‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 54 sur 106 · GALIEN · texte numérisé non relu

GALIEN

La physiologie, qui trouva dans Oaliea de Pergame (i3i-2oo), pendant plus de mille ans, sa plus haute expression, avait déjà découvert le rôle et rimportance de Tencéphale, de la moelle épinière et des nerfs. Le cerveau, si longtemps considéré, avant et après Aristote, comme une masse inerte, comme une sorte d' « éponge » humide et froide, destinée à refroidir le cœur, avait été reconnu, par les anatomistes et les physiologistes de l'école d'Alexandrie, pour le siège des fonctions de la sensibilité, du mouvement volontaire et de Tintelligence. Le rôle de-la moelle épinière était connu; des milliers d'années avant Charles Bell et Ma- GENDiE, les nerfs sensibles avaient été distingués des nerfs moteurs. Outre les nerfs de la sensibilité générale et du mouvement, les anatomistes, et, bien avant eux, les vieux naturalistes ou physiologistes de THelladc avaient, sous le nom de canaux ou conduits, indiqué ou suivi le trajet des nerfs sensoriels ou crâniens depuis les organes périphériques des sens jusqu'au cerveau, ou du cerveau jusqu'aux organes des sens, tels que le nei^f optique, par exemple, dont les expansions formaient la membrane réticulée de la rétine. Ils savaient aussi que des nerfs se rendent aux muscles des yeux. La lecture d'un simple texte didactique, tel que celui de Rufus d'Ephèse, prouve manifestement que l'anatomie du système nerveux central était presque aussi avancée au i®*" siècle de notre ère, qu'elle le sera à l'époque de Willis et de Vieussens. Bref, les idées d'ARiSTOTE sur les fonctions de l'encéphale et l'origine des nerfs n'auront pas besoin d'ôtre renversées par Galien. Ce grand médecin, qui n'a guère fait que vulgariser, avec Tanatomie et la physiologie d'HÉ- ROPHiLE, d'ERASiSTRATE, d'EuDÈME et de Marinus, les théories biologiques d'ARiSTOTE et la pathologie hippocratiste, pouvait se dispenser de « rougir » [De l'util, des parties, VIII, m) de certaines doctrines du Stagirite, lequel appartenait à une tout autre famille d'esprits que Galien de Pergame.

Ce n'est pas qu'il n'ait raison de soutenir que, contre toute apparence, Arlstote a situé dans le cœur le principe des nerfs (i). Galien est évi-

(i) Aristotk avait dit (//. A., III, v) que le cœur est lorigine ou le principe des nerf» : f; aèv

aGo LE SYSTÈ}fE NERVEUX CEXTBAL

demment dans la voie de la grande explication scientifique des fonctions du cerveau lorsqu'il loue Platon et Hippocrate d'avoir localisé dans le cerveau le principe des mouvements volontaires [De Hippocr, et Plat, plac.y II, viii). Au cours de ses vivisections, qui paraissent avoir été, comme il le dit, très nombreuses [Ibid,, VII, m), et dont il avait certainement une pratique consommée, Galien a souvent mieux observé que les plus célèbres physiologistes d'entre les modernes, tels que Haller et LoNGET. La clinique chirurgicale, et en particulier la chirurgie de l'encéphale, déjà si avancée au v® siècle, lui fournit aussi la matière de véritables expériences de physiologie. Dans les fractures du crâne, si un os, dit-il, comprime les ventricules du cerveau, et surtout le ventricule moyen [Des lieux affectéSy IV, m; Manuel des dissect,, VIII, m), le malade tombe dans un assoupissement profond, comateux, et devient insensible à toute excitation (carus). De môme, dans les trépanations, Galien avail noté que si, en plaçant le méningophylax (i) pour protéger la dure-mère, « on comprime seulement un peu trop le cerveau, l'homme devient sans sentiment, et tout mouvement volontaire est aboli», àvaioOYjxoç xe xat ôxCvtqts; à^cavrwv Twv xaO ' ôpixYjv xivn^aewv [De Hipp, et PL plac, I, Kùhn, i86). C'est, on le voit, au ii° siècle, une des expériences célèbres de La Peyronie.

