) H, A., IV, I. exaara 8à to:Sto3v cîiç xeÎTai tôv (jLop{fov, OecopcT^Oco Ix Tfjç Iv TaT; âvaTOjjLOt; Ôiaypaçfj;. Aristotb cite souvent ces atlas, qui semblent avoir été perdus de bonne heure. V. H. A., I, xvii; VI, II. De gen. an., II, vu. De part, an., IV, v. De respir., XVI. L'opinion de Rose {Aristoteles pseud.) que les 'AvaTop.ai seraient avec les Zfotxdt un même ouvrage est avec raison contredite par Heitz (^Fragm, A ris t., 171).
(3) H. A., I, XVI. « Les parties du corps humain qu'on distingue extérieurement, à première vue, sont disposées comme on vient de le dire ; ce sont celles qui sont le plus ordinairement nommées, et qui sont les plus connues par »uite de l'habitude où l'on est de les voir. Les parties intérieures sont tout le contraire; inconnues sont surtout celles de l'homme (fi^ywora yip eoti jxaXiaTa Ta Ttuv âvO^^tiSTCov). Aussi doit-on les considérer en y rapportant les parties des autres animaux avec lesquelles celles de l'homme ont une ressemblance naturelle. » V. outre Zbller, Die Philosophie der Griechen, Il Th. 2^« Abth. 3*« Aufl. Leipz., 1879, p. 98. R. Eucken, Die Méthode der aristotel. Forschung, Berlin, 187a, p. 161.
(4) H. ^., I, V (ix) .Ta ô'âvTÔç ô'.aipsOc'vTa o(xoia k'youTiv avOpojTccii ;:avTa Ta ToiauTa.
(5) G. IIekry Lewes. Aristotle, A Chapler from the Ilistor)' of Science, including Analysis of Aristotle's Scientific Writings, i864- London, Longmans, Green and Go. Cf. The history of philosophy from Thales to Comte, fifth éd. Lond., 1880, 1, 336. V. les textes cités par Barthélemy-Saint Hilaire, Histoire des animaux d'A.MSTOTE.
ANATOMIE GÉNÉRALE. TISSUS ET ORGANES ao5
date, c était certainement une chose importante pour un penseur éminent de consacrer tant de soins à recueillir des faits ; mais ce ne pouvait être là que des matériaux préparés pour la science à venir. On aurait beau savoir ce livre par cœur, on ne serait pas en état de classer, même provisoirement, le moindre nouvel animal et d'expliquer le moindre phénomène biologique. Si Aristote avait posé des bases éternelles, s'il avait placé aux mains des hommes un nouvel instrument de recherches, la zoologie aurait fait les mêmes progrès que Taslronomie depuis Hipparque jusqu'à Ptolémée. » Touchant le traité des Parties des animaux, Lewes écrivait : « Pour nous résumer, nous devons remarquer que ce traité, tout éloigné qu'il puisse être des règles modernes, n'en oflre pas moins un grand intérêt pour l'histoire de la science, non pas seulement par les matériaux qu'il lui fournit, mais aussi comme un des premiers essais tentés pour fonder la biologie sur l'anatomie comparée. Bien que, pendant de longs siècles, les animaux aient été étudiés comme des curiosités plutôt que comme des données scientifiques, et que jusqu'à ces derniers temps la zootomie ait formé une branche non reconnue des recherches biologiques, Aristote en a néanmoins compris de bonne heure la vraie position ; et il a recherché les lois de la vie dans tous les êtres organisés... Dans toutes les découvertes modernes, Aristote aurait retrouvé comme la réalisation de ses rêves ; et l'on peut dire qu'avoir compris de si bonne heure l'importance de l'anatomie comparée, est une preuve de plus, parmi tant d'autres, de sa prodigieuse sagacité scientifique. Mais une remarque importante pour la méthode, c'est qu' Aristote, bien que voyant l'étendue et la fécondité de ce champ d'investigation, et quoique comprenant combien elle s'identifiait avec l'étude même de la vie dans l'homme, n'a pas personnellement fait la moindre découverte en physiologie, ni vu le moindre fait anatomique qui ne fût déjà de toute évidence aux yeux du vulgaire, » Enfin, relativement au traité de la Génération des animaux, que Lewes considère comme le chefd'œuvre scientifique d' Aristote, pas un ouvrage ancien, dit-il, et bien peu d'ouvrages modernes, ne l'égalent pour l'étendue des détails et pour la profondeur de la sagacité spéculative. « Si l'on s'est familiarisé avec les écrivains des xvi*, xvii* et xviii° siècles, ce monument apparaîtra dans sa véritable grandeur ; et, quelque au courant qu'on soit des résultats et des théories de l'embryologie la plus récente, on sera surpris, je l'affirme, et charmé, de voir combien de fois Aristote est au niveau de la spéculation la plus haute. »
Que pouvait savoir Aristote en biologie ? Quel usage a-t-il fait de ses connaissances? Voilà des questions que nous tenons pour légitimes, ont écrit AuBERT et Wimmer.
