THÉORIE DES NERFS MOUS ET DES NERFS DURS
tout objet sensible, et, par exemple, <c aucun des sensoriums ne sera modifié par les couleurs si ce n'est celui de la vue » : cette modification des organes des sens, condition première de la sensation, demeurerait sans effet si elle n'était « connue » de Tâme raisonnable (to TfiYei;.ov'.xcv), c'est-àdire du complexus de fonctioils localisées dans « le corps du cerveau » que Galien appelle ici la représentation, la mémoire, \di raison [il <px/Ta(jtci5[jLevov xal |jt.£[AviQ[jL£vov Y.xi XoYtÇôjxcvov). Pour « connaître » les impressions reçues par les appareils périphériques des sens, le cerveau envoie jusqu'à eux « une partie de lui-même ». Tels sont les processus mamillaires qui, des ventricules antérieurs, aboutissent aux narines, véritable apophyse cérébrale; le nerf optique, « qui n'est pas tout à fait un nerf », et par lequel le cerveau se prolonge jusqu'à « l'humeur cristalline ». Dans les yeux, environnés de membranes de tous côtés, Galien montre l'impression produite par les couleurs, par exemple, « parvenant rapidement à la portion de cerveau qu'ils renferment », tyjv sYxsçaXoj [xcîpav. De môme pour les nerfs plus ou moins mous de la langue et des oreilles. Quant au nerf de la cinquième paire, fort et dur, il est propre au mouvement et au tact, dit Galien, c'est-à-dire au plus grossier des sens (xal twv aWô/iJswv Ttjvxapixspeoripa à<pT^v)(i) : l'organe du toucher est le plus grossier, celui de la vue le plus subtil. Après la vue, vient au second rang pour la subtilité, le sens de Vouïe, Après le toucher, c'est le goût qui est le plus grossier. Le sens de Vodorat se trouve au milieu des quatre.
Dans la faculté sensible de l'àme (ataOïQTtxT) ttJ; ^\iyfi^ évipysia), Galien distingue cinq fonctions différentes : celles de la vue, de Vodorat, du goût, de Vouîe, du toucher, La faculté motrice peut varier avec les divers organes ; elle ne comporte qu'un seul mode. Mais la faculté de l'àme appelée -^ye^f^^vfLQ^ se divise en fonctions de Vimagination, de la raison, et de la mémoire (çovTarriKov, S'.r^or^Tix.6v, {jLvr<[jL0V£UT'.x6v) (2).
Les lésions des fonctions de la sensibilité sont communes à tous les sens. Ainsi, pour chaque sens, il existe des anesthésies ou des dysesihésies, affectant la vue (cécité), l'ouïe (surdité), la langue, le nez ou le toucher. Entre les autres sens, le toucher (yj r^-zk ty;v àçYjv £vépY£»a) présente un symptôme particulier: la douleur (ty;v cBùvr/^) ; celle-ci n'a point seulement, comme il arrive pour les autres sens, une origine extérieure ; elle dérive le plus souvent d'affections internes. Ce symptôme est quelquefois si violent que les patients se suicident pour y échapper. « Les plus grandes douleurs appartiennent à la sensibilité tactile, [^iy^^^tt lï oBuvai au[x7c{iTTcuj'. Tfj Tfj; àffjç atuGi^aet » (otalgie, ophtalmie, odontalgie, entéralgie, céphal-
(i) Galien, De loc. aff., ÏV, m.
(3) Galibn, De symptomatum differentiis liber (KvHît, vu, 55-6a), c. m.
a8o LE SYSTÈME NEF VEUX CENTRAL
algie, cardialgie, cystalgie, néphralgie, splénalgie, gonalgic, podalgie) : le « toucher » est « commun, en effet, à tous les organes sensibles ».
La lésion de Vodorat est une affection, non pas des narines, mais des ventricules anlérieurs de l'encéphale atteints de dyscrasie, ou des conduits obstrués des os ethmoïdes. En effet la sensation des odeurs est perçue dans les ventricules antérieurs de l'encéphale, les vapeurs y remontant par les trous des os ethmoïdes (i).
Pour Vaitdition, le pneuma formé dans les ventricules du cerveau s'écoule le long des nerfs acoustiques ]\x^i\i\^k Torgane périphérique de l'ouïe; après avoir reçu l'action extérieure, il remonte au point où l'audition a lieu, c'est-à-dire dans le cerveau. De même pour la vision et les nerfs optiques.