Que par ses expériences sur les animaux vivants et par ses observations de clinicien pénétrant et profond, Galien ait fait avancer la physiologie comme science de l'usage des organes ; qu'il ait, dès cette époque, montré que les fondements véritables de la médecine sont l'expérimentation physiologique et l'observation clinique, c'est un mérite assez rare pour expliquer l'extraordinaire fortune des doctrines galé-

« Puisque tu prétends, ô Aristote, s'écrie Galien, que les nerfs viennent du cœur, pourquoi te contentes-tu d'une assertion ? Pourquoi ne me les montres-tu pas se distribuant de cet endroit par tout le corps, comme les rameaux de la grande artère ? Tu dis que le cœur a beaucoup de nerfs ; mais s'ensuit-il qu'il en soit le principe ? Autant vaudrait dire que le pied et le main en sont aussi la source ; que le rets admirable est loriginc de tous les vaisseaux parce qu'il en est tissu. Mais ton opinion est d'autant plus absurde que, réellement, le cœur n'a pas beaucoup de nerfs : lu as pris tout simplement pour tels du tissu nerveux (fibreux) ; et ici je pourrais te prendre dans tes propres filets, car enfin n'as-tu pas dit qu'il ne faut pas juger de la nature d'une chose par ses apparences, mais par ses fonctions? Eh bien, mon cher Aristote, une partie n'est pas un nerf parce qu'elle en a la figure; le vulgaire no raisonnerait pas plus mal. »

Galien, De Dogm. f/ipp. et Plat., I, viii.

(i) Celse, VIII, 3. Quomodo os excidatur. De la manière d'exciser les os (trépanation). ... L'instrument destiné à protéger la membrane, que les Grecs appellent {xev'.YY®?'^^*^' ^* ""® lame d'airain, solide, un peu recourbée et lisse k la face externe ; on l'engage de manière que cette face, tournée du cAté du cerveau, se place successivement au-dessous de la partie que le ciseau doit abattre et empêche l'angle du ciseau, s'il venait à la heurter, d'aller au delà. Le médecin donne ainsi des coups do maillet avec plus de hardiesse et de sécurité jusqu'à ce que los, evcisc de toutes parts, puisse être soulevé au nwyoïi de cette lan»e et enlevé sans que le cerveau soit lésé.

EXPÉBfMEyTATIOX PHYSIOLOGIQUE ET OBSEBVATIOX CLIMQUE aCi

niques dans le monde entier. Le chapitre de Galien sur Tépilepsie {Des lieux affectés^ III, ix), entre beaucoup d'autres consacrés à la pathologie mentale et nerveuse, est admirable, môme après le traité De la maladie sacrée. On n'a jamais décrit avec plus de précision et de sûreté les lésions des sens et de l'intelligence de cette grande affection du cerveau (xai'ajTcv sY/içaXcv Vi TcÙTGu toO xiOsu; sort y^'^s^'-;) durant les paroxysmes convulsifs.

Mais ce grand médecin, qui « jamais n'abandonne la pratique pour l'étude, ni l'étude pour la pratique », fut en somme un penseur assez médiocre. La recherche de l'utilité des parties des animaux constitue pour lui, comme il le proclame, le principe d'une « théologie parfaite » (XVII, i). Confinée dans les vues étroites d'un utilitarisme qui rappelle celui de Socrate, la téléologie organique de Galien, presque toujours puérile, n'a que de très lointaines ailinités avec celle d'ÀRiSTOTE. La recherche de l'utilité des parties, au moins autant que celle de l'usage, constituait donc pour Galien une « théologie parfaite » (i). Partout il aperçoit dans l'organisation la réalisation du plan d'une manière de providence, d'une Trpovcr^T'XYî çuir.;. Galien professe un vague déisme : xovia yip Iv5et;'.v r/£'. jcçoO SY;p.icupYou . Ces préoccupations téléologiques, qui s'achèvent chez lui en une théologie, il le confesse, l'obsèdent constamment et, comme il arrive, Tempôchent de découvrir les causes efficientes des phénomènes sous l'apparence des causes finales. Voici, par exemple, comme il raisonne à propos des deux ventricules latéraux du cerveau et du ventricule unique du cervelet, sur l'utilité, la possibilité ou l'impossibilité des organes doubles et des organes simples.

