‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 46 sur 106 · PALE · texte numérisé non relu

PALE

« Tout animal est incessamment assiégé de sensations pénibles, comme le témoignent les traités d'histoire naturelle, où on lit que les impressions de la vue et celles de Youîe sont toujours accompagnées de quelque sentiment douloureux (to 6pav xat to àxouetv ... etvat Xiurtjpov), mais que bientôt l'habitude, comme on dit, nous empêche de nous en apercevoir (3). »

Beaucoup, parmi les autres animaux, sentent le contraire de ce que nous

(i) Aristote, Met., I, IV.

(2) Aristote, Ethica Nicom., I, v, 3.

On connaît la fameuse inscription du tombeau de Sardanapals qu'un Grec aurait traduite, raconte DioDORE de Sicile (*), de la langue « barbare » du grand roi d'Assyrie :

Eu 6Î8w; oTi OvTjTo; l^u;, jov 0u|jl6v àffs TcpTcdfjLSvoç OaXiTjar Oavovtt aoi oCttç ^vT)aiç. Kal -^otp CYW OTCOÔoç eîfii, N(vou fjLsyfltXTjç paviXsudot;. TaSt* lyto o<j<j* eça-ifov xai 6çu6pi<ja xai (xer* eponoç TEpKv ' sjçaOov, ta 61 tzoWol xal oX6i« xfiiva XA£i:îTai.

Les trois premiers vers sont d une tristesse voluptueuse. Le goût de la cendre s'y trouve mêlé, comme il convient, à la coupe où les vivants s'enivrent : — ■ Saclio bien que tu es mortel ; élargis ton cœur en te livrant & la joie ; plus de jouissance quand tu es mort. Et moi aussi je suis cendre, moi qui ai régné sur Ninive la grande. — Les deux derniers vers sont d'une philosophie naïvement sensuelle, en somme très inférieure, d une inspiration certainement peu antique ; Cicékon les a traduits ainsi :

Haec habeo, quae edi, quaeque exsaturata libido

Ilausit; at illa jacent multa, et praeclara relicta(**).

(3) 'Ait yàp Jcovei tô Çwov. Aristote, Ethica Nicom., VII, xiv. C'est ce qu'avait dit Araxà- GORE aussi du sens du toucher et de toute sensation : âjcaaav 8' ai907)<jiv (Acxà Xutit)^. Cette conséquence découlait naturellement de l'hypothèse d'AivAXAGORB, d'après laquelle la sensation résulte nécessairement du contraire, le semblable ne pouvant être aflecté par le semblable : 'AvaÇafdpaç 81 Y^v£a6ai TOÎç ivatvtiotç* to yàp ojjloiov ànaOi; Lizo tou 6[xo{ou. Or, le toucher de quelque chose qui n'est pas semblable k ce qui touche provoque toujours quelque sensation pénible (nav fàp to a(vo;xoiov «kz6' (xcvov novov :rap6/ci). Si l'habitude, comme s'exprime Aristote, empêche qu'on s'en aperçoive, il suffît que la sensation atteigne une certaine durée et qu'elle soit répétée un nombre de fois suffîsant (phénomène de la sommation) pour que son caractère vrai et propre, c'est-à-dire douloureux, soit perçu : ^avspôy os toOto tû t£ xoo /pdvou izXi'fizi xa» tJ twv aî^7)Tôv 67:6^60X5. Théophr. , De sensu, V, 27.

(*) DioDORB de Sicile, Bibl. hiêt., II, xxni (L. DnfDoar. Paris. i855), I, 99* (••) Cic. Tuêeul Quaeêi., V, 35.

233 LE SYSTÈME \EBVEVX CESTRAL

sentons, à propos des mêmes objets ; chacun de nous ne juge pas toujours d'une même chose de la même manière en la percevant. En tout cela, qu'est-ce qui est vrai? Qu'est-ce qui est faux? On ne le voit pas manifestement. Lun n'est pas plus vrai que Vautre et les deux le sont également. C'est pourquoi Démocrite prétend « ou qu'il n'y a rien de vrai ou qu'il nous est caché (i). »

« Pourquoi, demande Aristote, les hommes qui se sont illustrés en philosophie, en politique, en poésie, dans les arts, étaient-ils bilieux ou mélancoliques []}A\9rf/z\i%z()j et bilieux à ce point de souffrir de maladies qui viennent de la bile noire (àxb ixsXoCvyj^ )rcXî5;)...?(2) » Et il lui semble que c'est parce que Hercule avait ce tempérament qu'il manifesta par sa fureur contre ses propres enfants et par la violence avec laquelle il déchira ses plaies, que les anciens ont appelé maladie sacrée {(spi véasç) les accès des épileptiques (t» àppwm^jjiaTa twv kiXtjxrtxûv). « Cela arrive chez beaucoup par l'effet de la bile noire. » On en a dit autant d'Ajax et de Bellérophon : l'un en devint tout à fait aliéné, l'autre ne recherchait que les solitudes: « Gomme il était en horreur à tous les dieux, dit Homère, il errait solitaire dans les plaines de l'Alée, dévorant son propre cœur (Sv ÔJixiv xrréBiov) et évitant la rencontre des hommes. » Mais, parmi les modernes, Empédocle, Platon, Socrate et une foule de personnages illustres en étaient là. 11 en est de môme de la plupart des poètes (Iti lï tûv ^epl tt;v xcfr^Œiv o\ ^Xeîtnci). C'est cette espèce de tempérament (xpajt;) qui cause les maladies d'un grand nombre d'entre eux ; chez d'autres, leur disposition naturelle tendait évidemment vers ces affections (xaOyj). C'était là, on vient de le dire, la nature particulière de tous ces personnages.

Ceux chez qui la bile est « abondante et chaude » deviennent maniaques et gais, faciles à s'émouvoir sous l'effet de la colère et des passions. Beaucoup, cette chaleur étant très rapprochée du lieu où réside rintelligence (Stà To IyT^ç ^''^^' '^^^ ^oz^zXi Téxoy TYjv 6£p|x6Tr,Ta Trjir^v), sont pris d'affections délirantes ou maniaques, voire de fureurs divines : c'est le cas des Sibylles, des Bacchantes et de tous ceux qui sont inspirés par les dieux, quand ce n'est pas un effet de la maladie, mais de leur tempérament naturel (çyraf} xpi^ct). « Quand il se produit une trop grande chaleur vers le centre (rpc; -co [xi^cv), [c'est-à-dire le cœur, siège des fonctions psychiques], les gens deviennent en effet mélancoliques, mais ils deviennent aussi plus réfléchis et moins singuliers, et en bien des choses ils l'emportent sur les autres hommes, ceux-ci dans la sciencCy ceux-là dans les arts, d'autres dans l'ad-

(i) Met.^ 111, V, 6. ouOÈv elvai âXrjOàç i) f,[iîv y*o8t)Xov.

(j) Arist., Problentata, secl. XXX. Cf. Cic, Tuscul., I, 33 ; Plut., vie de Ljsandre, ch. ii. §6.

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