DIAGNOSTIC TOPOGRAPHIQUE DES SYMPTOMES SPASMODIQUES
montrer. Le médecin ne sait-il pas que le siège de toutes les affections des fonctions de l'intelligence et des passions, de la sensibilité et du mouvement volontaire, doit sûrement se trouver dans le cerveau? To i^iv oiîv iy%e^iXtd irovra yhe^î^M ri twv ■^,YeiA0ViX(7)v èvcpysiwv xaOr^ {Des lieux dff-y III, VII, ix).
Voici quelles sont les lésions des fonctions hégémoniques de rame (ti; Twv •^spi.svtxwv âvspYetwv pXà6a;) : i** Lésions de l'imagination (çaviarrixi^J. Celle qui ressemble à une paralysie de cette fonction est appelée caros et catalepsie ; celle qui ressemble à un mouvement sans direction et désordonné, délire (T:apa<ppo(jjvr|); celle qui ressemble à un mouvement affaibli et s'éteignant, coma et léthargie. 2** Lésions de la raison (Stavor,TtxT^). Celle qui ressemble à une paralysie est appelée ame?itia (ovoia); celle qui ressemble à un mouvement défaillant, imbécillité et démence {[nùpix ts xal [xcipwatç); celle qui ressemble à un mouvement désordonné, délire. La plupart du temps le délire existe dans ces deux genres de lésions à la fois ; dans les premières c'est l'imagination, dans les secondes la raison qui souffre (i). Mais, quelquefois, le mal n'affecte que l'une de ces deux facultés. Par exemple dans le cas du médecin Théophile.
Les discours de cet homme étaient pleins de sens et sa connaissance des gens parfaite. Mais il croyait que des joueurs de flûte se tenaient constamment dans le coin de la maison où il couchait et y faisaient sans fin retentir leurs instruments bruyants. Il les croyait voir de ses yeux aussi, les uns debout, les autres assis dans ce môme lieu, jouant sans relâche de la flûte, et cela sans s'interrompre jamais ni la nuit ni le jour, fût-ce un seul instant. Ce malade criait et tempêtait, donnant à chaque instant Tordre de les jeter dehors. Telle était la force de son délire.
Mais, chez d'autres malades, ce n'est pas Vimagination (çdr/TaajjLa), c'est la raison qui est lésée (XoY^'îcvTa'. B'ojx opôw;), la « faculté rationnelle de Vâme étant, dit Galien, affectée chez eux ». Tel était le malade qui jetait ses ustensiles par les fenêtres après avoir demandé aux passants s'ils lui ordonnaient de les jeter. Il prononçait correctement les noms de chacun de ces objets; il n'était donc manifestement atteint d'aucune lésion soit de la représentation soit de la mémoire des noms. Pourquoi donc agîssait-il ainsi? Parce qu'il délirait (2).
fv ex
(i) « Celui qui sait que le principe du raisonnement réside dans le cerveau (xo XoyiÇdixsvdv eativ i^xc^ft^ci)), reconnaît aussitôt que le cerveau souffre, soit primitivement, soit par sympathie, qu'il iste un délire, une phrenitis, un léthargus, une manie, une mélancolie. » De usu part., XVII, n.
(a) Galikn, De symptomatum differentiis liber (Kuun, VII, 65-62), c. iir.
J. SouRY. — Le Système nerveux central. 19
Enfin, pour ce qui a trait aux symptômes de la faculté psychique de la mémoirey on les observe non seulement chez des malades, mais aussi chez ceux qui ont cessé d'être malades, comme on Tapprend par Thucydide. Il rapporte, en effet, que nombre de gens sauvés de la peste avaient à ce point oublié les faits antérieurs à cette épidémie que, non seulement ils ne reconnaissaient plus les leurs, mais ne se reconnaissaient plus eux-mêmes (i). « La partie imaginatrice de Tâme est celle, dit Galien, qui paraît douée de la mémoire » (2).
