‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 86 sur 106 · LES NERFS ET LES LIQUIDES DV CEBVEAV · texte numérisé non relu

LES NERFS ET LES LIQUIDES DV CEBVEAV

égard leurs propriétés normales, humaines, que lorsque « les fibres de ses appareils ont reçu la solidité et la stabilité durable que comporte rachèvement de son développement ». D'assez bonne heure se développent chez lui les moyens de satisfaire ce que nécessite sa dépendance du milieu extérieur. Quelques hommes en demeurent à ce degré de développement. La faculté de relier des idées abstraites et de faire l'application de ces notions aux penchants et aux passions, se montre tard, — chez quelques-uns jamais durant leur vie entière ; elle est faible en tout cas chez tous les hommes, a Si Ion considère la vie de la plupart des hommes, cette créature nous semble être faite pour attirer à soi les sucs nutritifs et croître comme une plante, se reproduire, vieillir et mourir (i) ». Si l'on recherche la cause qui, entre toutes les autres créatures, maintient la nature humaine dans un état d'abaissement aussi profond, on la trouve dans la grossièreté de la matière où sa partie spirituelle est enfoncée, dans « la rigidité de ses fibres, dans l'inertie et la lenteur avec lesquelles circulent les humeurs qui doivent obéir aux excitations de celle-ci. Aussi les nerfs et les liquides de son cerveau {die Nerven and Flûssigkeilen seines Gehirns') ne lui procurent-ils que des notions grossières et obscures. Incapable de résister aux excitations de ses sens, sa pensée et ses représentations étant trop faibles pour garder l'équilibre, il est tiraillé en tous sens par ses passions, assourdi par le tumulte des éléments qui soutiennent sa machine, étourdi, égaré. Les efforts de la raison pour se relever et pour dissiper cette confusion par la lumière du jugement sont comme les rayons du soleil quand d'épais nuages interrompent incessamment son éclat et l'obscurcissent.

La grossièreté de la matière et des tissus dont est construite la nature humaine, voilà la cause de cette inertie qui maintient les facultés de l'âme dans un état constant de fatigue, de faiblesse et d'épuisement. L'action de la réflexion et de la pensée est en effet un état fatigant ; ce n'est point sans résistance que l'âme s'y plie : elle s'en éloigne bientôt par la pente naturelle de la machine corporelle, et retombe dans l'état de passivité où les excitations des sens déterminent et gouvernent toutes ses actions.

Cette paresse et inertie de la pensée de l'homme, conséquence de la grossièreté et de la lourdeur de sa matière, n'est point seulement la source de ses vices : elle produit ses erreurs. En même temps que la vie et l'activité du corps, les facultés mentales s'atrophient (schwinden die geistigen Fàhigkeiten). Quand la vieillesse, le cours des humeurs s'étant ralenti, n'élabore (kocht) plus que des sucs épais dans le corps, quand la souplesse et flexibilité de nos « fibres » et de tous nos mouvements a diminué, alors les forces de l'esprit s'engourdissent pareillement dans un état d'épuisement et de lassitude. La rapidité des pensées, la clarté des images, la vivacité de l'esprit et la mémoire perdent leur énergie et se refroidissent. Les notions enracinées par une longue expérience dissimulent encore dans une certaine mesure la décadence et l'extinction de ces forces, mais la raison trahirait plus nettement encore son impuissance, si la violence des passions, qu'elle doit tenir en bride, n'avait diminué autant et plus qu'elle-même encore.

Ces limites étroites et celte extinction des « forces de l'âme humaine », Kant en rend donc responsable la grossièreté de la matière à laquelle cette âme est attachée. Mais ce qui lui parait encore plus digne d'attention, c'est que la nature spécifique de cette matière est essentiellement en rapport avec le degré d'influence qu'exerce sur elle le soleil en raison directe de sa distance : c'est le soleil en effet qui la vivifie et la rend propre aux fonctions de

(i) Wcnn mati das Leben der meisten Menschen ansieht, so scheint dîese Creatur geschaflen zu sein, um wic einc Pflanzo Saft in sich zu ziehen und zu wachsen, sein Geschlecht fortzusetzen, endlich ait zu werden und zu stcrben.

ft[)li LE SYSTÈME X Eli VEUX CEXTHAL

récononiie animale. Ce rapport nécessaire avec le feu qui, du centre du système solaire rayonne et s'épand pour maintenir la matière dans l'état d*e\citalion convenable, voilà le fondement d'une analogie (|u'on peut établir entre les différents habitants des planètes. La nature de chacune de ces « classes » d'êtres dépend ainsi avec nécessité du « lieu » ou du point de res|>acc qu'ils occupent relativement à l'astre central (i).

