‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 70 sur 106 · TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

TEMPS MODERNES

Les travaux et les découvertes des grands anatomistes du xvi° siècle, Sylvius, Charles Estienne,Vésale, Fallope, Servet, présentent un caractère de haute originalité. Mais la physiologie du système nerveux central n'était encore que celle d'HÉROPHiLE et de Galïen. Harvey lui-même n'a pas d'autres idées sur les fonctions du système nerveux que celles du médecin de Pergame. Varoli (i543-i575), de Bologne, est au contraire UQ fervent disciple d'HiPPOCRATE.

Varoli commence bien par poser en principe que l'esprit de l'homme est chose « inorganique et incorporelle », et qu'il ne faut croire ni Platon ni Galïen lorsqu'ils lui assignent dans le corps un siège déterminé [arbitrantes habere determinatam sedem m corpore)^ car on serait ainsi conduit de nécessité à soutenir que tous les animaux ayant un cerveau ont aussi de Tintelligence, proposition indigne et basse, ou à concéder que les animaux possèdent des parties du cerveau qui n'ont pas d'utilité, ce qu'on ne saurait pas plus attribuer aux ouvrages de Dieu qu'à ceux de la Nature. Il ne fait pourtant point difficulté de reconnaître que l'àme humaine ne peut percevoir les objets matériels qui lui sont extérieurs sans l'intermédiaire de quelque organe matériel, organe où soient transmises, sous forme de symboles, les espèces des choses sensibles. Tous les philosophes affirment en effet ceci : nihil est in intellectii quod prias non fuerit in sensu ; Varoli en convient. Cet organe, c'est le primum ou commune sensorium. Quel est son siège ? Platon, Galïen et tous les médecins croient que c'est le cerveau [cerebrum) ; mais tous les Péripatéticiens affirment que c'est le cœur même (cor ipsum), Aristote et Galïen conviennent que le primum sensorium doit être l'origine des nerfs [principium nervoruîu). Mais Galïen, de par l'expérience, a cause gagnée : la dissection apprend en effet que le cerveau (et non le cœur) est le principe des nerfs. C'est donc le cerveau qui est le primum sensorium ; c'est lui qui reçoit toutes les images sensibles des choses sans leur matière.

Comme sentir c'est souffrir {sentire est pati), le cerveau est fait d'une substance molle, humide, aqueuse, dont la mollesse n'est pas toutefois sans quelque consistance, afin que les impressions y puissent persister et

s'y conservent (i). Il attribue la couleur blanche du cerveau à ce qu'il est une pure puissance au regard des autres choses sensibles : voilà pourquoi, dit-il, le cerveau est blanc d'aspect, à Texception des parties auxquelles arrive le sang par les vaisseaux contenus dans une membrane (pie-mère) où il circule, non seulement à Texlérieur du cerveau et du cervelet, mais au fond des dépressions des circonvolutions, dont la forme est toujours comparée à celle des intestins. Telle est môme Tunique raison de cette forme des circonvolutions ; il n'y en a point d'autre ; elle favorise la nutrition de Torgane, voilà tout.

Mais toute nutrition implique une séparation de produits excrémentiels qui doivent être rejetés au dehors de Torganisme. Or ce sont les ventricules du cerveau qui servent de réceptacle ou de « cloaque » à ces excréments [excrementa). Les glandules appendues à leurs cavités sont comme des « éponges » [spongiae) qui collectent les matières excrémentielles provenant de cette origine. « Ce sont, écrit Varoli, ces grappes de glandules qu'avant moi tous les anatomistes avaient dénommées assez inexactement jo/ej:w5 retiformes. Mais il suflit d'ouvrir les yeux pour voir que ce sont des glandes et non pas des artères. » Hippocrate, dont Varoli invoque les doctrines (2), avait enseigné que « l'homme est constitué par quatre humeurs, assignant un lieu propre à chacune, celui du sang et de l'esprit au cœur, celui de la bile jaune au foie, celui de la bile noire à la rate, et celui de Xdi pituite au cerveau. Or si le lieu de la pituite est dans le cerveau, il faut affirmer qu'il s'y trouve pratiquée quelque cavité capable de la contenir, comme sont les ventricules du cœur, la vésicule du foie, les porosités spongieuses de la rate ». Excepté les deux ventricules signalés par Varoli, qui rejette la théorie classique des quatre ventricules, il n'existe pas d'autre cavité dans le cerveau, ni grande ni petite : « il faut donc convenir (à moins d'accuser Hippocrate d'être un menteur) que les ventricules du cerveau représentent le lieu de l'humeur pituileuse. Il est connu de tous que la pituite est distillée du cerveau et descend par l'infundibulum au palais, et, si Ton prend garde à la disposition des parties que traverse la pituite, on reconnaîtra facilement qu'elle est d'abord rassemblée dans les ventricules (3). » C'est une fin de la nature de consacrer ainsi un lieu spécial à la collection de matières excrémentielles qui puis-