Dans certaines formes ou variétés d'affections mentales, où le cerveau est affecté (sY^te^iXou 'jraoyovToç), les aliénés, ne commettant absolument aucune erreur dans le discernement sensible des choses visibles, s'écartent pourtant des jugements naturels que les hommes portent avec leur intelligence. D'autres, au contraire, ne commettent aucune erreur de jugement, mais ils sont dévoyés de la façon la plus grossière parleurs sens. Il arrive à d'autres d'être lésés des deux façons. Voici comment Galien décrit Tune et l'autre affection.
« Un individu, en proie ofu mal, cl demeurant dans sa maison, à Rome, avec un esclave ouvrier en laine, se leva de son lit et vint à la fenêtre, d*où il pouvait voir les passants et en être vu. Puis leur montrant chacun des vases en verre qu'il possédait, il leur demandait s'ils lui ordonnaient de les jeter. Ceux-ci l'engageant, avec des rires et en battant des mains, à les jeter, notre malade les prit à la main, les lança tous successivement au bruit des rires et des acclamations. Puis il leur demanda s'ils voulaient qu'il jetât aussi l'esclave (tov epioupYOv), et. sur leur réponse affirmative, il le jeta par la fenôtre. Les spectateurs, le voyant tomber de haut, cessèrent de rire et, s'élançant, ils relevèrent le malheureux brisé.
« J'observai l'alTection opposée, continue Galien, non pas seulement chez d'autres, mais encore sur moi-même dans ma jeunesse. Atteint pendant l'été d'une fièvre ardente, je croyais voir voltiger sur mon lit des fétus de paille de couleur sombre, et, sur mes vêtements, des flocons de même couleur. Je cherchais à les saisir, mais n'en pouvant prendre un avec mes doigts, je renouvelais mes tentatives avec plus d'application et d'insistance. J'entendis deux de mes amis présents se dire entre eux : « Oh ! le voici déjà qui est pris de crocidisme et de carphologie (xpoxuSi'Cei re xxl xapcpoXoYeT). » Je compris parfaitement que je souflrais ce qu'ils disaient, et comme je sentais en môi-môme que mon intelligence n'éprouvait aucun dérangement: « Vous avez raison, leur dis-je; venez donc à mon aide pour que la phrénitis ne s'empare pas de moi (cppeviTi'Çeiv). » Ils s'occuf)èrent à pratiquer sur la tête des afîusions convenables ; tout le jour et la nuit je fus agité de rêves si pénibles qu'ils m'arrachaient des cris et me faisaient m'élancer (àva7nriÔY|<jai) ; mais tous les symptômes s'apaisèrent le jour suivant. »
(i) Cf. T. LucRETi C. De rer. nat., VI, I3i3-i4.
Atque etiam quosdam cepore oblivia rcrum Gunctanim, ncque se possent cognoscere ut ipsi.
(2) Du mouv. des muscles, II, vi.
SYMPTOMÀTOLOGÏE DES LF^SIONS DES DJFFÉBEXTES FO\CTfONS HÉGÉMONIQUES 291
Galien interprète ainsi l'étiologie de ces hallucinations : lorsqu'il s'est amassé dans le cerveau une humeur bilieuse, accompagnant une fièvre ardente, il se produit une fumée, comme en dégage Thuile des lanternes : cette fumée, s'insinuant parles vaisseaux qui aboutissent h Tœil, devient pour eux la cause de visions (aWa yht'xixm çavTa^piTwv). « En eflet, ajoute Galien, vous avez vu, dans les dissections, qu'avec les nerfs {i\Kx tcT; vcupotç) descendent à l'œil des artères et des veines, issues de celles qui forment le plexus de la membrane choroïde » (i).
