‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 76 sur 106 · QUALITÉS DU SÀ\G ET VAIÏTÉTÉS DES ESPRITS · texte numérisé non relu

QUALITÉS DU SÀ\G ET VAIÏTÉTÉS DES ESPRITS

points de cette glande » (i). De chaque partie de ce « réseiiil » il sort plusieurs filets nerveux dont les uns sont plus longs, les autres plus courts. Après s'être diversement entrelacés, les plus longs de ces faisceaux descendants « composant la moelle des nerfs se vont épandre par tous les membres ». Non seulement ces filets ou nerfs peuvent être plies en toutes sortes de façons par la seule force des esprits qui les touchent et retenir, « comme s'ils étaient faits de plomb ou de cire », les derniers plis qu'ils ont reçus : les pores, c'est-à-dire les intervalles qui se trouvent entre ces filets, peuvent être diversement élargis ou rétrécis par la force des esprits qui entrent dedans.

La substance du cerveau est molle et pliante : « ses concavités seraient fort étroites, et presque toutes fermées, ainsi, qu'elles paraissent dans le cerveau d'un homme mort, s'il n'entrait dedans aucuns esprits » ; ce sont les esprits animaux qui, en pénétrant abondamment dans les ventricules du cerveau, « ont la force de pousser tout autour la matière qui les environne et de l'enfler, et, par ce moyen, de faire tendre tous les petits filets des nerfs qui y viennent; ainsi que le vent, étant un peu fort, peut enfler les voiles d'un navire et faire tendre toutes les cordes auxquelles ils sont attachés; d'où vient pour lors que cette machine, étant disposée à obéir à toutes les actions des esprits, représente le corps d'wn homme qui veille, ou du moins ils ont la force d'en pousser ainsi et faire tendre quelques parties, pendant que les autres demeurent libres et lâches, ainsi que font celles d'un voile quand le vent est un peu trop faible pour le remplir; et pour lors cette machine représente le corps d'un homme qui dort et qui a divers songes en dormant (planche VII, fig. 2 et 3). »

Entre toutes les figures, entre celles qui représentent la position des lignes et les surfaces des objets, ou qui peuvent donner « occasion » à l'âme de sentir le mouvement, la grandeur, la distance, les couleurs, les sons, les odeurs, etc., et même celles qui pourront lui faire sentir le chatouillement, la douleur, la faim, la soif, la joie, la tristesse, etc., « ce ne sont pas celles qui s'impriment dans les organes des sens extérieurs ou dans la superficie intérieure du cejveau, mais seulement celles qui se tracent dans les esprits sur la superficie de la glande, où est le ^iège de /'imagination et du sens commun, qui doivent être prises pour les idées, c'est-à-dire pour les formes ou images que l'âme raisonnable considérera immédiatement lorsque, étant unie à cette machine, elle imaginera ou sentira quelque objet ».

(i) « Les esprits ne viennent pas tant des artères qui s'insèrent dans la glande, comme de celles qui , se divisant en mille branches fort déliées, tapissent le fond des concavités du cerveau. » L'Homme, IV, 398.

388 LE SYSTÈME XEFiVEVX CESTHAL

C'est surtout au sujet des idées innées qu'il importe de saisir la pensée véritable, si souvent méconnue, de Descartes. Par idées innées Descartes entendait quelque chose qui existe en puissance dans Tesprit (comme Finstinct, les maladies héréditaires, les caractères moraux et intellectuels des ancêtres) avant d'être appelé à Texistence actuelle parles objets extérieurs : « Je n'ai jamais écrit ni jugé que Tcsprit ait besoin d'idées naturelles qui soient quelque chose de différent de la faculté qu'il a dépenser; mais bien est-il vrai que, reconnaissant qu'il y avait certaines pensées qui ne procédaient ni des objets du dehors, ni de la détermination de ma volonté, mais seulement de la faculté que j'ai de penser, pour établir quelques différences entre les idées et les notions qui sont les formes de ces pensées, et les distinguer des autres qu'on peut appeler étrangères ou faites à plaisir, je les ai nommées naturelles, mais je l'ai dit au môme sens que nous disons que la générosité, par exemple, est naturelle à certaines familles, ou que certaines maladies, comme la goutte ou la gravelle, sont naturelles à d'autres; non pas que les enfants qui prennent naissance dans ces familles soient travaillés de ces maladies aux ventres de leurs mères, mais parce qu'ils naissent avec la disposition ou la faculté de les contracter » (i).

