‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 77 sur 106 · AUTOMATISME DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

AUTOMATISME DES ANIMAUX

lion détermine les esprits animaux à produire tous les mouvements possibles dans la première, afin de jouir du plaisir qui se présente, et dans la seconde afin d'éviter la douleur.

« Voilà pourquoi les botes ne peuvent commettre le mal ; voilà pourquoi encore elles exécutent plusieurs ouvrages avec plus de perfection que nous-mêmes, comme les abeilles leurs rucbes, et les oiseaux leurs nids ; tandis qu*cn beaucoup de cboses qui nous sont faciles, leur inslincl est insuffisant, parce qu'elles ne sont portées à ce qu'il faudrait faire par aucune impulsion qui leur vienne des sens ou de la nature, qui produit en elles le même effet que les sens.

« Elles ont comme nous la mémoire des objets matériels (i) ; mais elles n'ont ni la pensée, ni rintclligcnce, qui produisent dans le corps des mouvements contraires à l'impulsion des sens (a). Dans les zoophites, comme les liuîtres, les éponges, etc., la pierre tient lieu du foie, et l'eau ou l'air tient lieu du poumon pour allumer le feu de la vie ; c'est pourquoi ils n'ont que le cœur et les chairs, et peut-être aussi le cerveau, qui est dans les huitres ce nerf au moyen duquel elles se ferment ; ils ne peuvent avoir de mouvement progressif, car ils laisseraient leur foie et leur poumon, et par là devraient nécessairement mourir, mais ils peuvent être transportés par les flots, par exemple les huîtres avec leur coquille, qui est la pierre à laquelle elles sont attachées ; en quelque lieu qu'elles soient portées, elles retrouvent l'eau partout.

« Les bêtes n'ont aucune notion du plaisir et de la douleur, mais durant le temps qu'elles ont passé dans la matrice, elles ont reçu certaines impressions qui les ont fait croître et qui les ont portées à faire certains mou^emcnts ; c/e là, toutes les fois qu^elles éprouvent quelque chose de semblable, elles exécutent toujours les mêmes mouvements, »

Répondant à quelques objections de Fromondus, contre sa Méthode, sa Dioptrique et ses Météores, Descartes explique ainsi combien la vision des animaux diffère de celle de Thomme. « Il suppose que je crois que les bétes voient tout de même que nous, c'est-à-dire en sentant ou pensant qu'elles voient, laquelle opinion on croit avoir été celle d'ÉpicuRE, et aujourd'hui môme elle est presque reçue et approuvée de tout le monde ; et néanmoins dans toute cette partie... je fais voir assez expressément que mon opinion

(i) Descartes, nous l'avons noté, distinguait doux espèces de mémoires^ la mémoire intellectuelle et la mémoire locale. «... Tout ce qu'on nomme mémoire locale est hors de nous... Mais, outre cotte mémoire, qui dépend du corps, j'en reconnais encore une autre, du tout intellectuelle, qui ne dépend que de l'âme seule. ». Lettres^ VIII, a 16. — Le Père Mersenne avait parlé, en écrivant à Descartes, des plis de la mémoire, « lesquels, lui répond le philosophe, je ne crois point devoir être en fort grand nombre pour servir à toutes les choses dont nous nous pouvons souvenir, à cause qu'un même pli sert à toutes les choses qui se ressemblent, et qu'outre la mémoire corporelle, dont les images peuvent être représentées par ces plis du cerveau, je trouve qu'il y a encore en notre entendement une autre source de mémoire qui ne dépend point des organes du corps, et qui ne se trouve point dans les bètes, et c'est d'elle parliculicrement que nous nous servons. » Lettres, VIII, 3i8.

(a) On a trouvé dans les ouvrages de la jeunesse de Descartes, dans ses cahiers de notes, « son dogme des automates » ; il j soutenait déjà, parail-il, que les bêles n'ont point de sentiment, a Cette opinion lui est venue dans l'esprit au plus tard vers 1626, » dit Baillet. Il avait découvert de bonne heure à quelques-uns de ses amis qu' « il ne pouvait s'imaginer que les bêles fussent autre chose que des automates ». « Au reste, ajoule Baillet, celle opinion des automates est ce que M. Pascal estimait le plus dans la philosophie de M. Descartks. » Ad. Baillet. La Vie de M. Desgartes, I, 5a.

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n'est pas que les bêtes voient comme nous lorsque nous sentons que nous voyons, mais seulement qu elles voient comme nous lorsque notre esprit étant diverti et fortement appliqué ailleurs, encore que pour lors les iinages des objets extérieurs se peignent dans la rétine, et peut-être aussi que les impressions faites dans les nerfs optiques déterminent nos membres à divers mouvements, nous ne sentons toutefois rien de tout cela, auquel cas nous ne nous mouvons point autrement que comme des automates, en qui personne ne dira que la chaleur naturelle ne soit pas suffisante pour exciter tous les mouvements qui s'y font. » Lettres, VI, SSg.

La psychologie physiologique et Tétude des fonctions du cerveau et du système nerveux central devront toujours tenir grand compte des théories de Descartes sur la mémoire et la reconnaissance, s^r ïinkibition et le mécanisme de l'activité générale. C'est ainsi que Descartes a conçu comme possible la dissociation de certains états d'esprit qu'on pourrait croire organiques. En d'autres termes, les mouvements, tant de la glande pinéale que des esprits animaux, représentant à l'àme certains objets, quoique associés par la nature avec ceux qu'excitent en elle certaines passions, peuvent être « séparés et joints à d'autres fort différents ». Un chien voit une perdrix, il tend naturellement à lui courir sus; il entend un coup de fusil, ce bruit l'incite à fuir. Pourtant on dresse les chiens couchants de telle sorte qu'ils s'arrêtent à la vue d'une perdrix et partent en quête de l'oiseau après le coup de fusil. « Puisqu'on peut, dit Descartes, avec un peu d'industrie, changer les mouvements du cerveau chez les animaux dépourvus de raison, il est évident qu'on le peut encore mieux dans les hommes. » Ce dressage, on le sait, est toute l'éducation. Les bêtes n'ont point de raison, peut-être même point de pensée, estime Descartes, qui réalise ici des abstractions et joue avec des entités d'école. Mais ce qui nous importe, c'est que, pour ce philosophe, tous les mouvements des esprits animaux et de la glande pinéale qui en nous excitent des passions, ne laissent pas d'exister aussi chez les bêtes, et d'y déterminer, non pas comme en nous des passions, mais les mouvements des nerfs et des muscles qui d'ordinaire les accompagnent et servent à les manifester. Nous croyons aujourd'hui que les animaux sont comme nous sensibles et conscients à divers degrés : il n'en agissent pas moins mécaniquement, et leurs sensations, leurs pensées, leurs appétits, leurs réactions volontaires sont une suite des arrangements de leurs machines, a Au point où en est la science actuelle, a dit Huxley, les animaux sont des automates conscients. » Naturellement ce qui est vrai de l'animal, Test dans son entier de l'homme. « La physiologie moderne est toute mécaniste, a écrit Charles Richet, et en ce sens nous sommes tous plus ou moins cartésiens. » C'est que les phénomènes de la vie, aussi bien que

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