« // élail mieux qail existai deux ventricules et non pas un seul, dit Galien. La première utilité la plus générale des organes doubles, c'est que si l'un vient à être lésé, l'autre le supplée dans son office (to Xotirov OuT)p6Toi'Y)). Nous avons été témoin à Sm)Tne, en lonie, d'un fait merveilleux : nous avons vu un jeune homme, blessé à l'un des ventricules antérieurs, survivre à cet accident, à ce qu'il semblait, par la volonté d'un dieu. Il est certain qu'il n'eut pas survécu un instant si tous deux eussent été blessés h la fois. De même, si en laissant de côté les blessures, quelque mal survient à l'un d'eux, l'autre n'étant pas affecté, l'animal sera moins attaqué dans son existence que si tous les deux étaient à la fois malades. Or, s'il existe deux ventricules et que tous deux soient atteints, c'est la même chose que si, un seul existant dès le principe, ce ventricule unique était affecté. L'existence d'un organe double est donc, quand elle est possible, une garantie plus siire que celle d'un organe simple. Mais cela n'est pas possible dans tous les cas. Ainsi l'existence de deux rachis sur un seul animal était complètement impossible ; par conséquent, celle de deux moelles épinières (xal 8uo fxucXoùç vcoxiatouç) ; par conséquent encore, il ne pouvait y avoir un

(i) De usu part., XVII, i. f, 7:îç>\ yps^a; {jLop''ojv ;:paY[xaic:a OcoXo^t'a; atjtptCojç àXr^OàJç «pyr) xata-

aCî lb: système yEnvEUX central

double ventricule dans le cervelet (ttjv tyjç ^ap8-pce<paX^oç xotXtxv... SttTrjv), puisque cesl du cervelet que sort la moelle cpinière (i) ».

En somme, cause-finalier et esprit religieux, exaltant à tout propos la sagesse et la prévoyance des dieux, et découvrant dans le monde le gouvernement d'une providence, Galien, alors même qu'il les invoque, et croit vivre de leur pensée, n'a rien de la froide et solide raison de Platon, d'ARiSTOTE ni de Théophraste. Ce médecin (consommé, cet expérimentateur hors ligne, avec son goût intempérant de polémique, avec son intolérance doctrinale, ses déclamations de rhéteur agité et bruyant, avait bien plus l'étoffe d'un professeur que celle d'un savant et d'un philosophe. Philosophe, Galien ne l'est pas, car sur toutes choses il possède des lumières particulières; il est, comme un prêtre, dans le secret des dieux; il applique aux phénomènes de la nature entière une explication, toujours la môme, de croyant enthousiaste. Savant, il le serait, s'il suffisait pour cela d'être un grand érudil, un esprit toujours en éveil, un travailleur infatigable. Mais le savant est moins celui qui sait que celui qui comprend. Le monde n'est pas pour lui un mystère, mais un problème éternel et infini. Pour Galien, le monde était un vaste théâtre dont un imprésario divin se donnait le spectacle après en avoir tout réglé avec un art admirable; on l'eut dit constamment dans les coulisses de cet imprésario.

Galien, qui « n'a jamais disséqué que des animaux » (2), a peu fait pour l'avancement de la connaissance du cerveau de l'homme. Depuis Vésale, il est démontré que l'anatomie humaine de Galien n*est en réalité que l'anatomie du singe et des mammifères supérieurs. Pierre Camper, après Raymond Vieussens, a établi, contre Eustache, que Galien n'a jamais disséqué de cerveaux humains (3), mais des cerveaux de singes, d'ours, de chiens, etc. Il n'avait même pas à Rome, comme il en aurait eu à Alexandrie, d'ossements humains, ainsi qu'il en témoigne en ses Préparations analomiques.

Galien n'avait à sa disposition que si peu d'objets d'étude pour l'anatomie de l'homme qu'il déclare, comme une chose rare, « avoir eu l'occasion d'examiner à loisir des os humains que le courant d'une rivière débordée avait jetés dans un lieu marécageux, après avoir démoli un tombeau nouvellement construit. » Il parle encore des « os d'un cadavre

(i) De usu part,, VIII, x. Kùhn,, 3, 664-5.