Ainsi le cerveau est à la fois le point de départ et d'arrivée de la modification survenue dans chaque sons en activité ; c'est par le cerveau que la sensation existe. En dépit de la parfaite intégrité de ses sens, un animal sans cerveau ne saurait éprouver de sensations. Et, avec l'abolition des sensations, c'est aussi la mémoire des images ou représentations, conditions du jugement, qui disparaît, car Galien a écrit: « Voyez les gens frappés d'apoplexie, bien que tous leurs organes des sens soient intacts, ces organes ne leur sont plus d'aucun usage pour l'appréciation des choses sensibles, oiSàv S'etç tyjv twv abOYjTwv StoYvwatv. »
Il nous faut insister, avec Galien, sur la forme et les fonctions des ventricules du cerveau, qu'ÂRiSTOTE n'avait décrits que d'une façon bien sommaire : « Dans presque tous les animaux, le cerveau a une petite cavité dans son centre, lytiV evT'o [xéjfo b twv zXetorwv Tca; xoTXov v, [X'.xpov. » {H. A. y I, XIII.) Selon Galien, les deux ventricules antérieurs ou ventricules latéraux opèrent l'inspiration, l'expiration, l'exsufllalion de Tencéphale : c'est par les trous nombreux des os ethmoïdes que l'air, pénétrant dans ces ventricules, arrive à l'encéphale, ces ventricules communiquant avec les narines par leurs parties antérieures ; ils préparent et élaborent pour le cerveau le pneuma psychique. A l'entrée du canal qui, du ventricule moyen (3® ventricule), apporte le pneuma dans le ventricule du cervelet (4® ventricule), quelques auteurs font du conarium^ ou glande pinéale, un « surveillant et comme un économe décidant de la quantité de pneuma qui doit être transmise ». Galien, cherchant F « utilité » de celte glande conoïde, qui ressemble à une pomme de pin, écarte non seulement tout rapprochement avec le pylore, dont la fonction, selon quelques-uns, est d'empêcher l'aliment de passer de l'estomac dans l'intestin
(i) De loc. aff.f Ul, xv. :wcOo$... tûv S[x7;poi0{(uv tou Ipce^iXo-j xoiXiâv et; ôuoxpaaîav âyojxcWv.
LE CEBVEAV, COSDITÏOS ET PRINCIPE DES SEySATIOXS 381
grêle avant d'être élaboré : il estime que, comme toutes les glandes analogues, elle sert de soutien aux ramifications des vaisseaux et n'est point le portier du pneuma psychique. Cette dernière fonction est dévolue aux émînences quadrigéminées et au vermis inférieur du cervelet. En outre, et ce point d'histoire est important pour bien entendre la doctrine de Descartes sur le siège de Tâme dans la glande pinéale, le conarium ne fait en aucune façon, pour Galien, partie de Tencéphale ; il n'est pas, dit-il, rattaché à l'intérieur du ventricule, mais seulement à l'extérieur, et ne se meut pas par lui-même : c'est une simple glande. Elle ne peut donc, en dépit de sa position favorable, ouvrir ou fermer tour à tour le canal. Ce sont là des suppositions d'un esprit ignorant, s'écrie Galien, qui nie l'art de la nature, laquelle ne fait rien sans but, et qui refuse de s'instruire (i).
L'air, venu des narines par les processus mamillaires (nerfs olfactifs) et par les trous de l'ethmoïde, se môle dans les ventricules latéraux aux esprits vitaux remontant du cœur à ces ventricules par les artères. Là, dans ces ventricules supérieurs ou antérieurs, s'élaborent pour le cerveau les esprits animaux, et le pneuma psychique trouve son origine dans le pneuma vital venu du cœur par les artères. Les artères de l'encéphale, dont la direction est ascendante, laissent échapper le pneuma parfaitement élaboré dans ce que Galien appelle le plexus réticulé, le « rets admirable, » lequel n'existe d'ailleurs pas chez l'homme. Le cerveau est animé, nous l'avons rappelé, d'un double mouvement, diastolique et systolique : le premier favorise l'arrivée de l'air et des esprits vitaux dans les ventricules ; par l'effet du second les esprits animaux sont distribués aux nerfs.