« Comme il existe une grande difTércncc dans le plus et le moins, non seulement de V humide et du froid, mais encore du sec et du chaud, il en résulte une variété considérable dans les causes des lésions des fonctions psychiques (irotxiXîa icoXuÊiSy,; yivexat twv pÀaTTTOVTwv xi; tj/uX^^^Ç èvEpyei'a; acTiwv). Pour éclaircir l'explication , nommons dirigeantes les fonctions de Vâme raisonnable (a\ j/iv toO Xoykttixou rTjç ^/Jjç ÊvepYStai xaXei(rO<D<jav TjYefxovtxai), et morales celles des trimes sans raison (at 5i twv àXoywv vjOtxai), âmes dont nous n'avons pas l'intention de parler, non plus que des affections du foie ou du cœur.,.. Toutes les affections do cette espèce naissent dans l'encéphale, et elles diffèrent les unes des autres non seulement par la variété des mélanges (Tatç irotxiXiat; twv fiLi;Ea)v). et aussi par le plus et le moins qui se rencontrent dans les dialhèses simples et composées, mais encore parce que les dyscrasies surviennent tantôt dans les ventricules du cerveau, tantôt dans les vaisseaux de l'encéphale tout entier, tantôt dans l'humeur disséminée à travers la substance du cerveau (ttjv TrapecTcapjxsvyjv uyp^tvjtoc tw aw^xart tou ÊYxecpaXou), et, en outre, en quatrième lieu, quand le corps môme du cerveau devient intempéré (oxav auTO t^ ccSjjLa TOU EYxeîpaXou SvdxpaTOv Y£vï)Tat (2) ».
Chez ceux qui ont perdu la mémoire ou l'intelligence (et la folie résulte de la perte de rintelligencc), il faut, dit Galien, observer si les malades sont plus ou moins portés au sommeil : on découvrira ainsi la dyscrasie dominante. Il faut observer encore s'il est rendu par le nez et la bouche des matières descendues de la tôte ou si ces parties paraissent sèches.
« Vous pourrez par là conjecturer la dîathèse comme pour le catarrhe et le coryza..* Ainsi dans les cas de perte ou de lésion grave de la mémoire, la dyscrasie est toujours froide, et il convient de réchauffer, mais non pas nécessairement de dessécher, non plus que d*Aa/nec/er. Si l'Au/niV/t/e s'y joint, il faut dessécher ; s\ c'est la sécheresse, il faut humecter. Si la dyscrasie se trouve dans un état mixte, il faut la maintenir dans cette situation. J.'ai connu un individu qui avait perdu, ou peu s'en faut, la mémoire, et dont le raisonnement (t^v Xoyktîxov) était lésé par suite de son application à l'étude, qui lui faisait négliger le sommeil. J'ai connu aussi un vigneron qui, par excès de travail dans ses vignes, et par un régime peu nourrissant, éprouva les mômes affections. L'un et l'autre
(1) Galien, Deloc. aff., IV, 11. Kuhw, vin, 226 sq. OKuvres (Daremberg), II, 588.
(2) Galien, Jbid., III, vi-viii. KïniN, viii, 162 sq.
avaient évidemment éprouvé du dommage sous Tinfluence exclusive des desséchants et des échauffants^ et ils furent soulagés par les humectants unis aux échauffants, » Il s'agissait bien de lésions des fonctions dirigeantes, c'est-à-dire des fonctions de ÏAme raisonnahle. « Les affections des fonctions dirigeantes naissent toutes dans l'encéphale (ou le cerveau) ; c'est un point sur lequel sont d'accord tous les médecins, à l'exception de ceux qui, par rivalité de secte, parlent autrement qu'ils ne pensent au fond de l'âme... La foule môme est convaincue que l'âme dirigeante réside dans le cerveau (w; xal toTç ISiwTaiç TTÉTridTeuaOai xari tov e-pce^aXov elvat). On pardonnerait peut-être à des philosophes retirés dans leur coin (cv ywvî'a xa07î|jL€votç) de se tromper à cet égard ; mais chez des médecins vieillis dans la pratique, une pareille opiniâtreté ou impudence, pour parler plus franchement, est impardonnable... N'allez pas consulter les dieux pour découvrir par la divination l'âme dirigeante qui apparaît si nettement à toutes les intelligences non perverties, non plus que le principe des nerfs ; mais instruisez-vous sur ces sujets auprès de quelque anatomiste. 11 est des gens qui sont persuadés que le cœur est le principe des nerfs, faute de savoir distinguer un ligament d'un nerf, l'homonymie contribuant encore à cette erreur ; car beaucoup de médecins nomment aussi les ligaments nerfs d'attache (toÙç ouvÎ&tjxouç évofxaCoïKxtv veupa (xuvBfTixà). Personne ne leur reproche cette dénomination, s'ils se souviennent des nerfs volontaires^ comme ils les appellent, et dont nous disons que le principe est le cerveau, tandis qu'il ne l'est pas des ligaments. »
