PRATIQUE DES VIVISECTIONS ET DE L'ÀNÀTOMIE NORMALE
les productions des nerf (Tcx^aç fjtiv tàp tcSv veupo)v Ixipuffciç), toutes les veines et artères qui sont en iceluy et le diaphragme (sepiam lucidum) de ses ventricules antérieurs et les parties qui sont à l'endroit du bassin et de Tentonnoir {infundibuluni) et les autres telles siennes parties (i) ».
Galien ne témoigne nulle part d'avoir disséqué un cadavre humain, mais il exhorte sans cesse ses auditeurs à faire sur les animaux, sur les singes, comme il Ta fait (sTSov... Ivtivsç àvaTO[j.fj xiOtqxsu, etc.), ces études pratiques de dissection qui peuvent seules permettre, au cas où ils trouveraient l'occasion d'autopsier un cadavre humain, de se reconnaître promptement sur ce cadavre. Faute de cette préparation, les médecins, en présence du corps d'un soldat ennemi, par exemple, tué sur le champ de bataille, ne savent rien voir ni reconnaître. Des observations fructueuses de ce genre ont souvent pu être faites, au témoignage exprès de Galien, sur « le corps de ceux qui étaient condamnés à mort ou exposés aux bétes (twv t£ y^P £^'t ^OL^irz(ù xaxaxpiGiVTwv xal OY)p(o'.ç xapaôXr^Oévxwv... h tsTç (X(iiJLa7i) » et sur les brigands gisant sans sépulture. Ceux, ajoute Galien, qui dissèquent fréquemment des cadavres d'enfants exposés « savent combien la structure de Thomme et celle du singe se ressemblent ». Enfin, une autre source d'enseigement de ce genre, pour le médecin, ce sont les cas de grands traumatismes, de vastes destructions des téguments, etc., qu'on observe en clinique (2). Ces indications assez brèves, mais topiques, n'affirment ni n'infirment la pratique des vivisections humaines qui semble bien avoir existé à Alexandrie, à l'époque d'HÉROPHiLE et d'ERAsiSTRATE. Dans la Grèce comme à Rome, la dissection des cadavres passait pour une chose « honteuse », du moins aux yeux des gens du monde (3). Mais Galien savait que ceux qui lui avaient révélé la structure et les fonctions de ce corps humain qu'il admirait si fort, Hérophile, Erasis- TRATE, EuDÈME, avaient tiré toute leur science de l'étude directe de l'ana-
(i) Galie.x, De anat. administr., IX, 1. Kuhn, II. 707 sq. Adrnin.anat., trad. (IoDalechamps, aiSsq
(a) De anatom, administr., III, v, ix. Kuhi«, 11, 384, Sgô.
(3) AusoNE, Epigr,, LXXII. De Achilla qui dissccuit calvariam.
Abjocta in triviis. . .
Imitation de V Anthologie grecque, II, 54 (Frid. Jacobs).
iSg. Kpav^ov Êv Tpioôoi^t xaTOijç^ojx^vou ti; laaGpûv...
Un bommc vit un crâne de trépassé dans un carrefour. Il se baissa et ramassa une pierre qu'il lança contre cette tète. Lorsque la pierre eut frappé le crâne (ôaigov). elle rebondit en arrière et atteignit à Toeil celui qui lavait lancée. Ainsi l'ombre du mort fut satisfaite et vengée : xal TtaXiv eî; 'AtoTjv gxoXûtJ^eto. AusoNE appelle le caillou jeté contre le crâne et revenant frapper le sacrilège lapis ultor. La main qui l'a lancé est dite manus impia.
366 LE SYSTÈ.)fE yEBVElX CEi\TRAL
toniie et de la physiologie de l'homme. Il professait donc, lui aussi, mais sans pouvoir mettre en pratique ses enseignements, qu'il est nécessaire de disséquer des cadavres humains. Peut-être pensait-il même que, pour parler avec Celse, IIérophile et Erasistrate avaient fort bien fait de disséquer iov\i\iyanis (vivos inctdennt)le^ criminels que les rois retiraient des prisons pour les leur livrer, examinant, tandis qu'ils respiraient encore, ce que la nature avait tenu caché (i).