(i) GoKSTAitTii Varolii, phîlosophi ac medici Bononlensîs, Anatomiae sive de resolutione corporis humani ...libri UII... Francof., 1891. L. 1, m. De cerebro. — Cerebrum, membrum molle et aqueum ; « il regorge d'humeur et d'humidité; » c'est le principe humide et mou.

(a) Quum sim acerrimus sectalor Uippocrati in declaranda corporis nostri fabrica, (3) G. Varolii. ... De nervis opticis nonnullisque aliis practer communem opinionem in humano capite observatis. Patavii, 1578, p. 9.

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sent ensuite en être rapidement expulsées. Et c'est précisément le cas pour la pituite, « comme nous le savons tous par Texpérience de chaque jour, car lorsque nous avons dormi sept ou huit heures sans avoir craché, dès notre réveil nous ne tardons point à rejeter une grande quantité de crachats. Qiiid aliud quaeso clicere possumus, nisi praedictum sputum in aligna cerebri cavitale prins collectum, atqne per totum id tempus retentum fuisse? » Ainsi, les déchets séparés du sang servant d'aliment au cerveau et devant être rejetés au dehors de l'organisme, après s'être collectés dans les ventricules, descendent par Yinfundibulum et IBnissent par arriver au palais en traversant « la glande nommée conariiim ». Cette humeur est distribuée par rwy?//a au palais, au gosier et à la langue qu'elle lubrifie; les parties plus grossières, de la nature du mucus, de la pituite distillée par le cerveau sont rejetées par la bouche et par les narines. Rien n'arrive aux ventricules du cerveau que par les glandules tapissant ses cavités ; ils ne communiquent avec le reste de l'économie que par Yinfundibulum et sa glande pituitaire. Voilà, selon Varoli, le rôle des a deux grandes cavités du cerveau appelées ventricules ». Quant au 111® et au 1V° ventricule qui, d'après l'opinion admise, transmettent les esprits animaux à la moelle épinière, ce sont des illusions nées d'une anatomie défectueuse du cerveau [sunt delusiones ex prava capitis administratione contingentes).

Cependant Varoli attribue encore aux « esprits » les opérations supérieures du cerveau. Quel est le siège des esprits animaux? Il répond qu'ils résident dans la substance molle du cerveau lui-même ; ils n'ont que faire de cavités ventriculaires. Spiritus enim per quos perficiuntur cerebri operationes optimae résident in substantia molli ejusdem nec cavitatibus indigent (i).

La méthode nouvelle, que revendique Varoli, de disséquer le cerveau par la base, le conduisit à instituer une étude spéciale de Torigine des nerfs. Il pensait avoir découvert Torigine des nerfs optiques et celle des nerfs auditifs dans deux provinces essentiellement distinctes de l'encéphale, le cerveau et le cervelet. Le cerveau, disait-il, est surtout construit pour la vision et le cervelet pour l'audition. C'est que la sensation par excellence, la sensatio princeps, celle qui occupe la place suprême dans l'intelligence, comme il s'exprime, suivant les doctrines traditionnelles d'ÀRisTOTE, la vue, et son acte, la vision, exige un organe mou et de la nature de l'eau, comme est l'œil lui-même. Les sons et l'audition veulent au contraire un organe plus dur et plus sec : le cervelet. Cerebellum est primtim audiendi principium\ c'est du cervelet que proviennent les deux

(i) Anatomiae sive de résolut, corporis hum., 1. IV, i, 9 et 10.