Descartes situe « le siège de la mémoire » en une partie intérieure du cerveau marquée B sur les figures de ses planches du traité de V Homme, c'est-à-dire du parenchyme cérébral. Au sortir de la glande pinéale, où ils ont reçu l'impression de quelque idée, les esprits passent par de petits tuyaux dans les pores ou intervalles existant entre les petits filets nerveux constituant cette partie du cerveau (B), où ils ont la force d'élargir quelque peu, de plier et de disposer diversement ces mailles; « en sorte qu'ils y tracent aussi des figures qui se rapportent à celles des objets, non pas toutefois si aisément ni si parfaitement du premier coup que sur la glande, mais peu à peu de mieux en mieux, selon que leur action est plus forie et qu'elle dure plus longtemps ou qu'elle est plus de fois réitérée \ ce qui est cause que ces figures ne s^ effacent pas non plus si aisément, mais quelles s'y conservent en telle sorte que, par leur moyen, les idées qui ont été autrefois sur cette glande, s'y peuvent former derechef longtemps aprèsy sans que la présence des objets auxquels elles se rapportent y soit requise; et c'est en quoi consiste la mémoire. » (L'Homme.)

La petite glande nommée conarion est le principal siège de l'âme, le lieu où se font toutes nos pensées. « La raison qui me donne cette créance.

(i) Remarques de René Descartes sur un certain placard imprime aux Pays-Bas vers la fin de l'année 1647. pEuvres, x, 94.

DOCTRINE C.inTÉSIEyyE DES IDÉES JSNÉES; SIÈGE DE LA MÉMOIRE 389

dit Descartes, est que je ne trouve aucune partie en tout le cerveau, excepté celle-là seule, qui no soit double. Or, est-il que, puisque nous ne voyons qu'une même chose des deux yeux, ni n'oïons qu'une même voix des oreilles, et enfin que nous n'avons jamais qu'une pensée en même temps, il faut de nécessité que les espèces qui entrent par les deux yeux, ou par les deux oreilles, s'aillent wm> en quelque lieu, pour être considérées par l'âme; et il est impossible d'en trouver aucun autre en toute la tête que cette glande^ outre qu'elle est située le plus à propos pour ce sujet (|u'il est possible, à savoir au milieu, entre toutes les concavités^ et elle g^\ soutenue qX environnée des petites branches des artères carotides, qui apportent les esprits dans le cerveau. Mais pour les espèces qui se conservent en la mémoire, ](}. n'imagine point qu'elles soient autre chose que comme les plis qui se conservent en du papier après qu'il a élé une fois plié ; et ainsi je crois i\\\ elles sont principalement reçues en toute la substance du cerveau, bien que je ne nie pas qu'elles ne puissent être aussi en quelque façon en cette glande, surtout en ceux qui ont l'esprit le plus hébété : car pour les esprits fort bons et fort subtils, je crois qu'ils la doivent avoir toute libre et fort mobile, comme nous voyons aussi que, dans les hommes, elle est plus petite que dans les bêtes, tout au rebours des autres parties du cerveau. Je crois aussi que quelques espèces qui servent à la mémoire peuvent être en diverses autres parties du corps, comme l'habitude d'un joueur de luth n'est pas seulement dans sa tête, mais aussi en partie dans les muscles de ses mains, etc. Mais pour ces effigies de petits chiens qu'on dit paraître dans l'urine de ceux qui ont été mordus par des chiens enragés, je vous avoue que j'ai toujours cru que ce fut une fable, et que si vous ne m'assurez de les avoir vues bien distinctes et bien formées, j'aurai encore maintenant de la peine à les croire, bien que s'il est vrai qu'elles se voient, la cause en puisse en quelque façon être rendue, ainsi que celle des marques que les enfants reçoivent des envies de leurs mères » (i).

