X. Le nerf pneumo-gastrique
Les deux nerfs pnemno-gastriques, appelés encore nerfs vagues, constituent a dixième paire des nerfs crâniens. Ils proviennent de la moelle allongée, sortent du crâne par les trous déchirés postérieurs, parcourent de haut en bas toute la région cervicale et toute la région thoracique
pour traverser le diaphragme et se terminer dans les parois de l'estomac, dans le foie et dans le plexus solaire du sympathique. Ce sont des nerfs mixtes qui abandonnent sur leur trajet des branches d'innervation motrices et sensibles à tous les viscères du cou, du thorax et à une partie des viscères de l'abdomen.
Origine l'éelle Chaque nerf pneumo-gastrique présente deux noyaux d'origine, l'un pour sa partie motrice et l'autre pour sa partie sensitive.
FiG. 278.
Schéma montrant l'origine réelle des nerfs crâniens moteurs.
Les fibres motrices du nerf pneumo-gastrique ont leur cellule d'origine dans la profondeur même de la moelle allongée. Ces cellules radiculaires forment la partie moyenne de la colonne grise que l'on désigne sous le nom de noyau ambigu, fig. 278. Vous vous rappelez que ce noyau est l'homologue de la substance grise de la corne antérieure de la moelle épinière. Les prolongements protoplasmatiques de ces cellules nerveuses rayonnent tout autour de la cellule d'origine. Le prolongement cylindraxil de chaque cellule se dirige d'abord en arrière et en dedans vers la profondeur du bulbe, puis se recourbe sur lui-même et se dirige en dehors pour sortir de l'axe cérébro-spinal par la partie moyenne du sillon collatéral dorsal du bulbe, fig. 279 et 280.
On admet généralement que toutes les fibres nerveuses motrices ont leur cellule d'origine dans le no3^au ambigu du même côté du bulbe. Il n'existerait donc pas ici, au moins dans l'état actuel de nos connaissances, de décussation partielle entre les fibres radiculaires motrices.
Les fibres sensitives du nerf pneumo-gastrique ont leur cellule d'origine en dehors de l'axe cérébro-spinal, dans deux ganglions situés sur le trajet du nerf : le supérieur s'appelle le ganglion jugulaire et l'inférieur constitue le ganglion plexifomie. Ainsi que nous l'avons démontré chez
le chat , le chien et l'homme , ces ganglions dix pneumo-gastrique sont formés de cellules nerveuses vinipolaires dont le prolongement unique se bifurque à une distance variable de la cellule d'origine en
FiG. 279.
Cellules radiculaires motrices du nerf pneumo-gastrique chez l'embryon de poulet.
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XIÎ : Noyau d'origine et fibres radiculaires du nerf hypoglosse.
X : Noyau terminal sensitif et fibres radiculaires du nerf pneumo-gastrique.
au plan de
section
nB : Noyau du cordon de Burdach.
pci : Pédoncule cérébelleux inférieur.
na : Noyau ambigu.
une branche centrale et une branche périphérique. Celle-ci devient le cylindre-axe d'une fibre périphérique et va se terminer dans une des
muqueuses où le nerf vague porte la sensibilité. La branche interne devient le cylindre-axe d'une fibre centrale. Elle pénètre dans la moelle allongée par le sillon collatéral dorsal et, arrivée au niveau de la racine descendante du glosso-pharyngien et du vague, elle se bifurque en une branche descendante qui devient fibre constitutive de cette racine
FiG. 281.
Lorigine apparente du nerf accessoire de Willis, du nerf pneumo-gastrique et du nerf glosso-pharyngien. Gr. nat.
et une branche horizontale ou quelque peu ascendante; celle-ci va se terminer dans la partie inférieure de la substance grise visible sur le plancher du troisième ventricule et connue sous le nom de aile grise ou trigone du vague et du glosso-pharyngien.
Cette masse grise a été considérée pendant longtemps comme le noyau d'origine réelle des fibres sensitives de ces deux nerfs. Nous savons maintenant, par les travaux embryologiques de His et par les recherches récentes, que cette masse grise constitue plutôt un noyau terminal. C'est dans ce noyau que se termine le prolongement cylindraxil des éléments nerveux sénsitifs périphériques appartenant à ces deux nerfs. C'est là aussi que se trouvent les cellules nerveuses du second élément sensitif, dont le prolongement cylindraxil va se rendre dans les parties supérieures de l'axe nerveux.
Les branches descendantes de ces fibres sensitives peuvent être poursuivies dans le faisceau solitaire ou racine descendante jusqu'au niveau de l'entrecroisement des fibres du ruban de Reil. Elles se terminent dans les masses grises voisines.