Les habitants de la Terre, de Vénus ou de Jupiter, par exemple, auront une constitution matérielle qui variera avec le degré d'éloignement où ils se trouvent du foyer de la chaleur, et le cours de leurs humeurs aussi bien que l'élasticité de leurs fibres différeront d'une manière correspondante. Kant résume ainsi son hypothèse : a la matière dont sont formés « les habitants des différentes planètes, voire les animaux et les végétaux de ces mêmes a planètes, doit être, en général, de nature d'autant plus subtile et plus délicate, et ce Vélastlclié des fibres^ en même temps que les dis[)Ositions favorables de leur siructure, a doit être d'autant plus parfaite, qu'ils se trouvent à une distance plus éloignée du « soleil ». Et ce rapport, ajoute Kant, n'est pas seulement fondé sur des raisons de finalité, qui n'ont guère d'efficace en cosmologie : il s'accorde surtout avec ce que les calculs de Newton nous ont appris, sans parler des principes d'une cosmogonie scientifique, touchant la nature spécifique des matières dont sont formées les planètes et d'après lesquels cette substance des corps célestes est d'autant plus légère que leur distance du soleil est plus éloignée. Or ce qui est vrai de la matière de ces corps doit l'être aussi, et de toute nécessité, des êtres qui les habitent et qui y >ivent, en particulier de la nature de \e\ivs facultés mentales. Aussi le philosophe conclut-il que l'excellence des a natures pensantes », la rapidité de leurs idées, la clarté et la force des notions ou concepts que ces êtres acquièrent en suite des impressions externes, etc., en un mot, l'étendue de leur perfection, sont « en proportion de leur distance du soleil. » L'homme occupe ainsi en quelque sorte le milieu entre deux extrêmes. Le degré de perfection des corps et des esprits augmente, dans les planètes, depuis Mercure jusqu'à Saturne, « ou peut-être encore au delà (s'il y a encore d'autres planètes) ». « Si l'idée qu'il se peut faire à cet égard des créatures d'une plus haute raison qui habitent Jupiter ou Saturne excite son envie et l'humilie par la conscience de la bassesse de sa condition, il s'en consolera en considérant combien, dans les planètes Vénus et Mercure, la nature des êtres est encore inférieure à celle de la nature humaine. Quel spectacle plus digne d'admiration ! D'un côté nous voyons des créatures pensantes chez lesquelles un Groenlandais ou un llotten lot serait un Newton, et de l'autre des êtres qui considéreraient celui-ci avec le même étonnement qu'un singe. »

La psychologie n'est et ne peut être pour l'esprit htimain que de Vanthropologie ('^.), c'est-à-dire qu'une connaissance de Thomme se connaissant comme objet du sens interne. Mais il a aussi conscience de lui comme objet de ses sens externes, c'est-à-dire qu'il a conscience d'avoir un corps

(i) L Kant. Sâmmtl. Werke (Hartenstein), I, 207. Allgem. Naturgeschichle u. Théorie des Iliinmels . . ., 1755. Driller Th. A\clcher oincn Vcrsuch eincr aiif die Analogien der Nalur gcgriindctcn Vergleichung zwischen den Einwohnern vcrschiedcner Planetcn in sich enthâlt. — Anhang. Von den Einwohnern dcr Plancton.

(2) L Kant. Anthropologie in pragmatischer Hinsichl (^i']c^S)Aycr\ie,\l[, 4a9 sq. — Welchcs sind die mrkiichen t^orstchritte , die die Metaphysik seit Leibnitz's und Wglf's Zeiten in Deutschland gemacht hat ? (Question proposée par l'Académie des sciences de Berlin en 1791. Mémoire publié par 1). Fr. Th. IVmk, 180^. Sammll. Werke (Hartenstein), VIll, 570 sq.)