Galien ne s'est guère arrêté à la forme extérieure du cerveau et n'a pas entrevu Timporlance et le rôle des circonvolutions de Fécorce. Il ne parait pas avoir distingué la substance grise de la blanche. Peut-être l'auteur du traité des Définitions (§ 4o) avait-il une idée confuse de cette disposition : il dit que la moelle est plus blanche que le cerveau. Galien remarque que le cerveau n'a pu se mouler sur les parois internes du crâne, puisqu'il en est séparé par la dure-mère {De usu part,, VIII, 12). 11 sait que la pie-mère, de même qu'elle pénètre, dit-il, dans les ventricules, revêt toutes les anfractuosités du cerveau, c'est-à-dire descend dans tous les sillons de l'écorce. La dtire-mère ou Vepaisse (zox&ïa), la dermoïde (SepixaTciSr^), et la pie-mère (la mince, Xexn^^; la molle, ]hOL\x»,i^\ la membraniforme, 6i;.£V(i$r^; la veineuse et l'artérieuse, ^XeôwSscjTépa, ip-nr,pKoBsffiépa) étaient les seules membranes connues du cerveau et de la moelle. Entre ces deux membranes existe un espace vide, démontré par l'insufflation, et qui permet les mouvements du cerveau. Mais la duremère de la moelle est au contraire intimement unie à la pie-mère; en outre, une troisième tunique, cylindrique, fibreuse et dure, protège ici la moelle du contact des os des vertèbres. Suivant Galien, la substance cérébrale ne peut d'elle-même se soutenir; elle s'affaisse aussitôt qu'elle est dépouillée de la pie-mère, et cela « bien plus encore sur le vivant que sur le cadavre, où l'évaporation des esprits durcit la fibre nerveuse » {Ibid,, VIII, 8). Si Erasistrate comparait encore les circonvolutions du cerveau aux anses intestinales du jéjunum, il supposait du moins que cette disposition correspondait au développement de l'intelligence : c'est parce que l'homme surpasse les autres animaux par son intelligence, qu'il possède le cerveau le plus circonvolutionné. D'autre part, chez les animaux dont la rapidité de la course exige le plus grand déploiement de force musculaire, le cervelet est « très anfractueux », les plis de cet
(1) A. C. Celsus, Artium liber sextus idem medic, primas. Prooemium. Cf. Tertulliew, De anima, x et xxv. Celse s'élève contre ces expériences ; il dit qu' « il n'est pas nécessaire de disséquer des cadavres (mor^fionim laceraiionem); car cette action, pour nôtre pas cruelle, n'en est pas moins honteuse (quae, ctsi non crudelis, tamcn foeda est).
STRUCTURE DU NÉVRAXE 367
organe étant en rapport, enseignait Erasistrate, avec la force que doivent posséder les nerfs moteurs. Ces idées sur le rapport du développement du cervelet avec les fonctions motrices ont môme été, on le sait, reconnues exactes, sinon chez les mammifères, (ju'Erasistrate avait en vue, du moins chez les poissons et les oiseaux, et en particulier chez les requins et les grands oiseaux de proie.
Après avoir rappelé que Platon donnait à Tencéphale le nom de ixueXo;, voulant ainsi caractériser ce qui le constitue, ou sa substance (ty;v B'ouoiav ajTou), Galien faisait la remarque que, même s'il en est ainsi, encore est-il nécessaire d'ajouter quelque chose à cette appellation : « En effet, il existe une moelle du rachis, une moelle des os, et ces moelles ne sont pas des principes de toute sensibilité et de toute motilité (xatnî; aloô^^ew; t£ xal xivTQcjew? ipyai), » Voilà pourquoi la moelle qu'a en vue Platon est nommée par nombre d'auteurs « moelle encéphalique » ou « moelle de l'encéphale » (;;.jeXov èYxeçiXou) (i).. Galien savait que, dans l'opinion de quelques-uns, qu'il ne désigne pas autrement, le cerveau et la moelle épinière étaient « au nombre des parties ou organes doués de sensibilité » (2).
