‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 56 sur 106 · THÉORIE DV TRIPLE PXEUMA J · texte numérisé non relu

THÉORIE DV TRIPLE PXEUMA J

le foie, lieu d'origine des veines) ; ôy fonctions auxiliaires : respiration et pouls ; 3° fonctions naturelleSy qui se subdivisent en : a, fonctions principales .-nutrition et croissance de l'individu et de l'espèce (fonctions delà génération ou fonctions sexuelles) (i) ».

Parmi les recherches capitales de physiologie expérimentale de Galien, on signale la section totale, transversale et longitudinale de la moelle épinière aux divers niveaux, l'arrachement des racines des nerfs, la section du nerf vague et des nerfs intercostaux, etc. Les sections transversales de la moelle épinière privent de sensibilité et de mouvement toutes les parties du corps situées au-dessous, la moelle tirant de l'encéphale la faculté de la sensation et celle du mouvement volontaire [Des lieux aff,^ III, xiv), les nerfs, jouant toujours le rôle de canaux ou conduits, apportant aux muscles les forces qu'ils tirent de l'encéphale comme d'une source. Tous les muscles, dit Galien, sont en rapport avec le cerveau et la moelle épinière par des nerfs dont la destruction enlève au muscle tout mouvement et tout sentiment [Du mouv, des muscles, I, i). A côté de la paralysie du mouvement, on parlait, au temps de Galien, d'une paralysie de la sensibilité. L'inflammation d'un nerf peut déterminer des convulsions et du délire ; en ce cas, la section du nerf a souvent mis fin aux symptômes ; mais le muscle auquel ce nerf se rendait reste paralysé. Outre les monoplégies des divers segments de membres, la face, ou les parties de la face, la langue, les mâchoires, les lèvres, l'œil, peuvent être isolément paralysées, comme si ces parties n avaient pas toutes un seul lieu pow principe (sva tôhcv ipx^^') ^^ qu'elles tirassent leurs nerfs de difl*érentcs régions de l'encéphale [Des lieux aff,, III, xiv). Si l'on sectionne la moelle épinière à différentes hauteurs, toute la partie située au-dessus de l'incision, demeurée en rapport avec le cerveau, conserve ses fonctions, contrairement à ce qui arrive pour les parties inférieures à la lésion. Une section hémi-latérale de la moelle ne paralyse que le côté correspondant à la section.

Galien avait constaté par la physiologie comme par la pathologie que chaque moitié de la moelle épinière était indépendante de l'autre dans son influence sur le mouvement et le sentiment (2).

Voici deux expériences fondamentales, décisives en môme temps :

Dans Tune, il fit rhémiscciion latérale de la moelle de manière à comprendre, dans une incision transversale, toute l'épaisseur de la moitié correspondante de cet organe : il en

(a) pRKYBR, Elém. de phys, génér., p. /43 et suiv. de notre Irad. (i) De adm. an., VIII, 5. De locis aff., f, 6.

ayC LE SYSTÈME NEBVEVX CENTRAL

résulta une paralysie des mouvements volontaires dans le membre postérieur du même côté.

Dans une autre expérience, il fit une hémisection longitudinale au milieu du renflement lombaire, divisant la moelle en 2 moitiés latérales : il \\i persister les mouvements volontaires dans tout le train postérieur de l'animal opéré (i).

De même si une partie de la moelle est seule alTectée par la maladie, la paralysie atteindra, non pas toutes les parties situées au-dessous, mais seulement les parties correspondantes à la lésion. « On voit de semblables paralysies attaquer la face, et la partie paralysée être tirée du côté opposé. » a La dissection nous ayant appris que de l'encéphale même dérivent les nerfs qui vont aux parties de la face, lorsqu'une de ces parties est paralysée avec tout le corps, vous saurez que la diathèse de la paralysie réside dans Vencéphale même et, lorsque ces parties demeurent exemptes d'alTection, qu'elle réside à l'origine de la moelle. » Souvent on voit agités de convulsions les lèvres, les yeux, les mâchoires tout entières, la peau du front, la langue à sa racine : « Or, comme la dissection nous a appris que toutes ces parties sont mues par des muscles qui tirent leurs nerfs de Vencéphale, nous sommes persuadés que, dans ces cas, c'est Vencéphale qui est affecté (a) ».