« Or. de Fesprit vital est fait Tcsprii animal envoyé du cœur par les artères carotides internes du cerveau, pour ce qu'il estoit requis qu'il fust mieux cuit et digéré, d'autant que l'action animale est plus noble que la vitale; et pourtant Nature a produit et basti une division d'artères en petits filets entrelacés ensemble en diverses formes, passant l'une pardessus l'autre, par plusieurs fois se coupant et divisant maintenant en une sorte, maintenant en une autre, avec plusieurs circonvolutions et entortilleures comme un petit labyrinthe, faisant une merveilleuse texture en manière de filet ou rets. Et par cette cause a été appelée des anciens rels admirable (BixtuwSsç -TcXeYiJLa); et a été ainsi fait, afin que l'esprit y fist plus large demeure, pour illec eslre mieux agité et élaboré, subtilisé et mis en extrême perfection (a). »
Le pneuma psychique est répandu dans tout l'encéphale et dans les nerfs qui en tirent leur principe [Util, des parties, Vlll, xiii), et non pas
(i) De Vutil. des parties, VTII, xiv.
(a) Amb. Paré, De l'admirable plexus réli forme. 3« liv. de VAnat,, ch. fx. — Gal., De us. part., IX, 4.
aSa LE SYSTÈME AERVEUX CENTRAL
seulement dans les ventricules. Il est aussi largement distribué au cervelet. Galien écrit ici que si, « comme il l'a démontré ailleurs, le pneuma psychique n'est pas seulement renfermé dans les ventricules, mais dans totit le corps de l'encéphale [IC éXou toO xa-ri tov èyxé^aXov j(ij;.atoç), il faut croire que, dans le cervelet, qui devait être le principe des nerfs du corps entier, ce pneuma se trouve en très grande abondance. »
Galien aurait-il varié relativement au siège de la fabrique des esprits animaux et, des ventricules, le domicile de ces esprits aurait-il été transféré par le médecin de Pergamc dans ce que nous appellerions le parenchyme du cerveau et du cervelet? Aussi bien, voici le texte du passage invoqué : « Il vaut mieux penser que Tàme habite dans le corps même du cerveau (ev ajTw piv tw awfxaTi toD èyxeçaXou ty)v ^u/yjv cîxeTv),... mais que son premier organe, et pour toutes les sensations et pour tous les mouvements volontaires, est le pneuma, » Or ce pneuma est toujours engendré dans les ventricules du cerveau, et c'est môme pourquoi une grande quantité d'artères et de veines s'y terminent, origine des plexus choroïdes. « Le pneuma des artères est appelé vital, celui du ccryeau psychique, non parce qu'il serait la substance de l'âme, mais parce- qu'il est le ^pwTov opY«^ov de l'àme qui habite dans le cerveau, quelle que soit d'ailleurs la substance de celle-ci. » Selon la doctrine authentique de (jalien, le pneuma psychique est donc toujours engendré dans les ventricules du cerveau {De Hippocr, et Plat, plac, VII, m). « J'appelle pneuma psychique, dit expressément Galien, le pneuma des ventricules du cerveau, qui est \q premier organe servant à l'àme pour envoyer, dans toutes les parties du corps, la sensibilité et le mouvement. » [Des lieux aff,, IV, m.) Des ventricules antérieurs, le pneuma psychique arrive, élaboré, par un canal, dans le ventricule cUi cervelet {Ji^ ventricule), ventricule qui devait être, estimait Galiex, nous le répétons, d'une grandeur considérable, et qui l'a trouvé tel en effet, car tous les nerfs du corps dérivent ou du parencéphale (cervelet) ou de la moelle épinière, Hérophile avait, pour cette raison, considéré ce ventricule comme le plus important (xupwTspov xotXiav); après Aristote, il nommait le cevyclei parencéphale ; Éuasisthate l'appelait encrane {iyy(.po^i^). Le ventricule du cervelet est pourtant moins grand que les ventricules antérieurs(i).
Quant à l'âme raisonnable, la troisième âme, V) aoyiotixy; ^jx/^, qui préside aux sensations et aux actions volontaires, elle a toujours, chez Galien, habité le cerveau. A cette époque déjà, le siège de la partie directrice de Tàme (to TiJ^ t^uxfj^ •^^Yejj.cvsjv) avait beaucoup varié dans les écrits des philosophes, des anatomistes, des physiologistes et des médecins. C'était sur-
(i) UtiL des parties, VUI, xii.
