II. — Théorie des sensations et des représentations
Comme tout autre événement de la nature, l'événement psychique, la sensation ei\9. i^eprésentation, avec les processus psychiques plus complexes qui en dérivent, — le sentiment, le plaisir et la douleur, la volonté, c'eslà-dire le désir et Taversion, — résultent du mouvement. Les sensations sont des changements ou modifications du corps sentant. Tout changement est un mouvement dans les parties internes du sujet changé ou modifié. La sensation n'est donc rien de plus qu'un mouvement. Les parties mues à l'intérieur du sujet sentant sont des parties des organes par lesquels on sent. La sensation est une réaction de l'organe contre le mouvement parli de Tobjet. Inomni sensione rerum extemarum actio fit et reactio mutua{\). Ainsi, sans « réaclion » ou « résistance » des organes internes contre les mouvements communiqués de l'extérieur, point de sensation. Sensio omnis fit per reactionem. Par « resistentia », Hobbks entend non une résistance passive, mais une réaction active, organique, contre un mouvement. Resistentiam omnem esse conatui conatum contrarium, id est reactionem (Elément philos,, c. XV, art. 2). Mais tout ce qui réagit au mouvement ne sent pas. La nature de la sensation ne réside donc pas dans la réaction seule. « Il est nécessaire que ce qui réagit sente », a écrit Hobbes {Elem, phiL, P. IV, c. xxv). Ici doit se placer la critique de Thylozoïsme faite par le philosophe anglais : « Scio fuisse philosophos quosdam, eosdemque viros doctos, qui corpora omnia sensu praedita esse sustinuerunt ; nec video, si natura sensionis in reactione sola collocaretur, quo modo refutari possint [0). » A la sensation adhère de nécessité une certaine « mémoire » qui permet de « distinguer » les événements antérieurs d'avec les postérieurs et une chose d'une autre. De la réaction, qui dure un certain temps, résulte le signe persistant, l'idée {phantasma) de la sensation, signe qui, en vertu de la direction du mouvement de l'organe qui réagit, nous apparaît toujours comme quelque chose de situé en dehors de l'organe sentant. Pour pouvoir être perçues et conservées, les impressions, c'est-à-dire les mou-
(i) De corpore. P. IV, c. xxv. I, 33o.
(a) Dans le Leviathan (Of man. Part. I, a), il lui parait absurde d'attribuer des appétits aux corps inanimés : « Ascribing appetilc... to things inanimate, absurdly. »
nÉACTIOS nV cerveau aux LMPRESSIOXS. nature de L'IMAGE /ii9
vements agissant sur nos organes, doivent posséder une certaine durée et intensité. A cette condition le pigement et le souvenir sont possibles. Dans les corps qui ne sont point pourvus d'organes convenables pour retenir et conserver {memoria aliqua) le mouvement communiqué, il ne peut exister de sensation, au sens psychologique ; car ces corps ne peuvent se souvenir d'avoir senti. A toute sensation appartient donc nécessairement un certain jugement sur les objets de la sensation. En outre, la sensation implique un changement constant des événements qui la provoquent. Sentire semper idem, et non sentire, ad idem recidunt. Non seulement les sensations doivent changer : elles doivent être successives. Une seule sensation ne peut être perçue qu'en une unité de temps [uno temjiore unicum phantasma) (i). Nous ne pouvons avoir, en même temps, des représentations sensibles de plusieurs objets. Neque vero permittit natura sensionis ut plures res simul sentiantur ; cum enim natura sensionis consistât in motu, dum organa sentiendi ab uno aliquo objecto occupantur, ab alio ita moveri non possunt, ut ab utroque motu unum phantasma syncerum oriatur utriusque. Non fient ergo duo phantasmata duorum objectorum, sed unum ex amborum actione conflatum[2). Ainsi, les mouvements partis de plusieurs objets ne sauraient exister séparément, en même temps, dans nos organes ; ilfe s^e fusionnent alors et donnent naissance à une représentation de l'objet. On songe ici involontairement aux sensations élémentaires inconscientes de Leibnitz, qui se fusionnent en une sensation consciente d'ensemble.