Arrosé par le sang chaud et subtil de Tarière et par le sang plus froid et plus épais de la veine, le corps du muscle devient, pour ainsi dire, une plante ; lorsqu'il reçoit les forces que le nerf lui apporte de l'encéphale, il acquiert le sentiment et le mouvement volontaire : il est devenu un organe psychique. Quoique tous les nerfs soient doués de deux facultés, la sensibilité et le mouvement, de toutes les parties auxquelles ils se distribuent les muscles seuls se meuvent {De Vuiil, des parties, XVI, 11); les autres ne font que sentir, telles la peau, les membranes, les tuniques, les artères, les veines, les intestins, la matrice, la vessie, l'estomac, etc. A plus forte raison en est-il ainsi des organes des sens (Ibid,, VIH, ix etx). Aux parties en rapport avec la sensibilité se rendent les nerfs mous, aux organes moteurs les nerfs durs, à ceux enfin qui possèdent Tune et l'autre fonctions, les deux sortes de nerfs.

La théorie des nerfs mous pour les sensations, des nerfs durs pour les mouvements, a eu la fortune que Ton sait. Galien attribue une origine différente à ces deux espèces de nerfs : les premiers dérivent du cerveau, les seconds du cervelet et de la moelle épinière. Tous les nerfs du corps, nerfs durs, qui déterminent les mouvements par traction, tension, flexion, et que Galien assimile à des cordes (il s'agit bien des nerfs, non des tendons et des ligaments), dérivent ou du cervelet ou de la moelle épinière, origine et principe de tous les nerfs durs, car le cerveau lui-même durcit à mesure qu'il se rapproche de la moelle, et la moelle à mesure

(i) De locis affectis, llf, xiv ; IV, vu. De anat. adm., VIII, vi. (a) Ibid., III, xiv. Kûhn. viii, ao8 sq. Cf. III, viii.

PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE ET PATHOLOGIQUE DES A. CRAMEyS ET SPINAUX 277

qu'elle avance vers sa terminaison. « Les nerfs devant avoir une double nalure, le cerveau lui-même a été fait double, plus mou à la partie antérieure, plus dur dans l'autre partie que les anatoniistes appellent parencéphale (cervelet). » Le cervelet ne donne absolument naissance à aucun nerf mou. Or c'est du cervelet, beaucoup plus dur que le cerveau, que sort la moelle épinière (i). Dans toutes les parties de Tanimal inférieures au cou qui sont mues volontairement, les nerfs moteurs tirent leur origine de la moelle épinière {xk x.tvTjTixà veupa... ex tsO y.3tAC'j;i.évo'j v(â)T'.a{ou). Quant aux nerfs crâniens, aux nerfs des sens, certains d'entre eux se durcissent pendant leur trajet (2), ou sortent des parties les plus postérieures du cerveau afin de servir aux mouvements des organes des sens situés dans la tôte. « Ainsi dans les sens qui sont mus par la volonté, tels que les yeux et la langue, il existe des nerfs de deux espèces et non pas seulement des nerfs mous (ou sensoriels), comme dans les oreilles et le nez » (VllI, v). Tandis que les nerfs mous s'épanouissent à la face externe de la langue ou sur l'organe essentiel de la vision, les nerfs durs s'insèrent aux muscles de la langue et des yeux. Il en résulte que si l'un des deux nerfs vient à être lésé, la lésion n'affecte que la fonction propre de ce nerf. Ainsi la langue peut être privée soit de la motilité, soit de la faculté d'apprécier les saveurs. Comme les parties postérieures du cerveau et le cervelet sont, par elles-mêmes, suffisamment dures, elles n'ont pas besoin que la pie-mère s'y enfonce pour les soutenir, car, ainsi que le répète Galien, « le cervelet tout entier dépasse de beaucoup en dureté le cerveau » (VIll, vi, xi).