(3) Daremberg, Expos, des conn. de Galien sur l'anat., ta phys. et la pathol. du syst, nerv. Th., Paris, i84i.

(3) P. Camper, De l'Orang-Outang, Œuvres, I, 22 sq., 43. R. Vieussens. Nevrog, univers. Lugd., i684, i4i ; cf. Ch. Richet, Phys. des muscles et des nerfs, 5o3.

L'ÀNATOMIE HUMAINE DE G A LIEN aG3

que les habitants du lieu avaient privé de sépulture, et qu'ils avaient volontairement exposé aux oiseaux qui le dévorèrent dans l'espace de deux jours » (i).

Galien, au témoignage de Daremberg {Utilité des parties, XII, xv), n'avait non plus jamais vu la moelle opinière de Thomme. La colonne vertébrale qu'il décrit [Ibid., XII, xv; XIII, ii, iv; XVI, xii) est celle du singe, non celle de l'homme (2).

C'est donc presque uniquement, mais non exclusivement, sur les mammifères, sur les singes en particulier, que Galien s'est exercé à l'anatomie.

« Il est certes meilleur, quand lu le voudras exercer comme sur un patron de Thomme. analomîser le singe ('^riÔTqxoç), qui luy est le plus semblable : et quand lu ne pourras avoir à ton commandement un tel singe, prendre quelqu'un qui luy ressemble moins ; et si du tout lu ne peux recouvrer un singe, prendre un magot (xuvox^çpaXoç), ou un satyre (<TaTi»poç). ou un sagoin (Xuy$) : et pour dire sommairement, un des animaux qui ont le bout de leurs extrémités divisé en cinq doigts... Après lesdits animaux viennent en rang: l'ours (opxToç), le lion (Xéow), et tous autres qui ont les dénis perçantes et pointues, et si les animaux particulièrement n'estayent trop petits, TespiTe de ceux qui grimpent avec les ongles, comme les belettes, les chats, les rats et souris,.. Souvent j*ay analomisé les animaux qui grimpent, comme les chats et les rats ; ceux aussi qui rampent, comme le serpent (o^iç)» plusieurs espèces d'oiseaux et de poissons (^pv^cov re y^vyi TroXXà xal iyôu(»)v)... Par celte cognoissance lu pourras incontinent avoir veu un animal, entendre ce que lu n'as encores veu, à savoir, quelle construction il a au-dessous delà peau. Décela j'ay souventes fois fait preuve, non sus autre fondement ni avecaulre notice et argument que pour croire indubitablement, ainsi que j'ay dit, en chacun animal la construction du corps eslre convenable et accordante aux mœurs et facullez de l'àme (otxctav exa^Tcp Çcoo) t/jv toO awfxatoç eTvat xaToc<jxeu*rjv toTç

(1) Administr, anat., III, in. De l'anatomie humaine, les Romains ne connaissaient que ce qu'ils avaient pu observer sur le singe. On voit au Musée du Vatican une image en marbre trouvée à Rome, il j a cent ans, dans une villa qui aurait appartenu au médecin Antonius Musa, image certainement destinée à l'étude de l'anatomie. Cette image roprcscntc les viscores Ihoraciqucs et abdominaux vus en place. Quoique placés dans un thorax et dans un abdomen humains, ces viscères n'appartiennent pas à l'homme, mais au singe : le cœur, dirigé verticalement, occupant la ligne médiane du thorax, et touchant à peine par sa pointe le diaphragme, est bien le cœur qu'a dccrif Galien, ce cœur « qui n*cst pas situé en totalité du culé gauche, mais qui occu{)e précisément le centre ». Encore n'est-ce pas là le cœur de Torang, qui est oblique et touche le diaphragme dans une bonne partie de sa surface, mais bien celui des singes moins élevés. Charcot et Dechambre, h qui l'on doit la description de ce marbre, estiment toutefois que cette splanchnologie est antérieure à Galien. V. Gazette hebdomadaire, 1867, IV.

