‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 75 sur 106 · LES FO\CTIO.\S ET LA STRUCTURE DU CERVEAU · texte numérisé non relu

LES FO\CTIO.\S ET LA STRUCTURE DU CERVEAU

s'y dilate qu'à peine : le mouvement excité dans les petits nerfs de la région précordiale est alors tout différent du précédent; la propagatiofi de ce mouvement au cerveau donne à l'ame le sentiment de la tristesse, quoique souvent elle ne sache pas pourquoi elle est triste. Toutes les autres causes qui meuvent ces nerfs en même façon affectent Tâme du sentiment correspondant. De même pour les autres passions et affections de Tâme, telles que Tamour, la haine, la crainte, la colère, etc., pensées confuses, que Tâme n'a point de soi seule; son étroite union avec le corps fait qu'elle reçoit l'impression des mouvements qui agitent celui-ci.

Quel cours suivent les esprits animaux dans les concavités et dans les pores du cerveau et quelles sont les fonctions qui en dépendent ?

« Si vous avez jamais, dit Descartes, eu Ja curiosité de voir de près les orgues de nos églises, vous savez comment les soufflets y poussent Tair en certains réceptacles qui, ce me semble, sont nommés à cette occasion les porle-venls, et comment cet air entre de là dans le^ tuyaux, tantôt dans les uns, tantôt dans les autres, selon les diverses façons que Torganiste remue les doigts sur le clavier ; or vous pouvez ici concevoir que le cœur et tes artères qui poussent les esprits animaux dans les concavités du cerveau de notre machine sont comme les soufflets de ces orgues, qui poussent Pair dans les porte-vents, et que les objets extérieurs qui, selon les ner/5 qu'ils remuent, font que les esprits contenus dans ces concavités entrent de là dans quelques-uns des pores, sont comme les doigts de Torganiste qui, selon les touches qu'ils pressent, font que l'air entre des porte-vents dans quelques tuyaux. Et comme l'harmonie des orgues ne dépend point de cet arrangement de leurs tuyaux que l'on voit par dehors, ni de la figure de leurs porte-vents ou autres parties, mais seulement de trois choses, savoir de l'air qui >ient des soufflets, des tuyaux qui rendent le son, et de la distribution de cet air dans les tuyaux ; ainsi je veux vous avertir que les fondions dont il est ici question ne dépendent aucunement de la figure extérieure de toutes ces parties visibles que les anatomistes distinguent en la substance du cerveau, ni de celle de ses concavités, mais seulement des esprits qui viennent du cœur, des pores du cerveau par où ils passent, et de la façon que ces esprits se distribuent dans ces pores (^i). »

Les esprits animaux peuvent être : i® plus ou moins abondants ; 2° leurs parties peuvent être plus ou moins grosses; 3° plus ou moins agitées; 4** plus ou moins égales entre elles une fois que l'autre. « C'est par le moyen de ces qualité différences que toutes -les diverses humeurs ou inclina^ lions naturelles qui sont en nous [au moins tant qu'elles ne dépendent point de la constitution du cerveau ni des affections particulières de l'âme) sont représentées en cette machine. » Si ces esprits sont j)lus abondants que de coutume, « ils sont propres à exciter en elle des mouvements tout semblables à ceux qui témoignent en nous de la bonté, de la libéralité et de

(1) L'Homme, IV.

Vamour »; de la confiance ou de la hardiesse si leurs parties sont plus fortes ou plus grosses; de la constance, si avec cela elles sont plus égales en figure, en force et en grosseur; de la promptitude, de la diligence et du désir, si elles sont plus agitées; et de la tranquillité d'esprit, si elles sont plus égales en leur agitation. « Comme au contraire ces mêmes esprits sont propres à exciter en elle des mouvements tout semblables à ceux qui témoignent en nous de la malignité, de la timidité, AeV inconstance, de la tardiveté Gi de Vinquiétude, si ces mêmes qualités leur défaillent. »

Or, toutes les autres humeurs ou inclinations naturelles sont dépendantes de celles-ci : Y humeur joyeuse est composée de la promptitude et de la tranquillité d'esprit, et la bonté et la confiance servent à la rendre plus parfaite; Vhumeur triste est composée de la tardiveté et de l'inquiétude, et peut être augmentée par la malignité et la timidité; Vhumeur colérique est composée de promptitude et de l'inquiétude, etc. « Ces mômes huyneurs, ou du moins les passions auxquelles elles disposent, dépendent aussi beaucoup des impressions qui se font dans la substance du cerveau, »

D'où viennent les différences des esprits? Descartes en ramène les causes, comme Aristote, à des considérations tirées de la nature du sang qu'envoie le cœur au cerveau, et dont les parties diffèrent selon qu'elles sont tout fraîchement mêlées au suc des viandes, ou que le même sang, en passant et repassant plusieurs fois dans le cœur est devenu plus subtil; de celle de Vair de la respiration, qui se mêle aussi avec le sang avant qu'il entre dans la concavité gauche du cœur, si bien qu' « il s'y embrase plus fort et y produit des esprits plus vifs et plus agités en temps sec qu'en temps humide » ; de l'élaboration dans le foie du sang qui va au cœur et des fonctions du fiel, « destiné à purger le sang de celles de ses parties qui sont les plus propres de toutes à être embrasées dans le cœur »; enfin, des 'fonctions toutes contraires de la rate. « Tout ce qui peut causer quelque changement dans le sang en peut aussi causer dans les esprits. »

Pour ce qui est des pores du cerveau, « ils ne doivent pas être imaginés autrement que comme des intervalles qui se trouvent entre les filets de quelque tissu; car en effet tout le cerveau n'est autre chose qu'un tissu composé d'une certaine façon particulière » (i). La surface du cerveau qui regarde les concavités doit être conçue comme un v réseuil ou lacis », dont toutes les mailles sont autant de petits tuyaux par où les esprits animaux peuvent entrer « et qui, regardant toujours vers la glande d'où sortent ces esprits, se peuvent facilement tourner çà et là vers les divers

(i) « Le cerveau est composa de plusieurs petits filets diversement entrelacés. » L'Homme, IV, 4a6.

Page 1