Mais enfin, bien loin que l'encéphale soit une production de la moelle, c'est la moelle qui « sort du cerveau semblable à un fleuve qui s'échappe de sa source, envoyant à chacune des parties qu'elle rencontre sur son passage un nerf, canal par où arrivent à la fois la sensation et le mouvement (3). Ainsi le mouvement part du principe raisonnable (tyjv àx Tfj; Xoy^^- Tix^ç apX^; xtvTQcxw) pour se distribuera toutes les parties inférieures du corps par la moelle épinière (Bii toD vwTtaCoj [xéorou). En d'autres termes, et la portée d'une telle généralisation physiologique frappera le moins attentif, « la moelle épinière devra être pour toutes les parties qui sont placées audessous de la tôte comme un second encéphale » (4).
La nature de la moelle est analogue à celle de l'encéphale, et les symptômes que présente l'animal atteint de lésions de la moelle sont semblables à ceux qu'on voit dans les affections de l'encéphale, c'est-à-dire qu'il y a lésions du mouvement et de la sensibilité dans toutes les parties placées sous la vertèbre affectée (5).
(i) De us. part., VllI, iv. Kùhn, m, 627 ; vi, 618 ; vu, 53i. (a) De plenitudine, c. iv. Kuhn, vu, 53i.
(3) De us. part., XII, xi. o?ov jcorajxov tiva ex tîtjy^; Ixp^ovTa xou sYxs^aXou... oTov oyexoy aia6T[accu; TE oiy,at xal xivT[a£a); .
(4) Ibid.y XII, XV. 0 te vcoTiaîo; oTov ÔEuteooç xi; e^x^^aXo; ejjLeXXgv eae^ai tôt? xâtto ttj; xEçaXfjs ânocai (xopîotç.
(5) /bid., XII, XII, 7j TÊ Y*p çyaiç aûtou 7rapa;cXrJaioç â^xE^aXco. xai là au(x7:Tw;xaTa ta xaTaXa{x6âvovTa To l^tuov 0(xo!a loU iiz*ifXîox\utT:tTzov06':i^i^oiLi'^Oii, x{vr,ai; te y*/ îtai ai<3(ir^T,i à;:ivTaiv ^XdizxtTot,*. twv xizo} Tod jîeJwOvOoTO; a;:ov5JXou [i,op''ojv.
208 LE SY STEVE WERVEUX GE.\TBAL
La moelle procède encore du cerveau, disait Galien, comme la branche du tronc, et, contre Philotime qui soutenait la théorie inverse, il répèle volontiers qu'on n'a jamais admis que le tronc fût une production de la branche. Or la moelle naît du cerveau comme le tronc de la racine. C'est du cerveau et de la moelle^ enfin, que les fierfs tirent leurs propriétés : ainsi la sève monte de la terre aux racines et des racines au tronc et aux extrémités des rameaux. Et môme, à ce propos, Galien, qui tient volontiers la plupart des anatomistes qui l'ont précédé comme w mal éveillés encore », s'écrie qu'il s'étonne, non seulement de l'absurdité des dogmes de Praxa- GORAS et de Philotime, mais de leur ignorance des faits, démontrés par la dissection, parce qu'ils ont regardé l'encéphale comme une sorte d*excroissance ou de rejeton de la moelle épinière (i). Le cervelet et les parties situées à la base de l'encéphale à laquelle fait suite la moelle épinière, n'ont donc pas besoin que la pie-mère les tapisse et les consolide, comme c'est le cas pour les parties molles et diflluentes des parties antérieures du cerveau. Dans une de ses recherches de physiologie expérimentale, Galien, ayant mis à nu, sur toutes ses faces, le cerveau d'un animal mort, et en ayant enlevé la pie-mère, vit les parties dépouillées de leur membrane s'affaisser et s'écouler. Or, selon lui, et pour des raisons théoriques, nullement expérimentales, l'encéphale d'un animal vivant devrait être encore plus mou. Ce cerveau diflluent, il le considère comme dur au regard du cerveau vivant, alors que le pneuma psychique ne s'était pas échappé de l'organe et qu'il conservait toute sa chaleur naturelle. L'encéphale cadavérique serait ainsi, selon Galien, non pas ramolli, mais durci, parce que tout ce qu'il renfermait de sang, de phlegme ou d'autres humeurs, s'est coagulé par le froid [fbid., VIII, vin).