HoBBES définit ainsi la représentation mentale : imaginatio ergo nihil aliud est quam sensio deficiens sive phantasma dilutum et vanidum, et est hominibus cum animalibus caeteris fere omnibus communes, sive vigilant, sive dormiunt[Z). En vertu de la loi qu'un corps mù demeure aussi longtemps en mouvement qu'il n'en est pas empoché par un corps animé d'un mouvement opposé, bref, en vertu de la persistance du mouvement et de Tinertie des corps, le mouvement produit dans les organes des sens sous l'influence immédiate (ou médiate) des objets extérieurs ne disparaît pas avec l'objet: il persiste dans les organes, sous forme de mouvement interne, résultant de la résistance ou réaction du cerveau en réponse au mouvement qui lui a été transmis de l'extérieur par le nerf optique, par exemple (4). <f Tous
(i) Physica sive de nat. phaenomis, c. xxv. De sensione et motu animalL (a) Th. Hobbes, Opéra phil. (G. Molesworth), I, Sai.
(3) Th. Hobbes, Lev.^ c. ii. De imaginatione y Opcra philos, quac latine scripsil omnia. Amslelod., 1668, in-4. Cf. Lev. Of Man (Molesw.), I, 2. The english Works, III, 4-5. « Imagination thcrefore is nothing but decajing sensé. »
(4) Human Nature (i64o), c. 11, p. 78. Engl. W. (Molesw.). IV, 7... by résistance or reaction of the brain is also rebound into the optic ncrvcagain...
/iao LE SYSTÈME SETIVEVX CE.XTBAL
les accidents, en effet, ou toutes les qualités, que nos sens nous montrent comme existant dans le monde, n'y existent point réellement, mais ne doivent être regardés que comme des apparences {apparitions) ; dans le monde, il n'y a réellement, hors de nous, que les mouvements [motions) par lesquels ces apparences sont produites. » L'expérience, chez Thomme comme chez les animaux, puisque ceux-ci ont également des représentations, soit dans la veille, soit dans le sommeil, n'est que la copie des images issues des sensations causées dans nos organes par un plus ou moins grand nombre d'objets ; elle est en raison directe de ces expériences enregistrées et fixées par la mémoire dans un certain ordre déterminé [i], 11 en résulte que se représenter et se souvenir ne diffèrent point, si ce n'est que se souvenir implique un temps écoulé, ce qui n'est point le cas pour I se représenter (2). Ainsi, l'objet écarté, Tœil fermé, nous gardons et conservons une image de l'objet vu. Mais cette image reste moins nette. C'est Vimago, qui a donné son nom à la faculté correspondante, Vimaginatio.
Imaginalio crgo niliil aliud est rêvera quam proptcr objccti remolionem languescens et vel debilitala, sensio. Causa auicm debilitalionis quaenam esse polest? An motus remolo objecte debilior est ? Si esset, etiam phantasniata imaginanlis minus esscnl clara quain in scnsione, idque semper et necessario ; quod non est verum. In somniis enim (eae autem dormientiuni sunt imaginationes) non minus clara sunl quam in sentienie, Vigilantîum autem phantasmata rerum praeteritarum quam praesentium idco obscuriora sunt, quia organa a praesenlibus objectis slmul commota faciuni ul minus praedomineniur. In somno autem, praecluso aditu, externa actio interno molui nihil ofîicit...