(c Si, avec Lewes, on prétend qu'ARiSTOTE aurait dû savoir ce que nous savons aujourd'hui, et, s'il ne l'a pas su, aurait du pressentir et deviner ce qu'on sait actuellement, on ne sera pas capable de rendre justice à Aristote. 11 est bien regrettable que Touvrage, à tant d'égards si intéressant et si attachant, du savant anglais sur Aristote, soit à ce point dépourvu de sens liistoriquc. Il est ainsi arrivé à Lewes, tantôt d'exalter outre mesure les mérites d'ARiSTOTE, tantôt de rabaisser, avec la même exagération, non seulement les connaissances du Stagirite, mais sa faculté d'observation et sa méthode (i). n
(i) H. AuBERT et Fr. Wimmer, Aristoteles Thierkunde. Leipz., 1868, v.
ao6 LE SYSTÈME NERVEUX CENTRAL
Dans l'étude patiente et approfondie qu'ils ont faite du texte et de la matière infinie de cette œuvre immense, une des plus extraordinaires constructions de Tesprit de Thomnie, AuBERTetWiMMER out entre VU ct indiqué les grandes lignes d'un plan. C'est bien une biologie complète (toujours abstraction faite de Tanatomie et de la physiologie végétales) qu'a laissée Aristote, biologie qui n'était d'ailleurs, dans l'esprit philosophique d'un hellène, nous l'avons dit, qu'un chapitre de l'histoire du monde, ou du cosmos ; car, dans cette conception de l'univers, la vie des organismes, la vie des plantes et des animaux, envisagée au point de vue de la structure et des fonctions, — depuis 1' <c âme nutritive » des végétaux et de tout ce qui a vie, depuis la nutrition, jusqu'à la mémoire, aux idées, à la pensée et à la raison de l'homme, à l'art et à la science, — n'est qu'une partie de la nature, une production de la matière et de ses propriétés.
Dans la première des quatre parties de V Histoire des animaux, Aristotk traite de la structure et des organes des animaux. C'est bien l'exposition des parties externes et internes de tous les animaux, des parties communes à tous et des parties spéciales à chaque genre, qu'il s'était proposée. Il a conçu et établi d'une manière systématique le principe de Tanatomie générale, de l'anatomie descriptive et de l'anatomie comparée. Les parties similaires ou homéoméries (iJLiptj ôjjwtoixepf}), qu'il distingue et groupe surtout par rapport à la consistance, à la couleur, etc., correspondent à ce qu'aujourd'hui on désigne du nom de tissus, des parties élémentaires constituant les « organes », les àvoixotoixepî;. Ainsi, de la chair (aap?) est, partout et toujours, et uniquement de la chair, il en est ainsi des os, de la peau, de la corne, des poils, des plumes, de l'écaillé. Aristote cite le sang comme étant, chez tous les animaux qui ont du sang, la plus commune de toutes les parties similaires: twv 5'5[^.o'.o'^p(iiv xoiv^totov. Quoique différentes, ou autres, sous le rapport de l'analogie, les parties similaires sont identiques dans les divers genres d'animaux : « Par exemple, l'os est analogue à l'arête, l'ongle à la corne, ... la plume à l'écaillé ; ce qu'est la plume dans l'oiseau, l'écaillé l'est dans le poisson (S yip sv 5pvt6i -îTcepov, touts âv V/W. hv, Xexiç). Relativement donc aux parties que possèdent les divers animaux, ces parties sont bien, de cette manière, différentes ou autres, mais pourtant identiques (i) » (Ga.za).
Cette division des parties a persisté jusqu'à notre époque. C'est sur elle que repose la distinction de VAnatotnie générale et de VAnatomie descriptive. Ce que Fallope (1775) appelait encore partes similares et dissimilares
(i) H. A., 1, I, l\. Katà jxiv ouv jK^oia a e/^ou^tv sxaiTa tôv Çwoiv, touto'v Te tôv Tpf^rov sttpa loTi xai TauTOc. Bk et Bmk.