<( Je m'étonne, dit donc Galien, quand je considère, non seulement l'absurdité des dogmes de Praxagoras et de Philotime, mais encore leur ignorance des faits démontrés par les dissections. Ils regardent en effet l'encéphale comme une sorte à^ excroissance, de rejeton de la moelle épinière (uTCepajÇr^lxx ^i^ ti x.3tt jâXaTnQixa toj vwT'.aCcj [xueXoO vo|j.{îcu7t elvat tov sYxéçaXov), et prétendent que, pour cette cause, il est forme de longues circonvolutions {1% jxoxpwv èX{y.(â)v) ; cependant, le cervelet, tout en étant le corps qui touche à la moelle épinière, participerait peu à une pareille structure, tandis que le cerveau antérieur (irpcaOïoç [£Y>t£?3tXo;]) la montre à un degré trh prononcé et très évident {hxpytT:i':Ti^ î' àyTYjv [jyvOsjtv] xat TrXstarr^v). En outre, erreur plus
(i) Praxagoras et Philotime, considérant lo cerveau comme né de la moelle, soutenaient que le cerveau n'était qu'un enroulement, une convolution de la moelle sur elle-même, doù résultaient les circonvolutions.
LA .}fOELLE ET LE CEHVEAV 269
grave, ils ignorent que la moelle épinière fait suite seulement aux parties situées à la base de l'encéphale (itt toTç xxzx piîiv [jlovtqv sYxsçiXou ji-épsat ouve^c^ç irrtv ô vcoTiaTo;), lesquelles sont les seules parties dépourvues de circonvolutions (i' jjLSva To)v xax' xjtcv jxcpfojv cu^ âX'/^Xiy.Tat)... » (i).
Galien croyait d'ailleurs que « la moelle finit avec Tépine », c'est-à-dire s'étend jusqu'au bout de l'épine dorsale, proposition qui n'est pas môme exacte, on le sait, pour les animaux. De même substance que le cerveau, la moelle épinière est seulement beaucoup plus dure, et elle durcit encore à mesure qu'elle approche de sa terminaison, comme le cerveau lui-môme à mesure qu'il avance vers la moelle (2). Le cerveau antérieur est plus mou que le cerveau postérieur ou le cervelet, origine des nerfs durs. La moelle épinière est aussi l'origine ou le principe des nerfs durs ou moteurs parce qu'elle est elle-môme beaucoup plus dure que Tencéphale. Nous reviendrons sur la théorie galénique des nerfs durs et des nerfs mous et de leurs centres encéphaliques correspondants. La division des cordons de la moelle en paires symétriques (cruÇuYfa) n'avait point, Daremberg l'a noté, été formulée d'une manière générale avant Galien ; il n'en est pas question dans Rufus. Marinus, le maître de Galien, semble avoir reconnu les premiers faits d'observation certains sur ce sujet. De même pour les nerfs crâniens : il réunit en un nerf le nerf acoustique et le nerf facial sous le nom do V paire (3).
Galien réfute son maître touchant cette cruÇuY(a '^tùç^iù^ (4).
Les sept paires de nerfs crâniens admis par Galien comprenaient tous ceux que Ton admet aujourd'hui, sauf le pathéliquc et Toculo-moleur externe. Les nerfs optiques étaient la I"* paire de Galien ; Focu/o-mo/ettr constituait la II** paire ; la III* paire était le Irifacial: « ce nerf commence h l'endroit où la partie antérieure de l'encéphale s'unit à la partie postérieure (5) », donc dans la région delà protubérance annulaire, « nouvelle preuve, a écrit Daremberg, que Galien connaissait la protubérance annulaire et qu'il la regardait comme un lien commun entre le cerveau et le cervelet. » Quant aux nerfs olfactifs, Galien ne les a pas toujours nettement séparés des autres paires crâniennes ; il les place dans une catégorie spéciale. Il assimilait volontiers les prolongements olfactifs, les nerfs optiques et les oculomoteurs à des prolongements ou apophyses du cerveau (6). Cette idée parait avoir été assez répandue parmi les anatomistes ; le siège de l'olfaction est d'ailleurs bien localisé pour Galien dans les ventricules antérieurs du cerveau, non sur la membrane pituitaire. Il le
(i) De us. part., VIIÏ, xii. KChn, m, 671-a.
(2) Ibid-y ÏX, ir. De motu muscul, I, i.
(3) De nerv. diss.^ vi, 887. Kûhm, u.