Phanlasmala dormienlium somnia sunt.., vigilantium imaginationibus, praeler scnsiones, fortiora [somnia], sed ipsis sensionibus claritate aequalia sunt... Quare ca quae
(i) Cf. sur ce que Thomas IIobbes appelle serios cogilationuni slve discursus mentalis, c'està-dire, en somme, sur le déterminisme absolu des phénomènes d'association de la pensée et de la raison humaine, Leviathan, P. I. De Ilomine, c. m. Quando aliquis de re quacunque cogitât, proxima ejus cogitatio non tam fortuita est quam videlur esse ; neque omni cogitationi omnis cogitatio pariter succedit. Sed, ut nullam habcmus imaginalionem quae non anle fuit m sensionc, vel tota vel partes, ita nulla est transilio ah una cogitationc ab aliam cujus similis non extilerat ante in sensione. Gujus rci causa est. Phantasmata omnia motus sunt interni, nempe motuum in sensione factorum reliquiae. Motus autem qui alii aliis succédant in sensione immédiate, rémanent etiam simuly etiam post sensionem. Adeo ut quoties redit cogitatio prier, praedominaturque^ sequatur posterior, propler cohaesionem matcriae motae, quemadmodum aqua super tabulam planam et levem trahitur per viam quà ducit digilus. Sed quoniam oidem rei conceptae sequitur modo una, modo alia res, post multa cogitata Qt ut incerlum sit quae cogitatio cui cogitationi successura sit. Hoc tantum certum est successuram esse aliquam earum quae ante successerant aliquando.
(a) Elem. philos. De corpore. P. IV, c. xxv. De sensione... Opéra lat. (Molbsw.), I, Sa^. Expericntia autem est phanlasmatum copia orta ex muUarum rerum sensionibus. Non enim difleninl inter se savia^^Ê^Oai cl meminisse, nisi quod meminisso supponlt tempus praeteritum, oavtal^eaOat autem minime.
IMAGES UALIVCISATOIRES DU BÈVE ',ai
in somnis videmur vidcre vel scntire, tam clara sunt quam in ipsa sensione, causa ejus rei in duabus consislit rébus; quarum altéra quidem est, quod cessante sensu extcriore, motus, a quo phantasma oritur, ut praesens dominalar ; altero vero quod pbantasmatum partes tempore detritac aliis parlibus Qctis resarciunlur. Denique loca et species rerum ante incognitas, ideo somniantes non admiramur, quia admiratio postulat ut res nova et insolila videatur, id quod nisi recordantibus specicin priorem contingere non potest. In somnis auiem videnlur omnia ui praesenlia (i).
Ainsi raffaiblîssement des images mentales, au regard des sensations fortes produites parTobjet présent, ne résulterait pas tant de Téloignement dans le temps ou de l'absence de Tobjet, c'est-à-dire de l'intensité affaiblie du mouvement persistant, sorte d'écho de la sensation perçue, que des sensations innombrables qui assaillent les organes des sens pendant la veille et qui étouffent en quelque sorte sous leurs vagues tumultueuses cet écho de nos souvenirs, « comme l'est la voix de l'homme par le bruit du jour ». La preuve, selon Hobbes, que ces circonstances tout extérieures à l'organisme, rendent raison de ce prétendu affaiblissement des images, c'est que, s'il était réel, il persisterait toujours. et de nécessité : l'image ne reparaîtrait jamais avec sa force et son éclat primitif. Or il n'en est pas ainsi ; les rêves l'attestent ; il suffit que ces bruits du monde extérieur n'arrivent plus jusqu'aux organes des sens, ou cessent du moins d'être perçus, pour que les images mentales du dormeur retrouvent cet éclat et cette force qui souvent ne le cèdent en rien ou sont même supérieurs en intensité aux images ou représentations de l'homme éveillé. Cet état hallucinatoire des images du rôve semble bien exister réellement ; on l'observe également dans la fièvre, dans le jeûne, dans l'anémie cérébrale des mourants, etc. La doctrine de Thomas Hobbes à cet égard, d'ailleurs confirmée et développée par Kant, qui ne témoigne pas avoir connu ce texte d'un de ses plus grands précurseurs avec David Hume, ne nous paraît pas seulement d'une observation exacte : elle soulève nombre de questions de psychologie physiologique dont les éléments scientifiques, tout au moins, se trouveront rassemblés dans la dernière partie de ce livre, Y Époque contemporaine, Wo'ici sur ce sujet les passages de Kant que nous croyons utile de rapprocher des paroles de Thomas Hobbes.