SIÈGES DES ESPRITS AMMAVX ET DE L'AME DANS LE CERVEAU iSS
lout entre la tôte et le cœur que les systèmes oscillaient. Alcméon, Pytha- GORE, DÉMOCRiTE, Platon, Straton, Hérophile, Érasistrate avaient localisé ce principe soit dans la tôte ou dans le cerveau, soit dans les méninges, soit dans les ventricules. Mais Hippocrate et les Hippocra- TisTES, Empédocle, Parménide, Diogène, Aristote, Chrysippe, les Stoïciens, Épicure, étaient restés attachés à l'antique tradition du genre humain, qui situe dans le cœur et dans le sang, bref dans les organes thoraciques, depuis la tête jusqu'au diaphragme, le siège et le domicile de râme(i). Galien ne pouvait hésiter, non plus, à Tentendre, qu'aucun médecin instruit de son temps. Un point sur lequel physiologistes et philosophes devaient tomber d'accord, c'est que là où est l'origine des nerfs, là est le siège du pouvoir central de l'âme, ôxou twv v£Jpa)v i^ ipx^n ev-cauOa xal Tc Tfj; <{;ux^; ^YS(j(.:vix5v (/>e Hippocr, et Plat,, plac, VIII, i). Or l'origine des nerfs est dans le cerveau, èv tw eYxeçiXw, et non ailleurs, du moins le principe /?rpmier, puisqu'un grand nombre de nerfs sortent soit du parencéphale (cervelet), soit de la moelle épinière, tout en recevant, il est vrai, du cerveau, leur efficace (2).
c< Nous savons que le principe du mouvement résulte pour tous les muscles des nerfs qui s'y insèrent. Or l'anatomie nous a très clairement enseigné que l'encéphale est le premier principe de tous les nerfs (à^x/rcov Twv veup(i)v eivat ty)v icpcoTYîv OL^^/r^-i tsv sYxéçaXcv). Je n'ai pas dit simplement le principe, j'ai ajouté l'épithète premier, à cause de la moelle épinière. On voit en effet beaucoup de nerfs sortir de la moelle, mais c'est l'encéphale même qui transmet à la moelle les facultés dont elle jouit (3). » « Erasistrate a connu, au moins dans sa vieillesse, le principe véritable des nerfs. Mais Aristote, qui Vignora toujours, 71 a jamais su dire seulement quel était r usage du cerveau (4). »
Edouard Zeller note quelque part que Galien a cité Aristote plus de six cents fois. Mais c'est Platon qui est pour Galien le premier de tous les philosophes, 6 lupwTc; à-x/Twv (twv) ^iXcaôçwv nXaiwv. Il adopte la doctrine des trois âmes, commune à Hippocrate et à Platon et d'origine pythagoricienne, et localise, avec l'intelligence, la sensibilité et le mouvement volontaire dans le cerveau, ainsi que certaines fonctions psychiques en rapport avec la connaissance et les instincts dans le foie et dans le cœur :
« Il m'imporle peu, dit Galien, que mes misérables contradicteurs, agissant comme c'est leur coutume, se rient de mes discours, les tournent
(i) Gajlibn, UtiL des parties, I, ix ; De hist. phiL, Kuhk, xix, 3i5.
(a) Des lieux aff,, III, ix ; Util, des parties, VIII, xi.
(3) Des lieux aff., III, xi (Kuhn, viii, aoi).
(S) De plac. Hipp. c^Plàt., VU, viii(Kuhn, V. 6^6-7).