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE D'ARISTOTE ag;
s'appelle, chez Xavier Bichat (i8oi), le fondateur de Fanatomie générale, tissus et organes. Mayer (1819) employa le mot « histologie » pour désigner la science des partes similares. Schwann (iSSg), s'appuyant sur sa théorie cellulaire, distingua les parties élémentaires constituant les tissus d'où sont formés les organes.
Le rapport entre VAnatomie descriptive et VAnatomie comparée est aussi net chez Aristote. D'abord est exposée Tanatomie de Uhomme, parce que c'est celle de 1' « animal qui nous est le mieux connu »; il est traité ensuite des analogues (àvàXoYa) des organes de l'homme dans toute la série des êtres vivants, vertébrés et animaux sans vertèbres. La grandeur de cette conception ne nous frappe plus autant qu'elle le ferait si elle ne nous était devenue familière. Prenons garde pourtant qu'Aristote Ta créée. L'anatomie comparée, l'analomie philosophique, est une création de l'esprit hellénique, du génie d'ARisTOTK en particulier : elle est fondée sur la catégorie de l'analogie. Ce principe, Aristote Ta étendu non seulement aux parties externes, mais aux parties internes des organismes (Agassiz); il a, par exemple, considéré les branchies comme l'analogue des poumons, le ganglion cérébroïde des céphalopodes comme l'analogue du cerveau, et, pour les organes de la digestion, de la génération, etc., comme pour les parties du squelette, comparé, à travers toute la série, les tissus, les organes et les appareils.
Dans la seconde partie de V Histoire des animaux y qui, d'après Aubert et Wimmer, s'étend du § 79 à la fin du IV livre, et qui nous a plus particulièrement intéressé, Aristote a traité des sens, du sommeil, de la voix et du langage : toute cette partie, où les différentes fonctions de la vie de relation sont traitées par le détail, constitue une Physiologie comparée, La troisième partie est un traité d'Embryologie comparée (V* et VI* livres), science dont Aristote nous paraît, comme à Lewes, être le grand et génial ancêtre. Des pages entières sont restées dans la science : l'étude du développement du poulet dans l'œuf, du cœur, du cerveau, des yeux, l'étude du même ordre de phénomènes dans les œufs de poissons et de céphalopodes, celle de l'embryologie des sélaciens, etc. Enfin, la quatrième et dernière partie est une Psychologie comparée (VHP livre), où les instincts, les mœurs, et, d'un seul mot, toute l'activité psychique des Invertébrés et des Vertébrés ont été décrits avec une profondeur d'intuition et une puissance de synthèse qu'aucun siècle ne reverra jamais.
Comment Aristote a-t-il acquis les éléments de cette synthèse, c'est-àdire, encore une fois, ses connaissances en biologie ? Pour VancUomie, il ne connaissait guère de vue que ce que connaissent par la pratique les bouchers, les équarrisseurs, les sacrificateurs, les cuisiniers, les chasseurs, et sans doute aussi les chirurgiens. Lui-même témoigne que ce
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sont les parties externes qui sont le mieux connues et le plus ordinairement dénommées, par suite de Fusage où Ton est de les voir. « Mais, ajoute Aristote, c'est tout le contraire pour les parties internes; inconnues sont surtout celles de l'homme (aYvwara yip £«^ |JwcXtr:a xi tcov avÔpwTCwv), de sorte qu'on doit avoir en vue, en les étudiant, les parties d'autres animaux que l'homme, dont la nature est approchante » {H. A, I, xiii (xvi). L'importance de ce passage est capitale. On voit qu'ARiSTOTE n'a disséqué aucun cadavre humain. C'est, on le verra également, le cas de Galien. On doit donc, a priori, s'attendre à rencontrer chez Aristote les plus graves erreurs touchant la structure et les rapports des organes internes en général, et du système nerveux en particulier, chose qui n'a même aucun sens lorsqu'on parle d' Aristote, puisque tout en décrivant souvent admirablement les fonctions de ce système, il en a toujours absolument ignoré ou méconnu l'existence. Le système nerveux de Thomme est, en réalité, chez Galien, celui du singe et des mammifères supérieurs. Chez Aristote il n'existe pas même de trace de ce système. Aristote n'a pas seulement ignoré les nerfs comme tels, avec tous ses contemporains : il a toujours systématiquement écarté, en s'appuyant sur des raisonnements fort bien enchaînés et déduits, l'ingérence du cerveau ou de l'encéphale dans la vie des sens et de l'intelligence. Nous avons traduit les textes mêmes et donné toutes les preuves de ce que nous avançons, non pas, à coup sur, comme une nouveauté. Pour les parties internes de l'homme, Aristote reconnaît donc avoir conclu de ce qu'on observe chez les animaux les plus rapprochés de l'homme à l'homme lui-môme. Relativement au cerveau, Aristote parle de deux méninges, du ventricule, des « conduits » (^dpct) existant entre le cerveau et les yeux, sans doute les nerfs optiques, car il les avait vus sortir du cerveau chez l'embryon de poulet et avait constaté une connexion semblable en disséquant des caméléons. Aristote connaissait bien les gros yeux des jeunes céphalopodes (^. -4. ^V, xvi). Je crois, contrairement à Aubert et Wimmer, qu'ARiSTOTE a admis une relation du même genre entre les conduits auditifs, partis des oreilles, et la région occipitale de la tête, où il localise un espace vide. Enfin, si les champs de bataille ont fait entrer dans sa collection quelques crânes d'hommes, il n'en possédait point de femmes, à en juger par la description extraordinaire qu'il a donnée des sutures du crâne de la femme.