/ Quelque claires et intuitives que puissent être les représentations du monde des esprits, disait Kant, l'homme, en tant qu'homme, ne saurait en avoir conscience. El il croyait pouvoir l'expliquer par une certaine espèce de « double personnalité » qui appartient à
(i) Th. Hobbes, Physica sive de naturae phaenomenis. De corpore. P. IV, c. xxv. De sensione et motu anim. Cf. Leviathan, P. I, Of Man., c. a. Cf. Human nature. Engl. Works (W. Molesworlh), IV, 9, c. m, § 2 sq.
Aao LE SYSTÈME XEnVECX CESmAL
les accidents, en effet, ou toutes les qualités, que nos sens nous montrent comme existant dans le monde, n'y existent point réellement, mais ne doivent être regardés que comme des apparences [apparitions) ; dans le monde, il n'y a réellement, hors de nous, que les mouvements {motions) par lesquels ces apparences sont produites. » L'expérience, chez l'homme comme chez les animaux, puisque ceux-ci ont également des représentations, soit dans la veille, soit dans le sommeil, n'est que la copie des images issues des sensations causées dans nos organes par un plus ou moins grand nombre d'objets ; elle est en raison directe de ces expériences enregistrées et fixées par la mémoire dans un certain ordre déterminé [i). 11 en résulte que se représenter et se souvenir ne diffèrent point, si ce n'est que se souvenir implique un temps écoulé, ce qui n'est point le cas pour se représenter (2). Ainsi, l'objet écarté, Tœil fermé, nous gardons et conservons une image de l'objet vu. Mais cette image reste moins nette. C'est V imago y qui a donné son nom à la faculté correspondante, Vimaginatio.
Imaginatio crgo nihil aliud est rêvera quam propter objccli remolioncm languescens et vel debilitala sensio. Causa aulem debililationis quaenani esse polest? An motus remoto objecto debilior est ? Si esset, etiam phantasmata imaginantis minus essent clara quain in sensione, idque semper el necessario ; quod non est verum. In somniis enim (eae autein dormientium sunt imaginationes) non minus clara su ni quam in sentienle. Vigilantium autem phantasmata rerum praeteritarum quam praesentium ideo obscuriora sunt. quia organa a praesenlibus objectis simul commoia faciunt ut minus praedominenlur. Insomno autem, praecluso aditu, externa actio interne motui nihil officit...
Phantasmata dormientium somnia sunt,., vigilantium imaginaiionibus^ praeler sensioncs, forliora [somnia], sed ipsis sensionibus claritate acqualia sunt... Quare ea quae
(i) Cf. sur ce que Thomas Horbes appelle séries cogilationum sive discursus mentalis, c'cslà-dire, en somme, sur le déterminisme absolu des phcnom^nes d'associalion do la pensée et de la raison humaine, Leviathan, P. I. De Homine, c. m. Quando aliquis de re quacunque cogitât, proxima ojus cogita tio non tam fortuila est quam videlur esse ; neque omni cogitationi omnis cogitatio paritcr succedit. Sed. ut nuUam habcmus imaginalioncm quae non ante fuit m sensione, vel tota vel partes, ita nulla est Iransilîo ab una cogitationc ab aliam cujus similis non extilcrat ante in sensione. Cujus rei causa est. Phantasmata omnia motus sunt interni, nempe motuum in sensione factorum reliquiae. Motus autem qui alii aliis succedunt in sensione immédiate, rémanent etiam simuiy etiam post sensionem. Adeo ut quoties redit cogitatio prior, praedominaturque, sequatur posterior. propter cohaesioncm matcriae motae, qucmadmodum aqua super tabulam planam et levem trahilur per viam quà ducit digitus. Sed quoniam eidcm rei conceptae sequitur modo una, modo alia res, post multa cogitata Qt ut inccrtum sit quae cogitatio cui cogitationi successura sit. Hoc tantum certum est successuram esse aliquam earum quae ante successerant aliquando.