Voici comment Galien explique la cause de la génération des convulsions (jTua^JiJLÔ;) considérées comme ayant leur origine dans le cerveau ou la moelle épinière, mais engendrées par la « réplétion » ou la « vacuité » selon Taphorisme d'IIiPPOCRATE {Aph,, VI, 89) :
« Pour un homme qui a vu des corps nerveux, comme sont les cordes de la lyre, parfois si fortement tendus psLT V intempérie excessive (a;xeTpo; xpâ<jiç)de l'air ambiant qu'ils se rompent, il n'est pas difficile d'imaginer que la même diathèse se produit dans les nerfs des animaux. Dans quelle condition de l'air voit-on donc les cordes se tendre et se rompre .^ , Quand il est très sec ou très humide. Ainsi V humidité en les pénétrant les fait enfler considérablement et par suite se tendre. La sécheresse agissant comme le soleil qui contracte le cuir en le desséchant, tire les cordes et les tend... Ces faits préalablement connus, il n'est pas difficile de découvrir chez les gens atteints de convulsions, si leur affection résulte de la sécheresse y ce qui est un manque et une vacuité de la substance humide, ou si elle résulte de l'abondance d'humidité, ce qui est une affection contraire au manque et qui est nommée par HippocRATE réplétion. Les fatigues, les insomnies, les privations, les inquiétudes, la fièvre sèche et brûlante qu'on voit chez les phrénétiques, quand ils sont pris de convulsions, font nécessairement supposer comme causes la sécheresse et la vacuité. Pour l'homme ivre ou toujours repu et vivant dans l'oisiveté, on conçoit que la diathèse contraire produise la convulsion. Or, la réplétion est l'opposé de la vacuité (i). »
L'épilepsie (V) èxiXr^^j^ta) diffère des convulsions dont vient de parler Galien : non seulement Vépilepsie, dont il existe d'ailleurs plusieurs espèces, se produit par accès : qu'elle soit idiopathique ou sympathique, elle est
(1) De toc. aff., III, xi (Rùhn, viii, igS).
DIAGyOSTIC DIFFÉRENTIEL DES CONVULSIONS ET DE L'ÉPILEPSIE 298
toujours manifestement syniptomatique d'une lésion de V intelligence et de la sensibilité, ce qui prouve que cette affection est engendrée dans Vencé-' phale même (xor' akov èYxéçaXov). La cause de ces attaques pourrait être rapportée entre autres à « Tobstruction des canaux du pneuma psychique, se trouvant dans les ventricules, par une humeur épaisse \ le principe des nerfs s'agite lui-même pour écarter les matières incommodes (i). » Cette humeur épaisse provoque Tattaque quand elle est retenue dans « les canaux de sortie des ventricules du cerveau, le ventricule moyen ou le y cnlr'icwXe postérieur ». Les humeurs épaisses amassées dans la substance même de Fencéphale le lèsent aussi et quand elles obstruent les conduits et quand elles en altèrent le tempérament (xati Sèxà; iXXcicijci; t?!; xpaasw;). Aussi HiPPOCH\TE a-t-il écrit, à la fin du sixième livre Sur les épidémies (sect. VU, § 3i) : « Les mélancoliques deviennent d'ordinaire épileptiques, et les épileptiques deviennent d'ordinaire mélancoliques. » La crainte et la tristesse, qui résument, suivant IIippocrate, tous les symptômes des mélancoliques, Galien en explique Texistence par une affection primaire de l'encéphale due à une accumulation de bile noire : « Que les humeurs, enseignait-il, et généralement le tempérament du corps (cl' ts^uixoi xal iXw; 1^ tcD aoijxaToç xpar.;) allèrent les fonctions de l'âme (àXXctoT Taç âvepyeCa;; tyJç '^u^'^ç), c'est un point sur lequel les médecins et les philosophes les plus illustres sont d'accord, et que j'ai démontré dans un livre où je prouvais que les facultés de l'âme suivent les tempéraments du corps ».