« ... Pour les espèces qui servent à la méînoire, je ne nie pas absolument qu'elles ne puissent être en partie dans la glande nommée conarium, principalement dans les bêtes brutes, et en ceux qui ont l'esprit grossier: car pour les autres, ils n'auraient pas, ce me semble, autant de facilité qu'ils ont à imaginer une infinité de choses qu'ils n'ont jamais vues, si leur âme n'était jointe à quelque partie du cerveau qui fut propre à recevoir toutes sortes de nouvelles impressions, et par conséquent fort malpropre

(1) Descartes, Lettres, VIII, 200, 3i5. Cf. La Dioptrique, Disc. V, où Descartes désire « la petite glande qui se trouve environ le milieu des concavités » du cerveau comme étant « propremenl lo siège du sens commun. »

Sqo le système yEBVEVX CEyTRAL

à les conserver. Or, est-il quil n'y a que cette glande seule à laquelle l'âme puisse être ainsi jointe; car il n'y a qu'elle seule en toute la tête qui ne soit point double. Mais je crois que c'est tout le reste du cerveau qui sert le plus à la mémoire, principalement ses parties intérieures, et même aussi que tous les nerfs et les muscles y peuvent servir; en sorte que, par exemple, un joueur de luth a une partie de sa mémoire en ses mains; car la facilité de plier et de disposer ses doigts en diverses façons, qu'il a acquise par habitude, aide à soutenir des passages pour Texécution desquels il les doit disposer ». Descartes distingue deux espèces de mémoires, la mémoire intellectuelle et la mémoire locale. Celle-ci dépend du corps, celle-là ne dépend que de Tâme seule.

Chez rhomme qui dort, les petits filets nerveux qui du cerveau se vont rendre dans les nerfs se relâchent, si bien que « les actions des objets extérieurs sont pour la plupart empêchées de passer jusqu'à son cerveau pour y être senties, et les esprits qui sont dans le cerveau empêchés de passer jusqu'aux membres extérieurs pour les mouvoir, qui sont les deux principaux effets du sommeil, » Les songes ne diffèrent en rien des idées qui se forment quelquefois dans l'imagination de ceux qui rêvent étant éveillés, « si ce n'est en ce que les images qui se forment pendant le sommeil peuvent être beaucoup plus distinctes et plus vives que celles qui se forment pendant la veille, » Et Descartes en donne pour raison qu'une même force peut ouvrir davantage les petits tuyaux et les pores qui servent à former ces images dans un point du cerveau lorsque les parties du cerveau qui environnent ces organes sonl lâches et détendues, que lorsqu'elles sont toutes tendues.

« Et cette même raison montre aussi que s'il arrive que l'action de quelque objet qui touche les sens puisse passer jusqu'au cerveau pendant le sommeil, elle n'y formera pas la même idée qu'elle ferait pendant la veille, mais quelque autre plus remarquable et plus sensible : comme quelquefois, quand nous dormons, si nous sommes piqués par une mouche, nous songeons qu'on nous donne un coup d'épée; si nous ne sommes pas du tout assez couverts, nous nous imaginons être tout nus; et si nous le sommes quelque jhui trop, nous pensons être accablés d'une montagne ». Pendant le sommeil, « la substance du cerveau qui est en repos a le loisir de se nourrir et de se refaire, étant humectée par le sang que contiennent les petites veines ou artères qui paraissent en sa superficie extérieure. » Pendant la veille, la substance du cerveau se dessèche et ses pores sont élargis peu à peu par la continuelle action des esprits (i).

(i) « Le Père Gharlet, recteur de la maison (le Collège de La Flèche), qui était son directeur perpétuel, lui avait pratiqué entre autres privilèges celui de demeurer longtemps au lit les matins, tant