nerfs auditifs (nefwi auditorii) passant aux deux côtés de la tôte et allant s'implanter dans les organes périphériques de Touïe. Mais c'est proprement de ce que Varoli appelle /;(?n/rfe/ cervelet (pons cerebelli) que ces nerfs « émergent ». Il déclare ne pas répugner a l'idée que, comme les nerfs optiques, les nerfs acoustiques s'unissent ; c'est dans le pont que se trouverait réalisé, en cette hypothèse, cette manière de chiasma des nerfs auditifs, ce qui expliquerait l'unité des sensations du son en dépit de la dualité de leur origine (i). Les deux nerfs auditifs sortent donc latéralement du pont; du milieu du pont, entre chaque nerfs auditif, sortent les nerfs du goût. Car le cervelet est le principe de Vaudition et de la gusta* lion, comme le cerveau est celui de Vaudition et de Volfaction. Le cerveau et le cervelet sont à la fois le principe mixte du cinquième ordre de sensations, le toucher. Mais, comme le toucher, en tant qu'il exerce la fonction délicate du tact, est une passio, il dépend plus du cerveau que du cervelet; la motilité, au contraire, en tant ç\\x'actio, émane plutôt du cervelet que du cerveau : quod enim mollius ad patiendum promptius ; quod vero durius ad agendum praestantius existit. Or comme les parties qui sentent sont plus nombreuses que celles qui sont mues, il en résulte que le cerveau est beaucoup plus volumineux que le cervelet. Varoli démontre aussi pourquoi le cerveau, organe de la vue par excellence, devait être situé audessus du cervelet, organe de l'ouïe.

Nous avons dit que les nerfs du goût, c'est-à-dire destinés à la langue, organe du goût (sensorium particulare gustus), sortent du pont entre les nerfs acoustiques. Cela expliquerait, écrit Varoli, pourquoi les muets sont sourds, puisque les nerfs des oreilles et ceux de la langue naissent de la môme origine, encore qu'il soit naturel d'admettre, se hâte-t-il d'ajouter, qu'un sourd de naissance soit demeuré muet sans qu'il ait existé de lésion des nerfs de la langue, et cela d'autant plus que nombre de muets perçoivent très bien les saveurs et remuent facilement la langue en tout sens, quoiqu'ils ne parlent pas du tout. Car il est impossible d'apprendre un idiome ou d'en créer un nouveau sans le sens de Touïe. C'est donc au cervelet que les saveurs arrivent par les nerfs de la langue et qu'elles y sont perçues, comme les sons.

Jean Fernel (i485-i588), dont la pensée et l'expression sont d'une clarté et d'une simplicité vraiment classiques, est un disciple de Platon et d'ÉRASiSTATE égaré à la cour de Henri II. Les trois âmes habitent tou-

(i) Quod si quispiam diccrci, conjunctîoncm nervorum auditus in ponte cerebelli esse in causa, quod sonus apprchendatur sub rationc unius, non duorum, juxta dualitatem organorum (sicut de conjunctione opticorum dicunt), ego non improbarem, p. 26.

JEAN FERNEL Sfi;

jours le foie, le cœur et le cerveau ; celui-ci est le principe commun des sensations : Sentientis animœ propria sedes propriumque instrumentum estcerebmm{i), La moelle dérive de la partie postérieure du cerveau, comme un tronc sort d'une racine, et descend par le canal vertébral. Des nerfs partent, ainsi que des branches, de la moelle spinale, qui vont dans les membres déterminer le mouvement. La faculté suprême du mouvement a son siège dans le cerveau, surtout dans cette 7'égion postérieure de l'organe que les Grecs ont appelé îuapEYxe^aXiç ou le cervelet ; de cette partie proviennent tant la moelle épinière que les nerfs moteurs, moventes nervi, nerfs durs, à l'exception de quelques-uns qu'émet la partie antérieure du cerveau. Celle-ci est, en effet, « le domicile » de Tàme sentante et de toutes ses facultés : c'est de là que partent les nerfs du sentiment, sentientes nervi, nerfs mous, qui vont aux organes des sens. Les nerfs du toucher sont un peu plus durs que les nerfs des sens spéciaux. Le chapitre IX du livre V porte ce titre significatif qui indique bien une préoccupation constante de tous les anatomistes, physiologistes et cliniciens de tous les temps, celle de localiser dans l'encéphale les diverses fonctions de l'innervation supérieure : Quam iinaquœque sentientis aiiimse facultas sedem habeat, etc.