Touchant les « affections épileptiques » (irepl 5à twv e7:iXr<zTty.wv icaOwv), Galien, pour qui il existait trois variétés d'épilepsies, distingue celles qui résultent d'une affection primitive de la tête ou de l'encéphale, partant idiopathiqueSy de celles qui sont l'effet de lésions du reste du corps, de l'estomac, par exemple, agissant sympathiquement sur le cerveau. « Car les épilepsies ont toutes cela de commun, que l'encéphale est affecté : dka^wv |aIv c3v xjtwv xoivov èoTi xaOeTv tgv èvxé^aXsv. » Chez la plupart des épileptiques, c'est dans l'encéphale même que l'affection a pris naissance. Entre autres formes d'épilepsies, il signale celle où l'affection commençant par une partie quelconque, remonte vers la tête d'une manière sensible pour le patient même. « Jeune encore, témoigne-t-il, j'ai vu ce phénomène, pour la première fois, chez un garçon de treize ans ; je l'ai vu avec les médecins les plus distingués de mon pays, réunis pour se concerter sur le traitement (2). J'entendis l'enfant raconter que la diathèse avait commencé à la jambe, et que de là elle était remontée directement au cou par la cuisse, la région iliaque, les côtés et le cou jusqu'à la tête, et qu'aussitôt
(i) De loc. aff., III, ix-x (Kuhn, viii, 173 sq.) (a) De loc. aff., III. xi (Kuhn, VIII. igS).
mfi LE SYSTÈME yEBVEVX CESTRAL
la tête atteinte il n'avait plus eu conscience de lui-môme. Interrogé par les médecins sur la nature de ce qui remontait à la tète, l'enfant ne put répondre. Mais un autre jeune homme, non dénué d'intelligence, capable de sentir ce qui se passait en lui et plus apte à l'expliquer aux autres, répondit que ce qui montait était ime sorte de souffle froid (cîov a-ipav Tivi ^j/y^piv... £Îva' ttjv av£p-/o[/.£vr|V) (i). Mon maître Pklops croyait, de deux choses Tune, qu'il y avait ascension d'une certaine qualité, ascension produite par Taltération des parties contiguës, ou qu'il s'agissait d'une substance vaporeuse (oeyiJLaTix-^ v,^ oMx) : Pélops disait donc quil n est pas impossible qu'une semblable substance soit engendrée dans le corps sans cause extérieure et que, venant à se former dans une partie nerveuse, elle fasse remonter par continuité sa faculté jusquau principe des nerfs {2), soit qu'une altération se produise comme je le disais, soit qu'une substance vaporeuse, comme un souille, se porte dans une région supérieure... Chez le garçon dont il a été parlé plus haut, l'épilepsie partait des jambes. Les médecins réunis en consultation tentèrent de le guérir. Ils s'avisèrent, après l'avoir purgé complètement, d'appliquer sur la partie un médicament composé de thapsie et de moutarde ; ils avaient lié d*abord le membre au-dessus du point primitivement affecté, et prévinrent ainsi le retour de l'accès qui avait lieu chaque jour. »
L'utilité manifeste des ligatures et des amputations des parties affectées dans les cas de piqûre d'insectes (scorpions) ou de morsures de vipères n'était pas étrangère à cette pratique des médecins, et Pélops comparait l'énergie de <( l'humeur contre nature engendrée dans la partie affectée », c'est-à-dire dans les centres nerveux chez les épileptiques, à celle des « venins chez les animaux malfaisants ». Pélops ne trouvait rien d'à étonnant ï) d'ailleurs à une pareille hypothèse, qui fait honneur à son grand sens clinique ainsi qu'à la pénétration de son intelligence des phénomènes de physiologie pathologique les plus difficiles à interpréter (3).