(a) Elem. philos. De cor pore, P. IV, c. xxv. De sensione. . . Opéra lat. (Molksw.), I, Sa^. Experientia autem est phantasmatum copia orta ex multarum rerum sensionibus. Non enim diflerunt inter se savià^^a^Oai et meminisse, nisi quod meminisse supponit tempus praeteritum, oavTa^e^Oat autem minime.
r.MAGES HALLUCINATOIRES DV RÊVE 'lai
in somnis videmur vidcre vel scntîre. tam clara sunt quam in ipsa sensione. causa ejus rei in duabus consislit rébus; quarum altéra quidem est, quod cessante sensu exteriore, motus, a quo phantasma oriiur, utpraesens dominalar ; altcro vero quod phantasmatum partes tempore detritac aliis partibus fictis resarciuntur. Denique loca et species rerum ante incognitas, ideo somniantes non admiramur, quia admiratio postulat ut res nova et insolita videatur, id quod nisi recordantibus speciem priorem contingere non potest. In somnis autem videniur omnia ui praesenlia (i).
Ainsi raffaiblissement des images mentales, au regard des sensations fortes produites par Tobjet présent, ne résulterait pas tant de l'éloignement dans le temps ou de Tabsence de Tobjet, c'est-à-dire de l'intensité affaiblie du mouvement persistant, sorte d'écho de la sensation perçue, que des sensations innombrables qui assaillent les organes des sens pendant la veille et qui étouffent en quelque sorte sous leurs vagues tumultueuses cet écho de nos souvenirs, (c comme l'est la voix de l'homme par le bruit du jour ». La preuve, selon Hobbes, que ces circonstances tout extérieures à l'organisme, rendent raison de ce prétendu affaiblissement des images, c'est que, s'il était réel, il persisterait toujours. et de nécessité : l'image ne reparaîtrait jamais avec sa force et son éclat primitif. Or il n'en est pas ainsi ; les rêves l'attestent ; il suffit que ces bruits du monde extérieur n'arrivent plus jusqu'aux organes des sens, ou cessent du moins d'être perçus, pour que les images mentales du dormeur retrouvent cet éclat et cette force qui souvent ne le cèdent en rien ou sont même supérieurs en intensité aux images ou représentations de l'homme éveillé. Cet état hallucinatoire des images du rôve semble bien exister réellement ; on l'observe également dans la fièvre, dans le jeûne, dans l'anémie cérébrale des mourants, etc. La doctrine de Thomas Hobbes à cet égard, d'ailleurs confirmée et développée par Kant, qui ne témoigne pas avoir connu ce texte d'un de ses plus grands précurseurs avec David Hume, ne nous paraît pas seulement d'une observation exacte : elle soulève nombre de questions de psychologie physiologique dont les éléments scientifiques, tout au moins, se trouveront rassemblés dans la dernière partie de ce livre, V Époque contemporaine, Y oici sur ce sujet les passages de Kant que nous croyons utile de rapprocher des paroles de Thomas Hobbes.
/ Quelque claires et intuitives que puissent être les représentations du monde des esprits, disait Kant, Thomme, en tant qu'homme, ne saurait en avoir conscience. Et il crovait pouvoir rexpliquer par une certaine espèce de ce double personnalité » qui appartient à
(i) Th. Hobbes, Physica sive de naturae phaenomenis. De corpore. P. IV, c. xxv. De sensione et motu anim. Cf. Leviathan, P. I, Of Man., c. 2. Cf. Human nature, Engl. Works (W. Molesworth), IV, 9, c. m, § 2 sq.