Le nerf pneumo-gastrique se comporte donc comme un nerf spinal.
Origine apparente. Toutes les fibres du nerf vague ont leur origine apparente sur la face latérale du bulbe, dans la partie moyenne du sillon collatéral dorsal, entre les filets radiculaires du nerf glosso-pharyngien et ceux du nerf accessoix'e de Willis, fig. 281. Cette origine se fait par dix à douze petits filets radiculaires qui se dirigent en dehors en convergeant les uns vers les autres et se réunissent bientôt en un tronc unique.
Trajet périphérique. Du sillon collatéral dorsal du bulbe, les faisceaux radiculaires du nerf vague se dirigent en haut et en dehors vers le trou déchiré postérieur. Réunis en un tronc unique, ils traversent la dure-mère crânienne au-devant du nerf spinal, en arrière du nerf glossopharyngien, fig. 282, X.
Au niveau de ce trou déchiré postérieur, le nerf vague présente un renflement en forme de nœud ; c'est le ganglion jugulaire. Une fois sorti de la boîte crânienne, le nerf reçoit la branche interne du nerf accessoire de Willis, puis il s'élargit et présente un ganglion volumineux : le ganglion plexifovme.
Le ganglion jugulaire et le ganglion plexiforme du pneumo-gastrique appartiennent aux fibres sensitives de ce nerf et représentent un ganglion spinal.
Le nerf pneumo-gastrique descend verticalement dans toute la région cervicale, étant situé au-devant de la colonne vertébrale, dans la gaine des gros vaisseaux du cou, entre la veine jugulaire interne et la carotide interne en haut, entre la veine jugulaire interne et la carotide primitive en bas.
Le nerf pneumo-gastrique pénètre ensuite dans la cage thoracique. A droite, il passe entre la veine et l'artère sous-clavière, donne au bord inférieur de cette artère son rameau récurrent ou nerf laryngé inférieur droit, passe derrière la bronche droite et se rend à la face postérieure de l'œsophage. A gauche, il descend entre la carotide primitive et l'artère
FiG. [282.
La base du crâne montrant la sortie des nerfs crâniens. Gr. nat. 1/2.
sous-clavière gauche, passe derrière le tronc veineux brachio-céphaUque gauche, puis au-devant de la crosse de l'aorte. Au bord inférieur de cette crosse, il abandonne le nerf récurrent ou nerf laryngé inférieur gauche. Il passe ensuite derrière la bronche gauche et se rend sur la face antérieure de l'œsophage, fig, 283.
Les deux nerfs vagues enlaçant l'œsophage traversent le diaphragme et pénètrent dans la cavité abdominale. Le pneumo-gastrique gauche se termine dans la face antérieure de l'estomac. Le pneumo-gastrique droit aboutit à la face postérieure de l'estomac et donne une branche au ganglion semi-lunaire droit du plexus solaire appartenant au sympathique.
Pendant ce long trajet, chaque nerf pneumo-gastrique émet des branches anastomotiques, des branches collatérales et des branches terminales.
lL. ucri
Branches anastomotiques. Depuis le ganglion jugulaire jusqu'à l'extrémité inférieure du ganglion plexiforme, le nerf vague s'anastomose :
i» avec le ganglion pétreux du nerf glosso-pharyngien ; 2" avec le ganglion cervical supérieur du sympathique; 3° avec le nerf accessoire de Willis, dont il reçoit la branche interne; 4° avec le nerf grand hypoglosse au moment où celui-ci contourne le ganglion plexiforme. ^
Branches collatérales. Pour la facilité de la description des nombreuses branches collatérales qui proviennent du nerf vague, on les divise en branches cervicales, branches thoraciques et branches abdominales. Dans sa portion cervicale, le nerf pneumo-gastrique donne : 1° Un rameau véciirrejtt à la dure-mère voisine du trou déchiré postérieur.
2" Le rameau auriculaire du vague. Celui-ci provient du ganglion jugulaire, reçoit un rameau anastomotique du nerf glosso-pharyngien et se dirige en dehors en contoui'nant quelque peu la veine jugulaire interne. Il traverse alors l'os temporal dans un canal particulier appelé canal mastoïdien, s'anastomose dans ce trajet avec un rameau du nerf facial, et va se distribuer à la face externe de la membrane du tympan et à la peau de la paroi supérieure et postérieure du conduit auditif externe.