(2) De même pour ï utérus humain. « Cette expression, les matrices (aï OaT^oat), appliquée théoriquement par Galikn à l'utérus de la femme, remonte à la plus haute antiquité et tient à ce que les anciens se figuraient que l'utérus humain était, comme celui des animaux, sur lesquels ils pratiquaient leurs dissections, divisé en sinus ou cornes. Quand (îaliew se sert du singulier, il ne faudrait en tirer aucune conséquence, car il s'agit toujours, quoi qu'il en dise, de matrices d'animaux. » (Daremberg,

Utilité des parties, XIV, m.)

TTjç 'j/u/TiÇ TJOedt Te xai ouvàuedtv). Ce n'est donc chose admirable si, avoir exactemenl veu et considéré la figure extérieure de chacun animal, on prévoit el sçait quelle est sa cowsstruction intérieure; el d'autant plus si on lui voit faire ses actions, comme naguères je disais des animaux qui cheminent droit (i) ».

Pour s'exercer à la pratique de Tanatomie du cerveau et de la moelle épinière, les étudiants devaient successivement se familiariser avec Tanatomie faite sur Tanimal mort et sur Tanimal vivant. Au temps de Galiek, comme au temps de Descartes, les bouchers des grandes villes avaient des tôtes de bœufs et autres quadrupèdes toutes préparées pour Tétude du cerveau. Souvent le boucher, négligent ou indocile, n'enlevait qu'incomplètement le cerveau de la boite crânienne. Le physiologiste ou le médecin, pour pouvoir étudier cet organe ou en faire eu public une démonstration, devait faire lui-môme ce que le boucher n'avait pas su on voulu faire. Il devait posséder, à cet effet, un arsenal de forls ciseaux, doloires, et autres « ferrements forgés d'un fer dur et puissant », tous instruments que ne connaissent plus guère que les garçons d'amphithéâtre, mais dont Galien possédait certainement la pratique, comme on le voit par cetle description vivante et pittoresque :

a Nous déclarerons en ce livre comment on peut voir aisément et bien ce qui se manifeste par l'anatomie au cerveau et en la moelle de Véchine, estant mort et vif Tanimal. U anatomie faite sus ranimai mort nous enseigne la situation de chacune partie, le nombre des parties, la propriété de leur substance, leur grandeur, leur figure et leur connexion. U anatomie faite sus Vanimal t;i/ quelquefois nous enseigne évidemment l'action des partics (auTY,v Tr,v evepvctxv), quelquefois suggère et donne les fondements et propositions nécessaires pour la trouver (elç ti?iv tocuttiç eupedtv). Et de là il est notoire que l'anatomie des animaux morts doit précéder celle des vivans. »

« Aux grandes villes on vend des cerveaux de hœufs (eyxécpaXoi f oeioi), denuez de la plus part des os de la teste, qui se trouveront tous prests pour faire la dissection. Et si lu as opinion qu'aux parties obliques de la teste y ave encor plus d'os attachez qu'il ne faut, tu commanderas au boucher qui vend la teste de les osier; et s'il ne se rencontre à propos pour le faire, tu les osteras toy mcsme, soit avec un parteret fort et puissant (de forts ciseaux), soit avec une doloire de charpentier, lesquels inslrumens vous me voyez avoir tous prests à telles occasions. Et faut donner ordre sus toutes choses que ces ferrements soyent forgez d'un fer dur et puissant. Car autrement s'ils sont forgez de fer mol et tendre, encor qu'on donne plusieurs coups, ils exjiédient et taillent peu ; et nous ne voudrions pas que l'os de la teste fusl frappé de plusieurs coups, parce que ces coups ébranlent et secouent violemment le cerveau, mol de sa nature (aTtaXov ^ip Svra to/ lyx^^aXov). le déchirent cl rompent. Or, le faut-il apprester pour le montrer aux spectateurs (7rape<jxeuà<T6ai ttcoç rr,v Oeav) sans qu'il soit outragé d'aucune des dites oITenscs, atin qu'on avise exactement toutes

(i) De anat. administr., VI, i. KiiiiM, II, 53.1. Admin. an., trad. par J. Dalechamps. Lyon. 1572, 189.

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