C. César
« 11 sait que la mort n'a pas été établie par les dieux comme un chàliment [pour le crime], mais comme une nécessité de la nature ou comme un repos de nos peines et de nos misères. Aussi le sage la voU-il toujours approcher sans regret, l'homme courageux souvent môme avec plaisir. » (^
a Dans le deuil et dans Tinforlune, la mort est le repos de nos souffrances, non un supplice ; elle délivre les mortels de tous les maux ; au delà, il n'y a place ni pour les soucis ni pour la joie (**).
SÉNiiQUE, Consol. ad Marciam, W et XXII :
(f Tulit suum... Il a fait sa tâche. Ne t'accable pas de cette pensée : Il eût pu vivre plus longtemp. Sa vie n'a pas été interrompue ; jamais le hasard n'intervient dans le cours des ans ; ce qui fut promis à chacun lui est pavé ; les deslins suivent leur propre impulsion ; ils n'ajoutent rien, ils ne retranchent rien à leur promesse ; nos vœux, nos regrets n'y font rien. Chacun aura tout ce qui
(*) CicÊR., Oratio IV in Catilinam, IV, ... mortem a dits iramorUlibus non esse supplicii causam cooslitaUm, sed aut ooceBsitatem naturae, aut laborum ae miser inrum ql-ietcu esse.
(**) Caii Crispi SALLt9Tii, CatiHua^ LI. In luctu atquo oiiseriis mortem aerumnarum requiem, non cruciatum esse: oam cuncta morlaliun mala dissolvero; ultra noque curae noque gaudio locum esse.
Cf. Wid.t LU. M. PoRciis Catou : « Cails César sans doute croit faux ce qu'on raconte des enfers: que les méchants, séparés des bons, habitent des lieux sombres, incultes, hideux, épouvantables. » Falsa, credo, existumans quae do inferis memorantur : di verso itinoro malos a bonis loca totra, inculla, foeda, alque formidolosa habero. »
236 LE SYSTÈ^fE NERVEUX CE!\TIiÀL
que de se croire nés pour Ja superbe ! A la première apparence de force, par le premier bienfait du temps, il devient semblable à un quadrupède. Quand a-t-il la démarche d'un homme? Quand la voix ? Quand sa bouche est-elle capable de broyer les aliments? Combien de temps on sent les baltemenls de son verlcx, indice de la plus grande faiblesse entre tous les animaux (i) î Ajoutez les maladies, et tant de remèdes inventés contre les maux... Les animaux sont guidés par leurs instincts... L*liomme seul ne sait rien sans rapprendre, ni parler, ni marcher, ni se nourrir; en un mot, il ne sait rien naturellement de lui-même que pleurer. Aussi beaucoup ont-ils pensé que le mieux était de ne pas naître, ou d'être anéanti au plus tôt (I laque mulli exslilere, qui non nasci optimum censerent, aut quam ocqssime aholerij,
Aristote se représente Vactivité de la nature à la manière de celle de Tart, quoique la nature soit supérieure à Tart, qu'il imite (if; -ziyyr^ ixiii-slTat Tr;v çûjiv. Phys,, II, II, 7), et que les monstruosités naturelles ne soient que des erreurs, et comme des lapsus de la nature, comparables, de tout point, à ceux que commettent le scribe ou le médecin quand ils se trompent en écrivant ou en prescrivant : les monstres ne sont que des erreurs de ce qui agit en vue d'un but : xal li Tépaia a;/.apTT^p.aTa 6X£(voj tcD evexi tsj. (Phys,, II, VIII, 8.)
Mais il y a des monstres, et la nature peut se tromper.
Il y a bien des exceptions à la loi que la nature fait tout en vue du mieux. Dans certaines espèces, certains membres ou organes ne sont pas adaptés au but.
Chez les animaux dont les ailes sont d'une seule pièce (2), le vol est lent et faible parce que la nature de leurs ailes n'est pas proportionnée au poids de leur corps, qui est considérable, tandis que les ailes sont
lui fut assigne le premier jour : dès qu'il a vu le jour pour la première fois^ il est entré dans le chemin de la mort et s'est rapproché d'un pas vers celle-ci (cxilloquo primum lucem vidit.iter morlis ingressus est, acccssitque falo propior), et ces mêmes années qui s'ajoutaient à sa jeunesse, étaient enlevées à sa vie. L'erreur qui nous égare tous, c est de penser que nous ne penchons vers la mort que vieux et cassés, lorsque l'enfance déjà, et la jeunesse et tout âge nous y pousse. Les destins, poursuivant leur œuvre, nous ôlent le sentiment de notre destruction : et pour mieux dérober sa marche, la mort se cache sous le nom de vie (mors subipso vitae nominc latol). Le nouveau-né devient enfant, la puberté fait disparaître l'enfance, la jeunesse succède à celle-là et se perd à son tour dans la vieillesse : chaque progrès, à bien compter, est une perte. »
En considérant tous les maux qui sont réserves à une longue vie, on conviendra que la nature en a bien agi avec ceux qu'elle a mis de bonne heure en lieu sûr. « Rien n'est si trompeur que la vie humaine, rien n'est si perfide. Personne assurément ne l'accepterait ; mais on nous la donne à notre insu (non mchercule quisquam accepisset, nisi daretur insciis). Si donc le plus grand bonheur est de ne pas naître, estime comme le second, après une vie courte, d être restitué bientôt in integrum. » Itaque si felicissimum est non nasci, proximum pula, brevitate vitae defunctos, cito in integrum restitui.
(i) a. Arist.,//. .^.,VII, X.
(2) Arist., De anim. incessu, c. x.