‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 73 sur 106 · CONSTITUTION CHIMIQUE DES ESPRITS ANIMAUX · texte numérisé non relu

CONSTITUTION CHIMIQUE DES ESPRITS ANIMAUX

L'hypothèse de Descartes sur la nature des esprits animaux se présente, on le voit, avec une simplicité tout antique : Un vent très subtil, ou plutôt une flamme très vive et très pure, qui possède une extrême vitesse qu'elle a reçue de la chaleur du cœur. En quoi cette imagination difl*ère-t-elle au fond de celles des vieux penseurs hellènes, pour qui rame était Tair ou le feu, des atomes invisibles, ou le sang? C'est par cet air et ce feu que nous vivons ; il n'y a point d'autres principes des sensations, de la mémoire, de la pensée et de la volonté, de la raison et de la science. « La vie consiste, dit Fl. Schuyl en sa Préface au traité de VHomme, dans le flux continuel du sang et des esprits vitaux que le cœur envoie vers le cerveau et les autres parties du corps, et dans le reflux du même sang vers le cœur, comme aussi dans l'écoulement des esprits animaux qui coulent sans cesse du cerveau comme d'une source intarissable vers le cœur et les autres parties. » Tous les médecins convenaient aussi que les esprits animaux servaient non seulement à ces actions naturelies que Galien a énumérées, mais surtout aux actions animales, à l'imagination, au jugement, à la mémoire, aux sensations, aux mouvements des muscles (chez le fœtus lui-même), si bien que, toujours avec Galien, ils faisaient dériver des vices ou altérations du mouvement de ces esprits animau^ les maladies et les afl'ections du système nerveux, tels que vertiges, apoplexie, incube, manie, convulsions, phrénésie.

Ces exhalaisons invisibles, très subtiles et très volatiles, appelées esprits animaux, en tant qu'issues du sang, c'est-à-dire, d'après les idées des physiologistes contemporains de Descartes, d'un suc sulfureux, salin et séreux, passaient pour renfermer dans leur constitution chimique des particules salines et sulfureuses. Après Galien, Vésale, Du Laurens, CoLUMBo, Sennert, Fracassatus croyaient que, outre le sang, l'air concourait aussi à la génération des esprits animaux, celui-ci pénétrant, suivant l'opinion commune, par les trous de l'os ethmoïde dans les ventricules antérieurs du cerveau. Or la séparation de la partie saline du sang artériel d'avec la sulfureuse était attribuée à la propriété de la substance du cerveau, des « glandes » de l'écorce en particulier, où le sang artériel était versé par d'innombrables vaisseaux extrêmement fins. Les particules salines, esprit très subtil d'un sel très volatilisé, pénétraient librement dans les pores invisibles des nerfs. Quant à la diversité des opérations des esprils animaux, elle résultait, non de la nature difi^érente de ces esprits, qui sont de constitution homogène, mais de celle des

« L'âme des brutes n'est rien autre chose que leur sang, à savoir celui qui. étant échauffé dans leur cœur et converti en esprits, se répand des artères par le cerveau en tous les nerfs et en tous les muscles. » Lettres, VI, 3/io.

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parties auxquelles ils apportaient le sentiment et le mouvement: selon qu'ils se distribuaient à la peau, aux muqueuses, à Fœil, à Toreille, ou aux muscles, des sensations du tact, de la vue, de Touïe, ou des mouvements, apparaissaient. En d'autres termes, et, comme nous dirions aujourd'hui, la nature des appareils périphériques de la sensibilité et du mouvement déterminait celle des fonctions des organes centraux correspondants.

11 y a plus; les esprits animaux ne servaient pas seulement à la production de la sensibilité et du mouvement : ils servaient à la nutrition. Les parties plus fréquemment exercées (bras droit, jambes de marcheurs) étaient les plus fortes et les plus robustes, car l'écoulement des esprits animaux y était abondant et continuel (Diemerbroeck); dans les membres paralysés, au contraire, il y a résolution musculaire, œdème, atrophie, etc., quoique les artères ne laissent pas d'y apporter du sang. L'atrophie de ces parties était en effet directement attribuée aux affections du cerveau. A la suite de blessures de cet organe, par exemple, par le fait d'une consommation exagérée d'esprit, ou d'une production insuffisante, ou d'une altération qualitative de ses sécrétions glandulaires, Malpighi avait observé une terminaison fatale par « éthisie ». Enfin, lorsqu'un nerf, sectionné ou détruit par un traumatisme, ne distribue plus les esprits animaux à une partie, celle-ci maigrit. Les anatomistes, les physiologistes et les médecins ne doutaient donc pas en général que les esprits animaux fussent localisés dans le cerveau. S'ils ne se montraient guère favorables à l'hypothèse de Descartes relative à la glande pinéale, c'est que dans leur pratique et dans leurs dissections ils avaient souvent observé des cas pathologiques en contradiction avec cette supposition toute gratuite. Alors comme aujourd'hui, les cas d'hydropisie ventriculaire n'étaient pas rares dans lesquels la glande avait été nécessairement fort comprimée, sans que les fonctions des sens et de l'intelligence eussent été pendant la vie aussi altérées qu'elles auraient dû l'être. De leur côté, les théologiens n'étaient pas très aises de voir confiner l'âme incorporelle divinement infuse au corps dans un district reculé et perdu de l'encéphale, dans une petite glande presque invisible, appendue au-dessus d'un conduit par lequel les esprits des ventricules antérieurs communiquaient avec ceux du quatrième ventricule. Cette localisation déplaisait même franchement à quelques gens d'Eglise: ils refusaient de croire que « le siège de l'àme raisonnable » fût placé dans une glandule qui, chez l'homme, est trois fois plus petite que chez les animaux privés d'âme !

René Descartes discute encore la théorie du siège de Tàme dans le cœur; il l'oppose à celle de la localisation dans le cerveau. C'est bien au cerveau, selon lui, que se rapportent les organes des sens, mais les passions paraissent avoir le cœur pour organe. Après avoir examiné les

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