284 l^E SYSTÈME NERVEUX CENTRAL
en ridicule, les traînent dans la boue. Je me soucie peu qu^ils me traitent de radoteur quand je prétends que, des trois principes dont j'ai démontré l'existence, Tun a son siège dans le cerveau et préside aux nerfs, auxmowvements volontaires et, de plus, aux cinq sens ; le second habite le foie (to ^ap) et tient sous sa dépendance le sang, les veines, la nutrition du corps et la faculté de discerner (Yva)p(Çe'.v) la substance qui convient pour cette fonction ; le troisième réside dans le cœur (xapîta) et dirige les artères, la chaleur innée, le pouls et les penchants généreux (Ouiii;). Platon appelle ces principes des espèces d'âmes (eiSy) ^^x^v), et non des facultés d'une substance unique (oi [uàq ohdxq SuvapLetç jjlcvov). S'il est vrai que leur substance soit différente et qu'elle réside dans les viscères que nous venons d'indiquer, laissons à chacun le droit de dire que nous avons trois puissances ou principes et non pas trois âmes (ci ^'jyiç) ; car il n'importe ni à la médecine, ni à la philosophie de dire que l'animal est régi par trois principes dont l'un réside dans le cerveau et l'autre dans le cœur, le troisième dans le foie{i). »
En tout cas l'origine des nerfs n'était pas, comme l'avait toujours cru Aristote, dans le cœur. Le Stagirite n'avait pas moins erré en considérant l'encéphale comme capable de réfrigérer le cœur (2) :
a Le cœur n'est-il pas bien plutôt capable de réchaulTcr le cerveau qui est place audessus de lui, puisque toute chaleur tend à s*élever? Et pourquoi rencéphale n*envoie-t-il au cœur qu'un nerf imperceptible, tandis que tous les organes des sens tirent de V encéphale une grande partie de leur substance ? rà Bï tôv alffOVjaewv opyava itavTa 7:x|X7roXXT|v jxoTpav eyxe^aXou (paivexai Se/ojxeva. — Mais, dit Aiustote, tous les organes des sens n'aboutissent pas à l'encéphale. — Quel est ce langage? Je rougis (atSoûjxai) même aujourd'hui de citer cette parole. N'entre-t-il pas dans l'une et l'autre oreille un nerf considérable avec les méninges mômes (fjLYjVif^iv)? Ne descend-il pas à chaque côté du nez une partie de l'encéphale bien plus importante que celle qui se rend aux oreilles? Chacun des yeux ne reçoit-il pas un nerf mou (Ev jjiiv jxxXxxov veupov, nerf optique) et un nerf dur ('èv Zï oxXTjpov, nerf oculo-moteur commun), l'un s'inséranl à sa racine, l'autre sur les muscles moteurs (to jxiv et; TTjv piX%yf auTou, xà Se elç tou; xivouvtx; ejjLCpuotjLevov {xO;)? N'en vient-il pas quatre à la langue, deux mous pénétrant par le palais, deux autres durs descendant le long de chaque oreille? Donc tous les sens sont en rapj>orl avec l'encéphale. Enoncerai-je, poursuit Galien, les autres parties qui entrent dans la structure du cerveau? Dirai-je quelle utilité présentent les méninges (rà yopoeiBfj awjjLXTa), le plexus réticulé (to ScxtuoeiSsç izXiyiux), la glande pinéale (to xeovapiov), la tige pituitaire (tj ttucXo;), Vinfundihulum (tj yoavt)), la lyre (to ^xXXtoet- Sèç (Twjxa), Véminence verniiforme (tj (jxwXrjxoeiBTjç eTrt'tpiKrt;), la multiplicité des vent ri-
(i) Galien, Fragm. du comment, de Galie.^ sur le Timée de Platou publ. par Gh. Darem- BERG. Paris, 18/48. Tov hçxi^akoyt T7)v àp7,T)v elvai tcuv vEupwv te xai ;rpoaip£Tixdy xiviiactov, lit ôà TTpo; ToJioiç a'.aOrîocwv Tc^vie.
(3) De us. part.f VIII. m. Ilûç 5g ô (xèv eptEfaXoç £;x<J/u/eiv îxavcîç lativ tt)v xapoiav...
GALIEN CONTBE AniSTOTE. OBIGINE DES NEHFS a85
cules (to ttXt^Ooç toSv xoiXtwv), les ouvertures par lesquelles ils communiquent entre eux (aï Tcpb; aXXir,Xaç auTwv «juvTp'j^dÊt;), les variétés de configuration, les deux méninges, les apophyses qui vont à la moelle épinit^ro, les racines des nerfs qui aboutissent non seulement aux origan e5 t/e-y 5efï5^ mais encore 3LU pharynx j au larynx^ à Y œsophage, à Ves- (omac, à tous les viscères, à tous les intestins, à toutes les parties de la face?
