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I. — Théorie des corpSy de l'espace et du temps

De l'existence des corps eux-mêmes, d'abord, que savons-nous et que pouvons-nous savoir? Rien. Il est absolument impossible de nous en faire aucune représentation. Nous inférons simplement leur existence, postulant une substance étendue réelle, fondement hypothétique des phénomènes. Pour sauver la foi en l'existence de cette substance étendue, c'està-dire en l'existence des corps, Descartes, on le sait, en a été réduit à invoquer la véracité de Dieu, qui, n'étant pas trompeur, ne peut de nécessité nous faire vivre dans une pareille illusion (i). Un corps est donc par hypothèse, selon Thomas Hobbes, une partie réelle de ce que nous appelons l'univers. Mais cette existence est et demeure une inférence de la raison, puisque nous ne pouvons percevoir la matière au moyen de nos sens. Les phénomènes que nous percevons ont pour nous un commencement et une fin, contrairement à la permanence de la substance qui doit leur servir de substratum (subjeclum, suppositimi) [i) et que l'entendement postule, pur concept, absolument irreprésentable. Une des pages les plus sublimes de philosophie naturelle qui aient peut-ôtre été écrites en aucune langue est le début de ce chapitre du De corpore i\\\QT\\, Hobbes a intitulé : De l'univers et des étoiles.

Corporum sivc objeclorum sensibilium, maximum est ipsc mundus, qui nobis super hoc punctum ejus, quam vocamus lerram, circumspicienlibus undiquaque perceplibilis est. De quo ut uno muitarum partium aggi'egalo. quae quaeri possunt paucissima suni, quae delerminari nulla. Quacri quidem potest, lotus mundus quantus, quam diuturnus,

(i) R. Descartes. Alqui cum Deus non sil fallax. omnino manifestum est... Non video qua ratione possct inlclligi ipsum non cssc failaccm, si aliundc quam a rébus corporcis (îstae ideae rerum scnsibilium) emittcrentur ; ac proinde res corporeae existant. VI« Méditation.

(a) Le subjectum ou suppositum^ c'est la matière, non perceptible aux sens, mais seulement conclue ou inférée par la raison, en tant quo la matière serait quelque chose de sous-jacent à l'espace imaginaire. (/>e corpore, VIII, i. Leviath., xxxiv.) A la matière ou aux corps Hobbes n'attribue comme accidents recels que l'étendue et le mouvement. (Problem. phys.^ c. iv ; Lev., IX, 60.)

liiCy LE SYSTÈME yERVEUX CENTHAL

et quotus sit, sed aliud nihil. Nam locus quidem et tempus, id est, magnîtudo et duraiio, corporis simpliciter dicti, id est, indefînile suinpti, sunt phaniasmata, (ut cap. vu ostensum est), caetera aulem phantasmata omnia sunt corporum sive ohjectorum suoruni inter se distinctorum ; ut color coloratoruni, sonus auditorum, etc. De magniludine niundi quaesliones sunt, an finitus an infmitus; plenus an non plenus? De duralione, an inccperit, an aeternus? De numéro, an unus an plures ? p]tsi de numéro, si mundus magnitudine infinilus fuerit, controversia nulla esse potcsl. Item si inceperit, a qua causa et qua materia factus fuerit ? rursusquedc illa causa et maleria, unde extiterint, novae enint quaestiones donec perveniatur ad causam aliquam aeternam, unam vel plures. Atque haec omnia ab eo qui philosophiam complecti profitcretur universam, determinanda cssent, si quantum quaeri, ianlum sciri potest. Est aulem infinili scientia finito quaesitori inaccessihilis. Quicquid homines scimus a phanlasmalis noslris didicimus; phantasma autem infinili, sive magniludine sive lempore, nullum est ; neque enim homo neque ulla alia res, praetcrquam quac ipsa infmila sit, infinili concepiionem ullam hahere polesl... Quaestiones ergo de magniludine et origine mundiy non a philosopliis, sed ab iis, qui ordinando Dei cultu légitime pracsunt, dcterminandae ^unt. Nam ut Deus O. M., cum jX)pulum suum in Judaeam induxissct, primitias fructuum sibi reservatas concessit sacerdotibus, ita quoquc, cum mundum a se factum disputationibus hominum tradidissct, opiniones lamen de nalura infinili et aelerni, sibi solicognita, tanquam primitias sapientiae judicari ab iis voluit, quorum in religione ordinanda ministerio uti voluit. Illos igitur, qui mundi origincm aliquam fuisse rationibus suis a rébus naluralibus dcmonstrasse se jaclitant, laudare non possum (i).