En physiologie, Aristote ne pouvait connaître des fonctions que ce qu'il est possible d'en savoir sans la pratique exacte et méthodique, avons-nous dit, de la physiologie expérimentale. A cet égard, on ne peut plus comparer Aristote à Galien. Si, pas plus qu'ARiSTOTE, le médecin de Pergame n'a jamais disséqué un cadavre humain, il a sacrifié du moins des hécatombes de mammifères à la physiologie expérimentale, dont il est le
PAS DE VIVISECTIOS DE MAMMIFÈRES aog
père. Aristote, j'en ai administré la preuve, n'a même jamais fait ni vu faire de vivisection de mammifères. Ce n'est pas qu'il n'eût l'idée delà méthode expérimentale et de l'avantage que Tanatomie et la physiologie auraient pu tirer des procédés de cette méthode. A propos de la distribution des veines, il remarque que « tous les auteurs sont d'accord pour les faire partir delà tête et du cerveau; en quoi, dit-il, ils se trompent ». C'est là, d'ailleurs, une étude difficile, et il insiste sur cette « difficulté d'observer les faits » {H. A., III, ii, m). Voici un procédé expérimental qu'il indique pour faire avancer la connaissance dans cet ordre d'investigation : « C'est seulement, écrit-il, sur les animaux qu'on étouffe après un long amaigrissement qu'on peut étudier les veines comme il convient » {Ibid., III, II). Or, il ne peut s'agir, avec ce procédé, que de déterminer « l'origine et le trajet des veines » d'après ce que permet d'en laisser soupçonner l'aspect externe des membres et des viscères d'un animal émacié, et Aristote ne dissimule pas ailleurs qu'il y a là une grande source d'illusion, ainsi que dans les autres procédés d'étude des veines et de leur contenu : Dans les animaux morts, dit-il, on ne voit plus la nature des veines principales parce que, plus encore que les autres, elles s'affaissent aussitôt après que le sang en est sorti, et il en sort toujours en totalité, comme d'un vase qui se vide, attendu qu'aucune partie n'a par elle-même de sang, si ce n'est le cœur, et en petite quantité ; la masse entière du sang est donc dans les veines. « Or, sur les animaux vivants il est impossible d'observer comment les choses se passent, puisque leur nature réside à l'intérieur (i) ». Il en résulte, continue Aristote — qui témoigne ainsi hautement n'avoir jamais pratiqué de vivisection sur les mammifères — que ceux qui ont fait leurs observations sur les animaux morts et disséqués (èv TeOvecoat xal 5tY]pYî{i.év3iç Tot^ Cciotç Oewpourceç), n'ont pu observer les grandes origines des veines; et que ceux qui ont fait leurs observations sur des hommes très amaigris n'ont pu déterminer l'origine des veines que d'après des apparences extérieures. Aristote cite d'abord le système de l'origine et de la distribution des veines de Syennésis, médecin de Chypre, peut-être du vi*' siècle. Il rapporte ensuite la description, de beaucoup la plus approchante du vrai, et qu'il suivra, du philosophe crétois Diogène d'Apollonie, description qu'on a trouvée plus haut. Enfin, il reproduit les termes mômes du système de Polybe, le gendre d'HiPPOCRATE, sur le même sujet. Les fonctions de la vie animale ont d'ailleurs été mieux connues par Aristote que celles de la vie végétative, pour parler comme BiCHAT. Il a fait, non de la « chair », organe de sensibilité, mais des
(i) H. A., Ill, II. Iv 8i Toî; Çûaiv àSuvaiov elvat OîaaaaOai tiôç s/ou-jiv syxô; yàp f, çuaij aÙTtSv. J. SouRY. — fsC système nerveux central. 14
110 LE SYSTÈME NEBVECX CESTRAL
tendons (vstîpa), attachés aux os, et qui seraient en rapport avec le cœur, organe central du mouvement, des appareils de motilité. « On ne voit pas bien, écrivent Aubert et Wimmer, comment le cœur est aussi Vorgane central de la sensibilité \ Aristote semble s'être imaginé que le cœur était en connexion, au moyen des veines, avec la « chair ».