« Aristotk n*a tenté d'expliquer Tusage d'aucune de ces parties, non plus que celui des nerfs du cœur. Or, V encéphale est le principe de tous ces nerfs (olç ^yx^cpaXoç à^rxvTwv àpXYj)* ^^' ^^^^^ destiné seulement à la réfrigération, l'encéphale aurait dû être une éponge oisive et informe (xaOaîrep Ttvà dTcoyYov àpy^^ ^^^ àSiotTrXotiTOv) ; et le cœar, s'il n*cst le principe ni des artères ni de la chaleur innée (îxtjT6 tt^; EucpuToi» Oep«xa<7ixç l<TTtv ip/r^), loin d'avoir une configuration compliquée, ne devrait pas môme exister. » Aussi les sectateurs d'ÀRisTOTE non seulement ne croient pas que l'encéphale soit le principe des nerfs et le cœur le principe des artères : ils avouent même que l'un des deux organes est dénué de toute utilité; les uns le déclarent hautement, comme Philotime, les autres d'une façon détournée comme Aristote lui-même (i). « En effet, en ne reconnaissant à l'encéphale qu'une propriété dont il est complètement dénué et en imaginant qu'il n'a aucune autre destination, évidemment il le condamne à une complète inutilité, bien qu'il n'ose en convenir ouvertement. » Or il est impossible, déclare Galten, d'exposer convenablement l'usage d^ une partie quelconque sans connaître la fonction de tout l'organe. Voici exactement ce que Galien entendait par a parties » ((Ji.épy)), c'est-à-dire par ce dont l'assemblage constituait le tout (to oXov), organe ou animal. Il défmit ces termes lui-même au commencement du grand traité qu'il a intitulé : De V usage des parties du corps humain (llepl yjptixç Toiv ev àvôpwirou cioixaTt (xop^cov) :
« On dit que tout animal est un parce qu'il se présente avec une certaine circonscription propre et qu'il n'a aucun point de jonction avec les autres animaux ; de même on dit que chacune des parties de l'animal, par exemple l'œil, le nez, la langue, l'encéphale, est une, attendu qu'elle se présente aussi avec une circonscription propre. Si ces parties ne tenaient point par quelques côtés à ce qui les avoisine et si au contraire elles étaient complètement isolées, alors elles ne seraient pas du tout parties ([xopiov), mais simplement unes (ev) ; de sorte que tout corps qui n'a pas une circonscription propre complète, mais qui n'est pas non plus uni de tous côtés à ceux qui l'environnent, est appelé partie. S'il en est ainsi il y aura beaucoup de parties dans les animaux (iroXXà tûv Çwwv errai jxopix), celles-ci plus grandes, celles-là plus petites, et celles-là, enfin, tout à fait indivisibles en d'autres espèces. L'usage de toutes ces parties est sous la dépendance de l'àme, car le corps est l'instrument de l'àme (to yàp dwjxx TauTT); opyavov) ; aussi les parties des animaux diffèrent-elles beaucoup entre elles, parce que les àmcs elles-mêmes ne diffèrent pas moins (oTi xal xi 'J/u/ai) (2). »
Depuis Érasistrate et IIérophïle on savait que les nerfs viennent du cerveau : Marïnus, Arétée, Rufus, Pélops, le maître de Galien, avaient consacré cette doctrine dans leurs écrits. Si le cœur est formé avant le
(i) Chrysippe, que cite souvent Galien, s'efforçait aussi de montrer, dans son livre ::£pi «fw/^^ç, que le principe de l'âme est uniquement contenu dans le cœur. De Hippoc, et Plat, plac.y III, i. Cf. ibid., VIII, I.
(2) I, i-ii. KuHN, III, 1-2. Cf. Fragm. du Gomment, de Galiesi sur le Tintée de Platon. Paris, 18^8, p. 9.
cerveau, c'est que le fœtus a besoin de vivre avant que de sentir et de se mouvoir (i). Parlant de l'innervation du cœur, Galien remarquait que le cœur n'a pas besoin de gros nerfs comme les muscles (2). La puissance d'un nerf n'est point, d'ailleurs, en raison de sa grosseur (3).
Les nerfs sont composés de trois éléments : i" d'une partie centrale, qui répond à la moelle des arbres et qui est la propre substance du cerveau ; 2® de la pie-mère, qui enveloppe immédiatement cette partie centrale ; 3® de la dure-mère qui revêt la pie-mère (4).
Les nerfs servent à trois usages : aux mouvements, aux sensations, aux perceptions centrales de douleur ou de plaisir. En d'autres termes, et pour parler comme Galien, la nature a eu un triple but (TpeX; yip cy; oxcTcoQ dans la distribution des nerfs : elle a voulu donner la sensibilité aux organes de perception, le mouvement aux organes de locomotion, à tous les autres la faculté de reconnaître les lésions qu'ils éprouvent (5 l'v.q ttjv TÛv XjxtiTsvtwv S'.oYVùxjiv oTua^t TcT^ oX/vOt^). La sensibilité est de nécessité la propriété de tout nerf: èÇ àvaYXY;; aïjOr|jiç ÛTrip^ei irant v£up(})(5).