La substance molle aussi bien que la substance dure du cerveau est, selon Fernel, le siège de- la ménoire et sert d'instrument [instrumentum) ou d'organe à la réception ou perception des spectres des choses. En parlant des nerfs moteurs, je note que Fernel estime très nettement que ces nerfs, en dépit de leur nom, ne produisent pas le mouvement volontaire ; ils ne font que transmettre aux muscles la force efficace, réelle, du mouvement : les muscles méritent donc seuls, comme nous l'enseignons aujourd'hui, après Meynert, d'être appelés les organes propres du mouvement volontaire. Motus voluntarii proprium organum est musculus. Des nerfs issus* du cerveau, pourquoi les uns servent-ils au mouvement, les autres à la sensibilité ? Ils ont môme origine, et le même esprit animal circule en eux. On répète, avec Galien, que les nerfs du mouvement sont durs, et mous ceux du sentiment ; mais les nerfs de la « sixième paire », les nerfs vagues, sont beaucoup plus durs que les nerfs moteurs des yeux, ou de la « deuxième paire », remarque Fernel. Aussi, pour ces raisons et d'autres encore, s'est-il persuadé que la diversité fonctionnelle des nerfs doit être rapportée, non à leur plus ou moins grande dureté ou mollesse, mais à ce qu'il appelle leur composition. Voici comment il s'exprime à ce sujet: « Le cerveau est agité d'un mouvement incessant,

(i) De naturali parte medicinœ libri scptcm. Lugd., i55i, I. V, c. ix.

lUciis il n'est doué d'aucune sensibilité tactile (i). Au contraire, les méninges qui l'enveloppent sont immobiles par elles-mêmes, surtout la dure-mère, mais elles jouissent de la sensibilité tactile la plus exquise [tactu autem eaedem valent exquisitissimo). » Et ce n'est pas seulement Galien qui le dit: Fernel a pu le constater au cours de sa pratique sur des cer\'eaux dont un traumatisme avait ouvert le crâne. D'ailleurs, dans les maladies du cerveau, telles que le délire, il n'existe pas de douleur de cet organe ; mais la moindre lésion des méninges, causée par une vapeur ou une humeur un peu acre, excite une violente douleur. Voilà qui démontre la natiire différente dit cerveau et des méninges. Or, et c'est ici que Fernel perpétue la doctrine d'ÉRASiSTRATE, les nerfs moteurs proviennent du cerveau, « dont la partie postérieure est le principe et le siège du mouvement », comme l'antérieure l'est du sentiment, et les nerfs sensibles proviennent en grande partie des m^nm^^5. Fernel s'élève aussi contre r<( opinion absurde », venue, dit-il, des Arabes, qui situe la mémoire dans le quatrième ventricule, la pensée et l'imagination dans les ventricules antérieurs. Les souvenirs et les images sont d'une même essence et n'ont qu'un seul et même siège, le cerveau.

Le syncrétisme des doctrines hippocratique et galénique était si avancé, à la fin du xvi* siècle et au commencement du xvci" siècle, qu'il devenait souvent difficile, dans les Écoles de médecine où on lisait les livres de Fernel, d' André du Laurens et de Riolan, de remonter sûrement à l'origine de ces doctrines. En parlant de la division des parties donnée par HiPPOCRATE, on entendait dans l'école par « parties impellentes ou qui font effort », les esprits a qui courent et vaguent, avec une vitesse incroyable, dans toutes les parties », comme s'exprime Théophile Gelée médecin de la ville de Dieppe, en une sorte de manuel où se trouvent résumés les enseignements d'ANDRÉ du Laurens et de Riolan (2).

Des trois parties nobles, « le cerveau envoie la faculté animale, par les nerfs, à tout le corps, pour lui donner le sentiment et le mouvement ». Le nerf, ap[>elc aussi partie spermatique, parce qu'il est engendre de la semence, est compose de deux substances. Tune interne, moelleuse ; Tautrc externe, membraneuse, comme la moelle du cerveau et de Tépine, dont il provient et retient la nature. « Car, comme la moelle du cerveau et celle de Tépine sont couvertes de la pie et de la dure-mère, ainsi la substance moelleuse du nerf est revêtue de deux membranes (jui emjjéchent qu'elle ne coule ou ne soit offensée; et, si le nerf est fait de plusieurs cordons, elles les lient et contiennent ensemblement.. La moelle est la partie principale du nerf par laquelle il porte la faculté de sentir et de mouvoir, car encore qu'il nail point de cavité sensible, si est-ce que V esprit

(i) « Le cerveau est insensible, sensus est expers ; c'est bien plus le cas encore, ajoute Febnel, pour la moelle qui est dans Tcpine et dans les nerfs. »

(a) VAnatomie française en forme d'Abrégé. Rouen, 1679.