(4) De us. part., VIII, vi, 644-7-
(5) Jlnd., IX, IX, KûHN, III, 733. TpiTr) 8î [au!^uY''* vcjp;oy] ip/^ojxevi) [jlIv evOa 'Juv«;:Tei to rpoaOiov [té^oi xou cpcsoaXou xô otcioOsv.
(6) Jùid., IX. VIII.
ajo LE SYSTÈME NEHVEVX CE^'TBAL
démontrait par rexpcrience suivante: « J*ai, dit-il, rempli le nez de quelques esclaves de substances lr^s odorantes. Quand je leur commandais de retenir leur respiration, ils ne sentaient rien ; quand je leur disais de respirer, ils percevaient une sensation des plus pénétrantes. Du reste, ajoutait le médecin de Pergame, l'odeur n*est pas seulement une qualité, mais la substance même de l'objet ; et la nature de la membrane pituitaire n*est pas en rapport avec les particules odorantes (i) ».
Galien n*a pas distingué Vislhme du reste de Tencéphale; il le confond avec le cervelet. Mais c'est l'isthme qu'il désigne en disant que tout ce qui est autour du ventricule postérieur ou ventricule du cervelet est plus dur que le reste du cerveau ; c'est encore Vislhme qu'il entend, quand il rép^le que les nerfs crâniens viennent du cerveau jK)stérieur et que c'est pour cette raison que la nature a fait le quatrième ventricule très grand (2) ; enfin, c'est de ce point de l'encéphale qu'il fait naître la moelle.
Le cervelet lui a paru dépasser de beaucoup en dureté le reste de l'encéphale. « Ce n'est pas de grandes circonvolutions séparées par la pie-mère comme le cerveau qu'il est composé, a écrit Galien, mais de corps nombreux, de corps très petits, autrement disposés que dans celui-ci (3). En effet, si le pneu ma psychique (ttvcOîjlx '\nj-/ix6y) est renfermé dans tout le corps de l'encéphale (8t' ô'Xou tou xarà tov eYxétpaXov <ia)|jLaToç) , et non pas seulement dans ses ventricules, comme nous l'avons démontré ailleurs (4). il faut croire que, dans le cervelet, qui devait être le principe des nerfs du corps entier, ce pneuma se trouve être en très grande abondance, et que les régions intermédiaires qui en relient les parties sont les chemins de ce pneuma (5) » .
Erasistrate avait noté cette « variété » plus grande de structure qui distingue le cervelet (àxeYxpovfç) du cerveau (syxfçaAc^). Mais il soutenait déjà, on Ta vu, que, non seulement le cervelet, mais aussi le cerveau de l'homme, étaient plus plissés que le cerveau et le cervelet des autres animaux, et il attribuait cette complexité morphologique à la prédominance des fonctions de Tintelligence chez l'homme (to vosïv). Loin d'avoir été frappé de cette interprétation si naturelle, qui constatait simplement les rapports nécessaires de la fonction et de l'organe, et d'un organe qui était bien aussi, pour Galien, celui de Tintelligence, le médecin de Pergame accuse ici Erarîstrate de ne pas raisonner juste, et cela parce que « les ânes eux-mêmes ont un cerveau très plissé (tcoXj-jtXsxov tcv syxsçaXsv) », et que la faiblesse de leur entendement exigerait, dans cette hypothèse, que leur cerveau lut tout à fait simple, peu circonvolutionné ou uni.
(i) J)e dogm. Hipp., VII, 4.
(a) De us. part., VIIl, ix-xii. 11 dit pourtant (^Ibid., VIIl, xii) que le ventricule du cervelet ou quatrième ventricule est moins grand que les ventricules antérieurs et que le ventricule moyen : ce Le ventricule du cervelet est plus petit que ce dernier. »
(3) De us. pari., VIIl, xiii. où y*? ^5 âXi/ow {jLeyiXwv... ai^iiEp ô ÈyxcoaXoç...
(4) Dogm. (/'HippocR. et de Plat., VII, m.
(5) Ce texte attribue formellement les fondions psychiques au cervelet: r)Y£îaO«i ypf, x«i xar* TTjv 7:ap£vxc©aXi$a {jLeXXouaâv ys tûv xaO* oXov tô ao){ia vsuotov ip/ji^ ysYTiaeiOai, TcXsiaTÔv toCîto nspî^- /£aô«i ::vâC»(xa. De us. part., VIII, xiii.