Galien distingue de grands et de petits nerfs. Les nerfs longs appartiennent aux organes des sens et du mouvement volontaire ; les nerfs courts, servant uniquement au troisième but de la nature, c'est-à-dire à avertir l'organisme des causes nocives, se distribuent aux organes de la nutrition {^(ù^ Tfj; Tpoç^^ opYx/wv), aux viscères abdominaux en particulier: « Si ces organes ne possédaient pas cette propriété, s'ils ne sentaient pas les affections qui sont en eux, les animaux périraient infailliblement en peu de temps. Eprouvons-nous quelque mordication dans les intestins (èv tcî; evTspotç), à l'instant nous nous hâtons d'expulser la matière qui nous incommode, mais si ces organes étaient complètement dépourvus de sensibilité, ils seraient tous bientôt, je pense, ulcérés, rongés, pourris facilement par les excréments qui s'accumulent constamment. » Cette sensibilité des intestins est exquise (euaioOr^ffia) ; dans chacun des replis se ramifie un nerf aussi bien qu'une artère et qu'une veine {h eî; èxaT^jv twv iXixwv îtajxsipeTai vejpov). Le foie (to ^::ap), viscère si grand, et si important, « supérieur à tous les autres organes de la nutrition », n'ayant pas besoin, comme les intestins, d'une sensibilité exquise, n'a reçu qu'un nerf très petit. Le foie est en effet purifié par quatre organes, qui sont les deux reins^ la rate et la vésicule biliaire ; comme ce viscère ne doit conserver dans son intérieur
(i) De foet. format., 3.
(3) De dogm. Uippocr. et Plat., I, x ; III, vi. De usa part., VI, xviii.
(3) De adm. anat., III, ix.
(4) De dogm. Hippocr. et Plat., VII, m. De locis affectis, I, vi.
(5) De us, part., V, ix-x (Kuhn, m, 378, 386).
NERFS LONGS ET NEUFS COVUTS. ÏNNEnVATION DES VISCÈRES 287
aucun liquide malfaisant ou acre, il ne réclamait pas une innervation aussi délicate que les intestins ou que la vessie. Celle-ci, la grande vessie, destinée à recevoir Turine, eut élé lésée souvent si elle n'eût promptement évacué l'urine, acre et bilieuse : la vessie a donc reçu des nerfs plus grands et plus nombreux pour accroître sa sensibilité: V; ©uai; ... jjLetÇovcov
Galien a parlé de la structure des ganglions nerveux du grand sympathique : « Il existe encore une autre disposition admirable de*la nature que ne connaissent pas les anatomistes. Quand elle doit conduire un nerf par un long trajet, ou remployer au violent mouvement d*un muscle, elle interrompt sur plusieurs points la continuité de la substance du nerf d*un corps plus épais, mais du reste semblable (BiaXafx^avei ty,v ouaiocv auTou (veupou) dtojxaTt ira/UT^pw jxâv, ôfj(.oi<j)5iTào[XXa). Vous croiriez en eiïet voir un nerf s'enrouler sur lui-môme; il vous semblera, au premier aspect, surajouté et développé autour de ces nerfs ; puis en disséquant (avaxéuivovTi 5é) et en examinant avec soin, vous trouverez que ce n'est pas un corps surajouté ni développé autour du nerf, mais une certaine substance semblable aux nerfs, unie de tous points et parfaitement identique à la partie du nerf qui vient h elle et qui lui fait suite. Cette substance, semblable à ce qu'on appelle ^an (7 //o/i (ydyy'kio'i), a pour but de renforcer, d'épaissir les cordons nerveux (îca/uve/iOai toTç veupot;) en sorte que //i portion du nerf qui lui fait suite paraît évidemment d'un diamètre supérieur à celui qui la précède (Jlxr:' evapy^ç opa^Sai jj-eT^ov tw xuxXw to [xer'aÙTYjv veupov Touirpo aùrrj;).Yous verrez que cette substance existe dans certaines autres parties, et, dans ces nerfs descendant de l'encéphale, vous la rencontrerez, non pas une foison deux, mais six fois : la premièredans le cou, un peu au-dessus du larynx (ganglion cervical supérieur); la deuxième, quand ces nerfs entrent dans le thorax (ganglion cervical inférieur) pour aller aux racines des côtes : en troisième lieu, au moment où ils sortent du thorax (ganglion semi-lunaire). Puisqu'un corps semblable se trouve trois fois dans l'un et l'autre côté de l'animal, c'est-à-dire à droite et à gauche, nous avons dit avec raison qu'on l'y rencontrait six fois (i) ».