30 Les rameaux pharyngiens. Ils sont au nombre de deux. Ces rameaux proviennent du ganglon plexiforme, se dirigent obliquement en bas et en dedans en passant entre la carotide interne et la carotide externe et, arrivés sur la paroi latérale du pharynx, à la hauteur du muscle constricteur pioyen, ils s'anastomosent avec des branches du nerf glosso-pharyngien et du sympathique pour constituer le plexus pharyngien, d'où partent les filets d'innervation pour les muscles et la muqueuse du pharynx. D'après les recherches de Réthi, les filets pharyngiens du nerf vague innerveraient les muscles constricteurs du pharynx, les muscles péristaphylin interne, pharyngo-staphylin et glosso-palatin du voile du palais.
40 Le nerf laryngé supérieur. Il quitte le nerf vague vers l'extrémité inférieure du ganglion plexiforme, se dirige en bas et en dedans sur la face interne de la carotide interne et, arrivé près de l'os hyoïde, il se divise en un rameau externe et un rameau interne.
Le rameau laryngé externe descend sur la face externe du pharynx et va innerver le muscle crico-thyroïdien.
Le rameau laryngé interne, accompagné de l'artère laiyngée supérieure, traverse la membrane thyro-hyoïdienne et se résout en branches terminales qui vont porter la sensibilité à la muqueuse de l'épiglotte, à 'celle de la partie voisine de la base de la langue, et à la muqueuse de toute la partie sus-glottique du larynx.
5" Les rameaux cardiaqties stipérietirs. Ils proviennent, au nombre de deux ou de trois, d'un point variable du pneumo-gastrique cervical; ils descendent le long de la carotide primitive pour se rendre dans le plexus cardiaque.
Dans sa portion thoraciqiie le nerf pneumo-gastrique fournit : 1° Le nerf laiyngé inférieur ou nerf récurrent. Ce nerf provient du pneumo-gastrique droit, en dessous de l'artère sous-clavière ; il contourne cette artère d'avant en arrière, puis remonte vers le larynx sur la face latérale de l'œsophage. Du côté gauche, le nerf laryngé inférieur provient du pneumo-gastrique au bord inférieur de la crosse de l'aorte. Il contourne cette crosse d'avant en arrière, puis remonte vers le larynx étant situé dans la gouttière que forme la trachée-artère avec l'œsophage. Les nerfs laryngés inférieurs pénètrent dans le larynx, en passant en dessous du bord inférieur du muscle constricteur inférieur du pharynx, et vont innerver par leurs branches terminales tous les muscles intrinsèques du larynx, à l'exception du muscle crico-thyroïdien.
Pendant ce trajet récurrent, chaque nerf laryngé inférieur émet :
a) des rameaux cardiaques se rendant dans le plexus cardiaque;
b) des rameaux anastomotiqiies avec le ganglion cervical inférieur du sympathique ; et
c) des filets œsophagiens et trachéens destinés aux muscles et à la muqueuse de la partie voisine de l'œsophage et de la trachée-artère.
20 Les rameaux cardiaques inférieurs; ils se rendent dans le plexus cardiaque.
3° Les rameaux bronchiques et pulmonaires. Ils proviennent des nerfs vagues au moment où ils passent derrière les bronches et se rendent à la face antérieure et à la face postérieure de ces dernières.
Les rameaux antérieurs forment avec des filets du sympathique les .plexus bronchique et pulmonaire antérieurs. Les rameaux postérieurs forment . avec des filets du sympathique les plexus bronchique et pulmonaire postéprieurs. De ces deux plexus partent de nombreux rameaux qui accom- ;pagnent, dans l'intérieur du poumon, les divisions et les subdivisions < des bronches.
4° Les nerfs œsophagiens. Les deux nerfs vagues, en descendant sur la face antérieure et sur la face postérieure de l'œsophage, émettent un I grand nombre de branches collatérales qui s'anastomosent entre elles et I constituent \e plexus œsophagien, d'où partent les filets d'innervation pour • les muscles et la muqueuse de l'œsophage.
Dans sa portion abdominale, le nerf pneumo-gastrique gauche innerve, par ses branches terminales, les muscles et la muqueuse de la paroi antérieure de l'estomac et s'étend par l'épiploon gastro-hépatique jusque dans le foie. Le nerf pneumo-gastrique droit donne les filets moteurs et les filets sensibles à la paroi postérieure de l'estomac et se termine dans le ganglion semi-lunaire droit du plexus solaire. Nous verrons plus tard qu'à ce même ganglion aboutit le nerf grand splanchnique du sympathique thoracique. Il en résulte une anse à concavité supérieure connue sous le nom de anse mémorable de Wrisberg.