SYXCnÉTISME DES DOCTRINES HlPPQCnATIQUES ET GALÉMQUES SCg

animal ne laisse point de passer, h raison de sa grande subtilité, par le travers de sa substance poreuse pour se rendre aux parties. » C'est le nerf qui ce communique » aux parties le sentiment et le mouvement : aux veux, par exemple le sens de la vue ; aux muscles la réflexion, la contraction, la distension. Selon la nature des parties auxquelles ils se distribuent, organes animaux (yeux, oreilles, nez, langue, peau) ou muscles, parties naturelles (estomac ou ventricule, foie, rate, etc.), parties vitales (cœur, poumon, etc.), les nerfs font le sentiment ou le mouvement. La distinction entre nerfs de sensibilité et de mouvement n'est donc pas justifiée. Les nerfs sont ou mous ou dm's, selon leur origine (cerveau ou moelle épinière), leur usage (le sentiment ou le mouvement), ou leur trajet, les nerfs étant d'autant plus durs qu'ils s'éloignent davantage de leur origine, d'autant plus mous qu'ils en sont procbes. Les nerfs, a que soûlait HEfiopnn.us appeler pores, à raison, disait Charles Estieniie, de leur notable cavité » (La dissection des parties du corps humain, Paris, i546, in-fol., aCy), sortent ou du cerveau postérieur ou de l'origine •de la moelle de l'épine.

Des sept paires, la plus grosse et la plus molle, V optique, prend son origine du cerveau postérieur : ces nerfs s'unissent quasi à mi-chemin, « non point par intersection ni par attouchement simple, mais par la confusion de leur moelle », ce qui a pour efl'et non seulement de renforcer ces nerfs, mais est cause que « V esprit visoire peut passer en un moment d'un œil à l'autre pour la perfection de la vue ». Après s'être ainsi confondus, ces nerfs se séparent, et, de leur substance interne, moelleuse, se fait la tunique réticulaire ou rétine ; de l'externe, constituée par la pie et la dure-mère, l'uvée et la cornée. L*« esprit visoire » peut ainsi, en un moment, être porté jusques à la prunelle a pour faire la vue ». La deuxième paire de nerfs sert aux mouvements des yeux et des paupières. La troisième s'insère à la tunique de la langue, organe principal du goût, non sans avoir envoyé auparavant nombre de scions à quelques muscles des yeux, du front, des tempes et de la face, ainsi qu'aux narrines et aux racines des dents. La quatrième sert aussi au goût et va au palais, à la partie inférieure de la langue, et, selon Riolan, aux yeux. La cinquième se divise en deux scions : le plus gros est porté par le méat auditif au tambour de l'oreille et finit là ; le moindre descend au pharynx, aux narines, aux joues, aux racines des dents et à la langue. La sixième a se traîne à quasi tous les viscères » et s'y distribue par trois rameaux nommés a récurrents, costal et stomachique ». La septième, enfin, la plus dure, sortie du cerveau tout près de la moelle épinière, se divise en deux rameaux : le plus gros donne des scions à tous les muscles de la langue, le moindre s'en va aux muscles du larynx. A ces sept paires, les modernes en ont ajouté d'autres. Quant aux apophyses mamillaires, ou nerfs olfactifs, organes principaux de l'odorat, a elles ne sont point comptées entre les nerfs, parce qu'elles ne sortent point du crâne et ne sont point revêtues de méninges ».

La moelle de V épine a été produite du cerveau, « comme un tronc de sa racine, pour lui servir comme de vicaire et lieutenant, laquelle, descendant par le long canal de l'épine, envoie en toute sûreté des nerfs a toutes les parties, » nerfs « infinis en nombre », mais dont les anatomistes comptent trente couples, sept du col, douze du dos, cinq des lombes et six de l'os sacrum ; d'autres n'en comptent que vingt-huit.

