RE:\É DESCARTES
Sur la longueur du canal et de chaque côte sont de petites éminences élevées en manière de collines: les deux premières, les plus grosses (nales)^ « ont été faites, si l'on en croit Ga LIEN, en faveur des nerfs optiques » ; si Ton écoute Riolan, elles sont « les commencements des apophyses mamillaircs » ; les deux qui suivent (lestes^ sont plus petites ; une fissure (anus^ les sépare. Sous le conarion commence le quatrième ventricule; à rentrée se voit Vépiphyse verniiforme en manière d'un petit ver; il se termine en une fente pointue, entaillée dans la moelle de Tépine, qui ressemble à une plume à écrire (caLimus d*HÉaopiiiLE). Ce quatrième ventricule, situé sous le cervelet , est le plus petit et le plus solide de tous : c'est là que l'esprit animal reçoit sa perfection, et d*où il est ensuite envoyé dans la moelle du cerveau et de l'épine et, par icelle, dans les nerfs. Quoique la moelle épinière, « production ou allongement du cerveau », diffère du cer\eau par sa consistance et sa sécheresse plus grandes, par IV absence de ventricules ou de cavités », de pouls ou battement, etc., sa substance est semblable à celle du cerveau, et son usage n'en diffère guère : elle contient^ en effet, elle élabore et perfectionne les esprits animaux qui doivent être distribués aux parties pour faire le sentiment et le mouvement volontaire.
Chez Descartes, aussi bien que chez Willis, ce sont toujours les doctrines galéniques qui expliquent les fonctions du système nerveux central. Mais l'exemple d'ARiSTOTE prouve bien qu'avec les idées les plus fausses sur la structure du cerveau on peut faire une étude singulièrement approfondie des fonctions de cet organe. C'est le cas de Descartes, dont le solide génie a laissé dans les sciences biologiques une trace non moins profonde que dans les autres disciplines de l'esprit humain. Le savant qui a compris que, la quantité de matière et de mouvement demeurant invariable dans le monde, l'âme ne peut que déterminer la direction des mouvements, sans augmenter ni diminuer la somme de ceux-ci ; qui, des lois mécaniques du choc et de la pression, explication suffisante de tous les phénomènes, a cherché à déduire non seulement les mouvements de l'univers, mais encore ceux des plantes et des animaux ; qui, toujours fidèle à l'interprétation mécanique des rapporis des choses, la seule que la science puisse concevoir, a ramené l'origine et l'association des idées aux changements matériels que souffre le cerveau consécutivement aux affections des sens ; qui reconnut l'acte élémentaire, primordial, simple, du système nerveux central, l'action réflexe, et distingua ce mouvement des autres mouvements ; qui étudia la nature et les conditions physiologiques des passions, créa toute une théorie de la perception sensible et enrichit de découvertes aussi bien l'acoustique que l'optique physiologiques, un tel savant peut avoir erré autant qu'AniSTOTE sur « le siège de l'àme » : il a plus fait pour la théorie des sensations, des passions et de l'intelligence que les plus exacts anatomistes et physiologistes d'aucun temps.
N'y eut-il chez Descartes que celte vue profonde, que les êtres vivants doivent être considérés comme des machines, que la psychologie phy-
Biologique devrait revendiquer Descartes pour un de ses fondateurs. « Les êtres vivants sont de véritables machines, a écrit Charles Richet, en rappelant que la science moderne a prouvé ce qu'avait pressenti Descartes, machines extrémementdélicates etcomplexes, maisenfin machines, qui sont disposées de telle sorte qu'elles réagissent suivant des lois immuables aux forces extérieures. Cette réaction nécessaire de Tétre aux changements qui Tébranlent fait que l'apparente spontanéité des animaux supérieurs n'est qu'un des modes de l'irritabilité : car, quoique la machine vivante paraisse produire de la force, elle ne la produit pas spontanément et ne fait jamais que répondre à l'excitation du dehors. Son activité n'est qu'une activité de réponse. Mais, grâce à l'accumulation dans l'organisme des forces chimiques de tension, le dégagement de force provoqué par un ébranlement extérieur est énorme et hors de toute proportion avec l'ébranlement extérieur. C'est surtout la cellule nerveuse qui possède une énergie latente extrême : mais elle répond à l'excitation suivant les mêmes lois que le nerf et le muscle (i). » En somme, on le sait aujourd'hui, Descartes avait raison : tous les êtres vivants ne sont que des machines, non point sans doute des machines insensibles, mais sensibles et conscientes à des degrés divers. L'erreur de Descartes a été de tirer l'homme de la foule innombrable de ses frères inférieurs. Inconscients ou conscients, les processus psychiques n'en sont pas moins toujours des actes réflexes ou automatiques. La conscience n'ajoute rien, quand elle existe, à ces processus, pas plus que l'ombre au corps qu'elle accompagne (2). Si la sensation et l'intelligence, qui en est résultée quand les appareils des sens et les organes psychiques ont apparu, ne sont, comme la vie elle-même, qu'elles servent à définir, que des forces naturelles, elles ne sauraient échapper aux lois du mécanisme universel. Or nul n'a sans doute plus
(t) Phys. des muscles et des nerfs, 898.
(a) « Et comme une horloge, a écrit Descartes, composée de roues et de contre-poids, n'observe pas moins exactement toutes les lois de la nature lorsqu'elle est mal faite et qu'elle ne montre pas bien les heures que lorsqu'elle satisfait entièrement au désir de l'ouvrier, de môme aussi, si je considère le corps de l'homme comme étant une machine tellement bâtie et composée d'os, de nerfs, de muscles, de veines, de sang et de peau, qu'e/icore bien qu'il n'y eût en lui aucun esprit, il ne laisserait pas de se mouvoir en toutes les mâmes façons quil fait à présent (eosdem tamen haheret omnes motus qui nunc in eo... procedunt), lorsqu'il ne se meut point par la direction de sa volonté, ni par conséquent par l'aide de l'esprit, mais seulement par la disposition de ses organes ; je reconnais facilement qu'il serait aussi naturel à ce corps, étant par exemple hydropique, de souffrir la sécheresse du gosier, qui a coutume de porter à l'esprit le sentiment de la soif, et d'être disposé, par cette sécheresse, h mouvoir ses nerfs et ses autres parties en la façon qui est requise pour boire, et ainsi d'augmenter son mal et se nuire à soi-même, qu'il lui est naturel, lorsqu'il n'a aucune indisposition^ d'être porté à boire pour son utilité par une semblable sécheresse de gosier. » (VI* Médit.).