POIST DE PBEVVE DE L' IMMOliT ALITÉ. LE CBASE DE KAST /igS

auquel est uni Tobjet du sens inlerne, Tàme de Thomnie. Si les corps et les âmes ne sont pour nous que des phénomènes, ce qui, puisque ce sont là deux objets des sens, n'est pas impossible, et que nous prenions garde que le noumène, qui sert de fondement à tout phénomène, c'est-à-dire Tobjet extérieur, comme chose en soi, peut être un être simple (i)... Mais si Ton passe sur cette difficulté, c'est-à-dire, si âme et corps sont admis comme deux substances spécifiquement diflerentes, dont la communauté constitue l'homme, il Aqxxï^vxvg impossible pour toute philosophie, surtout pour la métaphysique, de décider en quoi et dans quelle mesure rôme, en quoi et dans quelle mesure le corps lui-même contribuent aux représentations du sens interne, et môme, dans le cas où une de ces suestances serait séparée de l'autrCy si Vànie ne perdrait poiiit absolument toute espèce de représentations (intuition, sensation et pensée).

Il est àonc absolument impossible de savoir si, après la mort de l'homme, lorsque sa matière est dispersée, l'àme, malgré la permanence de sa substance, peut continuer de vivre, c'est-à-dire de penser et de vouloir; c'est-à-dire encore si elle est ou non un esprit [Geist)y car par ce mot on entend un être qui même sans corps peut être conscient de soi-même et de ses représentations.

La métaphysique de Leibnitz et de Wolf a prétendu sans doute nous démontrer là-dessus, d'une manière théorico-dogmatique, beaucoup de choses, c'est-à-dire non seulement la vie future de l'àme, mais jusqu'à l'impossibilité de perdre celle-ci par la mort, bref, son immortalité ; mais elle n'a pu convaincre personne. On aperçoit a priori qu'une telle preuve est tout à fait impossible, parce que l'expérience interne est uniquement ce par quoi nous nous connaissons nous-mêmes, et que toute expérience ne peut se faire que pendant la vie, c'est-à-dire lorsque l'àme et le corps sont encore unis. 11 en résulte que nous ne savons absolument pas ce que nous pourrons être ou faire après la mort, et qu'ainsi nous ne pouvons connaître la nature séparée de l'âme. Que si l'on croyait pouvoir essayer de placer hors du corps l'âme qui s'y trouvait durant la vie, ce serait une tentative qui ressemblerait à celle de l'homme qui prétendait se voir dans une glace, les yeux fermés, et qui répondit à qui lui demandait ce qu'il entendait faire par là : Je voulais seulement savoir quel air j'ai quand je dors (2).

(1) Ici est resté dans le ras. de Kakt un espace vide.

(2) Le crâne de Kakt, étudié par G. Kupffer et F. Bessel Hagen, au mois de juin 1881, pesait 65o grammes. Les os étaient minces et transparents par places. Les sutures étaient très régulières ; la suture frontale était conservée ; il existait des traces d'une suture occipitale transversc. La capacité du crAne était considérable (i7'|0*''"<') ; diamètre horizontal : 5/47"'™ ; sagittal : 378'"'» ; transversal : 337™™.

'igG LE SYSTÈME NERVEUX CENTRAL

Plus grande longueur : 182"»"; plus grande largeur: iGi"**" ; hauteur: i3o"*",5. Ce crâne élail donc hyperbrachycéphale, orlhocéphale, platjrcéphale (d'après le rapport de la largeur à la hauteur), et un peu asymétrique. Ce qui caractérise essentiellement le crâne de Kant, c'est une largeur extraordinaire associée à une longueur et à une hauteur moyennes. Le front, d'une hauteur et d'une courbe moyennes, n'est point large ; la largeur du temporal est déjà relativement élevée (i33,5). Vu de côté, le puissant développement des parties postérieures du crâne saute aux yeux. La région de l'arc occipital correspondant à l'écaillé do l'os occipital est de plus du double aussi développée que celle de la région cérébelleuse. On remarque onBn que l'arc frontal est plus petit que Tare pariétal (contrairement à la majorité des crânes allemands).

Si l'on réfléchit que Kant était d*une taille qui ne dépassait guère cinq pieds, qu'il était de structure délicate et cxtraordinairement maigre, cette cavité crânienne si spacieuse atteste que le cerveau était volumineux et que « le développement prédominant de sa masse correspondait à celui, également le plus fort, des parties en rapport avec les fonctions psychiques supérieures » (*).

(*) G. KuppFKii u. F. Bkssbl Hagem. Der Schàdel Immanlel Kant*s. Arch. f. Anihropol., XIII, 1881. 359-610.

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