En histoire naturelle, en zoologie, Aristote n'a pu tirer ses informations que des pt^cheurs (i), des chasseurs, des bergers, des apiculteurs, des montreurs de bêtes. Ses connaissances étendues en embryologie inclineraient pourtant à croire qu'il a vu lui-même ce qu'il décrit. Quoiqu'on ne sache rien de l'existence de traités spéciaux sur ces matières à l'époque d'ARiSTOTE, il est toujours possible qu'il en ait existé. Ce qui le ferait supposer, c'est bien moins assurément l'exposition d'ARiSTOTE, qui donne souvent l'impression d'observations directes et personnelles, que la conviction raisonnée, et qui s'impose, qu'un philosophe dont l'œuvre en tous les domaines de la connaissance est vraiment immense, n'aurait pu réaliser ni même concevoir le plan d'une histoire générale de la vie et des êtres vivants, s'il n'avait point trouvé une masse, plus ou moins indigeste, de travaux antérieurs, dont il a tiré un monde où tout est ordonné comme dans la nature elle-même. Mais, s'il existait des traités spéciaux sur ces matières, et si Aristote s'en est servi, il l'a fait avec une intelligence si pénétrante, une acuité de génie si intense, qu'il donne l'illusion d'avoir vu et observé lui-même les faits qu'il a décrits, comparés et classés pour la plus lointaine postérité.
Une assez longue pratique des textes d'AniSTOTE, l'auteur auquel je suis revenu le plus souvent aux diverses époques de ma vie, m'a persuadé que le Stagirite a procédé ainsi dans la composition de ses grands traités de biologie. Toute une littérature existait de physiologues des VI® et v" siècles dont les écrits ne nous sont plus guère connus que par quelques fragments (Hippon l'Athée), souvent par un seul vers, une ligne de prose, un apophthegme. Que l'on essaie de supputer, par exemple, le nombre de passages où Aristote a cité, presque toujours avec éloge, Empédocle d'Agrigente. De même pour Démocrite ou Anaxagore. Que saurions-nous du grand texte anatomique de Diogène d'Apollonie, capital pour l'histoire du système vasculaire, si nous ne le lisions dans Aristotk lui-même ? Ici le Stagirite a transcrit in extenso. Mais, presque toujours, il résume, en quelques mots, avec une concision, que je serais tenté d'appeler, en considérant la maîtrise suprême du philosophe, imperaioria
(i) Aristote note expressément que les pécheurs, par exemple, n'observent pas a pour connaître» ojOsi; y*? *w*ûv (tûv àXietuv) ouOlv ttjcsÎ ioioutov to'j yvàSv»'. /.«ptv. De anim. gêner., III, v.
ZOOLOGIE D'AHISTOTE an
brevitas, des pages et peut-être des traités entiers. Ainsi tout ce qu'on pourrait dénommer la. théorie de l'évolution organique et de la descendance des êtres organisés d'EMPÉDocLE, le Lamarck et le Darwin du V* siècle, tient, chez Aristote, en six mots (i). La réfutation des théories est souvent aussi concise que l'exposition de celles-ci. Evidemment ces vieux textes étaient connus des lecteurs. Voilà pourquoi Aristote pouvait se borner à quelques indications rapides, qni ressemblent bien plutôt à des renvois qu'à des citations. Le texte grec d'ARiSTOTE, au moins, est presque toujours infiniment plus clair que celui des traductions latines et surtout françaises, d'ailleurs si méritoires, qu'on en a fait. 11 reste pourtant assez difficile, sinon à entendre quant au contexte, du moins à interpréter dans le détail, lorsqu'on s'attache, comme nous y avons tâché, à rendre chaque mot avec sa nuance propre, car l'expression est, nous le répétons, d'ordinaire si concise et si abréviative, qu'on essaierait en vain de lutter à cet égard avec un écrivain dont chaque mot renferme souvent une pensée à vives arêtes, taillées comme celles d'un diamant, quelquefois tout un système de pensées, voire toute une théorie scientifique.
(i) De part, an.^ I, i. *E{x3:£8oxXyi;... Xv^tty* Gnoép-y^siv TCoXXà toîç ÇoSoiç Sià t6 au{x6^vai oGtwç evTfj
YEVc<J£l.