STUCCTURE et F0.\CTI0\ DV cervelet ayi
Gaxien écarte donc, par ce raisonnement un peu frivole, l'explication vraie qu'avait donnée Erasistrate, il y a deux mille deux cents ans, de la morphologie comparée des parties du cerveau ou de l'encéphale en général, et de la surface du télencéphale en particulier. Il estime qu' « il vaut mieux croire » que l'intelligence résulte « d'un bon mélange, d'une bonne cràse^ de la substance du corps pensant, quel que soit ce corps, et non de la complexité structurale de la composition de ce corps (i) ». Cependant, si Galikn méconnaît l'importance du volume (2) et de la forme de l'organe, de son anatomie macroscopique, il invoque un facteur non moins important, quoique plus caché, la qualité et comme la constitution élémentaire de l'organe. « C'est moins, dit-il, à la quantité qu'à la qualité du pneuma psychique qu'il faut rapporter la perfection de la pensée : ciSè Y^p Tw Tzk-rf^ti Tou TT/euîJLaTo; tou t|n>xaou XP^**- ^^"^^ V^^ {jwcXXov icsp ^ tfj xoiérriTt t^v àxp(- 6stx/ T?Jç voT^ffSCâ)^ àvaçépstv. »
Nulle part Galïen ne parle de la moelle allongée ; cette portion du névraxe se trouve ici confondue avec le cerveau par le IV ventricule, en partie avec 1' « origine de la moelle » au niveau du grand trou occipital (3).
Voici comment Galïen procédait à l'autopsie d'un cerveau (4). Du même coup on apprend, par sa description topographique des parties, quels étaient les organes, les tissus et les rapports des diverses régions de l'encéphale qu'il connaissait et faisait connaître dans ses démonstrations publiques.
Après avoir enlevé Isl faux et les veines qui s'y rendent, on écarte, ditil, les deux hétnisphères : on aperçoit alors un corps d'apparence calleuse
(i) Ibid., à[jis(vov 8'r)v 5paTfj t^; oùa(aç sûxpavi^ tou voouvtoç a(u[iato;, 0 ti ::ot'olv ^ touxo, t^v ayvsaiv 6:r6aOai vo(xiJ^eiv, ou tj TïoixiXfa Tij; auvGeaetoç.
(a) Galfen écrit pourtant (^Ars medica, VI ; Kuhn, I, Sao) : « Une petite tête est l'indice particulier d'une organisation défectueuse du cerveau ; une grosse tête, il est vrai, n'est pas de nécessité rindice du contraire. » Galïen avait aussi noté que le cerveau des jeunes animaux est plus mou que celui des vieux (//i Hippocr. sext. de morbo vutg. Comm., III, § i). Okibase, dans un chapitre intitulé Tiepl [xsioSaêfoç l^xecpaXoD (^OEuvres, III, aSg) rapporte cette observation à Hippocrate {Epid., VI, m, i) et dit que, chez ceux qui deviennent chauves, ainsi que dans l'extrême vieillesse, le cerveau s'atrophie ; que les racines des nerfs se dessèchent, etc. Quand celte sclérose du cerveau est très avancée, les sens s'obscurcissent et les mouvements se perdent. Le cerveau, suivant Oribasb, n'atteint pas les os du sinciput ; il ne saurait les toucher, à l'état normal, « car cet organe, dit-il, s'affaisse et retombe sur sa base (*juviî^«v£i ts yàp xal xaTa;:t::T8i Taneivô; è;;i xrjv lauiou paaiv). » Lors donc que les racines des nerfs crâniens se dessèchent, par le fait de la calvitie ou de l'âge, « on ne voit ni n entend plus aussi bien qu'auparavant ; toutes les autres fonctions du ressort des sens ou du mouvement volontaire ne s'accomplissent plus avec la même vigueur qu'avant, mais les organes consacrés à ces fonctions et à l'aide desquels on agissait autrefois s'énervent, s'émoussent et s'affaiblissent tous. »
(3) De us. part., XH, i3.
(4) Cf. Dahbmbbrg, /. /.