LE SOMMEIL, LA MORT ET LES « BELLES ESPÉliA.\CES » 3yi

« Je désire, écrit Descartes en terminant son traité de V Homme, que vous considériez après cela que toutes les fonctions que j'ai attribuées à cette machine, comme la digestion des viandes, le bailemenl da cœur et des artères, la nourriture et la croissance des membres, la respiration, la veille et le sommeil : la respiration (sic) de la lumière, des sons, des odeurs, des goûts, de la chaleur, et de telles autres qualités dans les organes des sens extérieurs ; Timpression de leurs idées dans ïorgane du sens commun et de Y imagination ; la rétention ou Tempreintc de ces idées dans la mémoire ; les mouvements intérieurs des appétits et des passions ; et. enfin, les mouvements extérieurs de tous les membres, qui suivent si a propos tant des actions des objets qui se présentent aux sens que des passions et des impressions qui se rencontrent dans la mémoire, qu'ils imitent le plus parfaitement qu'il est possible ceux d'un vrai homme ; je désire, dis-je, que vous considériez que ces fonctions suivent toutes naturellement en cette machine de la seule disposition de ses organes, ne plus ne moins que font les mouvements d'une horloge, ou Autre automate, de celle de ses contre-poids et de ses roues ; en sorte qu'il ne faut pointa leur occasion concevoir en elle aucune autre Ame \égétati\e ni sensilive, ni aucun autre principe de mouvement et de vie, que son sang et ses esprits agités par la chaleur du feu qui brûle continuellement dans son cœur, et qui n'est point d'autre nature que tous les feux qui sont dans les corps inanimés (i). »

Quelle difTérence y a-t-il entre un corps vivant et un corps mort?

(c Considérons que la mort n'arrive jamais par la faute de Tâme,

mais seulement parce que quelqu'une des principales parties du corps se corrompt; et jugeons que le corps d'un homme vivant diffère autant de celui d'un homme mort que fait une montre, ou autre automate (c'est-àdire autre machine qui se meut de soi-même), lorsqu'elle est montée, et qu'elle a en soi le principe corporel des mouvements pour lesquels elle est instituée, avec tout ce qui est requis pour son action, et la même montre ou autre machine, lorsqu'elle est rompue, et que le principe de son mouvement cesse d'agir » (2).

« Pour ce qui est de Vétat de l'àme après cette vie, j'en ai bien moins de connaissance que M. d'Igby; car, laissant à part ce que la foi nous en

à cause de sa santé infirme, que parce qu'il remarquait en lui un esprit porté naturellement à la méditation.

« Descartes qui à son réveil trouvait toutes les forces de son esprit recueillies et tous ses sens rassis par le repos de la nuit, profitait de ces favorables conjonctures pour méditer. Cette pratique lui tourna tellement en habitude, qu'il s'en Gl une manière d'étudier pour toute sa vie : et l'on peut dire que cest aux matinées de son lit que nous sommes redevables de ce que son esprit a produit de plus important dans ta philosophie et dans les mathématiques. » (Adr. Baii.let, Vie de M. Descartes, 1, 38.)

(1) Descartes, L'Homme, IV, 428 (Cousin). Cf. Des Passions, i'^ p., viii, IV, 44. « Pendant que nous vivons, il j a une chaleur continuelle en notre cœur, qui est une espèce do feu que le sang des veines y entretient... » Ce feu, tant qu'il brûle, fait la vie; en s'éteignant, il fait la mort. Cf. De la formation du fœtus, IV, 435.

(a) Les Passions de Vdme, i'^ P., art. vi. IV, 4i.

Sga LE SYSTÈME NERVEUX CENTRAL

enseigne, je confesse que, par la seule raison naturelle, nous pouvons bien faire beaucoup de conjectures à notre avantage, et avoir de belles espérances, mais non point aucune assurance » (i).

« Il me semble qu'il est très vrai de dire que, pendant que l'àme est unie au corps, l'âme ne peut en aucune façon détourner sa pensée des impressions que les sens font sur elle, lorsqu'elle est touchée avec beaucoup de force par leurs objets, soit extérieurs, soit intérieurs (2). J'ajoute aussi qu'elle ne s*en peut dégager lorsqu'elle est jointe à un cerveau trop humide ou trop mou, tel qu'il est dans les enfants \ ou à un cerveau dont le tempérament est autrement mal affecté, tel qu'il est dans les léthargiques, dans les apoplectiques et dans les frénétiques \ ou même tel qu'il a coutume d'être en nous, lorsque nous sommes ensevelis dans un profond sommeil... »