Tous les organes sensoriels, tels que les yeux, les oreilles, la langue, dont la nature de la sensation est « supérieure » à celle de la sensation commune à toutes les parties, c'est-à-dire au tact, sont pourvus de la double espèce de nerfs, les nerfs mous se rendant à la partie qui est l'instrument propre de la sensation, les nerfs durs allant aux muscles. Chaque oreille, par exemple, reçoit un nerf mou, tandis que ses parties destinées à se mouvoir (le pavillon) reçoivent des nerfs durs. Le derme tout entier reçoit, non un nerf spécial et isolé, mais des fibrilles issues des fibres nerveuses sous-jacentes, lesquelles servent d'organes de sensation. Le muscle est proprement l'organe du mouvement volontaire : il meut les parties au moyen des tendons insérés sur les parties elles-mêmes.

Mais, outre les muscles volontav'es, il y en a d'involontaires. Quel critérium peut servir à les distinguer? La marche, par exemple, est un mouve-

(i) De l'utilité des parties, VIII. vi, x; I\, iv, xir ; Du mouvement des muscles, I, i. (2) Ibid., î\,xiy.

ment volontaire, car on peut marcher plus vite ou plus lentement, s'arrêter, etc. Au contraire, la volonté ne peut ni arrêter le mouvement de Tartère ou du cœur, ni Texciter, ni le rendre plus fréquent ou plus rare. Aussi ne dit-on pas que de tels actes soient des actes de Tàme, mais de la nature. Les niotivetneiits naturels ou involontaires soni encore ^ par exemple, les mouvements de l'estomac, des intestins, etc. {VII, viii ; X, ix). Enfin, des actes volontaires, les uns paraissent entièrement libres, les autres sont subordonnés aux affections du corps. Ainsi, des gens ont gardé le silence un an entier ou davantage par l'effet de leur volonté ; personne ne peut retenir ses excréments ou son urine. De même il est impossible de retenir longtemps sa respiration [Du mouv, des muscles, II, vi). Le diaphragme et tous les muscles abdominaux sont des organes dont les mouvements dépendent de l'âme, c'est-à-dire de la volonté; ils agissent toujours par impulsion volontaire. Des nerfs durs sont affectés aux muscles de ces mouvements. Au contraire, les intestins et l'estomac sont des organes dont les mouvements, soustraits à la volonté, se contractant sans recevoir d'impulsion, sont appelés naturels ou involontaires (II, viii); les viscères n'ont que peu de nerfs moteurs ou durs : le nerf du cœur et de l'estomac (le pneumogastrique) est un nerf mou sensitif.

Quant à sa substance,,le cerveau ressemble beaucoup aux nerfs, dont il est le principe. S'il est plus mou que tous les nerfs, c'est qu'il rcçoittoutes les sensations (xiaaç \kh v.q aiTbv -zzq aijOY)aetç), c'est qu'il se représente toutes les représentations [izi^xq lï çx^Tocjtaç çavTaatojfxévci)), c'est qu'il pense toutes les pensées (xal ^aaa^vcT^ijetç vct^'Jovti). Le cerveau est donc mou et de « température modérée (i) w. Peut-on essayer de localiser plus exactement encore, dans le corps du cerveau, le siège de ses fonctions ? Galien ne paraît pas avoir distingué la substance grise de la substance blanche. Voici le passage où l'on a cru apercevoir quelque vague indication à ce sujet: (( Dans le cerveau antérieur, les parties voisines de l'enveloppe appelée dure et épaisse méninge sont, et avec raison, plus dures, la partie moyenne, enveloppée par les parties supérieures, plus molle. » Celle-ci est un lieu d'origine pour les nerfs mous, comme l'est la partie externe pour les nerfs durs.

Le cerveau esi la condition et le principe de toute sensation. C'est en vain que les organes spécifiques des sens, les yeux, les oreilles, le nez, la langue, et aussi le tact, ont été modifiés par leur stimulus adéquat, la lumière, les sons, les odeurs, les saveurs (le semblable devant, selon Galien, être reconnu parle semblable), car tout sens n'est pas modifié par

(i) De l'util, des parties, VIII, vn IX, iv).

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