La figure du cerveau y « est semblable à celle du test qui le contient ». Sa grandeur est telle que le cerveau d'un homme est six fois plus gros que celui d'un bœuf (Riolan) et « pèse trois livres de poids marchand, qui en valent quatre de médecine. Or, il l'a aussi grand pour la diversité et perfection de ses fonctions. » La substance du cerveau est moelleuse, blanche, molle et engendrée de la meilleure et plus pure partie de la semence et des esprits. Elle est blanche parce qu'elle est spermatique, et molle pour recevoir plus

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promplemeni Vimpression des images des objets. Son tempérament est froid et humide', il fallait qu'il fût toi pour empt^cher que cet organe, occupé d'imaginations perpétuelles, ne s'échauffât oiUre mesure et ne rendît les mou>ements précipités et les sentiments égarés, comme il arrive chez les phrénétiques. Ses usages, les voici : engendrer Vesprit animal ci faire toutes les fonctions animales, « princesses, motrices et sensitives ». Son mouvement lui est propre en partie, pour la génération, l'expurgation elle rafraîchissement de l'esprit animal, en partie il lui vient des artères : il se dilate et se resserre. Quand le cerveau se dilate, il tire l'esprit vital de la rets admirable et l'air des narines; quand il se resserre, il chasse l'esprit animal des ventricules supérieurs (antérieurs) dans le troisième et le quatrième ventricule ainsi qu'aux organes des sens. » Le cerveau sent activement, il est « l'auteur de tous les sens, et toutefois il n'a point de sentiment ». Pourquoi ? parce que le cerveau est a le siège du sens commun et le juge de tous les sens; or le juge doit être dépouillé de toutes passions » (/4a 5).

RioLAN divisait v tout le grand corps du cerveau » en trois régions, supérieure moyenne et inférieure : 1® la région supérieure comprend des « anfractuosités », a la faucille » et le corps calleux ; 2° la moyenne, les quatre ventricules, les éminences qui ferment le canal qui va du troisième au quatrième, le lacis choroïde et le cervelet ; 3° Y inférieure, l'entonnoir, les apophyses mamillaires. les sept paires de nerfs et les racines de la médulle spinale. La face supérieure et externe du cerveau est de couleur cendrée ; elle est entrecoupée d'une infinité de circon\olutions qui ressemblent aux anfractuosités des « menus boyaux », lesquelles ont été faites afin que la pie-mère puisse descendre plus profondément et départir la nourriture à toute la substance de ce viscère. C'est par le moyen du corps calleux, dont la substance est blanche et dure, que toutes les parties du cerveau sont continues. En pratiquant une série de coujmîs, on découvre les deux ventricules antérieurs, séparés par une cloison très déliée et transparente {septum lucidum, spéculum lucidum). Ces deux ventricules latéraux sont les plus grands de tous « parce qu'ils contiennent Vesprit animal grossier et non encore rafliné »; ils ont trois usages : i<* préparation de l'esprit animal; a" respiration du cer>eau ; 3** odorat. Le lacis ou plexus choroïde a été fait pour l'élaboration première et la préparation de l'esprit animal ; les apophyses mamillaires, qui sont comme des « allongements du cer>eau », et qui, des ventricules antérieurs, vont à l'os « cribleux », pour inspirer l'air et les odeurs, chassent au dehors, par l'expiration, les « excréments fuligineux et, avec iceux, les pituiteux |)ar les narines ». Le corps voûté est porté sur trois piliers : son usage est pareil à celui des voûtes, car il porte et soutient la lourde masse du cerveau pour garder qu'elle ne presse et offusque le troisième ventricule. De ce troisième ventricvle sortent deux conduits : l'un, à l'entrée, porte les excréments du cerveau à V entonnoir, que celui-ci décharge sur la glande pitui taire ^ qui les vide à son tour dans la bouche par le palais ; l'autre conduit se rend en droiture au quatrième ventricule. A l'entrée de cette dernière cavité se voit une glande pointue qui ressemble assez bien à une pomme de pin (^conarion). Pour les uns, elle sert uniquement, ainsi que les autres glandes, à affermir les veines et les artères du lacis choroïde ; pour les autres, elle sert de valvule ou de portillon, c'est-à-dire qu'elle ouvre et ferme le chemin qui du troisième va au quatrième ventricule. Comme le disait Chables Estienne, « elle engarde et déffend que les esprits qui ne sont encore du tout bien confitz et labourez aux premiers ventricules du cerveau, soient transférez ou transportez devant qu'il en soit besoing au cerebelle. (i) »

(1) La Diss. des parties du corps hum , arec... les incisions... par Estienne de la Rivière, chirurgien. Paris, i5'i6, 2 05.

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