Nous n'avons pas connaissance de quelle façon notre âme envoie les esprits animaux dans les nerfs ; néanmoins rame meut les nerfs : « Maintenant, que l'esprit, qui est incorporel, puisse faire mouvoir le corps, il n'y a ni raisonnement ni comparaison tirée des autres choses qui nous le puisse apprendre ; mais néanmoins nous n'en pouvons douter, puisque des expériences trop certaines et trop évidentes nous le font connaître tous les jours manifestement... Si par corporel nous entendons ce qui appartient au corps, encore qu'il soit d'une autre nature, l'âme peut aussi être dite corporelle, en tant qu'elle est propre à s'unir au corps. »

Quant aux cinq se7is extérieurs. Descartes a établi le caractère purement subjectif des sensations, voire de la dureté, de la pesanteur, de la chaleur, de l'humidité, etc. Les corps qui affectent par contact les nerfs qui se terminent dans la peau n'ont aucune de ces qualités ; il y a seulement, en ces corps, « ce qui est requis pour faire que nos nerfs excitent en notre âme le sentiment de dureté, de pesanteur, de chaleur », etc. La diversité des sentiments ou des perceptions sensibles excités par les nerfs dans l'àme est en rapport avec les formes du mouvement, provoqué ou empêché, communiqué aux extrémités des nerfs par les corps du monde extérieur, affectant les appareils des sens. Ainsi, selon qu'elles diffèrent en figure, grandeur, mouvement, les particules des corps nageant dans la salive agitent diversement les extrémités des nerfs de la langue et des parties voisines, et le résultat pour l'àme est la sensation des diverses saveurs. Si les nerfs sont mus un peu plus fort que de coutume, sans

(i) LeUre à la princesse Elisabeth, i®"" février i646. Lettres, IX, 869.

(2) Lettres, IX, 243. L'àme « a quelque force pour changer les impressions qui sont dans le cers^eaUy comme réciproquement ces impressions ont la force d'exciter en Cdme des pensées qui ne dépendent point de sa volonté. »

LE CERVEAU, SIÈGE UNIQUE DES SEySATIOyS SgS

dommage aucun pour le corps, il en résulte ce que Descartes appelle un sentiment de titillation, naturellement agréable à Tàme « parce qu'il atteste les forces du corps auquel elle est étroitement jointe » ; si l'intensité du mouvement est telle qu'elle offense notre corps en quelque façon, rame est affectée du sentiment de la douleur {/ii sensus doloris) [Principia philos., IV, § 191). On voit donc que, si la douleur et la volupté sont pour nous des sentiments entièrement contraires, l'une dérive de l'autre, et que leurs causes sont de même nature. C'est dans le cerveau, et uniquement dans le cerveau, que Ton éprouve ces sensations. A preuve les illusions des amputés [Ibid,,% 196) : dans ces cas, la douleur ne peut être sentie en tant qu'elle serait dans le membre ou segment du membre qui n'existe plus, comme s'en plaint l'infirme; elle n'est donc sentie que dans le cerveau.

Répondant aux objections de Fromondus, qui s'était étonné de ce que Descartes ne connût point d'autre sensation que celle qui se fait dans le cerveau, ce grand homme lui répond : « Mais tous les médecins et tous les chirurgiens m'aideront, comme j'espère, à le lui persuader; car ils savent que ceux à qui on a coupé depuis peu quelques membres, pensent souvent sentir encore de la douleur dans les parties qu'ils n'ont plus: et j'ai connu autrefois une jeune fille à qui l'on avait coutume de bander les yeux toutes les fois que le chirurgien la venait panser d'un mal qu'elle avait à la main, à cause qu'elle n'en pouvait supporter la vue; et la gangrène s'étant mise à son mal, on fut contraint de le lui couper jusqu'à la moitié du bras, ce qu'on fit sans l'avertir, pour ce qu'on ne la voulait pas attrister; et on lui attacha si adroitement plusieurs linges liés l'un sur l'autre en la place de ce qu'on lui avait coupé, qu'elle demeura après longtemps sans le savoir, et, ce qui est en ceci remarquable, elle ne laissait pas cependant de sentir de grandes douleurs, tantôt aux doigts, tantôt au metacarpe et tantôt au coude, qu'elle vHavait plus, à cause que les nerfs de sa main et de son bras qui finissaient alors vers le coude, et qui auparavant descendaient du cerveau jusques à ces parties, y étaient mus en la même façon qu'ils auraient du être auparavant dans les extrémités de ses doigts ou ailleurs, pour faire avoir à Vâme le sentiment de semblables douleurs ; ce qui sans doute ne fut pas arrivé, si le sentiment de la douleur ou, comme il dit, la sensation se faisait dans la main, ou quelque part ailleurs que dans le cerveau.,, » Lettres, VI, 347.