422 LE SYSTÈME yEnVEL.X CENTRAL
ràmc môme par rapport à cette vie. Certains philosophes croient pouvoir invoquer Tétai du sommeil profond pour démontrer la réalité des représenta lions obscures. Mais tout ce qu'on peut dire à cet égard, c'est qu'au réveil nous ne nous souvenons plus des représentations que nous avons peut-être eues dans le sommeil profond. // s'ensuit simplement qu'elles ne sont pas représentées clairement au réveil, mais non qu'elles aient été obscures quand nous dormions, « Je croirais plus volontiers que ces représentations ont été plus claires et plus étendues que même les plus claires de l'état de veille; c'est à quoi l'on doit s'attendre, dans le repos complet des sens extérieurs, d'un être aussi actif qu'est l'âme, quoique, du fait que le corps de l'homme n'a pas été senti alors, l'idée de ce corps manque au réveil, idée qui appartenant à l'état antérieur des [>ensées pourrait servir à réaliser la conscience d'une seule et même jMirsonne. Les actions de quelques somnambules, qui montrent parfois dans cet état plus d'intelligence qu'autrement, bien qu'ils ne se rappellent rien au réveil, confirment la possibilité de ma conjecture sur le sommeil profond. Les rêves, au contraire, c'est-à-dire les représentations dont l'homme endormi se souvient au réveil, ne sont pas dans ce cas. Alors en eflet l'homme ne dort pas complètement ; il sent avec un certain degré de clarté et mêle comme en un tissu ses opérations intellectuelles aux impressions des sens extérieurs. Il se les rappelle donc en partie, mais il n'y trouve que d'informes et absurdes chimères, comme cela doit être nécessairement, puisque les idées de l'imagination (^Phantasie) et celles de la sensation extérieure s'y trouvent confondues (i) ». La différence entre la vérité et le rêve (7VaM/?i), a écrit Kant ailleurs, n'est point décidée par la nature des représentations (dm*ch die BeschalTenheit der Vorstellungen) qui sont rapportées à des objets, car ces représentations sont, de part et d'autres, les mêmes (denn die sind in beiden einerlei) : elle l'est par la liaison des représentations (die Verknûpfung) suivant les règles qui déterminent l'enchaînement des représentations dans la notion d'un objet, et en tant qu'elles peuvent coexister ou non dans une expérience (a).
Tout événement psychique est, pour Hobbes, la perception d'un mouvement interne de notre corps, mouvement nécessairement transmis du monde extérieur par le canal des sens, sous forme de phénomène ou d'image, et, partant, d'origine sensible (3). La sensation a sa condition d'existence dans les organes des sens, cVst-à-dire de la vue, de Touïe, de Todorat, du goût et de la sensibilité générale, sensibilité dont les nerfs distribués sur le corps tout entier constituent l'organe. IIobbes a surtout insisté, on le sait, sur l'appareil et sur les fonctions de la vision de la lumière et des couleurs, ainsi que sur les lois de l'optique. « Les parties du corps par lesquelles la sensation a lieu sont les mômes qu'on appelle organes des sens » {De corp,, xxv, 2). Ces organes sont le sujet de la sensation, le siège des images sensibles. Il est impossible de séparer la
(1) Imm. Kant, Tràume eines Geistersehers, erlàutert durch Tràume der Meiaphysik (SâmmU. Werke, If, 3^6).
(a) Prolegomena zti einer jeden kûnftigen Metaphysik (1783). Sâmmtl. W., IV, 39.
(3) Et sic mens nihil aliud crit practerquam motus in partibus quibusdam corporis organici. Objectiones ad Cartesii Med. Oùjeci. IV. Opéra lat. (Molesw.), V, 208.
C0\DITÏ0\S A.y'ATOMlQlES DES SENSATlOyS 4a3
pensée criinc matière pensante, et « la res cogitans de Descartes est bien plutôt quelque chose de matériel que d'immatériel », ce que contestait le philosophe français, pour qui le moi ou la pensée, d'une part, le monde des corps étendus, d'autre part, étaient des substances. D'ailleurs, en dehors de la matière conçue au sens de Hobbes, rien d'immatériel ne peut exister, et le concept môme d' « immatériel » implique contradiction. IIobbes explique la sensation et la pensée par des mouvements de la matière ; il nie absolument l'existence de la substantia spiritualis de Descartes. Toute idée procédant des sens, c'est une erreur de croire que les idées ou notions de l'intelligence puissent être des images de nature différente (i). Origo omnium nominatur sensus, Nulla enim est animi conceptio quae non fuerat ante genita in aliquo sensuum, vel tota simul, vel per partes. Ab his autem primis conceptibus omnes postea derivantur (2).