Pour les maladies de Tencéphale, Galien professait qu'il suffît de savoir que le lieu affecté est le cerveau, et qu'une humeur visqueuse, épaisse, accumulée dans ses ventricules, doit obstruer les canaux du pneuma psychique : « Je ne sais pas pourquoi nous sommes pris de délire pour un excès de bile jaune dans le cerveau ou de mélancolie pour un excès de bile noire, de léthargus pour un excès de phlegme ou de toute autre matière refroidissante {Que les mœurs de rôme, etc., c. m). C'est surtout l'obstruction des canaux de sortie du pneuma psychique, par conséquent des ventricules moyen et postérieur, par l'effet de la stagnation de l'humeur épaisse du phlegme ou de l'alrabile, qui causait ces troubles graves de la sensibilité, du mouvement, de la mémoire et de l'intelligence. L'atrabile peut encore engendrer la mélancolie quand elle est en excès
(1) De us, pari,, XVI, v (Kûhn, iv, 290).
« dans le corps même du cerveau », siège de l'âme raisonnable [Des lieux affectés, III, ix). Dans Tépilepsie, dont les convulsions diffèrent de celles des autres névroses « par la lésion de l'intelligence et des sens », le malade ne pouvant ni voir, ni entendre, elc, et la mémoire ayant disparu avec l'intelligence, ce sont également les conduits du « pneuma psychique des ventricules » qui sont obstrués. Ce pneuma, élaboré dans les ventricules antérieurs, doit traverser, en effet, le ventricule moyen pour passer dans le quatrième, et de là se répandre dans toutes les parties du corps, afin d'y apporter la sensibilité et le mouvement. Tout obstacle à celte progression, tout arrêt, se traduira pas des symptômes d'anesthésie et de paralysie, accompagnés de troubles des fonctions intellectuelles.
Les convulsions ont en effet leur origine dans le cerveau ou dans la moelle (et non dans le cœur) :
a Quand le corps tout entier parait ébranlé par des convulsions (^rav ouv 5Xov to ffwjxot cpaCverat (nrwaevov). à l'instant on répute affectée toute la partie qui est dans le corps ce qu'est dans un arbre la souche pour les rameaux, c'est-à- dire le tronc commun de tous les nerfs, et non pas ce qu'est une branche donnant naissance à quelques nerfs dans une partie, comme il arrive lorsque c'est une jambe ou un bras qui est le siège de la convulsion. En effet la convulsion d'un membre entier indique que le principe des nerfs qui s'y rendent est affecté, comme il arrive d'une branche dans un arbre. Mais, quand le corps loal entier est atteint par l'affection, il faut croire que le principe commun de tous les nerfs inférieurs à la face est affecté, principe qui correspond à la souche dans l'arbre, et qui est constitué par les premières parties de la moelle épinière (-/JTtç lort tou vwTtatou |AueAou Ta TcpoîTa fjL^pTj)... Si les parties de la face paraissent affectées de convulsions avec tout le corps, dés lors nous traiterons Vencéphale même, et non pas seulement l'origine de la moelle. En effet, souvent nous voyons agités de convulsions les lèvres, les yeux, la peau du front et les mâchoires tout entières, comme aussi la langue à sa racine. Or, comme la dissection nous a enseigné que toutes ces parties sont mues par des muscles qui tirent leurs nerfs de Vencéphale, nous sommes persuadés que, dans ces cas, c'est l'encéphale qui est affecté. De môme lorsque nous voyons toutes ces parties (celles de la face) exemptes d'affection, mais toutes les autres parties agitées de convulsions, nous sommes convaincus que c'est le princijMî de la moelle qui est aiïecté (i). »
Ainsi, l'origine des nerfs n'est point dans le cœur. Ghrysippk soutenait encore que là où sont les affections de Tâme, là est son siège, et que, les passions étant dans le cœur, le cœur était le domicile de rame. A quoi Galien répondait, avec cette calme et superbe assurance que seule la science peut donner: Des gens étrangers à Tanatomie peuvent écrire et répéter que le cœur est le principe des nerfs ; ils ne sauraient le dé-
(i) De loc. a/f., Ill, viii, xiv (Kl un, vin, iG8 sq., 308 sq.).