(TuXû)Séç). De chaque côté existe une cavité naturelle : ce sont les ventricules latéraux ou antérieurs. On pénètre alors dans ces ventricules en pratiquant des coupes horizontales régulières. Les ventricules ouverts, on voit tout d'abord les tissus ou plexus choroïdes (xi yopoiiîfi xAsYiAora). La cloison qui sépare les ventricules antérieurs est intimement unie par son bord supérieur au corps calleux, lequel repose sur elle. Le corps appelé voûte {^xXiç) ressemble au toit d'une maison, à la « voûte » d'un édifice. « L'usage dutrigone, dit Galien, est le même que celui des arcades des bâtiments. » Il existait d'ailleurs deux théories sur les usages de la voûte (i).
Le ventricule moyen ou troisième ventricule est silué entre les deux ventricules antérieurs et le ventricule du cervelet ; il communique avec les ventricules moyens par deux petits trous ou ouvertures et avec le ventricule du cervelet ou quatrième ventricule par un conduit qui s'ouvre à sa base, « comme on peut s'en assurer avec un stylet » : la paroi supérieure de ce ventricule est formée par la voûte ; elle est tapissée par la toile choroïdienne : le ventricule moyen sert de réservoir aux humeurs et superfluités aqueuses ainsi que de lieu de passage au souffle (xveujjaj qui lui arrive par les pertuisdes ventricules antérieurs avant de parvenir au quatrième ventricule, ou ventricule du cervelet, d'où procède la moelle. Le calamus scriptorius avait été ainsi dénommé par Hérophile à cause de sa ressemblance avec les joncs à écrire (xaXaiAoç) dont on se servait à Alexandrie (2). Outre le corps ou processus vermiforme {vermis inférieur du cervelet), Galien connaissait le conarium ou glande pinéale et les deux paires antérieure et postérieure des tubercules quadrijumeaux. De la nature d'une glande, situé en arrière du ventricule médian, attaché sur l'aqueduc entre les nates, le conarium se trouvait recouvert et suspendu par la pie-mère qui pénètre dans le troisième ventricule (toile choroïdienne). Au contraire, les paires antérieure et postérieure des tubercules quadrijumeaux {nates et testes) sont de la nature du cerveau (3). Quant aux sérosités des ventricules, Galien les a bien connues, mais il les a considérées théoriquement comme étant de nature excrémentielle. De l'activité de l'encéphale résultait deux sortes de substances excrémentielles : les unes, humides, étaient entraînées en bas par leur propre poids et descendaient à travers l'ethmoïde (l'os criblé) et par les os du palais ; les autres, vaporeuses, s'élevaient à la surface supérieure du cerveau et
(i) De us. part,, VHI, ii ; De admin. anat., IX, 4-
(2) De adm. an., IX, 5.
(3) De admin. an., IX, 4-5. De us. part., VlU, i^.
nrssECTPON de VENCÉPHALE 273
s'échappaient par les sutures (J)a^3c0> destinées en grande partie à laisser ainsi passer le superflu des esprits (i).
Il ressort déjà de cet exposé des connaissances anatomiques de Galien relatives à l'encéphale et à la moelle épinière, que le médecin de Pergame était aussi familier qu'on peut l'être avec la structure macroscopique du névraxe. Et cependant, de tous ces organes qu'il a séparément décrits et considérés dans leurs connexions, il n'a pas entrevu une seule fois les rapports avec les fonctions de la sensibilité, du mouvement et de l'intelligence. Il s'est trompé sur le rôle de la surface des hémisphères du cerveau comme sur tout le reste. Ainsi les tubercules quadrijumeaux ne servent qu'à ouvrir ou à fermer le passage de l'aqueduc que traversent les esprits animaux pour arriver au quatrième ventricule. Dans le cerveau il n'a rien voulu voir que les ventricules, les réservoirs et les conduits du pneuma psychique : « Il se hâte, a écrit Daremberg, d'ouvrir ce viscère, de pénétrer dans ses cavités, de découvrir leurs voies de communication, de trouver comment elles correspondent aux deux grandes fonctions qu'elles ont à remplir. S'il examine les parties accessoires, comme la voûte, le septum, le corps vermiforme,le conarium, c'est qu'elles ont une liaison plus ou moins directe avec l'accomplissement de ces mêmes fonctions. On retrouve encore cette idée dans l'ordre avec lequel il présente ses descriptions. Il commence là où Tesprit arrive aux ventricules antérieurs qui le reçoivent par les méats olfactifs ; il étudie ensuite \(i ventricule médian^ lieu de passage pour le pneuma, qui se rend, par un conduit, au quatrième ventricule, d'où il s'échappe à travers les nerfs pour leur donner leur vie et leur force. »
Pour Galien, « disséquer un cerveau », tov àyxéfaXov oyTcv àvorliJLVstv, c'était surtout en sectionner les ventricules (2).