Pour Thomas Hobbes, Vétendue et le temps sont de simples représentations imaginaires, abstraites : i** de Tétendiie supposée des corps, considérée, avec la figure et le mouvement, comme des accidents réels ou essentiels des corps ; 2" de la succession des mouvements des corps. Spatiwn est phantasma rei existentis, Te?7ipiis est phantas?na motus, qtiatenus in motu imaginamur prias et poster ius, sive successionem (2). Le temps et ïespace n'existent donc que dans l'imagination ou la pensée. A fortiori en est-il de même de tous les autres « accidents » ou propriétés attribués aux corps : accidentia coi*porimi praeter motum et magnitudinem omnia esse planlasmata, non objeclis, sed sentienti, adhercntia. Hobbes appelle

(i) Th. Hobbes, Physica. P. IV, xxvi. De Universo et Syderibus. Op, lat., I, 334. Engl. Works, I, 4io. Ofthe World and ofthe Stars. Ed. Moleswgrth. London, iSSg. Cf. Leviathan. P. I, De hominc, c. ni. Quicquid imaginamur finituni est. Nulla ergo est idea neque conccptus qui oriri potest a voce hac, infinitum. Animus humanus imagincm inQnitae magniludinis capcre non potest ; neque concipero inOnilam velocilatem, inBnilam vim, infinitum tcmpus, aut infinitam potentiam. Quando dicimus rem aliquam esse infinitam, hoc tantuin significamus non posse nos illius rei terminos et limites concipere ; neque aliud concipere praeter nostram impolentiam propriam.

(2) L'influence d'ÀRisTOTE sur Thomas Hobbes a été prépondérante. Aristote, Phys.^ IV, xr, 5, 6. « Le temps, c'est le nombre du mouvement ^ par rapport à l'antérieur et au postérieur... Le temps est une sorte de nombre. » touto ydp iativ ô ypovoç, âpiOjio; xivr(<JEa); xatà tÔ :cpoT£pov xat uo-epov... àpi6(jLÔ; àpa xtç ô y^pcivoç. Cf. VHl, i, i3, i5. èativ ô /pdvoî xtvTÎiccoç àptO(jL<i;. De cœlo, I, IX, 10. /povo;Ô£ apiOjxô; xivTiasco^

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en effet « accidents » les modalités phénoménales, c'est-à-dire les qualités ou attributs des corps. Si Ton fait abstraction de Fétenduc et de la figure, qui deviendront les primary qualities de Locke (i)," accidents essentiels à tous les corps, les autres « accidents », tels que le repos, le passage au mouvement par l'effet de la communication d'un choc extérieur, la dureté, la couleur, sont au contraire des états variables des corps dont nos sensations supposent l'existence. C'est par le mouvement, en particulier par les différents modes du mouvement, que les corps agissent les uns sur les autres ; en d'autres termes, que la « cause efficiente » de l'agent agit sur le ^\x]ei[patiens), siège de la « cause matérielle ». Tout changement est un mouvement, et le mouvement est la cause universelle de tout événement, quel qu'il soit, de la nature. Jamais le mouvement ne peut naître ou commencer dans un corps : il est toujours communiqué de l'extérieur (2). Un corps en repos, c'est-à-dire privé de mouvement, y demeurera aussi longtemps qu'un mouvement ne lui aura pas été transmis. Un corps en mouvement y persistera avec la même vitesse et dans la môme direction aussi longtemps qu'un autre mouvement, c'est-à-dire un autre corps également en mouvement, n'aura modifié par le choc ni sa vitesse ni sa direction. Motum nisi a moto et contiguo [corpore] generari non posse [Elément, philos., c. viii, art. 7). Le contact entre le corps mouvant et le corps mû peut, au lieu d'être direct, se communiquer par des corps intermédiaires. C'est par l'effet d'une pure apparence qu'on parle de mouvements par attraction : en réalité l'attraction résulte d*un choc propagé ou transmis, ainsi que tous les autres mouvements. Bref, le mouvement ne peut être que l'effet d'un mouvement, et, à son tour, il ne peut qu'engendrer un mouvement. Hobbks a distingué toutefois le conatus du motus. Un conatus serait un mouvement qui aurait lieu sans égard à la succession des moments différents du mouvement, une sorte de mouvement spontané: conatum esse motum per spatium et tempus minus quam quod datur, id est determinatur, etc. La pesanteur, par exemple, est appelée conatus ad centrum terrae. D'après Hobbes, le mouvement le plus répandu dans la nature est le mouvement circulaire, opinion où l'on retrouve, une fois de plus, l'influence des idées d'AniSTOTE : il fait dériver de cette forme de mouvement la plupart des phénomènes naturels ; il l'attribue non seulement à la terre, mais au soleil et à tous les corps célestes, ainsi qu'à leurs der-

(i) Ce fut BoYLE, on le sait, et non Locke, qui le premier a fait usage, dans le sens moderne do CCS mots, de l'expression scholastique de « qualités primaires et secondaires ». Y. Euckbn, Geschichle und Kritik der Grundbegriffe der Gegenwart (Leipz., 1878), p. 7.

(a) Cf. encore Aribtotr, Phys., VIII, i. 7. Le repos est la privation du mouvement, yj y*? ^<p*-

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nières particules ; il explique ainsi et le mouvement de notre sang et la vie. La source de ce mouvement est le soleil.

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