(i) Quoique la sensation proprement dite do Vaura se rencontre chez quelques malades, ce mot n'est plus qu'un symbole servant à designer les phénomènes précurseurs de Tattaque, quelle que soit leur nature, psychiques, sensoriels, sensitifs ou moteurs. I^ mot n'en a pas moins 8ur>écu, depuis Galien, chez presque tous les médecins qui ont décrit ces phénomènes, et l'observation rapportée par Galibn, ainsi que le commentaire de Péi.ops, « ont eu un immense retentissement dans rhisioire de l'épilepsie », comme s'exprime Herpijc (*).
(a) Il s'agit bien d'auto-intoxications épileptogènes : oyxouv aouvaiov Êoa^^v ô IlAot}/ elvat xai xaii TO acSjjLOC TOiaiJTriV Ttvà oJaiav YSvvrjOijva'. yj^p'.i ttî; eÇ^oOev atxia;, xaî Ta'jrr|V orav iv vEupoSSci fioptcu tïjv au(JTaaiv a/ 5, xaià tô ouve/J; eÎç tf,v «oy/jV twv vEuptov âva;:£jxnciv tiîv 8uva{xiv...
(3) Ibid. OauixaTcôv 8ê où8àv eoaoxEV, 8uva;xiv tjyupàv ii/eiv tov ev tw tzxt/ovti [i-oyloi YEvvTjOivTa Tiapà çjaiv yujjLOv, 6::oîot loî; novT)poî; Orjpîoi; eiœIv ol io^
(•) Dtt pronostic et du traitement euratif de VépHepsie (Paris, i85a), 3^2
VALRA ÉPILEPTIQUE. LES INTOXICATIONS ÉPILEPTOGÈNES agS
Galien ne fut point frappé de cette explication théorique de son maître; il déclare même sans ambages que « Pélops n'a rien dit à ce sujet de bien propre à nous persuader » (oûoà yip à HéXo^^ el^ tojto xiOr/cv oiSàv eïxev). Mais il s'étonne, lui, qu'un aiguillon enfoncé par un scorpion puisse causer dans le corps entier une altération grave et extraordinaire, « bien que l'animal n'ait introduit dans le corps qu'une substance tout à fait minime ». Il en avait vu de nombreux exemples, et il en rapporte quelques-uns. « Comme je me trouvais, dit Galien, à Alexandrie, un paysan, voisin delà ville, ayant été mordu au doigt par un aspic, serra avec un lien très fortement la racine de ce doigt près du métacarpe, et, courant à la ville chez son médecin ordinaire, il se fit couper le doigt entier, à partir de Tarticulation avec le métacarpe, dans l'espérance que cet accident n'aurait pas de résultat fâcheux. Cette espérance se réalisa en effet, car il fut sauvé sans aucun autre traitement. Je vis un autre individu qui, mordu également par un aspic, fut guéri à l'aide d'une potion à la vipère (-jTicvTa Tcu 8'.i Tûv kyi^^m (papii.axou), employée après l'amputation du doigt (jASTa ToD Tcv îoxTuXov QLTzzii^tXyi), Je vis un autre paysan qui, mordu par une vipère dans toute la longueur du doigt, coupa, avec la faucille qu'il tenait à la main, car il était vigneron, la partie mordue, à partir de la dernière articulation, et fut guéri sans prendre aucun médicament, le doigt ayant été cicatrisé par les moyens ordinaires. »
he vertige, qu'il soit idiopathique ou symptomatique (lorsqu'il est du, par exemple, à une affection de l'estomac), fait toujours partie de ces affections qui ont pour siège la tête, xi xoOyî rspl 'tt^^ xsçaX-^v, Car, ainsi qu'il ne se lasse pas de le faire observer, alors même que la tête ne souffre ou n'est lésée dans ses fonctions que par suite d'une sympathie avec une autre partie, ce n'en est pas moins à la tête, c'est-à-dire au cerveau, qu'il faut attribuer les troubles qui surviennent (i). Le vertige était appelé gxoTwixa- Ttx6v parce que « les personnes qui y sont sujettes sont prises d'obscurcissement de la vue pour les moindres causes, au point même de tomber parfois. » Ainsi, ce qui chez d'autres résulte d'avoir tourné sur elles-mêmes quelque temps, c'est-à-dire le vertige, arrive chez ces personnes sans qu'elles tournent. Chez les premières, le vertige tient à un mouvement inégal, tumultueux et désordonné, « des humeurs et du pneuma ». L'affection, chez les secondes, peut résulter de l'envahissement de l'encéphale par un pneuma vaporeux et chaud montant par les artères du plexus réticulé. 11 est possible que, dans Vencéphale même, il se produise quelque
(i) De loc. a/f., III, xii (Kûhn, viii, aoi, sq.). £i xarà aup.;:àOciav Etepou (xwpiou ;;ao/ot :roO' fj
ayG LE SYSTÈME NERVEUX CENTRAL
dyscrasie pouvant engendrer un semblable pneunia. L'affection serait alors idiopathique.