Le nombre et la qualité des perceptions de l'àme, localisées dans la glande pinéale, sont en rapport avec les divers mouvements de cette glande : voilà comment l'âme et le corps agissent l'un sur l'autre, non pas directement, on le voit, mais par l'intermédiaire du conarion. Il suit que la nature des opérations supérieures de l'entendement dépend de la

Sg'i LE SYSTÈME y EH VEUX CESTBAL

Structure des organismes. Nous voyons, par exemple, un animal venir vers nous : la lumière réfléchie du corps de cet animal en peint deux images sur chacune de nos rétines, et, par les nerfs optiques, ces deux images sont finalement projetées « à la surface intérieure du cerveau qui regarde les cavités ». De là, par l'entremise des esprits animaux, dont ces ventricules sont remplis, ces images rayonnent vers la petite glande, mais de telle sorte que « le mouvement qui compose chaque point de Tune des deux images tend vers le même point de la glande où tend le mouvement du point correspondant de l'autre image, chacun de ces deux points représentant la môme partie de l'animal ». Il en résulte que les rfcMcT images n'en composent qu'im^ seule sur la glande qui, agissant à son tour sur l'àme, ne lui donne la vision que d'un animal. Voilà Toflice de la glande pinéale dans les rapports de Tàme avec le monde extérieur, telle qu'elle peut le connaître par l'intermédiaire de ce que nous appelons le système nerveux périphérique et central. Comment s'exerce maintenant l'action de l'âme sur le corps ? « Toute l'action de l'âme consiste en ce que, par cela seul qu'elle veut quelque chose, elle fait que la petite glande à qui elle est étroitement jointe, se meut en la façon qui est requise pour produire l'eff'et qui se rapporte à notre volonté. » L'âme veut-elle arrêter son attention à considérer quelque temps un objet, elle retient pendant ce temps la glande pinéale dans une môme direction. Veut-on marcher, mouvoir le corps, la glande pousse les esprits dans les muscles qui doivent se contracter.

a Quant aux mouvements des animaux (i)» il faut remarquer que les esprits animaux se meuvent toujours avec une vitesse égale, bien qu'ils n'excitent dans le corps aucun mouvement ; mais que tous les mouvements du corps sont déterminés, parce que les esprits se meuvent d'un côté plutôt que de l'autre ; or, la moindre force suffit pour imprimer aux esprits tel ou tel mouvement. Par exemple, si le poids E est en équilibre sur le centre A, la moindre force détermine ce poids à tomber en B ou en C ; supposez qu'à ce poids est attaché le muscle D, la moindre force suflira pour lui donner une forte impulsion, tantôt en un sens, tantôt dans le sens opposé ; et cette comparaison n'est pas prise trop loin, car la pesanteur est aussi une commotion des parties de la matière des corps, comme les esprits animaux.

a II ne faut pas s'étonner qu'il y ail dans le cerveau des bètes un certain nombre de dispositions diverses, puisque nous voyons qu'elles se meuvent de tant de manières différentes. Tous leurs mouvements n'ont que deux principes, le plaisir et la douleur, soit partiels, soit universels. Ainsi, lorsque les sens offrent un plaisir qui affecte tout l'animal, aussitôt le mou\ement qui produit la sensation produit en même temps dans les autres membres tous les mouvements nécessaires pour jouir de ce plaisir ; mais lorsque les sens offrent un plaisir à une seule partie, et ne présentent h une autre que la douleur, la sensa-

(i) Descartes, Premières pensées sur la génération des animaux, XI, SgG sq.

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