Des ventricules antérieurs du cerveau, le pneuma psychique arrive, élaboré, par un canal, dans le ventricule du cervelet, ou quatrième ventricule qui, dit Galien, devait être d'une grandeur considérable, tous les nerfs du corps dérivant soit du parencéphale, soit de la moelle épinière {Util, des parties, VIII, ix). « En effet, le ventricule paraît grand, et le canal qui, des ventricules antérieurs, vient y déboucher, est fort grand aussi. »
La théorie du triple pneuma a déjà, chez Galien, toute la subtilité aiguë, toute la rigueur logique, purement spécieuse, qui caractérisent Pesprit et l'enseignement des maîtres et des écoles du moyen âge. Le pneuma psychique est localisé dans l'encéphale et dans les nerfs, le pneuma
(i) De us. part,, IX. 17.
(a) De anat. adm., IX, m (Kliin, ii, 717 sq.)
J. SouRY. — Le Système nerveux central. 18
i74 LE SYSTÈME SEBVEVX CEXTBAL
vitai dans le cœur et les artères, le pneuma physique dans le foie et dans les veines. Les manifestations dynamiques de ces trois esprits, la force psychique, la force sphygmique et la force physique, correspondant aux esprits animaux, vitaux et naturels, dépendent de l'absorption du pneuma vital dans la respiration. Tandis qu'une partie du sang arrive par l'artère pulmonaire au poumon pour le nourrir, l'autre partie va dans le ventricule gauche du cœur, où elle se mélange avec l'air inspiré par la respiration. Le Tuveujjia ij/'j*/t>t5v résulte ainsi du mélange, dans les ventricules antérieurs, du xv£j[xa ÇwT'.xév, ou esprit vital, répandu dans le système artériel par le sang qui s'est mêlé à l'air atmosphérique dans le ventricule gauche du cœur, avec l'air respiré par les narines. Animé d'un double mouvement diastolique et systolique, le cerveau recevait par le premier l'air et les esprits vitaux, par le second les ventricules latéraux poussaient les esprits animaux dans les autres ventricules. Hérophilk avait distingué les artères des veines par leur épaisseur, conjecturant que la tunique artérielle est six fois plus épaisse que la tunique veineuse. Galikn se rendait compte de cette différence en raisonnant ainsi : le pneuma étant subtil et très vif en ses mouvements, devait trouver dans les artères une forte résistance, sans quoi il s'échapperait à travers leurs parois ; le sang, au contraire, étant pesant, épais et lent dans ses mouvements, stationnerait dans des tuniques épaisses et ne pourrait servir à la nutrition des parties (i). Galien témoigne avoir toujours trouvé chaud le cerveau des animaux, ce qu'il s'expliquait par la présence des nombreux vaisseaux sanguins qui rampent sur la pie-mère et dans la substance du cerveau. « ludi force psychique est la condition de la représentation intellectuelle, de la mémoire, de la pensée ; elle communique aux nerfs le pouvoir de sentir, aux organes moteurs la faculté d'accomplir des mouvements. La force sphygmique est la condition du courage, de la colère, de la force du caractère, et, par les artères dont elle détermine la pulsation, de la chaleur propre de l'organisme. La force physique est la condition des désirs sensuels, et, par les veines, de la nutrition et de la formation du sang. Trois groupes de fonctions dérivent de la triple force vitale : I® fonctions animales, qui se subdivisent en : a, fonctions principales : activités spirituelles; b, fonctions auxiliaires : activité des sens et mouvement volontaire ; 2° fonctions vitales, qui se subdivisent en : a, fonctions principales : activité du cœur (dans le cœur gauche sont créés les esprits vitaux et se forme la chaleur, ce qui, d'ailleurs, doit aussi avoir lieu dans
(i) Utilité des parties, VI, x. Cf. Daremberg, Anat.et physiol. ^Hérophile, Rev. scientif., 1881, I, 12.