Galien incrimine les méninges (|i.T^vtYY3t;) de l'encéphale et le péricrâne dans les céphalalgies (Ibid., III). La lourdeur, la pesanteur de tête xapr^6àpe'.a), avec sensation de compression, est l'effet du vent du sud. Ce vent ne dissout pas seulement les corps, dit le médecin de Pergamc, il apporte des pesanteurs de tête (x3tpT;6apc(a;), rend l'oreille dure, excite des vertiges, qui sont des phénomènes avant-coureurs des épilepsies et des apoplexies qu'ils annoncent (of TçpoYjYûOvra'. £7:tXr/|{a; xal aTC5xXT;5(a^). Il y a plus; au point de vue moral, sous l'influence de cette constitution humide qui affecte l'encéphale, l'activité volontaire est moins parfaite, elle souffre, elle est altérée, et cela nécessairement (èÇ àvr/xY); xal al xaO'épixTjv hipyv,x\ xaxtou; Y^vovTat) : il en résulte un état de torpeur, d'alanguissement du corps et comme de dissolution des forces (i).
« Si la partie antérieure tout entière du cerveau est affectée, dit Galien, nécessairement son ventricule supérieur (antérieur) l'est également, par sympathie, et ses fonctions intellectuelles sont lésées (^Xcnurs^ôr. Sa >tal Tàç BiavcTîTtxiç Tj':(l)'f hepyeixq). L'individu ainsi affecté est privé de sensibilité et de mouvement(2). » Celle affection, Galien l'appelle xapsç; il note que, au contraire de ce qui a lieu dans l'apoplexie, la respiration n'est point altérée. « Entre le carus et l'apoplexie se place l'épilepsie (•^ kTZ'XrfyiT.)^ qui détermine des convulsions du corps tout entier, mais sans aboutir, comme l'apoplexie, à des troubles de paralysie motrice. » C'est toujours une humeur, froide, épaisse et visqueuse, accumulée dans les ventricules ou dans le corps de l'encéphale, qui cause ces maladies. Dans les carus et les épilepsies, les ventricules (aî xotX{ai) sont plus affectés que lé corps du cerveau (Toawjxa tou sY^e^aXou), tandis que dans les apoplexies c'est celui-ci qui l'est davantage. Dans les carus, les parties antérieures (tj Trpoffu)) sont plus affectées, dans les apoplexies et les épilepsies, les antérieures et les postérieures (à[ji.fÔT£pa) le sont également. Dans les catalepsies et les affections dites catochés (xaTO)ri;), les parties postérieures (-ri OTctcd)) souffrent le plus. Le carus peut résulter de la compression des ventricules du cerveau, et surtout du ventricule moyen (yj \),iiT^ xoiXia), dans l'opération du trépan, ou par l'effet de la pression exercée par un os brisé ; il n'y a ni convulsions ni dyspnée comme dans l'épilepsie et l'apoplexie, (c L'apoplexie, en lésant à la fois toutes les ftJnctions psychiques,
(i) HiPPOGR. de humoribus liber et Gale m in eum Commenlarii. Kuiin. xvi, ^m. Cf. xv. 635. — V. aussi IIarky (Campbell, Sensations of cephalic Pressure and Ileaviness. Journ. of ment. Science, XWIX, iSgS, 18 sq.
(2) De loc. a/f., IV, m.